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Un inquiétant portrait de la génération des déclassés

Le déclassement”, Camille Peugny, 2009, Grasset, 170 p., 15,50€.

Camille Peugny est sociologue. Ses travaux portent sur la mobilité sociale et sur les conséquences politiques des inégalités entre les générations.


Le livre de Camille Peugny, tiré de sa thèse de doctorat, se place dans la continuité directe des recherches fondatrices de Louis Chauvel en sociologie des générations :

“Le destin des générations. Structures sociales et cohortes en France au 20e siècle”, 1998, PUF (apparemment épuisé).
“Les classes moyennes à la dérive“, 2006, Seuil (note de lecture sur editö)

Là où Louis Chauvel propose une approche générale du phénomène de déclassement social que vivent une part grandissante des enfants des jeunes générations par rapport à celles de leurs parents, en retraçant la dynamique générationnelle à l’oeuvre dans la société française depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, Camille Peugny propose un regard complémentaire, au plus près des individus concernés, les “déclassés”, à travers l’étude statistique d’un groupe témoin et l’analyse approfondie des entretiens conduits avec eux par le sociologue.

On touche là au plus près ces parcours, de plus en plus fréquents de nos jours, dans le “descenceur social” : qui sont ces déclassés ? d’où viennent-ils ? comment vivent-ils cette situation ? comment l’interprètent-ils, aussi bien au niveau personnel que dans leur regard sur la société ? et enfin, quelles conséquences politiques en tirent-ils ?

Des “déclassés” entre “rébellion” et “retrait”

Il ressort de cette étude que les parcours individuels de déclassement social sont vécus par les personnes concernées de manière très douloureuse et sont la source d’une profonde “frustration” sociale et personnelle, d’un sentiment d’“injustice sociale” ou d’“échec personnel”. Laissant ces déclassés relativement plus sensibles que les autres au discours de l’extrême droite…

Dans la France des années 2000, connaître une moins bonne réussite sociale que ses parents n’est plus exceptionnel : c’est une réalité statistique indiscutable mais une réalité sociale méconnue.

Les générations nées au tournant des années 1960, confrontées aux effets prolongés de la crise économique, font face à une dégradation de leurs perspectives de mobilité sociale. Dans le même temps, leur niveau d’éducation continue d’augmenter. De ce décalage entre la formation et la mobilité naît un intense sentiment de frustration qui a des conséquences sur l’expérience vécue par les “déclassés”, qui oscillent alors entre deux tentations : la rébellion et le retrait.

Ce qui, probablement, n’est pas étranger au succès de l’extrême droite ou, du moins, de ses idées…


Le retour des classes sociales ?

Le travail du chercheur s’inscrit dans le mouvement général de la sociologie contemporaine. Analysant, dans un premier temps, “l’avènement d’une société postindustrielle”, marquée par la tertiarisation de l’économie, la mondialisation des échanges, une réorganisation en profondeur des processus de production “qui se construit sur les décombres du fordisme” et réduit le travailleur à n’être plus qu’une “variable d’ajustement”, celle-ci avait été conduite “à remettre en cause la pertinence du concept de classes sociales” (Henri Mendras, Edgar Morin, Daniel Cohen) face à l’émergence et l’affirmation d’un vaste ensemble central formé par “les classes moyennes” qui semblait voué à occuper plus ou moins tout l’espace social.

On constate pourtant, de manière déjà ancienne aux Etats-Unis et plus récente en France, “une tendance à une nouvelle polarisation de la société”, qui fait s’interroger certains sociologues :

Louis Chauvel : “Le retour des classes sociales ?”, 2001, revue de l’OFCE (texte intégral au format .pdf).

et aussi :

– Emmanuel Todd : “Après la démocratie”, 2008, Gallimard (chap. 7 : “Lutte des classes ?”) – note de lecture à venir…

Surtout, “la sociologie des années 1990 a également mis en évidence un élément central du processus de stratification sociale : la génération. A l’évidence, les inégalités entre les générations figurent parmi les inégalités qui se creusent au cours des dernières décennies” (Louis Chauvel, Christian Baudelot & Michel Gollac, Malik Koubi).

“Une génération sacrifiée ?”

C’est cette “dégradation généralisée des perspectives de mobilité sociale” qui ressort nettement de l’étude statistique qui forme le premier temps de l’étude de Camille Peugny.

