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Un journalisme de re-médiation

Il y a ce à quoi le journaliste ne sert plus, ce à quoi il sert encore et ce à quoi il pourrait servir…

Le rôle d’intermédiaire de l’information ou de prescripteur d’opinion, le contrôle sur la diffusion et la hiérarchisation des nouvelles sont perdus, et c’est un monopole des journalistes qui s’effondre avec internet.

Le rôle des journalistes d’agence de presse n’est pas remis en cause. Il devient même central, à côté des internautes producteurs eux-mêmes d’information, dans le nouveau dispositif de l’info.

Le journaliste conserve en partie son rôle d’expertise, de veille et de pédagogie de l’information, mais il doit désormais le partager avec d’autres et lutter au quotidien pour prouver la pertinence de son approche spécifique.

Il trouve une nouvelle légitimité de “chien de garde” du net (gate keeper), dans la vérification a posteriori de l’information qui circule et dont il n’est plus à la source. C’est dans le traitement de l’information et le “service après-vente” que se concentre désormais “le coeur de métier”, dans un journalisme “assis” qui assure surtout des tâches de post-production : la figure du reporter et celle de l’éditorialiste s’effacent devant celles du secrétaire de rédaction et de l’éditeur.

Ce nouveau journalisme de re-médiation, plus modeste et à l’écoute, marque la fin d’un magistère, mais pas celle d’une profession. Celle-ci doit s’attacher plus que jamais (et probablement plus qu’aujourd’hui !) à sa déontologie. L’indépendance, la transparence et la stricte séparation entre l’information et la communication ou la promotion, formant l’essentiel de la plus-value que le journalisme peut prétendre apporter en ligne et qui justifie son existence…

Dans ces conditions, peut-être est-il possible de trouver en ligne un financement suffisant pour assurer la survie de cette profession.

A quoi ne sert plus un journaliste ?

Un monopole qui s’effondre :
– le journaliste a perdu son rôle d’intermédiaire obligé entre la source d’information et son public. Les sources sont aujourd’hui accessibles en ligne, les lecteurs y accèdent directement.
– le journaliste a perdu le contrôle sur la diffusion de l’information. L’information se diffuse de manière virale, par agrégation des comportements individuels des lecteurs qui recommandent et re-diffusent, non plus en fonction du choix éditorial de professionnels.
– le journaliste a perdu le contrôle de la hiérarchisation de l’information. Celle-ci s’opère désormais selon des processus de référencement et d’agrégation. Des algorithmes hiérarchisent les informations selon des critères sémantiques (mots-clés…) et de popularité (nombre de lectures, nombre de liens, notation directe des lecteurs).
– le journaliste a perdu son rôle de prescripteur d’opinion. Il n’est plus considéré comme légitime à ce que son opinion domine la clameur générale. Il n’est plus qu’un parmi tous les autres qui s’expriment en ligne.

A quoi sert encore un journaliste ?

– la diffusion de l’“information brute” : si le rôle de sélection et de hiérarchisation à la base du journalisme “de rédaction” est remis en cause par internet, le journalisme “d’agence de presse” trouve une nouvelle légitimité dans la mise à disposition directe auprès du public de “l’information brute” récoltée sur le terrain, auparavant réservée à des professionnels. Les agences de presse sont aujourd’hui l’une des principales sources d’information en ligne, à côté de l’information apportée par les internautes eux-mêmes. Leur maintien est donc plus que jamais indispensable.
– l’expertise des journalistes spécialisés reste pertinente, mais uniquement à l’intérieur de leur domaine propre de compétence et au même titre que les autres spécialistes non-journalistes qui s’expriment en ligne sur le même sujet.
la veille de l’information : le journaliste peut toujours jouer un rôle de découvreur, de révélateur, de “dénicheur”, même s’il est en concurrence très vive dans ce domaine, avec d’autres internautes et avec les algorithmes. Là encore, il sera jugé sur pièce, sa crédibilité est à construire par la pratique.
– le journaliste conserve une capacité privilégiée à mener des investigations approfondies. Sauf que ni la presse traditionnelle, ni la presse en ligne ne semblent avoir les moyens de financer cette information “chère” à produire. Le repli sur l’édition du journalisme d’investigation, déjà en cours, est probablement amené à se poursuivre.
– le journaliste conserve une compétence dans la pédagogie de l’information (explication, documentation, mise en perspective), mais il n’est pas le seul en ligne, et il doit prouver en permanence son utilité auprès d’un lecteur volatile qui juge sur pièces.

