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Un journaliste reporter de ses propres meurtres

Le fait divers divers est horrible, mais c’est la situation proprement ahurissante qui retient mon attention : un journaliste assurait dans la presse la couverture de ses propres meurtres…

Le journaliste macédonien Vlado Taneski , “soupçonné d’avoir assassiné sauvagement au moins trois femmes” a été arrêté vendredi, inculpé dimanche (AFP, via Le Monde). Il “s’est suicidé dans sa cellule”, apprend-on aujourd’hui (AFP via Le Figaro).

(noir)Surnommé le “Monstre de Kicevo”, Taneski, qui avait travaillé pour le plus ancien quotidien de Macédoine, Nova Makedonija, était soupçonné d’avoir tué une quatrième femme. Il avait lui-même rendu compte des meurtres pour Nova Makedonija et pour le quotidien Utrinski Vesnik entre 2003 et 2008. La police avait commencé à le soupçonner après avoir relevé que ses reportages comportaient des détails qui n’avaient pas été officiellement révélés. Taneski n’avait pas hésité à interviewer aussi bien des parents des victimes que des policiers chargés des enquêtes.

(noir)“Il est venu me voir en tant que journaliste pour me demander des informations sur ma soeur”, a raconté à l’AFP Cvetanka Licovska, la soeur d’une des victimes. (belga/7sur7 avec AFP)

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Le journaliste-meurtrier, au contact direct des enquêteurs, immergé lui-même dans l’enquête, interrogeant la famille de sa victime, et démasqué au bout de cinq ans… Sur le papier, j’aurais écarté pour invraisemblance une tel scénario pour une fiction !

Pardonnez que je m’étende un peu sur cette affaire, qui me fait renouer avec une vieille passion pour les faits-divers, qui ont occupé à plein temps plusieurs années de ma vie professionnelle. Mais cette affaire est tout bonnement exceptionnelle.

Je cherche mes mots pour exprimer, sans choquer, la réaction d’un “faits-diversier” devant une telle affaire, mais pour être franc, dans le métier on dirait seulement que “tout y est pour en faire l’histoire du siècle”.

– les conditions sauvages des meurtres: “Vlado Taneski, 56 ans (…) a été arrêté vendredi, accusé d’avoir enlevé, violé et tué sauvagement ses victimes avant de les découper en morceaux et de les disperser en divers endroits enveloppés dans des sacs en plastique.”
– le “profil” des victimes : “Selon la police, toutes les victimes de Tanevski ont des caractéristiques semblables qui les font ressembler à sa mère avec laquelle il avait eu des rapports difficiles. Les femmes assassinées ont ainsi sensiblement le même âge, la même éducation et un passé professionnel proches de la mère de Tanevski et sont toutes, comme elle, des mères célibataires.”
– le sang-froid du tueur : au contact des enquêteurs durant cinq ans d’enquête, n’ayant jamais rien laissé soupçonné à sa propre famille et à ses collèges.

(noir)“Dans son édition à paraître lundi, le quotidien Nova Makedonija cite l’épouse du journaliste, Vesna Taneski, qui affirme ne s’être doutée de rien. “J’ai été la dernière informée de ces meurtres”, a-t-elle déclaré. “Nous avions (avec Vlado Tanevski) une relation normale qui n’était nullement agressive”, a-t-elle ajouté. Les époux qui ont deux fils d’âge adulte, ont vécu ensemble pendant 31 ans mais n’habitaient plus sous le même toit depuis quatre ans, a précisé le journal. Les collègues de Vlado Tanevski ont fait part de leur consternation après l’arrestation de leur confrère que plusieurs d’entre eux ont décrit comme un homme “calme et modeste”.”

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– les conditions de sa mort : ““Il s’est suicidé en plongeant sa tête dans un seau d’eau”, a déclaré à l’AFP M. Kotevski. “On ne sait pas comment aucun des codétenus ou des gardiens n’a remarqué ce qu’il faisait”, a-t-il ajouté avant de conclure: “Il a fini comme dans un film d’horreur”.

La relecture a posteriori – à venir, je n’en doute pas – de l’ensemble des reportages qu’il a consacré à ces affaires durant des années, comme les témoignages de ceux qui l’ont côtoyé dans ce cadre, s’annoncent comme un moment absolument unique du journalisme de faits-divers. A suivre…

1 Comment

  1. Desproges disait dans un de ses réquisitoires du Tribunal des flagrants délires : “j’en étais venu à écraser des chiens pour nourir ma chronique quotidienne.”

    Sauf que lui plaisantait…

    Voilà qui va intéresser Stéphane Bourgoin.

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