Prenant pour principe de comparaison la situation socioprofessionnelle respective des générations à leur entrée dans la vie active, puis à l’âge de la quarantaine, l’étude complète s’arrête à la génération qui a la quarantaine aujourd’hui, c’est à dire celle qui est née dans les années 1960 (c’est la mienne :o) ). Il faudra donc attendre pour observer si le mouvement constaté de dégradation généralisé se poursuit ou s’infléchit avec les générations suivantes, mais quelques indices laissent penser que la situation est de nouveau en train de changer pour ces générations les plus jeunes.

Il ne s’agit pas de défendre la thèse d’une dégradation brutale qui frapperait soudainement les générations nées dans les années 1960. La dégradation est au contraire progressive, entre une situation “plafond” qui concerne les premiers-nés du baby-boom et une situation “plancher” qui semble être celle des individus nés dans les années 1960. C’est toutefois lorsqu’on compare la situation de ces deux générations, séparées par deux décennies, que le contraste apparaît le plus saisissant. (…)

Certes, quelle que soit la génération, le mouvement global de la société demeure positif, puisque les “mobiles ascendants” sont plus nombreux que les “mobiles descendants”. La tendance à la réduction de l’écart entre les deux flux est toutefois sans équivoque, révélatrice d’une sévère dégradation des perspectives. Ainsi, en 2003, parmi les individus âgés de 35 à 39 ans, 40% reproduisent la position de leur père, 35% s’élèvent au-dessus d’elle mais 25% sont frappés par le déclassement. Parmi les individus du même âge en 1983, les proportions étaient respectivement de 42%, 40% et 18%.

La mobilité sociale reste stable entre les deux générations, mais les perspectives de promotion se réduisent nettement entre l’une et l’autre, de même que le nombre de déclassés augmente, qui passe de moins d’un individu sur cinq, pour les premiers baby-boomers, à un quart pour les quarantenaires d’aujourd’hui.

les données disponibles pour les générations les plus récentes (nées dans la deuxième moitié des années 1960 et au début des années 1970) semblent laisser entrevoir une légère amélioration des perspectives de mobilité sociale, même si l’on reste loin du niveau connu par les premiers-nés baby-boomers. (…) Il se peut que la situation la moins favorable ait été celle des générations nées au tournant des années 1960. (…) Si cette hypothèse se vérifie, alors oui, les cohortes nées au tournant des années 1960 pourront prétendre au titre peu glorieux de “génération sacrifiée”.


“La méritocratie en question”

L’analyse fine des résultats statistiques sur le groupe témoin montre des évolutions complexes, même si “cette dégradation des perspectives de mobilité sociale est généralisée aux fils et aux filles de toutes origines sociales”.

Pour synthétiser :

Les trajectoires ascendantes sont désormais plus difficiles pour les enfants des classes populaires et les trajectoires descendantes deviennent de plus en plus nombreuses parmi les enfants nés dans les milieux les plus favorisés. (…)

Le constat peut surprendre, mais il est avéré : le destin des enfants des classes populaires ne s’est pas amélioré. Pire, en vingt ans, il s’est détérioré : les perspectives des enfants d’ouvriers et d’employés, mesurés à l’âge de 40 ans, sont plus sombres dans les années 2000 que dans les années 1980. (…)

L’augmentation de la part des trajectoires descendantes est particulièrement sensible parmi les enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures. (…) Dans la France des années 2000 et à l’âge de 40 ans, un fils de cadre supérieur sur quatre et une fille sur trois sont employé(e)s ou exercent des emplois d’ouvriers.


Des différences plus subtiles apparaissent toutefois : “le diplôme demeure le rempart le plus solide face aux risques de déclassement”, mais surtout lorsque l’on en a “hérité”. C’est à dire que cette protection est plus efficace pour les enfants diplômés de cadres qui étaient eux-mêmes diplômés, et elle l’est moins pour les enfants diplômés de cadres autodicactes, qui connaissent une fréquence de déclassement plus élevée. Il existe une sorte de prime à la “lignée” familiale de diplômés.

