le salon

Une expérience d’information 2.0 à propos de l’émeute de Tours

L’émeute de samedi à Tours m’a donné l’occasion d’une expérience d’information 2.0, qui confirme certaines de mes idées sur la puissance d’information d’internet quand il associe blogs et réseaux sociaux, mais me conduit aussi à atténuer mes propres doutes sur la capacité réelle d’internet à m’informer sans journalistes.

C’est que – en l’occurrence – je me suis bel et bien, et quasiment sans m’en apercevoir, uniquement et entièrement informé sur cet événement sur internet, sans passer à aucun moment par le canal d’un média traditionnel et d’un travail de journaliste.

J’ai confronté par le suite ce que je trouvais sur le net en provenance des médias de journalistes, sans être vraiment convaincu de l’ampleur de la “plus-value” réellement apportée. Je doutais que ce soit véritablement possible et que le seul contenu “amateur” sur le net me fournisse une information intéressante et de qualité. Cette expérience me démontre le contraire : l’information 2.0 existe et je l’ai rencontrée.

J’étais “débranché” des médias traditionnels

Je n’ai pas vraiment été branché sur les médias traditionnels ces dernières heures (depuis dimanche) : très peu de radio et de télé, pas de presse écrite. Ce n’est pas par ce canal que l’information selon laquelle une émeute de jeunes s’est produite à Tours, dans la nuit de samedi à dimanche, est arrivée jusqu’à moi, mais par mon propre réseau social en ligne.

Une amie, sensible aux questions de la jeunesse, de Facebook et de la politique, et qui sait que le sujet m’intéresse aussi, s’est chargée de mon alerte par mail. Elle me renvoyait simplement vers ce blog, que je ne connaissais pas, pour plus ample information.

Il s’agit d’un blog de géographes, a priori plutôt sérieux, qui rapporte l’événement de manière factuelle et assez précise, laissant entendre que le rédacteur du billet est un témoin direct des faits qu’il décrit (ça sent “le vécu”), mais ce n’est pas dit explicitement, et il en propose même déjà (le lendemain) un “décryptage” très intéressant (je vais y revenir) sous un angle socio-géographique.

• Le billet indique que l’émeute fait suite à un appel à un rassemblement ludique d’internautes sur une place du centre de Tours qui a dégénéré après l’intervention de la police, un appel lancé sur Facebook. Je m’empresse d’aller y voir. Un mot, cité sur le blog, me semble une bonne clé de recherche : il s’agissait du mot d’ordre de rassemblement pour une “Alarash Party”. Ma première recherche rapide d’un tel groupe ou événement sur Facebookk ne donne rien dans un premier temps (je comprendrais ensuite pourquoi). C’est donc sur Google que je tente alors ma chance.

Un petit tour par les moteurs de recherche

• Je sais d’expérience que le moteur de recherche de blogs de Google est plus réactif que son moteur de recherche web, c’est donc lui que je consulte.. J’y trouve des choses. Dans ce blog d’abord : une réaction d’humeur et peu d’information, mais une photo (ci-dessous). Un premier recoupement de mon information, quoiqu’il en soit. Beaucoup plus de ressources en tout cas à mon essai suivant, sur ce blog : ce blog est tout récent, son auteur (apparemment assez récent lui aussi) avertit d’emblée : “Ceci n’est pas un skyblog” et semble s’intéresser tout spécialement à fournir “des liens vers le plus drôle et le plus intéressant de l’internet”.

On ne sait si le rédacteur est un témoin direct, mais les faits sont rapportés de manière plutôt factuelle et précise. Une partie du billet relève de la réaction et se fait un peu moralisatrice, en tâchant immédiatement de prévenir une mise en cause de Facebook, comme responsable de ces débordements (on verra que ça ne suffira pas à l’éviter, mais c’était plutôt fin de voir tout de suite poindre cette menace). Ce blog m’apporte surtout l’information que je cherchais : le lien vers le groupe Facebook… qui est malheureusement cassé. Une mise à jour du blog, dimanche après-midi, m’indique que le groupe est fermé, mais le blogueur en avait fait une capture d’écran (décidément futé ce garçon) (document ci-joint).

