sur le web

Y a un problème avec les commentaires

(noir)Il y a des baffes virtuelles qui se perdent.

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Le journaliste Alain Léauthier, envoyé spécial de Marianne en Chine, est en colère et ne mâche pas ses mots. Et ceux qui le mettent si fort en boule sont des commentateurs du site de Marianne2 ! Il explique pourquoi, ce matin dans une tribune publiée sur Marianne2 : il en a marre de cette suspicion générale contre tout et tout le monde et du “complotisme” ambiant, qui viennent se glisser jusque dans les commentaires de Marianne2, où certains déversent “fiel, mauvaise foi et frustration rentrée”

Ce questionnement sur la nature de la “commentosphère” sur internet, et la qualité du “débat” en ligne commence à devenir récurent, au Canada comme en France, au sujet des blogs comme à celui des sites d’information généralistes…

Le site de Marianne2 a ouvert ses colonnes au jeune blogueur chinois Zola (l’ensemble de ses chroniques ici). Or ce dernier a été brièvement arrêté par la police chinoise mardi et raconte cette mésaventure en direct sur Twitter avec son smartphone dont la police lui a laissé l’usage (Marianne2 reprend et traduit presque minute par minute ce récit étonnant).

Fiel, mauvaise foi et frustration rentrée

Cette histoire suscite aussitôt des soupçons chez certains commentateurs de Marianne2. C’est l’objet de la colère du journaliste.

Alain Léauthier :

(noir)Et apparemment les policiers ne l’en ont pas empêché. C’en est trop pour tous les complotistes en tous genres, donneurs de leçons à la petite semaine, moralistes et redresseurs de torts patentés, constamment aux aguets sur le réseau, blancs chevaliers de l’Internet, dévoués à la cause de la Vérité qu’une presse corrompue et assoiffée de « coups » trahirait en permanence. Donc c’est clair et net : « Y a eu manip ! » Traduction : emporté par un égotisme excessif, que certains de ses collègues chinois ne se gênent au demeurant pas pour dénoncer, notre blogueur préféré aurait inventé de toutes pièces, ou du moins sérieusement embelli, « ce scénario à la James Bond », dixit un autre Internaute dont on appréciera ici l’actualité des références.

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(noir)Vérifier l’information figure dans la charte des devoirs du journaliste et on ne saurait reprocher à nos lecteurs leur haut degré d’exigence, même s’il prend quelquefois la forme de la cabale systématique, nourrie de fiel, de mauvaise foi et de frustration rentrée.

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Alain Léauthier remet les pendules à l’heure et tente de restituer la situation réelle de la Chine : “questionner sans œillères la nature complexe de la nouvelle superpuissance (qui) méritent un peu mieux que les procès en sorcellerie dont se délectent, confortablement installés derrière leurs « ordis » quelques Internautes, heureusement intellectuellement très fatigués et peu nombreux.”

Droit d’expression et droit de tribune

Ce questionnement sur la nature de la “commentosphère” sur internet commence à devenir récurent.

Au Canada, au sujet des commentaires dans les blogs :

Le journaliste blogueur Nelson Dumais met les pieds dans le plat en se demandant si “Le phénomène blogue tire à sa fin” :

(noir)Si les blogues favorisent l’interactivité entre les auteurs et les lecteurs, il arrive que certains échanges de commentaires tournent au vinaigre, poussant des fidèles à quitter la barque. À terme, assistera-t-on à une implosion de la blogosphère?

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La blogueuse d’affaires Michelle Blanc lui rétorque vivement que c’est un problème qui concerne surtout les blogs de journalistes :

(noir)Vous n’avez pas le temps de modérer vos commentaires et n’y participerez pas? C’est évident que ça deviendra le bordel. La solution à ça est d’exiger des patrons qu’ils fournissent les moyens de leurs ambitions. S’ils veulent des blogues journalistiques, qu’ils paient les ressources humaines pour s’en occuper!

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Dans un long billet passionnant, le blogueur-entreprenneur Michael Carpentier s’interroge : “Blogues et commentaires : un mal vraiment nécessaire?” Il estime que le problème concerne les blogs généralises.