Mais cette protection par le diplôme n’est cependant pas “sans failles” :

Un enfant de cadre supérieur sur trois ne parvient pas à reproduire la position de son père, malgré un diplôme de second ou de troisième cycle universitaire. (…) Tous les “déclassés” ne sont pas des victimes de l’échec scolaire : un nombre non-négligeable d’entre eux ont connu des carrières scolaires honorables. (…)

Bien des déclassés sont ainsi trop qualifiés pour la profession qu’ils occupent. Pour les enfants de cadres, le déclassement intergénérationnel (mesuré par rapport à la profession du père) se double alors d’un déclassement scolaire, au sens du concept anglo-saxon d’overeducation (…). Double déclassement, double frustration.


C’est bien la “méritocratie” qui est remise en question: “si leur situation se dégrade aussi sensiblement, c’est en dépit de la poursuite de l’élévation du niveau scolaire.”

Le degré de “méritocratie”, ce principe de la promotion sociale par l’école, tellement fondamental de l’identité républicaine depuis la IIIe République, peut s’approcher à la conjonction de deux instruments de mesure : la baisse du lien entre l’origine sociale et le niveau d’éducation, qui traduit une démocratisation de l’accès au diplôme, et l’augmentation du lien entre le niveau d’éducation et la position sociale, qui traduit l’efficacité du diplôme en terme de promotion sociale.

La première mesure confirme la réalité de la démocratisation de l’accès à l’éducation. Mais la seconde ne confirme pas que le niveau d’éducation améliore, au bout du compte, le niveau social atteint !

Cette diminution du “supplément” de position sociale fourni par le diplôme vaut pour tous les sexes et concerne tous les niveaux de diplôme. Elle n’est cependant pas tout à fait linéaire : l’essentiel du décrochage s’opère pour les générations nées dans les années 1960. (…)

La lente diminution de l’inégalité des chances scolaire ne s’est pas traduite au final par un progrès sensible de l’égalité des chances sociale.


C’est le discours de la méritocratie qui prend-là une énorme claque : à quoi aura donc servi la démocratisation scolaire ? Que valent les diplômes ? Si tout cela conduit à produire des générations de sur-diplômés sous-employés, socialement frustrés par la dévalorisation de leurs titres scolaires et qui s’ennuient dans leur travail ?

Rébellion et retrait, deux expressions de la frustration

C’est bien toute l’ampleur de cette frustration sociale et personnelle des déclassés qui se déverse dans les entretiens individuels effectués par le sociologue, et dont l’analyse forme le second temps de son étude.

Ces témoignages montrent comment s’agencent, différemment chez les uns et chez les autres, les pièces d’un puzzle : une aspiration contrariée à la réussite sociale, un sentiment d’injustice pour avoir joué sans résultat le jeu de la compétition scolaire, le sentiment qu’arrivé à la quarantaine le déclassement vécu est une trajectoire irréversible à l’horizon de la vie professionnelle.

Le chercheur souligne comment le recueil de cette parole aura été difficile, ce vécu “intime” du déclassement relevant de “l’indicible”, souvent inexprimé dans la société et même dans l’espace familial, ou bien exprimé à travers des “tentatives de rationalisation dont les individus concernés ne sont eux-mêmes pas dupes” et qui visent souvent surtout à “faire bonne figure”.

“La rébellion” : remettre en cause “les règles du jeu”

Le sentiment d’appartenir à une génération sinon sacrifiée, du moins nettement défavorisée en termes de perspectives de mobilité sociale, est ce qui caractérise le plus fortement le premier type d’expérience du déclassement social. (…) Bien souvent, ces déclassés (…) font preuve d’une remarquable capacité de distanciation d’avec une situation personnelle qui est alors inscrite dans un mouvement général de la société.

Cette attitude conduit à “une critique virulente du système scolaire”, qui débouche souvent sur “la colère”, envers le système scolaire d’abord, mais également envers “les patrons”, accusés d’y trouver leur compte, et “le gouvernement”, accusé d’avoir encouragé le phénomène.

Au delà du seul système scolaire, le sentiment d’avoir été trompés constitue le ferment d’un discours qui milite pour une remise en cause des règles du jeu.

“Le retrait” : intérioriser “un échec personnel”

Cette seconde attitude, exprimée dans les entretiens avec le sociologue, est celle du “retrait”, découlant d’un “sentiment d’échec personnel” : “un parcours scolaire vécu comme un échec” et le vif sentiment “d’avoir déçu les aspirations parentales”.

