chronique de la vie d'un nolife

Twitter et l’impasse de la conversation : démonstration par l’absurde

Ce Tweet de Mikiane, datant d’hier, au sujet de mon billet précédent, est presque une démonstration par l’absurde de ce que j’ai tenté de dire dans ce billet. :-))

Ce message est en effet fondamentalement ambigu, dans le sens qu’il est assez difficile, sans contexte, de deviner ce que l’auteur a vraiment voulu dire, parmi un ensemble d’interprétations possibles.

Ce tweet n’est pas un simple signalement d’information (la comparaison que j’ai pu lire par ailleurs entre Twitter et l’AFP me semble, puisqu’on en parle, n’avoir quant à elle pas la moindre pertinence. :o) (Et hop, encore une volée de smileys…)] ).

Il y a en effet dans ce message une tentative de commentaire sur mon billet, qui est une ébauche d’appel à la conversation. Mais en 140 signes, ça tombe à plat, car on ne sait pas ce qu’il s’agit vraiment de commenter… Le message ne donne d’ailleurs pas vraiment lieu à une conversation sur Twitter : il est relayé tel quel, sans que l’on puisse savoir dans quel sens les re-twitteurs le comprennent, et donc ce qu’ils essayent de dire à leur tour… Misère de la communication !

“C’était mieux avant.” Mais de quoi parle-t-il ?

De ce web en temps réel, dont j’estime qu’il n’est très largement qu’une resucée bien markétée de ce déjà vieil internet du bavardage, du tchat et des messageries, mélangé avec du France Info en ligne ? Non, je sais bien qu’il ne parle pas de ça.

S’agirait-il des blogs, qui seraient donc déjà dans “le monde d’avant” ? Faut-il donc comprendre qu’à une sorte d’ère des blogs aurait succédé une ère de Twitter ? Qu’il faut lâcher l’un pour l’autre ? C’est vrai que j’ai utilisé dans mon titre le mot “retour”, qui ne convenait pas tout à fait, puisque je n’ai jamais réellement cessé de bloguer au profit de Twitter ( et Mikiane non plus… 😉 ).

[Mise à jour : ne pas louper à ce sujet le commentaire d’Otir, ci-dessous, qui rappelle qu’on a qualifié longtemps Twitter de site de “microblogging”, sous-entendant par là qu’il se substituait au blogging. Mais il semble bien que le terme de “microblogging” ne soit plus à l’ordre du jour chez Twitter…]

Faut-il alors comprendre que, de toute façon, ce développement du web en temps réel est un mouvement inéluctable ? Qu’on ne peut pas avancer qu’il ne constitue pas une réelle amélioration de la communication, qu’il est en réalité une impasse de la conversation, sans ce situer illico dans “un monde d’avant” ?

Doit-on aller jusqu’à imaginer que Mikiane défendrait par ce tweet l’idée que toute nouveauté technique est par définition un progrès social, qu’il règnerait une sorte d’injonction à “s’adapter ou mourir”, qu’avancer que Twitter est lassant et fatiguant, que c’est survendu et loin d’être aussi utile qu’on veut bien le dire, est une position réactionnaire et va contre le sens de l’histoire ?

Je sais bien que Mikiane n’est pas un idéologue qui défendrait de telles positions. Mais ce n’est pas grâce à Twitter que je le sais ! Je le sais parce qu’un message de Mikiane sur Twitter se replace pour moi aussitôt dans un contexte, et ce contexte, c’est celui de son blog ! Je peux – et je dois ! – interpréter son message de moins de 140 signes dans le contexte de ce qu’il a pu écrire par ailleurs, et cet ailleurs n’est pas sur Twitter…

Ce tweet est bien l’illustration de cette impasse de la conversation sur Twitter !

Ce service est sûrement utile pour des tas de choses, mais des tas de choses qui, personnellement, ne m’intéressent pas beaucoup et ne me sont pas franchement si utiles que ça. Mais il n’est pas du tout adapté pour la conversation. La tentative de Mikiane dans ce sens est bien vaine. :-))

D’ailleurs, quand Mikiane veut vraiment engager la conversation sur un sujet qui lui tient à coeur et sur lequel il a des choses intéressantes à dire : c’est sur son blog qu’il le fait. 😉 Et ce n’est pas sur Twitter qu’on le commente !

Lecture recommandée : [Google a fait du Web un espace gratuit et rentable pour lui seul!