(noir)Autant les discussions émergentes sur les forums et blogues spécialisés sont souvent intéressantes et constructives, autant les engueulades qui explosent sur les blogues généralistes sont généralement sans intérêt. (…)

(noir)Ce que j’observe, c’est que plus un blogue est généraliste, moins les commentaires sont pertinents. Et malheureusement, plus un blogue est généraliste, plus il a de lecteurs potentiels : les commentaires n’en seront donc que plus lourds à gérer à cause du nombre. (…)

(noir)Cela signifie-t-il que je sois contre la liberté d’expression? Absolument pas. Et les journalistes fatigués de modérer tous les crétins du monde non plus. Seulement, le droit à s’exprimer ne doit pas être confondu avec le droit de tribune. Si tout le monde a le droit de ne pas être d’accord et de l’exprimer publiquement, personne n’a l’obligation de fournir un micro et une colonne dans le journal au premier crétin du bord.

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L’ensemble du billet de Michael Carpentier est intéressant et mesuré, je le recommande.

“Ecosystème” des blogs et vox populi

Je m’interroge moi-même depuis un moment sur ce sujet des commentaires. Que ce soit à propos des blogs : “Peut-on choisir les lecteurs de son blog ?”. Ou à propos des commentaires dans les sites d’information généralistes : “Le Web 2.0 : une bulle qui se dégonfle lentement”, “La participation en ligne ? 0,075% des lecteurs !”, “Vox populi”.

Et je ne suis pas le seul :

Nicolas a mis en avant cet argument “des commentaires qui dépassent ma capacité de réponse et mon niveau d’attention” pour expliquer l’arrêt de son blog Versac. Laurent l’évoque également pour expliquer le dé-référencement d’Embruns par Wikio, car il craint une déstabilisation de “l’écosystème” de son blog.
Eric Mainville, sur Crise dans les médias, rappelle que Guy Birenbaum et Loïc Le Meur ont été confrontés au même problème.

On n’a pas fini d’en parler !

13 Comments

  1. Je crois que la modération des commentaires doit être prise en charge par l’ensemble de la communauté des lecteurs et pas seulement par le blogueur : ça reste un comportement à construire et à co-apprendre !

  2. Je me permets d’ajouter que j’étais interviwé sur le sujet aujourd’hui, par la Radio suisse romande.
    http://www.rsr.ch/la-1ere/medialogues#vendredi

    Pas grand chose à ajouter sinon:

    1) la mort des blogs n’est pas pour demain!
    2) gérer des commentaires ça dépend de la façon dont on envisage le blog: espace de rencontre et de discussion ou ring de boxe. Personnellement je privilégie la première option.

  3. Je me dis aussi que “l’écosystème” des blogs, tel qu’il est, s’est construit lentement, sur quelques années…

    J’ai l’impression qu’on voit, depuis peu, l’arrivée dans le lectorat des blog un public nouveau, qui arrive par les passerelles que commencent à placer les sites de médias vers les blogs, et par les moteurs de recherche de blogs comme wikio.

    Un mélange se produit, qui bouscule le subtile équilibre de “l’écosystème des blogs”. J’espère qu’avec le temps, il retrouvera un équilibre sans être obligé de se refermer. De nombreuses techniques existent : commentaires sur inscription, modération à priori… mais cette fermeture ne serait pas une bonne nouvelle pour les blogs…

    J’espère que des régulations plus douces, plus “naturelles”, comme le suggère Florence, se mettront en place avant la trollisation générale de tous les espaces ouverts…

  4. Les blogs ne sont pas le premiers site à devoir faire face à de très gros volumes de commentaires. Les plateformes de blogs devraient donc s’inspirer de ce qu’on fait les autres.

    Par exemple, le site de média participatif slashdot.org existe depuis 1997 ; à l’heure où j’écris ces liges, le nombre de commentaires par article va de 81 à 687 pour les 16 articles les plus récents. Étant donné le volume de commentaires un administrateur seul ne peut suffire. LEn conséquence, ce sont les lecteurs eux-mêmes qui notent (-1 à 5) et surtout qualifient (Insightful, Interesting, Informative, Funny, Offtopic, Troll…) les commentaires.