Les déclassés qui vivent leur trajectoire sur le mode de l’échec personnel sont les narrateurs d’une expérience douloureuse dont la difficulté à trouver sa place semble constituer un point saillant.

Le déclassement contribue tout d’abord à isoler de leur propre famille les individus qui en sont victimes. Cet isolement est le résultat des difficultés que l’on peut observer dans les relations que nouent les déclassés avec leurs parents d’abord (la déception de leurs attentes), leur fratrie ensuite (l’impossibilité à soutenir la comparaison), leur lignée enfin (une responsabilité vis à vis de l’ensemble de l’histoire familiale). (…) Pour en rendre compte, le registre du conflit déclaré n’est toutefois pas le plus pertinent : celui du malaise, voire du tabou, semble bien plus adapté. (…)


Mais le sentiment de ne pas trouver sa juste place ne se limite pas à la sphère familiale. Au contraire, tout se passe comme si cette désorientation sociale contaminait d’autres sphères de l’existence pour finalement constituer une attitude générale, celle du repli sur soi, voire du retrait.

Dans la sphère professionnelle, “l’attitude majoritaire est plutôt celle de la capitulation sur le champ de bataille qu’est le travail”. “Au delà du travail, c’est bien la compétition sociale et la lutte dans la sphère économique qui s’ensuit qui sont violemment rejetées.” “Dès lors, en se retirant, ces déclassés ne font plus société, ou plus précisément, ils se placent au ban.”

Des déclassés en voie “de droitisation” ?

Dernier temps de l’analyse de Camille Peugny, “le déclassement contribue à modeler les attitudes, représentations et comportements politiques“, mais il le fait de manière complexe.

D’une part les déclassés auraient tendance à adopter certains des comportements politiques caractéristiques de leur classe sociale “d’accueil”, et d’autre part à en conserver certains de leur classe “d’origine”, aboutissant à “une recomposition originale du discours économique et social”, qui n’est d’ailleurs pas dénuée de contradictions.

Les déclassés adoptent ainsi plutôt le discours “autoritariste et ethnocentré” assez implanté dans les classes populaires. “La nécessité de restaurer les valeurs traditionnelles, mises à mal, constitue un des leitmotiv du discours, pourtant tenu par des femmes et des hommes relativement jeunes”. “Les attitudes ethnocentristes semblent quant à elles procéder d’un racisme “soft” (…) dont le moteur est la croyance en une incompatibilité radicale entre des cultures trop différentes.”

Dans le domaine économique et social, les déclassés semblent en revanche adopter “un comportement spécifique”. Ils témoignent en effet d’un étonnant cocktail entre “une hostilité assez vive au libéralisme économique”, la demande d’un “Etat plus protecteur” et “un assez faible degré de préoccupation sociale” (ce dernier étant mesuré “à partir des réponses données à des questions ayant trait à la nécessité de réduire l’écart entre les riches et les pauvres, à lutter contre l’inégalité des chances ou à corriger les injustices”).

Les déclassés interrogés expriment une “critique très virulente à l’encontre des chômeurs, Rmistes et autres exclus”, sur le thème de l’assistanat auquel ils s’affirment fiers de ne pas recourir pour leur part, dans laquelle le sociologue voit l’expression en même temps d’une crainte de tomber dans une plus grande précarité et d’un “besoin de distinction” (Bourdieu).

Le déclassement introduit ainsi une recomposition originale du discours économique et social. Comme les autres employés et ouvriers, les déclassés se montrent très critiques à l’égard du libéralisme économique. En revanche, pour ce qui est du degré de préoccupation sociale, ils maintiennent plutôt les comportements en vigueur dans leur groupe d’origine, davantage réticent à la redistribution sociale. Au final, les déclassés sont ainsi partisans d’un Etat protecteur, qui offre des garanties aux salariés modestes, tout en estimant qu’il accomplit déjà largement sa fonction redistributrice. Un Etat protecteur certes, mais qui protège avant tout les individus qui travaillent.

Le chercheur constate ainsi qu’un tel profil rend les déclassés relativement “plus sensibles” que les autres catégories “au discours lepeniste” (même si ce dernier reste très minoritaire en leur sein).

