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Tarnac : retour sur le fiasco d’une enquête policière

L’affaire de Tarnac, cette enquête sur les sabotages de lignes TGV en octobre et novembre dernier, est en train (c’est le cas de le dire) de virer au fiasco pour la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie.

Ou comment à trop vouloir démontrer l’existence d’une prétendue “résurgence d’un terrorisme d’ultra-gauche de la mouvance anarcho-autonome”, on en vient tout bonnement… à reconstruire la réalité.

Koz toujours, sur son blog, a bien raison de s’arc-bouter sur le seul élément à charge (et encore n’est-il en rien une preuve de quoi que ce soit) qui résiste encore dans ce dossier, car il ne semble plus y avoir rien d’autre :

(noir)Que faisaient Yldune Lévy et Julien Coupat le 7 novembre dans la campagne seine-et-marnaise à l’aplomb de la voie du TGV-EST sabotée cette nuit-là ?

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Que l’enquête réponde déjà à cette question, intéressante en effet, on verra ensuite si la France est réellement victime d’une radicalisation de l’ultra-gauche basculant dans le terrorisme, bien décidée à paralyser le pays en neutralisant tous les réseaux de communication jusqu’à ce que s’ensuive l’effondrement général de toute l’économie, de la société, et du capitalisme de surcroît.

L’an dernier, il ne fallait surtout pas dire “sabotage”

Que s’est-il passé cette nuit-là ? Des lignes de chemin de fer ont été dégradées par malveillance en plusieurs point du réseau, conduisant à la désorganisation du trafic et à des retards de trains à l’arrivée en gare. Est-ce un phénomène rare et grave ? Nullement. Personne n’a été blessé. Des actes de malveillances sur le réseaux ferré sont monnaie courante et se comptent par centaines chaque année, au dire des cheminots.

Oui, mais ces actes étaient cette fois-ci coordonnés, obéissant au même mode opératoire, nourrissant le soupçon d’un complot. Certes. Pourtant, exactement un an auparavant, en novembre 2007, des actes concertés de dégradation malveillante des réseaux SNCF ont eu lieu également. La SNCF évoquait déjà “une action coordonnée de sabotage”. Nicolas Sarkozy demandait déjà que ces actes de malveillance soient punis “avec la plus extrême sévérité”, mais le ministre des transports Dominique Bussereau s’était toutefois refusé, à l’époque, à “utiliser le terme de sabotage qu’on emploie qu’en période belliqueuse”. (source : TF1, le JDD). En 2008, tout cela est devenu tout d’un coup du “sabotage”, et même pire, du “terrorisme”

Aucun lien à établir a priori entre ces deux épisodes. Le premier avait été interprété à l’époque comme en lien avec la fin de la grève dure des cheminots, qui venait de s’achever. Quoiqu’on n’en sache rien, à vrai dire, puisqu’un an après… les auteurs courent toujours et l’enquête est au point mort. Le mode opératoire des dégradations était toutefois manifestement différent : destruction des systèmes de signalisation par incendie en novembre 2007 ; arrachage des caténaires au passage des trains suite à la pose malveillante d’un étonnant système de crochet sur ces caténaires en novembre 2008.

“Les caténaires de la peur”

Arrêtons nous un peu sur ces fameuses “caténaires de la peur” dont le Figaro magazine nous présentait, avec avidité, les “images exclusives” deux jours après les faits. ( La forte valeur symbolique de ces “crocs du diable” est bien analysée par André Gunthert, sur son blog Actualité de la recherche en histoire visuelle.)

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La question de ces crochets est fort intéressante, puisque c’est justement là que tout commence, et, probablement aussi, que tout prend rapidement une fort mauvaise direction. D’où sortent-ils ? Qui les a conçus ? Qui les a fabriqués ? Et aussi, comme s’interrogent immédiatement les cheminots dans leurs forums très actifs sur le sujet dès le matin des faits : comment fait-on pour les poser sur la caténaire, dans laquelle circule un courant de 25.000 volts, sans provoquer un arc électrique mortel pour le poseur ?

Le dispositif est, de leur point de vue, particulièrement ingénieux et simple dans son principe, remarquablement efficace dans son pouvoir de destruction du matériel, mais très dangereux dans son maniement (larges échos de ces débats entre professionnels du rail dans ce long fil de commentaires ouvert sur Le web des cheminots, dans les heures suivant les incidents et constamment nourri dans les semaines qui ont suivi. Lire aussi sur le blog du syndicaliste cheminot Bernard Aubin).

