sur le web

Versac, c’est fini

Juste une petite note pour marquer le coup, et en garder la trace dans les archives de novövision : Versac, c’est fini.

Nicolas Vanbremeersh suspend ce blog emblématique, pour des raisons qui lui sont propres, que je peux très bien comprendre, et qu’il explique lui même de manière convaincante. Il continuera à bloguer ailleurs et autrement, c’est la seule chose qui m’importe… finalement.

Pour mémoire, Versac, le 8 juillet 2008 :

(noir)“La bulle médiatique autour des blogs a engendré une sorte de monstre, qui est une invention stupide, le blogueurinfluent. L’attention des media, qui a eu besoin de symboles, s’est cristallisée autour de ce blog, comme un symbole du blog politique.

(noir)J’ai tenté de jouer le jeu de cette participation médiatique, espérant livrer ma passion et ma connaissance cet espace en train de se développer. Cette passion et cette soif de compréhension reste intacte, elle s’est même développée, ainsi que ma compétence. Mais la notoriété de versac a dépassé ma capacité à faire comprendre ce que nous vivons, en ligne, dans ces espaces bizarres que sont les blogs. Le bruit devient plus fort que ma parole. Surtout le mauvais bruit, qui inonde également le web.

(noir)Le climat qu’engendre cette suspicion d’influence, cette notoriété, ne rend plus possible une pratique simple de ce blog. Cela fait des mois que je chronique cette difficulté. Elle atteint un point de non retour.”

(/noir)

—-

Mise à jour (21h30) :

Nicolas est interrogé par Samuel Laurent sur lefigaro.fr.
Il répond à lexpress.fr, commente sur Embruns (sous sa nouvelle identité : Nicolas), chez enikao, chez cratyle, ou dans Crise dans les médias

Arrêtez les lamentations ! Il bouge encore… 🙂

Amusant commentaire de Padawan, après le bel hommage de Jules, sur Diner’s Room :

(noir)“Nicolas a fermé un espace sur le web, ça ne veut pas dire qu’il en disparaît. Quand les invités écrasent leurs mégots sur le tapis au point d’y mettre le feu, il est prudent de couper le gaz. (…)”

(/noir)

—-

Mise à jour (mercredi 0h00) :

Intéressante intervention de Fred Cavazza, qui se dit “fatigué” de la tournure que prennent les événements : “la professionnalisation des pratiques de blog est en train de profondément modifier le paysage de la blogosphère”, mais “ce changement d’époque va donc se faire dans la douleur”.

En commentaire, Eric Dupin (Presse-Citron), témoigne à quel point “ces polémiques sont épuisantes”.

Fred Cavazza, dont la demande de retrait du classement Wikio me plonge dans des abîmes de réflexions, dit aussi cela :

(noir)“Car après tout, tout le monde ne peut pas avoir la force de caractère du Capitaine, bien que lui aussi doit connaitre des moments de solitude.”

(/noir)

Tout cela ne fait qu’alimenter ma perplexité.

9 Comments

  1. Il y a un truc un peu paradoxal dans ce que Nicolas écrit pour expliquer la fin de son blog : tout en refusant l’idée de blogueurinfluent, on comprend qu’il est las de tous les tracas qu’ont engendré son succès… (l’idée que les médias avaient besoin d’un blog étendard, d’un symbole de la blogosphère, et que ce symbole est devenu Versac, me semble très juste, c’est l’effet “winner takes all”).

    Je dois dire que je suis assez confus sur la question de l’influence des blogs, mais comme à peu près tout le monde je suppose 😉

    D’un côté j’ai beaucoup réfuté l’idée de blogueur influent, en choeur avec Versac souvent : cette construction médiatique qui veut qu’il existe des “blogueurs influents”, qui font et défont les opinions.

    Notamment parce que l’audience d’un blog, ce n’est jamais un truc de fou : les blogs sont la longue traîne médiatique…

    Mais de nos “cuisines” comme tu le disais l’autre fois sont sorties des choses : les audiences comparées d’un billet de “gros blogueur” et celles des articles des médias en lignes sont souvent comparables, et dans un des tes derniers billets tu montres qu’un journaliste au monde représente deux jours d’audience de Laurent Gloaguen…

    Alors, tous influents ? Ou plutôt, aucun influent ?

    C’est pour ça que je préfère la notion de popularité à celle d’influence, elle est beaucoup plus concrète finalement. Versac, blogueur pas influent victime de sa populariité.