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• J’apprends ainsi qu’il s’agissait d’un “groupe privé”, tout de même fort de “1730 membres”. Son objet est manifestement surtout ludique et plutôt très d’jeuns : “vous pouvez arriver torchés, fonsedés, a balle, rien a foutre, c’est pas mon probleme”.

Sur Facebook, les témoins en ligne directe

• Ce blog, “Les yeux ouverts” m’indique surtout une autre piste : “Un autre groupe Facebook raconte en détail ce qui s’est passé” : Si toi aussi tu t’es cru à Bagdad le Samedi 7 Mars à Tours !!!. Et celui-ci est opérationnel.

On y trouve une foule d’informations de première main, provenant de témoins directs des faits auxquels ils ont participé. Le groupe compte à l’heure où j’écris 650 membres, 166 messages sont postés sur son “mur”, et trois forums enregistrent une quarantaine de messages. Il y a aussi 21 photos et trois vidéos de l’événement, suscitant des dizaines et des dizaines de commentaires. Ça débat sec dans le groupe et cette confrontation dynamique des témoignages les uns aux autres propose un intéressant moyen de recoupement communautaire des informations. Ainsi qu’une foule de renseignements sur le profil des participants et leur perception, ou leur interprétation, de ce qui leur est arrivé.

C’est tout le travail du journaliste de récolte des témoignages et de leur recoupement qui est en train de se faire sous mes yeux, et il se fait tout seul. C’est de l’auto-journalisme spontané !

• Un commentateur poste un lien vers… lepost.fr, qui est déjà sur le coup ! C’est le célèbre serial zappeur du Post FullHDReady qui a repéré l’affaire et propose déjà des liens vers d’autres ressources : le site Touraine Politik, qui propose à son tour d’autres liens, vers le “blog militant” d’Adrien Soissons, hébergé par le site, et vers un blog externe, Le Communard, qui proposent déjà, tous les deux, une interprétation très engagée du sens politique à donner, ou pas, à cet événement (et elle est engagée plutôt, je dirais, dans une sorte… de mouvance proche de l’ultragauche quasi anarcho-autonome, comme dirait… je ne sais plus qui… :o) )

• Je fais une pause dans mes recherches et je reviens à mon blog pour jeter un oeil sur mes referers du jour (les blogs qui citent le mien, NDLR), et me voilà arrivé chez le blogueur Farid Taha, qui est déjà sur la même piste que moi ! Celui-ci propose déjà une piste d’analyse des faits sous un angle socio-politique intéressant. Et il tisse un lien entre cet événement et mes propres récents billets sur la génération des déclassés entre rébellion et retrait, et sur le livre “L’insurrection qui vient”

La boucle est bouclée, me voilà revenu chez moi. 🙂

Et du côté des médias traditionnels ?

Pendant ce temps-là, les médias “traditionnels” en sont encore… à “une fête Facebook qui dégénère” : une dépêche AFP dimanche, reproduite par Lefigaro.fr, une brève ce lundi à 14h05 sur lemonde.fr, qui fait un lien avec d’autres incidents entre des jeunes et la police, ce week-end dans les Yvelines (sans justifier ce rapprochement), complétée à 18h38 d’un court article relayant des infos glanées sur le net (à peu près les mêmes qu’ici !). Même renvoi aux mêmes “sources” du net sur le site de TF1/LCI. (aujourd’hui à 11h22).

Bref absolument aucune valeur-ajoutée “journalistique” dans le traitement de cette information par ces médias… de journalistes : le traitement se résume à AFP + Facebook et des blogs.

La presse régionale sauve – un peu – le journalisme

Les choses sont heureusement différentes du côté de la presse régionale en ligne…

Le site de La Nouvelle République propose un “vrai” travail de journaliste. Michel Embareck n’était pas sur place au moment des faits, mais il a interrogé depuis des témoins directs :

(noir)Plusieurs témoins constataient hier qu’il s’agissait « d’affrontements pour le seul plaisir de l’affrontement. Aucune revendication politique ou sociale n’a été entendue hormis quelques insultes très classiques. Il y a eu une vitrine dégradée, mais pas de magasins pillés ».