Il ne m’est d’aucune utilité particulière d’être averti en temps réel de la publication du billet de Mikiane, puisque mon agrégateur personnel me le dira de toute façon bien assez tôt. Il me le dira même quand je serai dans la bonne disposition d’esprit pour lire ce billet à tête reposée, et pour le commenter… quand je serai en état de lui accorder l’attention qu’il mérite. 😉

Ce que je veux dire avec mon billet sur Twitter, ce n’est pas que “c’était mieux avant”, mais juste que – pour moi, en tout cas – “c’est mieux sans” ! Et pourtant je brode depuis quelques milliers de signe précisément sur … un tweet ! Il y a du paradoxe là-dedans, en effet. Sauf que ce tweet n’est pas passé dans mon radar parce que j’aurais les yeux rivés sur ma timeline : il est tombé… dans mon agrégateur. Sauf que je n’y répond pas sur Twitter… mais sur mon blog. Sauf que cette méthode permet, sur le sujet, de créer les conditions d’une véritable conversation : les commentaires sont ouverts pour tout le monde et il n’y a aucune limite de 140 signes.

Bon, je vous laisse, j’ai un truc à aller commenter sur mikiane.com.

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Mise à Jour : J’ai utilisé à propos de Twitter et des autres services du même genre l’expression de “tyrannie du temps réel”. Elle est empruntée à Paul Virilio. Quelques extraits de cet auteur ici : « La tyrannie du temps réel » et l’« accident intégral ».

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8 Comments

  1. Hélas, il y aurait tant de choses à commenter sur ces deux billets et ce qu’ils disent, non seulement de leur auteur mais aussi de ce qui nous rassemble tous aujourd’hui, dans cet univers toujours en expansion des réseaux sociaux !

    Twitter eux-mêmes cessent de s’auto-proclamer plateforme de micro-blogging (sorry, je devrais lier la référence, c’est dans une interview de Biz Stone relativement récente, mais je n’ai pas le lien sous la souris, et plus de goût à écrire mon commentaire, qu’à partir en chasse d’hyperlien, il faudra me croire sur parole) pour préférer l’appellation de “réseau d’information”. Ce glissement va sûrement dans le sens que décrit ici Narvic donc, et c’est intéressant, parce qu’en quelques années, l’intention initiale s’est bel et bien transformée, et qui l’aurait prédit en 2007 ?

    Maintenant, dans l’idée qu’il y a une “conversation”, qu’elle soit générée sur Twitter, sur Friendfeed, ou finalement sur le lieu de rassemblement originel de la production, à savoir le blogue, il y a quelque chose qui pour moi touche beaucoup plus au désir d’un auteur – ou d’un producteur de contenu – de recevoir un retour. Et ici, dans cet article, Narvic tu indiques un certain niveau de frustration quand le retour est ambigu, quand il ne dit pas clairement ou directement ce qu’il recouvre.

    Dans la “démonstration par l’absurde”, à savoir le tweet de Mikiane, il peut y avoir tant de messages différents ! Il peut y avoir “courrez lire le billet, c’est passionnant/x/y/z/dérisoire”, etc… Ou bien, il peut y avoir “cher Narvic, je t’ai lu, je veux que tu le saches, mais n’en dirai pas plus parce que…/je n’ai pas le temps/l’inclination/l’inspiration/les mots/”…

    Le désir de conversation est donc clairement celui que les interlocuteurs prennent plus de temps ou de disponibilité pour dire sans détour pourquoi ils réagissent là ou ailleurs, finalement qu’ils se dévoilent et sortent de la position plus “facile” de courroie de transmission de quelquechose, qu’elle soit une information ou une critique, mais finalement qu’elle donne du tangible et non plus seulement du virtuel.

    C’est à double tranchant !

  2. Twitter sert peu à converser, en tout cas les gens que je suis sont très majoritairement dans le partage et l’indication de quelque chose plutôt que dans l’échange interpersonnel.

    Ce qui est étonnant, c’est que sous des apparences de grande simplicité, Twitter recèle désormais des codes qui permettent aux utilisateurs une expression complexe dans un espace concis. Je pense en particulier à ce remarquable billet qui comparait l’exercice Twitter à la composition de hiéroglyphes (voir plus bas).

    On sait aussi que l’écrit sèche terriblement le propos : pour comprendre les intentions et les sous-entendus, il faut bien souvent déjà connaître le style de la personne, ses petites manies, voire sa position sur le sujet en question. J’ai parfois été interpellé sur un gazouillis malicieux ou formulé rapidement sans vérifier le double sens, pour le coup compris à contresens total, et je ne suis sans doute pas le seul.

    Twitter favorise donc par son format particulier les ambiguïtés, mais il revient à chacun de faire attention à ce qu’il formule. Dans mon expérience personnelle de cet outil, avec mon côté Ayatollah du gazouillis (catégorie, contenu, parfois lien, auteur ou poteau indicateur, hashtag si nécessaire), je m’essaie parfois au commentaire, et c’est vrai que l’exercice est difficile. Mes catégories donnent déjà une indication, surtout si je commence par (Boulchit), et je reformule presque tous les messages pour me les rapproprier.