A quoi pourrait servir un journaliste ?

la vérification a posteriori : l’information diffusée en ligne, dont le journaliste n’est plus à l’origine et sur laquelle il n’a plus de rôle de validation a priori, souffre d’un déficit de vérification (rumeurs, erreurs, mensonges, manipulations, mystifications…). Le journaliste retrouve une légitimité à être le “chien de garde” de l’information en surveillant la véracité de ce qui circule en ligne, selon des critères professionnels, encadrés par une déontologie.
Le “service après-vente” de l’information : assurer le suivi auprès du lecteur de l’information une fois publiée, en corrigeant, précisant, expliquant, dans un dialogue direct avec le lecteur qui s’engage après la publication et prend la forme d’une conversation.
L’animateur du débat communautaire : le “service après-vente” de l’information s’étend à l’animation du débat en ligne. L’information joue un rôle essentiel de support de la socialisation des individus, elle met en relation les internautes à travers les conversations, ou les débats, qu’elle suscite. Ce débat demande à être animé, modéré, pour sortir de la confusion et de la cacophonie, pour purger le débat de ce qui le tue : propos illégaux, trollage ou prise d’otage de la conversation par effets de groupe… Le journaliste pourrait être légitime à assurer ce rôle de modérateur, mais c’est un nouveau métier, qu’il doit apprendre, et pour lequel il doit conquérir sa légitimité par sa pratique.

Re-médier plutôt que médiatiser

Le nouveau rôle du journaliste en ligne demande une réelle “révolution culturelle” de la profession. Il s’agit, d’abord, de descendre du piédestal, pour jouer ce rôle de manière transparente, au milieu de la place publique, en acceptant la concurrence d’autres acteurs, en dialogue constant avec le lecteur, avec le souci permanent de la qualité et de la valeur du service que l’on apporte au public. Cette nouvelle légitimité des journalistes est un combat de tous les jours.

Ce journalisme n’est plus une activité de médiation, selon le modèle “traditionnel” antérieur, c’est plus une activité de re-médiation : le journaliste n’est plus à la source de la diffusion, il intervient DANS la diffusion, pour “remédier” aux insuffisances et aux inconvénients de la médiatisation directe généralisée par internet.

Ce journalisme-là n’est plus un magistère (il ne recouvrera probablement jamais le prestige social attaché auparavant à cette profession), mais une activité de service, plus modeste. Les fonctions, auparavant “nobles”, d’éditorialiste ou de grand reporter sont vraisemblablement vouées au déclin. Les fonctions d’édition et de secrétariat de rédaction (et toutes les formes d’enrichissement et de présentation de l’information : documentation, infographie, montage audio et vidéo, présentation multimédia, etc.) sont probablement appelées à devenir le “coeur du métier”. En complément des nouvelles fonctions qui émergent, de modération et d’animation. C’est l’émergence d’un journalisme de post-production de l’information.

Le risque du marketing rédactionnel

Ce changement, qui implique une proximité et une écoute permanente du lecteur, pose cependant avec encore plus d’acuité qu’auparavant le problème du marketing rédactionnel. Le frontière est ténue et subtile entre proximité et promiscuité, entre répondre à la demande qui a été formulée et anticiper sur la réponse que l’on croit attendue, entre apporter un service et tenter de séduire…

La question de la déontologie se pose finalement avec plus de vivacité que jamais, et pas tant sur les grands principes éternels, que sur les petites applications concrètes au quotidien: l’indépendance, la transparence, le maintien ferme de la frontière entre information d’un côté, communication et promotion de l’autre.

Et se pose, bien entendu, la question de la structure professionnelle qui peut garantir cette déontologie, c’est à dire en définitive celle du financement de ce service de re-médiation.