(/noir)

Avec quelques “mises en perspective” pédagogiques sur Facebook…

Un équipe professionnelle de TV-Tours se trouvait sur place, elle, et proposait un reportage dans son journal de ce lundi à 18h45 : images des échauffourées, interview de témoins riverains et de témoins participants au rassemblement. Avec un reportage réalisé le lendemain tentant de dégager “les reponsables”, avec un entretien anonymisés avec l’un des organisateurs et un autre avec le commissaire de police de permanence ce soir-là.

Seules la presse locale et l’AFP sont en mesure d’apporter une réelle “plus-value” journalistique du traitement de cette information, et encore les informations nouvelles apportées par ces journalistes, par rapport à ce que j’avais déjà appris sur le net, se bornent, pour l’essentiel, aux informations “officielles” des institutions (police, préfecture, pompiers…).

Aucun journaliste ne propose réellement, ou même ne suggère, de piste d’explication ou d’analyse de ce qui s’est passé. Ce sont des blogs qu’elles viennent.

Une information multimédia “à la source”, sur le net

Les conclusions que je tire de cette petite expérience ? En à peine plus de 24 heures, le web m’aura fourni :

• une foule d’informations multimédia de première main sur ce qui s’est passé à Tours, dans la nuit de samedi à dimanche :

– des récits des faits par des témoins, dans des blogs et sur Facebook
– une confrontation “dynamique” de ces témoignages dans les échanges entre témoins dans les forums du groupe Facebook
– des photos
– des vidéos

• des analyses du sens politique que donnent de l’événement de jeunes blogueurs de la gauche libertaire.

• des analyses moins engagées et plus sociologiques, sur le blog des géographes et sur celui de Farid Taha.

La réflexion des géographes met en relation, en bon géographe, le réseaux social “virtuel” et l’espace social “physique” :

(noir)En tant que géographes, il y a de quoi nous interpeller vivement ici. Premièrement, nous ne pouvons pas passer à côté de la dimension assurément spatiale de réseaux sociaux comme Facebook. L’espace virtuel démontre qu’il est intrasèquement lié à un espace réel, dans lequel il s’exprime, se concrétise. Deuxièmement, parler d’espace ludique et récréatif de la place Plumereau pour l’agglomération tourangelle est une vérité aléatoire, si l’on en croit une série de facteurs qui peuvent modifier d’une telle façon la fonction d’un lieu. Enfin, on ne saurait sous évaluer la dimension politique de l’espace, qu’il soit urbain ou rural : nous ne vivons ainsi pas dans des espaces réellement libres, mais plutôt contrôlés, surveillés par l’autorité publique, ici représentée par les forces de l’ordre. Les affrontements entre jeunes et forces de l’ordre, dans leur dimension physique, révélaient, au-delà d’un conflit de l’usage d’un espace, une vraie lutte pour marquer son territoire.

(/noir)

Farid Taha propose une analyse plus politique :

(noir)Les émeutes de Tours d’hier soir nous ont en tout cas donné (en léger différé) quelques éléments d’appréciation de ce que Adrien Soissons qualifie “d’événement qui n’en est pas un” ou du moins qui n’a pas de sens politique. Je ne suis pas complètement d’accord avec lui. D’ailleurs je trouve étonnant que la presse ait couvert cet événement avec son habituelle désinvolture soit, comme une simple fête qui tourne mal … avec bien sur comme ingrédient (facile) : Facebook, internet … ces dangereux inconnus pour la France (pas connectée).

(noir)J’estime pour ma part que si ces événements qui nous questionnent, doivent être interprétés avec beaucoup de prudence il convient aussi de lire le propos de personnes comme Le Communard pour se faire un début d’opinion et voir soi même s’il s’agit ou non d’un événement politique, ou s’il s’agit ou non d’une réaction structurée ou au moins profonde.