    Tous les lecteurs ne sont pas automatiquement modérateurs : il faut tout d’abord être enregistré sur le site depuis un certain temps, le lire régulièrement, poster des commentaires et avoir un bon karma (des commentaires bien notés). Ensuite, le site distribue aléatoirement à ces modérateurs potentiels des jetons de modération permettant de modérer un commentaire. L’histoire des mécanismes de modération de ce site ainsi que les détails du mécanisme actuel peuvent être consultés dans la FAQ du site.

    Ce système semble donner de bons résultats.

  5. Rappelons également qu’au regard de la loi, le blogueur est considéré comme éditeur des commentaires qu’il accepte de publier, comme de ses propres billets.

    Ayant eu une longue expérience d’éditeur avant de passer au blog, j’ai toujours considéré comme un devoir et une politesse à l’égard de mes lecteurs d’avoir une vigilance semblable par rapport à ces contenus, qui forment également leur environnement de lecture. Avant d’en arriver au point des gros carrefours d’audience que tu cites, il y a un stade “club anglais” du blog, que l’on peut parfaitement maîtriser et qui permet une discussion intéressante et sereine.

    Que la situation devienne ingérable pour quelques sites en haut du podium doit nous faire réfléchir sur le statut des blogs, dont je ne suis pas persuadé que la vocation soit de devenir des médias au sens où le sont les sites de presse. Je fais personnellement une différence entre publication (publish) et partage (sharing), soit la version web 2.0 (zut, un gros mot…) de l’édition. Si l’on veut maintenir les qualités fragiles qui nous ont été apportées par ce nouvel univers, il est clair qu’il faut appliquer des principes de contingentement. Bien sûr qu’il y a sur le net quelques imbéciles. Mais en as-tu vu souvent sur mon blog?

  6. @ André

    Ce qui me soucie un peu, c’est qu’avec le perfectionnement du référencement des blogs par les moteurs de recherche, et la multiplication des liens vers les blogs depuis les médias de masse, de nouveaux accès “directs” aux blogs sont ouverts. Et ces accès directs ne passent pas le système subtile de recommandations mutuelles et de tissage de lien qui ont formé la blosphère telle qu’elle est : une blogosphère qui se découvrait progressivement, par sauts de puce de blog en blog. Bref, en surfant…

    J’ai un peu peur que ces changements (cette exposition directe des blogs) perturbent en profondeur leur fonctionnement.

    Est-ce que je dois changer ma manière d’écrire, pour ne pas être compris de travers par ces lecteurs novices qui débarquent à l’improviste, et s’autorisent à commenter aussitôt à tort et à travers, sans même chercher à fouiller un peu sur le blog pour voir s’il n’y a pas d’autres choses intéressantes sur le même sujet ?

    Est-ce que je dois éviter les sujets appeaux à troll (c’est difficile : le journalisme en est un à lui tout seul, par excellence !), auto-censurer mon expression pour éviter de prêter le flanc à la polémique ?

    Est-ce je vais devoir consacrer plus de temps à faire de la pédagogie basique dans les commentaires qu’à échanger sur les sujets qui m’intéressent vraiment ?

    etc. etc.

    En gros, j’ai peur que ça devienne moins drôle de bloguer… 🙁

    Cela dit, les outils de contingentement sont à portée de main, et j’ai déjà dû y recourir sur certains billets dont les commentaires tournaient à l’aigre… 😉

  7. La pédagogie, tu l’as dit! Pour moi, le modèle de ma gestion du blog, c’est mon séminaire – qui a la caractéristique d’être ouvert (entre qui veut). Je crois que la bonne pédagogie, ça peut aussi être drôle. Et je suis persuadé que l’école du respect commence pour le lecteur dans notre façon d’écrire et de traiter les sujets.

  8. Il a peut être une confusion entre blogueurs et journalistes.

    Ma définition serait qu’un blog est l’équivalent d’un éditorial. Si celui-ci s’appuie sur des faits, il n’est que l’avis sur la question de celui qui le rédige.

    Les articles journalistiques, si aucune ligne éditoriale politique n’est fixée et affichée par la rédaction, le commentateur percevra les parties pris et pré-supposés du journaliste (personne n’est réellement objectif) comme une trahison de l’objectivité et par extension de l’éthique professionnelle.