Ne dramatisons pas… Enfin pas tout de suite…

Dès le 10 novembre pour le Figaro, “la piste d’une série de sabotages commis par des spécialistes ne fait plus guère de doute”. On ne doute pas non plus, pour l’heure, qu’il s’agisse de “vandales” et on ne parle pas de “terroristes”. Les soupçons se tournent plutôt dans une autre direction : “Au terme de 48 heures d’enquête, la piste interne (à la SNCF) n’est pas exclue.”

Aucune dramatisation dans cette affaire, pour l’heure. Le président de la SNCF, Guillaume Pepy confie d’ailleurs au Figaro :

(noir) “Les auteurs savaient qu’ils ne mettaient pas en cause la sécurité des voyageurs en faisant dérailler un train, mais qu’ils feraient parler d’eux. Ils ont provoqué la panne des pannes, pas dangereuse mais invalidante…”

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Pas d’urgence ou de pression particulière pour mener cette enquête non plus, nous dit le Figaro : “Selon Pepy, la principale piste pour remonter aux saboteurs pourrait passer par «le recoupement éventuel d’appels passés depuis leurs portables au moment des faits». Premières conclusions attendues d’ici à deux semaines.” Quant aux crochets, ils sont partis à l’analyse…

Replaçons nous bien dans ce climat initial des 8 au 10 novembre, pour mieux apprécier la brutale dégradation des conditions météo qui interviendra à partir du 11 novembre, quand la ministre de l’Intérieur prendra la parole devant les journalistes… Mais nous n’en sommes pas encore là…

La piste “oubliée” des écologistes anti-nucléaires

Mais d’où sortent donc ces crochets ? Les cheminots n’en ont jamais vus de tels (des photos circulent entre eux dans les forums dès le lendemain des faits). Mais certains en ont entendu parler… (10 novembre) :

(noir)Les transports de déchets nucléaires en Allemagne ont été l’occasion de centaines d’actes de sabotage, dont une partit importante contre la DB (le premier article cité ci-dessous évoque 400 incidents entre 1994 et
1997, date de publication de l’article).

(noir)La technique du crochet en acier suspendu à la caténaire est très classique, et il y en a eu plusieurs vagues en Allemagne. Les incidents les plus récents de ce type que je retrace dans les archives des journaux remontent à vers 2005.

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Et le cheminot de pointer, notamment, cet article du Berliner Zeitung de novembre 2005 (traduction automatique Google).

Sans évoquer le crochet, le même cheminot s’interrogeait d’ailleurs dès le 8 novembre sur la “piste anti-nucléaire”…

Comment ? Vous ne connaissez pas le “Hakenkralle” ?

Ce fameux crochet, ou Hakenkralle, est en effet fort bien connu des Allemands qui lui consacrent même un article sur Wikipédia. C’est dire la célébrité de l'”engin”. On en trouve aisément sur le net des plans de conception, et il a même été quasiment érigé en monument de la contestation des écologistes radicaux dans leur lutte contre les convois ferroviaire de déchets nucléaires entre l’Allemagne et l’usine de retraitement de la Hague, en France.

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Qui a vu passer le “train Castor” du 7 novembre ?

Tiens, justement. Un de ces convois ferroviaire de déchets nucléaires, dits “trains Castor”, était prévu au départ de La Hague… le 7 novembre 2008, et les militants anti-nucléaires français comme allemands l’attendaient de pied ferme depuis des semaines, préparant une grande mobilisation. On lit ainsi, dès le 15 octobre 2008, sur HNS-Info, “Stop Castor ! Blocages antinucléaires de masse en novembre 2008 en Allemagne” :

(noir)Aux dernières nouvelles, le transport devrait partir le 7 novembre de La Hague et arriver le 9 à Lüneburg, le 10 à Gorleben. A moins que… nous nous mettions en travers et le retardions efficacement.

(noir)Les militant-e-s allemand-e-s appellent à manifester et à barrer la route aux transports nucléaires, car ils sont en quelque sorte de talon d’Achille du lobby nucléaire. Il est difficile d’arrêter une centrale nucléaire par contre, arrêter un transport de déchets nucléaire, ne serait-ce que pour quelques heures, c’est plus du domaine du possible.