Le journalisme que l’on décrit ici est pour l’essentiel un journalisme de “desk”, un journalisme “assis” (ce seront les journalistes d’agences de presse et les internautes eux-mêmes qui récolteront, pour l’essentiel, l’information sur le terrain et la mettront en ligne, en parallèle avec l’information institutionnelle que les institutions mettent en ligne elle-aussi directement…). Il ne demande pas la formation de grosses équipes et n’est finalement pas très coûteux à produire.

Le financement du travail des journalistes à 100% par la publicité n’est pas la meilleure manière, on le sait bien, de résister à la pression du marketing. Mais si aucune autre source de financement ne s’affirme (abonnement, ou pourquoi pas mécénat et subvention…), un renforcement très important du contrôle de la déontologie professionnelle sera la seule ressource pour préserver une crédibilité, qui restera comme la seule justification de la pérennisation de cette profession.
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Mes “réflexions à haute voix” se poursuivent dans un troisième épisode :

L’avenir du journalisme : tu seras un agrégateur humain, mon fils !

17 Comments

  1. @ Jean-Marie

    Le point de vue est intéressant…

    Pour ceux qui n’ont pas suivi le lien, ou qui ne lisent pas l’anglais : le blogueur, qui est un fervent adepte des médias en ligne, explique pourquoi il a toujours tendance à donner un crédit supplémentaire aux “vieux médias” sur papier par rapport aux médias en ligne. L’impact des premiers est plus durable, se poursuit dans le temps, alors que les seconds sont éphémères…

    On peut poursuivre son raisonnement avec le livre, qui est encore plus durable…
    Dans les médias traditionnels, les différents “tempos” étaient bien identifiables par des présentations différentes: du bruit qui passe de la radio, au journal quotidien, l’hebdomadaire, le mensuel, le livre…

    Sur internet, on a parfois bien du mal à différencier ce qui a été écrit pour “un usage rapide”, de ce qui relève d’un travail de fond, avec du recul et de la documentation approfondie, et qui restera valable un certain temps…

    Cette indistinction est parfois gênante. Tout à tendance à être mis sur le même plan…

  2. @ l’auteur …

    j’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre papier. j’ai envie de réagir sur un point :

    ce seront les journalistes d’agences de presse et les internautes eux-mêmes qui récolteront, pour l’essentiels, l’information sur le terrain

    Si je n’ai pas suffisament d’infos pour savoir comment se déroule au quotidien, le travail d’un journaliste d’agence, je peux, pour m’y être frotté (et continuer d’ailleurs), vous parler de l’internaute qui va sur le terrain à la récolte des infos.

    C’est un exercice extrêmement compliqué. Nous n’avons pas la formation, pas les outils, pas le savoir faire. Une interview ? Mon dieu ça se fait comment ? Ca se prépare comment ? Je ne sais pas prendre les dires d’une personne en sténo. penser à avoir un enregistreur sur soi en permanence ? Pas évident ! Avoir le réflexe de l’appareil photo pour saisir à la volée une scène qui illustrera un papier ? Encore faut-il savoir prendre une photo !

    Et quand bien même nous saurions faire tout cela, car ma foi, tout s’apprend, il est parfois très dur de franchir les barrières et gardes chiourmes posés par les services de presse, chargés de communications etc. Rencontrer un politique autrement que dans le cadre des doléances d’un administré est un parcours du combattant. Certaines personnes et leur entourage sont passés maitres dans l’art de ne jamais dire non tout en repoussant toute tentative d’approche.

    Que dire aussi des envies de faire partager sa passion pour un spectacle ? A quoi bon écrire un papier sur un film quand il est en salle depuis une semaine ? Cela est aussi valable pour les pièces de théatre ou les opéras.

    la carte de presse est un passe magique qui vous ouvre des portes que le restant de la population de voit même pas. Aller à une avant-première ? Un Vulgum Pecus peut y aller s’il gagne un concours !