    Mikiane disposait encore de 28 caractères pour être plus explicite s’il le souhaitait, mais le smiley et le @ narvic m’indiquent, en tout cas c’est ce que j’y lis, un message plus personnel. Il y a là une forme de connivence entre lui et toi. Ce petit décryptage n’est pas très dur, mais pour qui s’en tient au texte stricto sensu, alors oui, confusion il y a.

  3. Tu as raison, Otir, de souligner que ces services web ont été présentés très longtemps comme du “microblogging”, avec le sous-entendu qu’ils se substituaient d’une manière ou d’une autre au blogging. Nous avons d’ailleurs été nombreux à imaginer que ça conduisait à “la mort des blogs”, en voyant de plus en plus de blogueurs “migrer” vers ces services, et en constatant qu’ils avaient tendance à “vider” les blogs de leurs commentaires.

    C’est cette idée là que le “lâche” aujourd’hui, en constatant que le “microblogging” ne me satisfait pas, que j’y perds plus que je n’y gagne, selon les objectifs qui me sont personnels (je n’ai nulle intention d’en dégouter les autres, qui font bien ce qu’ils veulent).

    Il y a une richesse dans le “format blog” qui est encore loin, à mon avis, d’avoir produit tout son potentiel, notamment dans l’invention d’une forme d’écriture collective en réseau, qui n’est pas réellement possible avec Twitter. Je cesse donc de me disperser en essayant de trouver à Twitter une utilisation correspondant à ce que je cherche, et qu’il n’ probablement pas : et je me concentre sur le blog, qui a encore beaucoup de choses à dire. 😉

  4. Mikiane disposait encore de 28 caractères pour être plus explicite s’il le souhaitait, mais le smiley et le @ narvic m’indiquent, en tout cas c’est ce que j’y lis, un message plus personnel.

    très certainement et peut-être que Mikiane avec son @ à oublié(e) que d’autres prendraient connaissance de son tweet adressé à @Narvic 🙂

    Maintenant j’avoue délaisser de plus en plus ff pour retrouver les 140 de twitter car cela est beaucoup plus amusant et comme je ne suis sur le web que pour me passer le temps et non pour “oeuvre professionnelle” je trouve cette outil agréable d’utilisation 😉 Peut-être est ce la dimension à redécouvrir pour celles et ceux qui ne voient dans twitter et le web que des outils pro( journalistique, marchand ou politique). Le plaisir de la navigation sans autre intérêt de la discussion et du click gratos. Hélas je crois qu’aujourd’hui le plaisir de la navigation sans but se perd de plus en plus pour une approche plus professionnelle et surtout politique et très certainement marchand dans un avenir proche…

  5. chaque média a son utilité mais aucun média ne peut remplacer les autres.
    twitter n’est pas fait pour discuter….un blog non plus d’ailleurs (les posts s’ajoutent les uns aux autres et les gens ne répondent pas aux commentaires des uns et des autres de façon organisée).
    twitter c’est bien pour “signaler son activité” a ses proches.

  6. Ce que je vois dans Tweeter, que je n’utilise pas car, de l’exterieur je n’ai pas compris l’intérêt de se limiter à 140 caractères, c’est:

    – qu’il cannibalise les réseaux sociaux type facebook où les statuts deviennent des retweets, tuant le coté “social” pour le remplacer par de l’aggrégation de news incompréhensibles

    – et qu’il cannibalise aussi les blogs qui demandent une energie bien plus soutenue.

    Du côté des bénéfices, on gagne certainement:

    – une information temps réel (on gagne un ou deux jours), ce dont personne n’a vraiment rien à faire, sauf à être trader ou paparazzi,
    – et peut-être un élargissement de son horizon de sources

    … mais au prix de ce qui me parait une telle contrainte (ergonomique car il faut recliquer pour aller au fond, et cognitive car il faut filtrer les banalités) que je ne m’explique pas son succès au-delà de poseurs oisifs qui veulent tout savoir avant tout le monde, et drogués de l’info compulsivement accrochés à leur écran

  7. Je ne vois pas ce qui peut être condamnable dans le fait d’être marchand, ou politique. Un message de l’ordre du bavardage, comme celui-ci, doit être de préférence gratuit, dans tous les sens du terme, mais un message structuré dans une réflexion plus approfondie a rapidement tendance à être politique, et même marchand. Des lors qu’une réflexion a un niveau professionnel, il est légitime qu’elle ait un aspect marchand (dans le sens de payant)

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