sur le web

Tous les journalistes feraient bien de tenir un blog…

narvic sur Marianne2, en commentaire de l’article de Régis Soubrouillard : “Journalistes contre blogueurs : la guerre de la toile” :

(noir)“L’histoire des relations complexes entre blogueurs et journalistes s’est brutalement accélérée ces jours derniers avec les échanges qui ont opposé Versac, Aphatie, Embruns, et Birenbaum.”

(/noir)

42. Posté par narvic le 13/07/2008 16:18

@ Régis Soubrouillard

J’ai attendu un peu que la mousse retombe pour vous faire part de mon petit commentaire. 😉

Vous avez pu constater que votre analyse a été mal reçue par beaucoup de blogueurs et leurs commentateurs, qui sont venus vous le faire savoir jusqu’ici.

Je m’interroge, pour ma part, sur ce qui relève dans votre article de la provocation délibérée et ce qui relève d’une mauvaise connaissance du sujet… Pardonnez-moi ma franchise, c’est permis dans les blogs. 😉

Trois points en particulier ont fait réagir :

“Ces cyber-journaux intimes traduisent peut-être plus qu’aucun autre média un désir d’exposition voire d’explosion des egos. Je blogue donc je suis : l’expressivité de soi érigé en idéal de masse.”

Je ne sais dans laquelle des deux catégories précédentes ranger cette affirmation : méconnaissance ou provocation ? Peut-être les deux en même temps…

Il est pourtant très manifeste que “les cyber-journaux intimes”, qui existent c’est vrai dans le monde des blogs, n’étaient en rien concernés par l’affaire que vous évoquez, et ils n’y avaient pris aucune part, avant que quelques très rares d’entre eux ne prennent la plume, pour signifier à quel point ils étaient étrangers à cette affaire.

Ces blogs-là se sont tenus totalement en marge d’une polémique, dont la plupart ont probablement même ignoré l’existence. Que venez-vous mêler votre affaire aux leurs, alors qu’ils ne vous demandent rien ?

Ce point réglé, venons aux blogs qui ont participé à cette polémique, et qui ne sont pas des journaux intimes exposant des égos, vous en conviendrez maintenant (le monde des blogs est d’une infinie variété. Toutes les généralisations sont rapidement abusives).

“Si les blogs sont venus heureusement compenser certaines « insuffisances » journalistiques (la critique des médias, par exemple…), la technique du blog ne viendra pas combler par la seule opération du clic les carences de la représentativité des médias.”

Mais ce n’est pas leur ambition. Les blogs auxquels vous pensez ne compensent ni ne comblent les carences de la presse. Ils occupent un terrain vacant et s’y déploient librement. Rien de plus. Plus une large part de la profession de journaliste s’enfermera au lieu de s’ouvrir, pour réagir aux défis qui lui sont posés, plus elle laissera de la place pour des blogs, qui s’empresseront de l’occuper.

Et plus la presse se révélera “en carence”, plus les lecteurs se tourneront vers le monde des blogs pour chercher s’il n’y est pas proposé quelque chose qui leur convienne mieux.

Un des “points de crispation” que révèle votre article, c’est que les journalistes, eux, sont bel et bien placés en concurrence avec le monde des blogs. Mais l’inverse n’est pas vrai (même s’il peut exister certaines formes de concurrence à l’intérieur de ce monde entre certains blogs, surtout avec le développement de la “monétisation” de l’audience et la professionnalisation de certains blogueurs).

La culture des journalistes a beaucoup de difficulté à appréhender ce phénomène, je le vois tous les jours : le monde des blogs est extensible à l’infini. Il n’a pas de frontières. Il y a de la place pour tout le monde.

Il me semble que les blogueurs sont finalement moins obsédés par les journalistes que l’inverse. 😉 Et je comprends l’inquiétude des éditorialistes politiques, par exemple, pour qui cette concurrence avec la libre parole des blogueurs constitue une réelle menace.

L’éminent professeur américain en journalisme Jeff Jarvis ne proposait-il pas récemment , pour faire des économies dans les rédactions et les adapter à internet, de supprimer purement et simplement les éditorialistes salariés, qui ne servent plus à rien, maintenant que les lecteurs peuvent s’exprimer directement, et que certains le font brillamment dans leurs blogs politiques ?

“On remarquera quand même que si une minorité de blogueurs frappent à la porte du monde journalistique, la réciproque n’existe pas.”