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La police est au courant, bien entendu. Elle établit même immédiatement un rapprochement entre les membres du “groupe de Tarnac” qu’elle surveille… et les opérations contre les “trains Castor”. Le rapport de la sous-direction antiterroriste de la direction centrale de la police judiciaire (SDAT) au procureur de Paris, en date du 15 novembre 2008, que Mediapart s’est procuré et a publié, indique (page 5) qu’alors que le couple Lévy/Coupat est observé par les policiers, dans la nuit du 7 au 8 novembre à proximité d’une ligne TGV :

(noir)Dans le même temps nous étions avisé par l’état major de la direction centrale de la police judicaire du contrôle de trois des membres du groupe sur la commune de Haut-Clocher (Moselle), les nommés Manon Glibert, Benjamin Rosoux et Gabrielle Hallez alors qu’ils dormaient dans un
véhicule stationné sur un chemin communal en lisière de bois, au lieu-dit Saint-Ulrich soit à moins de 4 kilomètres de la ligne ferroviaire sur laquelle devait passer dans la même soirée le train d’acheminement de matières radioactives dit train « Castor » et à moins de 10 kilomètres de la ligne de passage du TGV-Est sur laquelle était intervenu l’incident observé lors de notre surveillance quelques heures auparavant.

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Une opération annoncée… et revendiquée !

Document Mediapart : <doc463|left>

La pose de crochets sur les caténaires est signalée par la police ferroviaire en quatre points du réseaux cette nuit-là (une autre pose de crochet est signalée par la SNCF dans la nuit du 25 au 26 octobre).

L’opération est même revendiquée par les écologistes radicaux ! Ce dont fait état le rapport de la SDAT du 15 novembre :

(noir)Cette analyse était confirmée par une revendication parvenue le 10 novembre 2008 par courrier au quotidien allemand Berliner Zeitung posté le 9 novembre 2008 de Hanovre (Allemagne) évoquant de récentes actions ayant eu pour objectif de perturber le trafic ferroviaire en France et en Allemagne et précisant que les actions s’inscrivaient dans le cadre de la vague de protestations liées au transport de France vers l’Allemagne par le train Castor de déchets nucléaire retraités pendant le week-end du 8 novembre 2008. Ce texte précisait après des revendications d’ordre anti-capitaliste « ils ont ainsi agi cette nuit au moyen de crochets métalliques » citant les actions menées en France ainsi que des actions menées conjointement sur le réseau ferroviaire allemand, informations confirmées par les services de police allemands. Cette revendication était signée « En souvenir de Sébastian », en référence au nommé Sébastien Briat, activiste mort lors du passage d’un train Castor en 2004.

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Révélée par Mediapart le 22 novembre, cette revendication allemande ne sera “découverte” par le reste de la presse qu’à la mi-décembre !

Selon le JDD (14 décembre), “Sabotages, révélations sur une piste allemande” :

(noir)C’est précisément vers l’Allemagne que l’enquête sur les sabotages des lignes TGV perpétrés dans la nuit du 7 au 8 novembre dernier lorgne actuellement. Comme l’avait dévoilé le site Mediapart le 22 novembre, ces actions avaient été revendiquées outre-Rhin et en allemand, avant le coup de filet policier mené à Tarnac (Corrèze), Rouen (Seine-Maritime) et Paris le 11 novembre, par un courrier posté de Hanovre et adressé au Tageszeitung de Berlin. Selon cette lettre, non publiée par le “Taz”, les quatre sabotages et tentatives de sabotage des voies TGV à l’aide de “crochets”, ainsi que d’autres actions visant aussi le réseau ferré en Allemagne durant la même nuit, visaient à protester contre le capitalisme en général et le transport de déchets nucléaires en particulier.

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Selon l’AFP (15 décembre) :

(noir)Des anonymes ont revendiqué dans une lettre en allemand au quotidien de gauche berlinois Tageszeitung des actes de sabotage contre des lignes de chemin de fer en France et en Allemagne en novembre.

(noir)“Parce que nous en avons ras le bol, nous avons dirigé aujourd’hui aux aurores notre colère contre les lignes de transport de (déchets) nucléaires”, écrivent les auteurs de cette missive reçue mi-novembre par la TAZ, dont l’AFP a eu copie.

(noir)Le week-end du 11 novembre, retardé par d’énormes manifestations, un convoi de déchets nucléaires retraités en France avait mis plus de trois jours pour arriver à un centre de stockage du nord de l’Allemagne.

(noir)“Avec des incendies criminels et des crochets métalliques, nous avons donné le signal de notre résistance sur les lignes Paris-Strasbourg, Paris-Lille, Paris-Rhône-Alpes, Paris Bourgogne, Ludwigshafen-Mayence (ouest), Kassel-région de la Ruhr (centre et ouest), région de la Ruhr-Hanovre (idem), Brême-Hambourg (nord) et plusieurs lignes des environs de Berlin”, poursuit cette lettre.