    Alors, oui, nous pourrons sans doute vous fournir des infos de terrain. Mais sans les journalistes, j’ai bien peur que des pans entiers du champ de l’investigation ne soient désormais la propriété exclusive des communiquants dont la vision et les textes ne sont jamais critiques. Et pour cause, leur métier n’est pas de rendre compte mais de présenter de manière positive.

    Je crois que j’ai la capacité de me faire ouvrir certaines portes. A force de culot, de patience, de tenacité, j’en ai ouvert et je continuerai. mais, certaines forteresses me seront à jamais interdites sans un passe magique. Et je crains bien que ce passe ne reste votre apanage.

    Alors oui, le journalisme sera sans doute ce que vous dites. Mais si il perd l’habitude de lever ses fesses et de quitter son bureau pour aller sur le terrain, nous perdrons beaucoup. Et l’info se raréfiera pour laisser sa place à la propagande. Qui ne sera pas toujours inoffensive, j’en prends le pari.

    Manuel Atréide

  3. @ Manuel

    La recherche d’information que vous décrivez, c’est exactement du travail de journaliste, et c’est probablement difficile, en effet, de se faire ouvrir toutes les portes quand on est journaliste-citoyen et pas journaliste professionnel…

    Pour ma part, ce n’est pas de ça que je parlais à propos de la “récolte d’information par les internautes” :

    Je parle de l’information dont les gens disposent, ou dont ils sont témoins : celle que les journalistes allaient chercher eux-mêmes, et que désormais les gens peuvent mettre en ligne et diffuser eux-mêmes.

    Je parle de tous ces gens qui ont des appareils photo ou vidéo en permanence au fond de la poche et un téléphone qui permet de diffuser instantanément….

    Il y a aussi les appels à témoignages que les journalistes peuvent maintenant lancer en ligne dans leurs recherches, et qui peuvent permettre de faire remonter une information qu’il n’aurait jamais eu auparavant.

    C’est à ce journalisme participatif-là, à cette co-production de l’information que je crois.

    En revanche, substituer du journalisme professionnel par du journalisme bénévole, ça ne me semble pas faire avancer le schmilblick tant que ça…

  4. @ Narvic …

    Nous sommes sur la même longueur d’onde. Sans avoir la prétention de dire que les non-professionnels ne seront jamais qualifiés pour faire ce travail d’enquête et prendre leur travail et leur volonté de haut, j’en connais toute la difficulté.

    En revanche, je commence aussi à mesurer la certaine illusion qui consiste à dire que nous pouvons tous avoir les moyens de fournir le matériau de base de l’information. Le simple péquin que je suis n’a pas le réflexe de sortir son appareil photo / téléphone / enregistreur quand il a le malheur de croiser un ouragan. Les internautes / sources d’infos le seront d’abord et avant tout en parlant de ce qui fait leur quotidien, de ce qu’ils connaissent intimement. Là, nous avons une vraie valeur.

    Pour le reste, le journalisme citoyen occupe une place essentielle – que nous vous avons prise, c’est vrai – et qui est le journalisme d’opinion.

    C’est une tendance de fond plus qu’une mode. Depuis que l’homme cuit son steak de mammouth à Lascaux, il tient son café du commerce. Avant le web, le café du commerce et ses grands tribuns avaient une audience locale. Le web élargit cette audience à la planète entière. Cette partie du job n’est plus entre vos mains et si vous avez toujours toute latitude de le faire, ce n’est plus ce que votre auditoire attend de vous.

    L’investigation, l’enquête et -vous avez raison – la vérification des infos pour donner de la crédibilité et du sérieux à une info, voilà ce vers quoi vous devez tendre.

    Je me rends bien compte que ces bouleversements sont mal vécus. Que l’homme est souvent réfractaire aux changements, qu’il préfère le confort d’une situation stable à l’incertitude de la chasse au mammouth informatif, activité toujours dangereuse.

    Pour autant, il vaut mieux aller chasser, quitte à se faire piétiner, plutot que de crever de faim dans la grotte, non ? Et puis, même si c’est dur, la tribu est là pour soutenir le chasseur qui rentre vainqueur !