(noir)Je pense sérieusement qu’il s’agit d’un mouvement social (profond) naissant.

(noir)Ce n’est en effet pas un événement politique en soi, parce qu’il n’a été revendiqué par personne, ni même un élément déclenchant de quoi que ce soit de structuré. Du moins pour le moment. Les français de métropole n’ayant déjà pas réagit au tremblement de terre qui a secoué la Guadeloupe, je ne vois pas ce qui les ferait réagir maintenant de manière aussi structurée ici, en métropole, qu’en Guadeloupe.

(noir)Non, il s’agit plutôt d’une brillante démonstration grandeur nature des propos développés dans «L’insurrection qui vient» (…).

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Être à l’affût des “signaux faibles”

Je ne sais pas, pour ma part, s’il faut aller tout à fait jusque-là, en tout cas pour cet épisode de Tours. Mais il est légitime, voire indispensable aujourd’hui, à mon avis, de se poser la question. Être à l’affût de tous les “signaux faibles” qui pourraient nous indiquer comment va réagir la jeunesse à l’avenir de déclassés qui lui est promis, face à une crise dont il semble déjà clair qu’elle va être l’une des premières victimes. Et cette réaction pourrait être violente.

Les médias traditionnels semblent franchement dépassés. C’est une leçon que je retire de cette expérience. Non seulement ils ne sont pas sur le terrain, ou peu, mais ils semblent également déconnectés. Ils ne sont pas à l’écoute des battements du monde. Alors que les blogueurs, eux, sont déjà là, au coeur de cet événement (même à travers le net), pour tenter de le comprendre et de l’évaluer. C’est ça que j’appelle… l’information 2.0.

22 Comments

  1. Ils manque un élément dans cette description fort intéressante : combien de temps pour réaliser cette quête d’information sur ce seul événement ? Tout le monde a-t-il autant de temps à consacrer à cette quête alors que plusieurs autres sujets peuvent l’intéresser le même jour ?

    Le travail du journaliste n’est alors peut-être pas le plus complet, mais il a au moins le mérite de fournir une information synthétisée au lecteur qui n’a pas que ça à faire, non ?

  2. “les blogueurs, eux, sont déjà là” : cela me semble artificiel d’opposer les blogueurs et les medias parce que les blogueurs sont loin de constituer un ensemble homogène et ils n’ont pas de “cahier des charges”. Si tu entends “les blogueurs qui s’intéressent à l’actualité/la société”, oui ça devient pertinent. Néanmoins tu as raison, les journalistes passent à coté.

  3. intéressant, mais contestable, à mon sens, pour ce qui est de l’interprétation des faits…pour avoir été présente, du début à la fin, je vous assure que c’était davantage l’affrontement pour l’affrontement, vécu comme un jeu (pour certains) ou comme un défouloir (pour d’autres). D’autre part, ça a largement dépassé le cadre de la soirée facebook, dont ses participants n’ont même pas d’ailleurs contribué au feu de joie – feu qui a donné le point de départ de l’émeute.

  4. …en ce qui concerne la forme – une expérience d’information – c’est particulièrement pertinent…mais, et de façon, je le reconnais, très simpliste, cette surabondance d’informations dont on décrit ici les formes et les moyens n’aide pas forcément l’information (et désolée pour la répétition)…le trop, ennemi du bien !

  5. Je ne doutais pas un instant, en t’envoyant ce lien, que tu t’attèlerais à cette grande investigation ! Ta démonstration est celle que j’attendais…
    Je privilégierais l’approche sociologique à la politique. La question est ; comment cette société française vieillissante contient les “débordements”
    festifs de sa jeunesse ? On a imaginé des quartiers dédiés à cela où les jeunes se sont inventé leur agora, la place plume à Tours, la place de l’hôtel de ville à Rouen, dans chaque ville étudiante et lycéenne de province on trouve le même phénomène. Ces mômes aiment les grandes messes, le rassemblement pour le rassemblement. Je doute que beaucoup soient très politisés, la lecture de leurs réactions sur les blogs et sur facebook ne m’incite pas à y croire. Non, ils seraient plutôt dans une errance de marrade sans but.

