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USA : la qualité de la presse est en baisse

A force de réduction massives des effectifs dans les rédactions des quotidiens américains, il fallait bien s’attendre à voir un effet direct sur la qualité du contenu proposé. Le constat est clair : moins de pages, des articles moins nombreux et plus courts, et la couverture des informations nationales et internationales, de l’économie, des sciences et de la culture, sacrifiée au profit de l’information locale.

The Associated Press (via NouvelObs) fait état d’une étude publiée le 21 juillet par Project for Excellence in Journalism : “The Changing Newsroom: Gains and Losses in Today’s Papers” ([L’étude a été menée auprès des responsables de rédaction de plus de 250 journaux et les rédacteurs en chef de journaux dans 15 villes, par l’institut Princeton Survey Research Associates International du 29 janvier au 29 février. Plus de la moitié des journaux américains ayant un tirage d’au moins 100.000 exemplaires et plus de 30% des journaux tirés entre 50.000 et 100.000 exemplaires y ont répondu.)], qui souligne ces “évolutions”.

Les informations locales prennent une part plus grande d’un “gâteau” plus petit :

“Chasser les vétérans” des rédactions

Les effectifs sont en baisse quasiment partout, mais c’est aussi “la culture des rédactions” qui change : les rédactions sont plus jeunes (la tendance est clairement à “chasser les vétérans”), plus compétentes en technologies (“tech-savvy”), plus polyvalentes (plus orientées “bimédia” papier et web). Il y a moins d'”éditeurs” pour corriger les fautes. La pression de la compétition augmente sur les équipes. La “mémoire”, l’expérience et la connaissance de la communauté sont globalement en baisse dans les rédactions…

Les rédactions sont “tiraillées” entre le papier et le web, obligées de faire des choix qu’elles reconnaissent comme “contestables” :

(noir)Les journaux américains sont confrontés au défi d’accroître leurs revenus sur Internet. Ils doivent “trouver un moyen de monétiser la croissance rapide du lectorat sur le Web avant que les réductions d’effectifs dans leur rédaction ne les affaiblissent au point de faire disparaître leur avantage concurrentiel”, souligne le rapport. Les journaux américains exploitent de plus en plus le Web pour diversifier leur lectorat, même si cela se fait parfois au détriment des ressources dévolues aux éditions sur papier journal. “Les rédacteurs en chef sont déchirés entre les avantages offerts par Internet et l’énergie” que demande la production en ligne de contenus de valeur “limitée, voire contestable”, souligne l’étude. Le Web accélère la diffusion des nouvelles, permet l’interaction avec le lecteur et ouvre un espace quasi-infini à l’information. Mais il a aussi “érodé la base publicitaire des publications papier, qui est de loin la principale source de revenus pour financer des effectifs de journalistes importants”, souligne Lou Ureneck. (AP)

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“La vitesse du changement a dépassé notre capacité à comprendre”

Bien des journalistes s’avouent dépassés :

(noir)“J’ai le sentiment d’être catapulté dans un nouveau monde, un monde que je ne comprends pas vraiment” explique Denis Finley, éditeur au Virginian-Pilot. “C’est effrayant parce que les choses se passent à la vitesse de la lumière. La vitesse pure (du changement) a dépassé notre capacité à comprendre tout cela.” (PEJ)

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4 Comments

  1. Ca fait flipper… On va tout droit vers un monde de la malinformation. Les conséquences seront funestes, pas forcément visibles tout de suite, mais j’ai des frissons rien qu’à l’idée d’y penser. Brrr.

  2. Ça fait flipper mais faut faire avec !

    Comment s’en sortir ? Moi, je crois que c’est par une révolution du journalisme, qui s’ouvre à tous les vents et va s’inspirer de tout ce qui est bon, pour finalement proposer quelque chose de radicalement différent.

    Une révolution, que j’dis… :o)

  3. Je vais être un peu acide…
    Dites-moi ce que vous en pensez.

    Qu’est ce que la qualité ?

    Si je lis bien le graphe plus haut du billet :

    1. moins d’information sur le style de vie (parfum, bagnole, chiffon, vacances, déco d’intérieur…)

    2. plus d’information locale.

    Ce serait pas mal pour la France.
    Car là où on est vraiment politiquement sous-informé, ce sont l’état des comptes et les options politques au niveau local. De la ville au conseil général.
    Ah évidemment, c’est pas bandant pour un journaliste de s’occuper de savoir si on a vraiment accès en toute transparence aux comptes d’une bourgade de 15000 habitants, ou de s’enquérir du respect du traitement du du tri sélectif par les compagnies environnementales…

    Il y a en France énormément de potentats locaux qui ne respectent pas les décisions nationales ou les lois, par sous-information et manque d’enquête au niveau local.
    Les réflexes écolos, le respect des normes industrielles, commencent aussi à la base, par exemple aux rejets dans la rivière de l’usine d’à côté.
    La qualité des soins aussi (le maire étant le patron de l’hôpital du coin, beaucoup d’irrégularités sont cachées dans l’emploi et la gestion de ses établissements).

    Il y a donc un immense potentiel non découvert et non creusé dans l’information locale, et qui impacte la vie du citoyen de chaque jour.

    C’est plus sexy de faire du journalisme d’opinion national et de bouffer avec les députés et sénateurs dans les grands restaus de la capitale, à se poser des questions conceptuelles sur l’avenir du monde…

    Je crois plutôt là à un rajustement du déséquilibre, il y a pléthore d’infos nationales et internationales, et très peu de scandales ou situations potentiellement dangereuses découverts
    au niveau local.

  4. @ Thierryl

    Vous n’avez pas tort en soulignant que l’information locale est mal traitée, et que si les journaux choisissaient de la renforcer, ce ne serait pas une mauvaise chose, en soi. Ce serait plutôt bien même… 😉

    Mais c’est tout de même embêtant que ça se fasse au détriment de l’information nationale et internationale, dans un contexte de diminution générale de la quantité d’information dans les journaux…

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