    En fait, pour moi la solution passe moins par un affrontement stérile que par une coopération. Journalistes et rédacteurs, nous avons plus à faire ensemble qu’à faire les uns contre les autres. Et je gage que dans la compétition, vous trouverez vite des secteurs où vous viendrez nous tondre la laine sur le dos; à notre grand déplaisir 🙂

    Allez, fin de plaidoirie pour ce soir. Je suis attendu par la Grèce antique, version touristique !

    Manuel Atréide

  5. @ Manuel

    Moi aussi, je crois à la coopération et à la co-production de l’information. 😉

    Au passage, je publie moi-aussi sur Agoravox depuis longtemps, et je vous lis 🙂

    Une des conditions pour cette coopération fonctionne, c’est que tous les participants soient de bonne volonté : des journalistes plus modestes et qui acceptent le dialogue (c’est le cas très généralement dans la presse régionale, qui a une longue habitude de ces pratiques. Ça l’est moins à Paris…), des citoyens qui acceptent de leur faire confiance et qui tolère une forme de jugement sur leur témoignage, car cette “évaluation” est au coeur de la démarche de vérification de l’information…

    Ce qui me désole, c’est que bien des journalistes professionnels ne sont pas du tout prêts à cette démarche : ils craignent d’y perdre ce qui fait la raison d’être, selon eux, de leur métier, et de se retrouver inutiles, certains sont arrogants aussi !, et puis certains sont tout simplement… conservateurs…

    Allez bon voyage en Grèce Antique. 🙂

  6. J’ai lu avec beaucoup d’intérêt ce billet et le précédent, c’est très instructif.

    Votre dernier paragraphe est, je trouve, plus éclairant encore parce qu’inachevé (il me semble). Vos idées sur le rôle du journaliste sont intéressantes, mais quand on regarde du côté du business model, on voit bien que l’on bute sur un problème de taille. Qui veut payer aujourd’hui pour l’information généraliste (la presse professionnelle, c’est autre chose) ?

    L’arrivée en masse d’une génération du gratuit (génération Napster / 20 Minutes / Kazaa / Wikipedia : tout est à l’oeil, pourquoi payer ?) à l’âge du pouvoir économique révolutionne le monde de l’entreprise et les pratiques de masse. C’est une génération qui se contente du Monde en électronique, le papier c’est bon pour la salle d’attente à l’entrée et pour la salle de presse. Je choisis les flux que je veux recevoir, c’est mieux pour la forêt et comme ça j’évite la pub qui gâche mon texte… Certes.

    Mais si personne ne veut payer, le travail de vérification (source de crédibilité que vous soulignez) ne peut être effectué correctement. Or la publicité elle-même quitte le navire. D’abord parce que l’audience mesurée et l’impact des médias ont longtemps été sur un piédestal, et que les annonceurs se font plus frileux.

    On a bien des grands patrons qui volent au secours des journaux (La Tribune, Libé), mais en France ce n’est pas pour la liberté de la presse ou pour l’argent qu’ils font ça. Plutôt, il me semble, pour acquérir une certaine chambre d’écho ou une influence (en particulier, avoir l’oreille des pouvoirs publics c’est important quand on s’appelle Bolloré ou Dassault et que nos commandes sont essentiellement étatiques).

    Bref, le problème du journalisme réside bien dans la mission que les différents médias se donnent (et il y a la place probablement pour plusieurs modèles, mais probablement qu’on assistera à une certaine atomisation des acteurs) mais aussi du financement de la qualité que l’on attend. A une heure où l’user generated content fait loi sur le web, où la participation prend de court les journalistes, et surtout où tout cela repose sur le mode gratuit, qui va payer ?

  7. @ eni kao

    On est bien d’accord que l’argent est le nerf de la guerre (si l’on veut vivre de son travail… 😉 )

    Mais il me semble que le problème du financement est aujourd’hui mal posé.

    La question posée aujourd’hui, c’est comment faire payer les lecteurs (directement ou indirectement) pour leur proposer le même journalisme en ligne que sur le papier, alors que ce n’est pas ce que cherchent les internautes.