    Une plus grande clarté et surtout des positions politiques mises en lumière devrait permettre aux lecteurs de tempérer leur réactions excessives (le journaliste n’est pas de mon bord, c’est normal qu’il pense le sujet différemment de moi).

    Ca, ce serait ma théorie… Dans la pratique, la provocation est le principal moyen de communication d’une grande partie des intervenants.

    Débattre n’est pas intuitif et il faut avoir l’expérience nécessaire à l’exercice (j’ai mis plus de 10 ans ^^), savoir reconnaître ses tords ou erreur de jugement, admettre avoir tenu certains propos (parfois déplacés, erronés ou insultants) et savoir présenter des excuses (je n’ai énoncé que ce qui me semble pertinent par rapport au sujet, il y a d’autres choses à maîtriser, bien sur). Toutes choses qui ne sont pas données à tous.

    Je note que novovison propose des articles et que les commentaires n’y sont pas si virulents. Question : est ce du au sujet très pointu du blog ou à la neutralité (pas ou très peu de parti pris) dans les articles ?

    Mon avis.

  9. Il me semble qu’il ne faut pas raisonner comme s’il y avait seulement un ou deux modèles possibles.
    Je suis parfois surpris de lire des leçons sur la “nature” des blogues, qui me paraissent pourtant relever d’une très grande diversité. Il existe au contraire de très nombreuses façons de concevoir la relation avec les lecteurs qui commentent, selon la communauté concernée et de nombreuses façons aussi d’en délimiter les frontières. Cela est aussi valable pour les médias.
    Parmi les blogues que je suis assidument, il en est beaucoup qui n’ont pas de commentaires du tout, ce qui n’enlève rien à leur intérêt.
    Pour ma part, je n’ai aucun état d’âme à supprimer un commentaire non pertinent et je ne vois pas vraiment en quoi cela est une atteinte à la liberté d’expression. Mon blogue n’est pas un lieu de démocratie directe, mais un outil de construction d’une réflexion qui est contente d’accueillir tous ceux qui veulent bien lui donner un coup de main.
    Mais je comprends tout à fait que d’autres aient une attitude différente.

  10. “Est-ce je vais devoir consacrer plus de temps à faire de la pédagogie basique dans les commentaires qu’à échanger sur les sujets qui m’intéressent vraiment ?”

    Une des solutions est de réserver dans la maquette une place à une sélection de billets à retenir, un vade-mecum pour tout commentateur.

    Comme les FAQ, la plupart n’y prêtera pas attention, cependant, c’est un bon moyen de les replacer rapidement plutôt que de tout ré expliquer.

  11. je rejoins l’avis de guillaume C sur les blogs a gros volume de commentaires, la moderation par les lecteurs (moderant sur des criteres de fidelite au blog ou designe par le bloggeur) me semble une maniere interessante d’alleger la presence des trolls.

    La derniere emission d’arret sur images aborde le sujet des commentaires sur les blogs, et j’y ai appris que le site dooce.com, tres connus aux usa opere d’une technique interessante mais tres limitative : les commentaires sont ouverts pendants les 12 premieres minutes.
    Je trouve la methode etrange mais si celle ci etait adapte a une moderation a posteriori qui mettrait en avant les commentaires les plus interessant en leur laissant le droit de perpetuer la discussion cela pourrait surement offrir des resultats amusants. Cela reviendrai un peu a faire passer un casting pour une emission et ensuite a offrir la parole a ce casting pour animer le debat…

    Il me semble en tous les cas evident que nous ne sommes que au debut de la reflexion autour de la participation de k’usager dans le media internet.

    PS: quelques fautes de frappes , “récurent” oublie un r et “blogs généralises”
    Bon je m’en vais corriger les 50 fautes par articles de mon blog plutot que de faire des correction ici 😉

  12. La valeur ajoutée des commentaires sur les sites d’information et blogs politiques est en effet une vraie question. D’ailleurs, la qualité des commentaires est indépendante de la qualité des billets.

    Et tu as raison de parler d'”écosystème”, car les commentaires peuvent devenir une vraie “pollution” des sites Web 2.0.

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