le cabinet aux images

Vlaminck, ou l’instant d’un peintre… et son échec

(bleu)“Vlaminck, un instinct fauve”, exposition jusqu’au 20 juillet 2008, au musée du Luxembourg (Paris). 11 €.

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L’exposition des peintures de Maurice de Vlaminck, au musée du Luxembourg jusqu’au 20 juillet, permet d’approcher quelque chose de rare et d’exceptionnel dans l’art : le moment d’un peintre…

Rien que pour ça elle mérite une visite… Près de 70 toiles sont présentées, qui retracent le cheminement artistique du peintre entre 1900 et 1915, et encadrent exactement ce moment que l’on cherche à cerner et que l’on peut dater précisément de l’année 1907.

Ce moment est celui d’une rupture, assez radicale, dans le projet esthétique du peintre et que l’exposition montre bien. Cette rupture signera un échec, l’engagement du peintre dans une impasse, ou plutôt son impuissance à poursuivre jusqu’au bout le chemin esquissé à partir de 1907, qui le menait vers une radicalité nouvelle, porteuse d’une révolution de l’art occidental : Maurice de Vlaminck s’est arrêté à la porte du cubisme et s’est refusé à faire le pas décisif.

On regrettera cet échec, en imaginant ce que le peintre aurait pu apporter au cubisme, s’il avait osé franchir le pas en restant lui-même, plutôt que de se fourvoyer : “l’orchestration outrancière” de la couleur, comme il le dit lui-même, jointe au cubisme auquel il ne manquait que ça.

“J’étais un barbare tendre et plein de violence”

On sent la recherche et les doutes du peintre dans cette exposition. Il s’engage dès 1904 dans “la voie de l’expression par la couleur”, qui explosera au salon d’automne de 1905, quand il expose dans “la cage au fauves”, qui fera scandale et baptisera le mouvement auquel son nom reste attaché : le “fauvisme”.

“Sa formidable audace qui le conduisit vers une gestualité expressive, une outrance de la couleur et une déformation sélective n’ayant craint aucun débordement” (selon la présentation de l’exposition) le mène à un sommet de l’expression instinctive et violente (proche d’un Van Gogh, qu’il admirait) :

(noir)” Je haussais tous les tons, je transposais dans une orchestration de couleurs pures tous les sentiments qui m’étaient perceptibles. J’étais un barbare tendre et plein de violence.” (Maurice de Vlaminck, “Tournant dangereux”, 1929).

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“Arrivé au maximum d’intensité”

Mais au tournant de 1907, le peintre ressent une profonde frustration en ne parvenant pas à pousser plus loin, plus haut, plus fort, cette exaltation de l’expression de la couleur :

(noir)“Le jeu de la couleur pure, orchestration outrancière dans laquelle je m’étais jeté à corps perdu ne me contentait plus. Je souffrais de ne pouvoir frapper plus fort, d’être arrivé au maximum d’intensité, limité que je demeurais par le bleu et le rouge du marchand de couleurs.” (“Tournant dangereux”)

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Alors, après 1907, Maurice de Vlaminck renonce à la couleur pure, telle qu’elle sortait des tubes du marchand de couleur. Il applique de “nouveaux principes de construction”, il explore “des volumes, des structurations des formes”, la “restitution de l’espace par facettes” (selon les textes d’accompagnement de l’exposition, remarquables de pertinence, sans être jamais bavards ni envahissants).

Il se rapproche infiniment des cubistes (et du coup sa palette s’affadit et devient terne. Elle se rapproche de celles d’un Braque ou d’un Picasso de la même époque), mais il ne les rejoint jamais. Par peur de s’éloigner du réel et de s’en affranchir… Il ne passera jamais le cap de l’abstraction.

Vlaminck a perdu ses couleurs et il renonce au pied du mur. Ce moment d’un peintre est profondément émouvant et triste aussi. Cette exposition permet de le revivre de l’intérieur à travers son oeuvre, tableau après tableau, de frustration en doutes, et jusqu’à cet échec…