    Si les journalistes sont capables d’apporter une réelle plus-value et un certain nombre de réponses à des problèmes qui se posent sur le net (des problèmes auxquels bien peu de journalistes s’intéressent vraiment aujourd’hui, et auxquels ils sont bien peu nombreux à essayer de répondre), alors on peut peut-être reposer la question du financement de manière différente : est-ce que ça, ça à une valeur pour vous ? est-ce que ça répond à un problème que le net vous pose ? Combien ça vaut ?

    C’est ce pari qu’il serait intéressant de tenter : des journalistes qui plongent au coeur du net, dans le buzz, au milieu des internautes, et qui ne cherchent pas à bâtir de petites forteresses isolées, qui sont en réalité très précaires….

    C’est un projet totalement à construire…

  8. @ narvic. Je vous cite : Ce nouveau journalisme de re-médiation, plus modeste et à l’écoute, marque la fin d’un magistère, mais pas celle d’une profession. Celle-ci doit s’attacher plus que jamais (et probablement plus qu’aujourd’hui !) à sa déontologie. L’indépendance, la transparence et la stricte séparation entre l’information et la communication ou la promotion, formant l’essentiel de la plus-value que le journalisme peut prétendre apporter en ligne et qui justifie son existence…’

    Alors, il y a un (non) évenement (non en fait un grand évenement dont tout le monde fait silence) qui se passe en ce moment, dont les ‘grands’ journaux ne parlent pas de tout. Il s’agit du procès entre F2 et Charles Enderlin et Philippe Karsenty. J’ai découvert cette affaire tard, mais j’ai tout lu, y compris le jugement de la cour d’appel (dans son totalité) ou Karsenty a été relaxé.

    Il me semble que dans cette affaire (ou je n’ai pas de partie prise, je ne suis ni pro-palestienne ni pro-israélienne) la vérité a été grandement ignorée par les grands médias, personne n’en parle.

    Mais si on regarde tous les faits, (les rushes, les témoignages, la décision de la juge) on peut, de manière crédible, imaginer qu’un GRAND média (F2) qui avait des ressouces sur le terrain, et les GRANDS journalistes pour relater l’affaire, se sont fié à des faits faux. Donc, ou est la déontologie des journalistes ?

    L’objectivité? Un internaute (Miguel je pense) a remarqué que les bloggistes et les journalistes-citoyens n’avaient pas accès aux pouvoir… certes, mais quand je vois/lis les histoires comme celles-ci (qui sont pour l’instant complètement passé à l’éponge par les ‘grands’ médias) je me demande sincèrement à quoi servent les ‘grands’ médias quand on parle de l’objectivité…

    Quelques part je préfère un bloggeur passionné.

    Si vous voulez voir un bon résumé de l’histoire, vous pouvez aller là :http://online.wsj.com/article/SB121183795208620963.html?mod=opinion_main_commentaries

    Un simple ‘google’ vous emmenerez sur le jugement au format pdf.

    Salutations, et bonne continuation
    Aimée

  9. @ Aimée

    Il se trouve que, pour ma part, je suis cette affaire de près depuis longtemps, pour m’être intéressé au projet de Philippe Karsenty d’agence de notation des médias et pour avoir, il y a quelques temps déjà, assisté à des présentations qu’il en a faite.

    Vous découvrez ce débat aujourd’hui et vous en êtes émue. Mais on ne peut pourtant pas dire du tout que ce sujet n’a pas été très, très largement traité par l’ensemble des médias (radio télé, presse écrite et internet). Il vous avez échappé, c’est tout.

    Il ne me semble pas honnête de prendre aujourd’hui cette affaire comme un exemple de dysfonctionnement des médias. Bien au contraire !

    La question n’est pas de savoir si les médias font des erreurs. Il est clair qu’il leur arrive d’en faire. La question est celle de la régulation de ces erreurs, si elle surviennent.

    Dans le cas qui vous émeut, nous en sommes aujourd’hui à un procès d’appel. Ce qui signifie que nous sommes sortis depuis bien longtemps du petit microcosme des médias, et que cette affaire est traitée sur la place publique, par une autorité qui est indépendante: celle des juges.