  6. Bonjour Narvik,
    Ton billet montre clairement que l’intermédiation classique des journalistes entre un événement et des lecteurs a volé en éclats avec les blogs.

    Néanmoins, on ne peut pas complètement jeter le bébé avec l’eau du bain : la presse locale – écrite et TV – s’en sort plutôt bien et tu le remarques à juste titre.

    Bien avant l’arrivée des blogs, les médias nationaux quant à eux faisaient déjà dans l’à peu près, parce que loin du terrain.

    En revanche, tu démontres avec ton billet qu’il est nécessaire que les journalistes investissent le web et l’explorent comme un vrai territoire, pour reconstituer des événements, rendre compte des analyses faites sur les blogs, comme tu l’as fait.

    Et là, le travail du journaliste reprend tout son sens: celui de hiérarchiser, sélectionner… informer complètement, en recomposant la mosaïque des infos parcellaires glanées sur le Net. Ce sont de véritables enquêtes que l’on peut ainsi mener sur le Réseau…

    “Les médias” doivent créer des postes de journalistes dédiés à celà: une veille permanente sur le web, l’investigation sur ce nouveau territoire.

    Précisément pour accompagner l’information 2.0.

  7. C’est surtout un bon exemple de ce que devrait être une presse locale en ligne réactive. Donner à lire ce qu’il se passe sur le net local, dans les blogs, sur les sites sociaux, etc. A force de ne pas le faire, ce sont d’autres sites qui finiront par être incontournables.

    Ca me fait penser qu’il manque à Facebook un moteur de tendances (un zeitgest temps réel), qui permettent de mettre en avant les pages qui bougent, où il y a du trafic, des commentaires, des vidéos et photos postées, afin de mieux montrer ce qu’il s’y passe. Ce serait précieux.

  8. Pour avoir été sur place, je ne suis vraiment pas convaincu par le récit proposé par la NR. Je ne suis pas du tout engagé, mais tout de même, se contenter de reprendre la chronologie proposée par le préfet (fausse qui plus est, aucune canette n’a été jeté sur les pompiers, le seul jet fut celui d’un crachat et son auteur fut interpellé) et de produire quelques témoignages orientés ne suffit.

    Toutefois, je me garderais bien d’accuser qui que ce soit dans ces événements, que ce soit manifestants, “marginaux” ou étudiants. Il paraît quand même toutefois pertinent de souligner certains aspects sociologiques, et ce sans oublier les “marginaux” qui ont bon dos dans cette histoire.

    La place Plum’ n’est justement pas l’Agora des étudiants contrairement à ce que j’ai pu lire ici. Et c’est peut-être un des points qui fache dans la politique urbaine à Tours. En effet, un lobby assez puissant, conjugués aux efforts de la maire, travaille à “nettoyer” cette place, trop souvent stigmatisée comme un lieux de bagarre : rondes très régulière de police, pressions qui aboutissent à la fermeture de quasiment tous les bars de concert de la ville, interdiction de la vente d’alcool à emporter. Un point de fixation de cette population indésirable (SDF, étudiants adeptes des “excès festifs”) s’est d’ailleurs créé à la périphérie de l’hypercentre, sur les bords de Loire. Cette population qui semble tant inquiéter le préfet et les bonnes gens y trainent tout l’été, près de la “guinguette” à quelques pas du pont Wilson. Pour autant, pas d’évacuation musclée tous les soirs (et heureusement d’ailleurs).

    Ce n’est évident pas le seul facteur, mais le sentiment d’être rejeté du centre-ville (“pourquoi n’avons nous pas le droit de faire la fête ici nous?” ai-je entendu à plusieurs reprises) n’est pas totalement innocent. Pas plus que l’état d’esprit des autorités en place. A lire ce matin dans la nr (papier), ces propos édifiants : “Et surtout, selon lui (le préfet), à un mélange de plusieurs populations. “Il y avait au départ des organisateurs de Facebook, ajoutait-il. Mais en se rassembalant à cet endroit et en allumant un feu, ils ont attiré les SDF et les voyous qui trainent dans le quartier””.