Le sociologue envisage deux hypothèses pour expliquer cela :

Si l’on fait du vote FN le réceptacle d’un profond sentiment de frustration, alors il demeure un mouvement de protestation. En revanche, si la sensibilité au discours de l’extrême droite est à rechercher dans la recomposition des clivages traditionnels [la demande conjuguée de protection des “petits”, en même temps qu’une dénonciation de l’assistanat, que “le discours de Jean-Marie Le Pen est habile à concilier”], alors le vote FN est davantage un vote d’adhésion à des idées.

Le chercheur reconnaît manquer d’éléments pour trancher cette question…

Les déclassés, un défi politique pour la société

Dans une conclusion très politique, Camille Peugny en appelle à l’ouverture d’un débat public sur les deux défis que posent ces déclassés à la société contemporaine : l’école et le rôle de l’Etat.

Repenser l’articulation entre l’école et le marché du travail afin de diminuer le décalage entre emploi et formation est nécessaire pour éviter que la frustration ne devienne le sentiment dominant de l’expérience au travail. Repenser une véritable politique de redistribution qui répartisse mieux et davantage les richesses est du devoir des politiques afin que la famille ne soit plus le seul filet de sécurité, bien fragile, pour des déclassés de plus en plus nombreux.

Sinon ? L’auteur ne le dit pas, mais pour qui sait lire entre les lignes…

4 Comments

  1. Remarqiable analyse argumentée et chiffrée , qui tranche avec les généralités oiseuses que l’on trouve habituellement.

    La question sous jacente est le pourquoi de cette dérive, à mon avis c’est la mondialisation/globalisation qui nivelle par le bas.

    Le même type d’analyse en Corée, en Chine devrait faire apparaitre l’exact opposé de notre situation.

    Gobalement la situation mondiale s’est peut être améliorée.

  2. Très intéressant, comme d’habitude. Cela donne envie d’acheter l’ouvrage en question, et de le dévorer.

    Par contre j’ai un doute sur la lépenisation des esprits. Ne dit-on pas que l’électorat en question est celui qui comporte le plus de non diplômés? Dans ce cas c’est de la frustration négative ( jalousie exprimée), alors qu’il peut exister une autre frustration cette fois-ci “positive” (envie d’être acteur) qui peut s’exprimer dans un vote non FN : NPA, écolos, Bayrou en 2007, verts.

    Ca serait intéressant d’en savoir plus de ce coté là.

  3. @ Dagrouik

    Tu as probablement raison (même si le vote Le Pen est complexe, et que sa nature change d’un vote sur l’autre, car son électorat se renouvelle entre deux scrutins – voir Nonna Mayer, CNRS-CEVIPOF).

    Peugny ne souligne dans son étude que le fait que les déclassés sont “plus sensibles que les autres” au discours lepeniste. Mais ils ne votent pas du tout majoritairement FN, seulement un plus que les autres.

    Il est vraisemblable, mais Peugny ne donne pas de précisions, que la majorité des déclassés – qui ne vote pas FN – répartit son vote sur l’ensemble de l’échiquier (mais dans quelles proportions ?).

    Il est aussi probable que les deux “types” de réaction vis à vis du déclassement qu’il met en évidence (la rébellion et le retrait) conduisent à des comportements politiques différents.

    Il souligne bien que les “rebelles” ont une réelle capacité de “distanciation” et analysent leur propre situation par rapport à une analyse de la société elle-même, et pas à travers un prisme uniquement personnel : il est tout à fait probable, comme tu le suggères, que ça conduisent certain vers un comportement politique de type NPA, écolos, Bayrou en 2007, verts…

  4. Remarquable article. Pas étonnant quand on sait que le nom de ton blog – novovision – est repris du titre du livre d’Yves Adrien, qui se définissait lui-même comme un “éxilé volontaire” (dissident de tout y compris de lui-même) 😉

    En lisant je me demandais si les déclassés d’aujourd’hui, désocialisés mais instruits, ne se retrouvaient pas massivement sur les réseaux sociaux et les blogs pour recréer une société parallèle avec d’autres codes, d’autres valeurs.

    Car le web – libertaire par essence, de mon point de vue – est le terrain naturel de la critique sociétale, et des pouvoirs en général. C’est un peu l’origine de la philosophie du Logiciel libre, non ?

    Et à travers ces échanges sur le web, très critiques donc sur notre société, peut-être constituent-ils un nouveau terreau dont on ne sait pas encore s’il permettra de créer de nouvelles relations sociales, une nouvelle société, …

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