    J’avoue que je suis un peu surpris par le jugement de la cour d’appel, et que je m’étais mieux retrouvé dans celui du jugement de première instance.

    Vous trouverez un point de vue assez “poil à gratter” à ce sujet sur Marianne2, celui de l’avocat Guillaume Weill-Raynal.

    Bonnes lectures, Aimée, et cessez de dire, s’il vous plaît, qu’il y ait le moindre silence autour de cette affaire qui défraye la chronique.

  10. @ narvic ; avant les bras de morphée, avez vous lu le jugement de la cour d’appel? j’étais assez sceptique aussi sur cette affaire, mais j’ai trouvé que la juge à été très ‘thorough’ et a fait une vraie investigation, assez accablante pour Enderlin et F2 ; ce qui me désole, c’est que ce jugement date du 21 mai 2008, et les seuls articles du fond que j’ai trouvés (dans les ‘grands’ média) étaient américains (sauf… un article dans Marianne..:
    http://www.marianne2.fr/L-affaire-Mohamed-Al-Doura-rebondit_a87467.html
    Je pense que c’est un sujet à débattre; pas le palestine/israël conflt (oui bien sur c’est à débattre aussi) mais la vraie objectivité des journalistes… qui ont bien évidemment leurs opinions et qu’ils devraient (à mon sens) oublier dans la mésure du possible dans l’intéret du reportage d’une vérité.

    au plaisir de vous lire et bonne nuit

    Aimée

  11. Je me permets d’exprimer un profond désaccord avec cette analyse.
    -d’une part il n’y a pas de piédéstal de la profession, le journalisme est le groupe de cadres au plus fort QI et au plus faible salaire (en moyenne).
    -d’autre part, la production de l’information n’est pas le relais des multiples nouvelles du monde, mais elle est la recherche de l’information pertinente dans la situation présente. Ou alors on a oublié à quoi servent les journaux.
    -bien sûr il y a une remise en cause à faire, mais pas dans ce rôle de passeur neutre et contrôleur. Au contraire, je vois plutôt ça comme une multiplication des sources d’information disponibles, qui oblige le journaliste à faire un plus grand travail de synthèse au lieu de relayer la première information venue.
    -enfin l’investigation est notre fort, c’est là le vrai métier, et il va falloir s’y remettre à grande échelle.

  12. Vous semblez ignorer qu’il y a pas mal de boulot à faire pour traiter l’information avant qu’elle ne vous parvienne : c’est toute la mécanique, assez geek en effet, de la chaîne d’édition qui vous échappe.

    Allez faire un tour dans les coulisses de l’info… 🙂

  13. @ seveg

    – le piedestal : la prolétarisation économique de la profession depuis 20 ans est indéniable. Mais le maintien d’une idéologie professionnelle du journalisme qui croit être détenteur d’une “mission” de faire le bien dans la société, montre que beaucoup de journalistes ne sont toujours pas descendus de leur nuage. Plus dure sera la chute…

    – la recherche de l’info : il y a de moins en moins besoin d’aller sur le terrain pour la trouver, car elle est de plus en plus directement accessible en ligne. C’est sur internet que se joue la bataille désormais. Voir le 3e épisode de ma série

    – qui parle de relayer la première info venue ? Vous dites dans la même phrase “passeur neutre” et “contrôleur” : s’il y contrôle, il n’y a plus neutralité…

    – l’investigation : les journalistes en parlent beaucoup, mais en réalité ils en font très peu ! Ça participe de la mythologie auto-justificatrice des journalistes… 😉

    Dans la pratique, comme le soulignent Lévy et Cohen, l’investigation journalistique a déjà largement quitté le terrain des journaux pour se replier sur l’édition, car seul le livre parvient à la financer. Sur internet, il y a peu de chance de trouver l’argent pour le faire. Mais si ça vous tente quand même : allez-y et bon courage ! On vous soutiendra 😉

  14. ma réaction à votre article est en lien ci-dessous et j’ai aussi à votre commentaire !
    merci encore pour cet apport, tous les professionnels ne peuvent plus exercer comme avant internet mais à nous de saisir la balle au bond !

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