  9. Je n’ai aps encore lu l’article, je voulais juste rebondir sur les propos de Romain ci-dessus.
    Je n’étais pas sur place, mais j’habite aussi Tours, et je suis amplement de son avis concernant la “place Plum'”.
    A force de vouloir “nettoyer” la place (à coups de fermetures de supérettes de quartier vendant de l’alcool, rondes de polices, suppressions de concerts sur place, fermeture de bars à concerts, etc.), le seul résultat qu’on semble pouvoir tirer… c’est que le quartier est de plus en plus mort (festivement parlant) et… c’est tout.
    La “population indésirable” comme le dit si bien Romain se concentre en grand nombre sur les quais de la Loire, sans pour autant que les autorités locales ne semblent y trouver qqc à redire.

    Bref, cet “évènement” n’est à mon sens que le fruit d’une politique locale totalement contre-productive concernant le centre-ville de Tours…

  10. @ jb

    Ça ne demande pas tant de temps que ça de faire ce parcours sur une dizaine de site au maxi et les lire. Bien d’autres ont fait le même.

    Ce qui demande du temps, c’est de le décrire en détail par écrit et de le commenter. 😉

    @ Laure, Antoine, Romain

    Romain et Antoine confirment ton analyse, Laure, qui revient à celle des géographes : la place des jeunes dans la ville, celle que l’on veut bien leur laisser, le fait de les considérer comme des gênes ou des menaces, plutôt que comme des usagers aussi légitimes que les autres…

    @ Phil et Hubert

    Je suis bien d’accord avec vous, le web est devenu en lui-même un espace producteur d’actualité, donc d’information, dont il faut rendre compte avec un travail de recherche, de synthèse et d’analyse.

    C’est un message qui a encore un peu de mal à passer dans les rédactions. 😉 Mais je crois que nous y travaillons un peu tous les trois, non ?

  11. Bonjour
    votre article est extrêmement intéressant.
    Savez vous si Twitter a frémit pendant les “événements”?

    En m’éloignat du traitement journalistique (et encore, un commentaire sur un blog, c’est toujours du traiment 2.0 :o) )Il manque à mon sens une dimension à l’analys. C’est la description visionnaire que Howard Rheingold a fait au début des années 2000 dans son livres “foules intelligentes” de ce genre de mouvement. La technologie (il décrit très précisément les évolutions) est à le catalyseur. Les admirateurs de Rheingold ont créé les “flash mobs” pour donner du corps à sa vision. Mais c’était un dévoiement. Son analyse portait précisément sur les événements comme celui de Tours, qui n’étaient à l’époque qu’à peine embryonnaires.

    Cordialement,

  12. @ Loran

    Je n’ai pas parlé de Twitter, car ma propre “twittosphère” n’était pas vraiment branchée sur ce type d’info et n’a donc pas réagi dessus ce week-end. Mais il semble, bien entendu, que d’autres ont beaucoup gazouillé à ce sujet. 😉

    Twitter, comme réseaux social d’alerte joue en effet un rôle grandissant. Mais pour le moment, en France, ça concerne encore vraiment très très peu de monde (quelques dizaines de milliers de personnes, qui ne forment pas un réseau cohérent, mais un maillage de réseaux différents, plus ou moins interconnectés les uns avec les autres).

  13. Passionnant. Crevé je n’ai pas réagi ni blogué mais l’info est tombée sur Twitter en quasi temps réel puis un peu plus tard dans la nuit un lien vers vers le blog du communard.