  2. @ François

    Je ne sais pas trop, finalement, d’où est venue cette idée de blogueur “influent”. Le classement Wikio renforce le phénomène (et je comprends pourquoi il utilise le concept d’influence, puisqu’il n’est pas basé sur l’audience), mais l’idée était déjà répandue avant (cf. “les influenceurs”, par exemple).

    Dans le cas de Versac, en effet, le terme de popularité est plus adapté : il souligne que ses lecteurs ne sont peut-être pas pour rien dans le statut qu’il a acquis.

    D’un autre côté, Morandini est populaire aussi (dans tous les sens du terme :-p )…

    Il y a quelque chose qui manque dans le terme de popularité : l’autorité reconnue (c’est ça que veut rendre, il me semble l’idée d’influence), mais “autorité” (dans ce sens là) risque d’être mal compris également.

    Je cherche encore un meilleur terme, qui dise tout ça, sans les ambiguïtés…

  3. l’expression de blogueur “phare” me paraît faire sens. celui que l’on regarde, que l’on guête, qui envoie de temps à autre de la lumière… et sur lequel les trolls s’échouent 😉

    C’est peut être paradoxal, mais cette évidence que la popularité est l’ennemie de l’impertinence, souvent de la pertinence et en tout cas de l’inspiration, nous met face à nos responsabilités : ceux qui ont accepté de jouer le jeux des médias en paient le prix. L’exposition n’est jamais une opération comptable a sens unique 🙂

    // “la célébrité n’a pas d’avenir”, prédit Attali – désolé de la référence //

    je vois aussi dans ce phénomène de quoi se réjouir de savoir et de pouvoir de temps à autre retourner dans sa tanière (la longue traine), se déréférencer pour se retrouver. Mais les Nicolas sont têtus, et celui-là ne restera pas bien loin durablement – ce dont on peut se réjouir ^^

  4. @ Nicolas

    Se montrer, c’est s’exposer. Croyez bien que j’y ai pensé en choisissant de ne guère me montrer… 😉

    Plus que le clash qui pousse Nicolas à se décider maintenant, je mettrais plutôt cette décision sur le compte de la lassitude : l’exposition use…

    Et puis un autre aspect (je jette ça dans le désordre…) : la notoriété nivelle et banalise, il y a un effet de masse du lectorat, qui dilue la communication dans l’anonymat.

    On ne sait plus à qui on s’adresse (c’est un des gros problèmes des journalistes de tous les médias : le lecteurs/auditeur/spectateur est invisible et inconnu.).

    Je suis sûr que Nicolas retrouvera d’autre manière de s’exprimer qui lui feront oublier cette pesanteur et retrouver la possibilité du véritable dialogue.

    En tout cas pour le moment, moi je profite bien de pouvoir répondre quasi-individuellement à chacun de ceux qui viennent commenter. Vu le nombre, je peux encore faire face 🙂

  5. “Se montrer, c’est s’exposer”
    > on peut préserver un certain anonymat et être malgré tout exposé.
    Ecrire on-line n’est-ce pas en soit s’exposer ?

    J’en suis arrivé à penser au final que la seule forme de distanciation possible est dans le temps, en faisant des breaks de temps à autre, plus ou moins longs et formalisés – comme Nicolas essaie d’en faire un (en vain ?! sur twitter il se demandait déjà s’il n’avait pas fait une “connerie”, là, en publiant un état d’âme)

    une autre cuisine m’appelle – enchanté soit dit en passant 😉

  6. Je crois que le faux restera au coeur du traitement médiatique de la fin de Versac, et une partie de la blogosphère aussi.

    Ce qui a tué Versac c’est la lassitude et les prises de becs, les invectives. Je crains qu’on entende des choses à côté de la plaque, comme ce titre d’article (même si le reste est pas trop mal) :

  7. La difficulté du blog, c’est qu’on est tout seul. Seul responsable juridiquement, ce qui me semble le point le plus important _ En effet, dans le cas de versac, il a été confronté il y a quelques mois à des attaques très dures, de la diffamation et il n’a pas vraiment trouvé la parade juridique. Attaquer en diffamation c’est long et cela peut se retourner contre vous: buzz négatif, etc.

    Comparé à une entreprise de presse, où les rédacteurs sont couverts, les blogueurs sont démunis. Christophe Grébert en a payé le prix. Un journaliste indépendant (même si ce n’est pas un blogeur, enfin pas vraiment) comme Denis Robert rencontre de grosses difficultés.

    Bref, pourquoi ne pas blogueur sur les fleurs, la cuisine et les bisounours?

Comments are closed.