D’abord, on pourrait vous répondre que le site de Mariane2 est franchement plus prés d’une blog que d’un journal, et qu’il a choisi de ne pas livrer l’information en continu, mais accorde une large part au commentaire de l’actualité, ouvrant souvent ses pages, sans difficulté d’ailleurs, à des blogueurs. Vous faites ici vous-mêmes oeuvre de blogueur sans le savoir. 😉

Ensuite, fort heureusement, il y a des journalistes qui tiennent des blogs formidables, et pas qu’un seul (pas besoin de frapper à la porte de ce monde : il n’y a pas de porte). Certains le font dans une relations étroite avec leur activité professionnelle, et ce “contrepoint” à la parole formatée du médias professionnel est très riche d’enseignement. Et d’autres non. Ils utilisent leur blog pour aborder des sujets qu’ils n’ont pas l’occasion d’aborder dans leur travail.

Quelques journalistes blogueurs, enfin, utilisent cet outil dans le cadre réellement professionnel, de veille, d’observation et d’analyse sur ce métier et son avenir (il existe de tels blogs dans à peu près tous les domaines professionnels, et ils sont très utiles et précieux. C’est là que se tient une réflexion professionnelle qui a du mal à s’exprimer dans le travail quotidien). (Quelques exemples, parmi ceux que je lis, dans le Top23 novövision des meilleurs blogs. (NdA))

Et qu’enseigne la lecture de ces blogs de journalistes qui réfléchissent sur le journalisme : qu’il est devenu, aujourd’hui, professionnellement indispensable que TOUS les journalistes tiennent un blog ! Qu’ils apprennent le fonctionnement de ce médias spécifique, la forme d’écriture particulière qu’il demande, et surtout qu’ils s’en servent comme d’un laboratoire personnel pour expérimenter ces deux défis de fond auxquels les journalistes sont aujourd’hui confrontés : le fonctionnement de l’audience en ligne et l’interactivité avec les lecteurs.

Il n’y a qu’en tenant un blog au jour le jour que l’on peut appréhender cette réalité. Les pédagogues du journalisme l’ont bien compris, qui poussent aujourd’hui tous les étudiants en journalisme à ouvrir un blog dès le premier jour de leur formation.

Ce serait une mesure salutaire que les journalistes professionnels déjà en poste s’y mettent à leur tour… au titre de la formation continue. 😉

Confraternellement, narvic. 😉

PS: sinon, pour élargir un peu ce débat, on réfléchit chez Google à des projets bien révolutionnaires qui concernent directement les journalistes.

Je crois que les journalistes feraient mieux de se pencher sur cette question, plutôt que ces querelles déjà dépassées avec les blogueurs…

3 Comments

  1. “Il est devenu, aujourd’hui, professionnellement indispensable que TOUS les journalistes tiennent un blog !”

    Entièrement d’accord avec vous. Je pense que c’est une excellente école pour les journalistes, à commencer par les journalistes web.

    Je tiens personnellement deux blogs, un blog “littéraire” (je n’aime pas trop ce mot, ça fait pompeux, mais c’est comme ça que ça s’appelle dans la blogosphère) créé en janvier dernier, l’autre sur le web, ouvert récemment.
    Mon premier blog m’a beaucoup appris sur le fonctionnement de la blogosphère, sur les notions de référencement, sur la façon de se faire connaître dans le milieu, sur l’interactivité avec les lecteurs.
    Mon second blog (culture web) n’est pas directement liée à mon activité professionnelle bien qu’il parle de sujets que je peux être amenée à traiter dans mon journal.

    Tout ça pour dire que mon activité de blogueuse me sert dans la façon d’appréhender mon travail de journaliste web et m’apprend sans doute beaucoup plus que n’importe quelle formation théorique.

  2. @ Fab

    Tu donnes une excellente illustration de l’intérêt de cette démarche : pour apprendre… et il n’est pas interdit d’y prendre du plaisir aussi. 😉

    Si tous les journalistes faisaient comme nous, on lirait peut-être moins d’approximations sur les blogs dans la presse… 😉

  3. Narvic, je rêve tous les jours de tenir un blog. D’ailleurs j’en ai tenu un très perso il y a deux ans. Mais là, j’ai déjà à peine le temps de lire tous tes posts… alors en écrire !

    Quand on a pour profession d’écrire, on n’a plus forcément envie de continuer après le travail. J’ai plutôt envie de peindre, d’apprendre le japonais, de passer du temps avec mes enfants ou de traverser le pacifique par les aléoutiennes.

    Bon je te laisse là, j’ai encore cinq de tes posts à lire ans mon flux rss. On ne peut vraiment s’absenter cinq minutes de chez toi !

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