    @laure

    Cette “insurrection” qui vient ne passe pas forcément par une revendication politique habituelle mais par une réappropriation de l’espace et du temps y compris de façon festive 🙂

  14. votre peur d’une analyse “politique” est assez significative de l’affaiblissement de cette culture ici bas.

    un affrontement entre des jeunes et la police, même juste pour le plaisir (#3) est par définition “politique” (mise à jour des conflits et résolution)

    Quand vous retirerez le cirque électoral de votre conception du politique, vous n’aurez plus honte de posez des questions “politiques” telles que :

    “la place des jeunes dans la ville, celle que l’on veut bien leur laisser, le fait de les considérer comme des gênes ou des menaces, plutôt que comme des usagers aussi légitimes que les autres…” (#10)

    il y a eu un défaut (80-90) de transmission de la culture politique populaire. les partis se sont spécialisés et coupés de la population.

    résultat : politique = caca (désolé mais je ne vois pas d’argument plus profonds à cette attitude et ce déni)

    Pour finir, quand ces jeunes et les citoyens auront pris conscience que c’est ça la politique et pas le cirque des partis, quand nous réussirons à coller des mots et des analyses sur des actes qui impliquent la force publique, la liberté et la justice sans passer par “la gauche” ou “la droite”, on aura fait un très grand pas vers plus de maturité citoyenne face aux irresponsables zombies qui gouvernent.

  15. Une émeute est un acte politique en soi puisque c’est la mise à jour d’un conflit (la place des jeunes par ex.).
    Il n’y a pas besoin de revendications. Le côté ludique lui-même est politique (slogan déjà entendu : “la révolution sera fête”)

    Refuser d’analyser politiquement un évènement fondamentalement politique, c’est continuer quelques années encore la masturbation intellectuelle en tournant autour du pot. Prenez vos responsabilités intellectuelles et morales et n’ayez plus peur ou honte du “politique”.
    La sociologie est un outil (parmi beaucoup d’autres) de l’analyse politique. La sociologie n’exclut pas l’analyse politique. Elle est juste limitée.

  16. @ uju

    Voyez-vous, pour ma part, c’est votre propre culture politique que me semble bien sclérosée.

    D’abord, vous êtes bien sûr de vous, et bien sûr que ceux qui ne partageraient pas vos analyses se trompent. Peut-être ne doutez vous pas assez…

    Ensuite, ce que vous appelez le politique (et vous semblez croire détenir à ce sujet une sorte de monopole de compréhension), n’est rien d’autre, pour moi, qu’une grille de lecture, un prisme que vous appliquez à toute situation, avant même de l’analyser en détail.

    Ce n’est pas ça une “culture politique”, ce n’est rien d’autre que du prêt-à-penser.

  17. “ce n’est rien d’autre que du prêt-à-penser”. pas mal pour celui qui n’a pour seule grille politique (même humoristique) que la nomenclature du ministère de la paix publique… ou cette autre super notion très réfléchie (par J.J. Goldmann notament) de “engagé” (dans l’armée, dans la croix-rouge ?).

    ensuite il ne me semble pas avoir fait la moindre analyse de cet évènement. Juste souligné la bande de m. jourdain qui commente ici en citant votre propre analyse (mal référencée : s/’#10’/’#11’/) pour dire qu’elle était vraiment politique au sens de la “science politique” et pas au sens “bassement journalistique” (pas besoin de people ou de parti pour faire de la politique). Quant à la politique comme grille de lecture, que voulez-vous, j’essaie d’être un citoyen et j’ai un regard politique sur les évènements qui impliquent plus de deux personnes. Je prendrai donc ce qui doit passer pour vos lecteurs dépolitisés comme un reproche pour un compliment (car je ne suis ni géographe, ni sociologue et encore moins journaliste, juste un citoyen).

    Enfin, avoir conscience de la portée politique de ses actes, c’est juste le début de l'”engagement”. On n’est pas obligé d’être conscient de ce que l’ont fait et c’est tant mieux.
    La principale peur de tout pouvoir (au-delà de sharko et des éléphants) c’est que ces jeunes prennent conscience que ce qu’ils ont fait est politique. Alors faisons de la sociologie, de l’urbanisme, de l’anthropologie, du droit, mais ne parlons de politique que lorsqu’il s’agit de la rolex de l’autre.

    P.S. : sur le ton, oui je suis peut-être un peu trop sûr de moi à propos de “politique”. Cela vient peut-être que je lis trop de gens qui passent leur temps à réinventer l’eau tiède par peur du politique et que je m’impatiente. (En même temps je suis très optimiste car la culture politique se construit comme ça, sur le terrain, face au pouvoir et ils ont appris bien plus qu’en lisant l’insurrection qui vient ou les notes du ministère de Versailles). Pareil pour ces collègiens bordelais matraqués par des crs à montparnasse : un voulait devenir gendarme (pleure son père dans la presse locale), je crois qu’il a maintenant bien “intégré” les notions d’arbitraire et de monopole de la force légale…

  18. désolé pour le double post, il semble y avoir chez moi un problème avec le bouton “voir ce message avant de le poster”. La deuxième version est donc celle que j’ai relue et la première presqu’un brouillon.

    il y en aurait eu une troisième avec la première phrase à l’endroit : “pas mal pour celui qui n’a que la nomenclature du ministère outragé pour seule grille d’analyse (même humoristique)”
    j’aurais aussi remplacé “ministère de Versailles” par “ministère des Versaillais”, puisque les versaillais d’aujourd’hui habitent Neuilly.

  19. @ uju

    Pas de souci, le brouillon est effacé.

    Sinon, bien sûr que vous proposez déjà une analyse politique de cet événement dans votre premier commentaire.

    Le premier point de votre analyse est que ce qui était écrit précédemment relève d’une “peur”, d’une “honte” et relèverait du “déni”. J’en déduis que vous seul êtes capable de faire preuve de courage et d’affronter la réalité en face dans cette affaire.

    Pour être franc, ça me fait sourire. 😉

    Pour ce qui est de ma position politique personnelle, vous disposez de 577 billets sur ce blog, et de quelques centaines de commentaires que j’ai pu laisser ici ou ailleurs pour vous faire une idée.

    Reconnaissez-moi au moins la possibilité d’être jugé sur l’ensemble de ce que j’écris et pas sur un seul billet sur lequel vous me semblez faire une fixette et sur lequel vous êtes probablement fait une idée définitive un peu trop rapidement.

  20. …En ligne le 9 :

    http://berthoalain.wordpress.com/2009/03/09/emeute-facebook-a-tours-mars-2009/

    (nom du site : anthropologie du présent)
    par lequel j’ai eu connaissance de l’événement

    Ce n’est pas – tout-à-fait – le sujet mais quand même :=) , un TRES intéressant témoignage sur l’attitude des ‘forces de l’ordre’
    (à partir de sous la 3ème photo)
    http://shareorshelve.blogspot.com/2009/03/strikes-parties-riots-impromptu-brass.html

  21. Marion

    Il faudrait lire “l’insurrection qui vient”.
    Où il est dit qu’affronter l’état, sous ses toutes ses formes, est un acte politique en soit.

  22. @ Chacal

    “L’insurrection qui vient” est un livre de théorie politique (qu’on a lu en détail sur ce blog d’ailleurs : “L’invention d’un gauchisme post-nucléaire”), ce n’est pas une analyse des faits qui se sont produits APRES sa parution.

    On ne peut pas poser, par principe et avec une grille de lecture imposée, qu’un événement comme celui de Tours ait un sens politique tant qu’on ne l’a pas démontré, et précisé lequel.

    Les blogueurs cités en fin de cette “enquête” ont le mérite de discuter deux thèses, qui ne sont pas “politiques” au même niveau : une thèse de géographie politique (une concurrence pour l’occupation de l’espace public) et l’autre de nature socio-politique (observer si cet événement traduit, ou non, le malaise social de la jeunesse).

    Affirmer que tout affrontement contre l’Etat est un acte politique par principe est, au choix, soit une banalité (en prenant du terme “politique” la définition la plus large et plastique possible), soit une position idéologique (car la démonstration de la réalité de ce qu’on avance manque après l’affirmation).

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