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Nous voilà donc avec une opération des écologistes radicaux allemands annoncée, puis revendiquée, selon une technique connue et éprouvée, que ces mêmes Allemands pratiquent depuis des années. Mais que viennent faire Lévy et Coupat dans cette affaire ?

Questions de bricolage et technique de pose…

A proximité de la ligne TGV, les policiers les perdent de vue durant une vingtaine de minutes dans la nuit des faits. Serait-ce suffisant pour procéder à la pose du crochet qui sera retrouvé ultérieurement à cet endroit ?

Retour vers nos cheminots, qui s’interrogent toujours dans leurs forums et débattent de manière fort concrète (ici, ici, ici, ici, et aussi ).

L’opération leur semble jouable. Encore faut-il disposer, à leur avis, d’un minimum de matériel : une perche isolante (de ce type) pour monter le crochet à plusieurs mètres de hauteur, au niveau de la caténaire, sans risquer de provoquer un arc électrique potentiellement mortel (nos cheminots conseillent également le port de gants isolants – de ce type -, et de monter sur un tabouret isolant – de ce type).

Aucun matériel de ce type, ni aucun autre dispositif permettant de mettre en place le crochet sur la caténaire, n’a été retrouvé par les policiers en possession d’aucun des membres du “groupe de Tarnac” interpellés.

Et quid de la fabrication des crochets ? Elle demanderait, selon nos cheminots bricoleurs, si ce n’est “une cintreuse”, un outil professionnel, à tout le moins “un poste de soudure à acétylène”… Aux dires de l’un de ceux de Tarnac, Benjamin Rosoux, interrogé par Libération, les perquisitions effectuées à Tarnac n’ont conduit qu’à la saisie de “deux coupe-boulons”

Et qu’en est-il de la “seconde équipe” ?

Surtout, quatre opérations sur les voies ont eu lieu en France dans la nuit du 7 novembre. Lévy et Coupat ont été aperçus à proximité du lieu de l’une d’elles (mais sans matériel avec eux). Qui a donc procédé aux trois autres dégradations ? Si Lèvy et Coupat sont mêlés à l’une des opérations (ce que la police semble aujourd’hui incapable de prouver), il y a de toute façon, manifestement, dans cette affaire… une seconde équipe (au moins) au sujet de laquelle la police ne sait rien, en tout cas ne dit rien !

Si Lèvy et Coupat sont mêlés à cette opération, comment se sont-ils organisés avec les autres, comment se sont-ils procurés le crochet ? La surveillance étroite dont il faisaient l’objet n’a permis d’établir, aux dires du rapport de la SDAT, qu’un vague contact de Coupat avec une certaine Sandra G., par ailleurs impliquée dans une affaire allemande de crochet sur les caténaires en 1996-1997. Il n’est fait état d’aucun autre contact, réunion… Aucun moyen d’échange d’information, de planification/coordination d’une action concertée n’est mis en avant avec “la filière allemande”, alors que Lévy et Coupat étaient sous très étroite surveillance depuis des mois…

“Sabotages SNCF : et si les enquêteurs s’étaient plantés ?” s’interroge sur son blog (dès le 13 novembre) notre syndicaliste cheminot Bernard Aubin…

Un glissement “surréaliste” de la thèse policière

Et puis comment a-t-on pu passer d’une opération de militants écologistes radicaux anti-nucléaires franco-allemands, somme toute assez classique (ce vers quoi poussent toutes les informations concrètes disponibles), à une résurgence d’un “terrorisme d’ultra-gauche de la mouvance anarcho-autonome” pour le moins hypothétique ? Il y a là une sorte de mystère.

Le rapport de la SDAT est à ce sujet tout à fait édifiant d’une sorte de “glissement”, purement intellectuel, dans le raisonnement policier, qui ne repose sur aucun élément concret et matériel, mais uniquement sur des rapprochements et des spéculations… liées à un livre.

En même temps que le policier auteur de ce rapport d’enquête signale le passage du “train Castor”, la revendication allemande, et le contexte des écologistes anti-nucléaire, il assure de manière totalement surréaliste :

(noir)Un rapprochement était immédiatement opéré avec l’idéologie de blocage des axes de circulation et des flux de communication prônés par le nommé Julien Coupat. (…) Immédiatement un rapprochement était opéré entre nos observations de la nuit et la doctrine de blocage des flux du nommé Julien Coupat qui s’exprime ainsi au sein de son pamphlet, mettant en évidence la fragilité de l’Etat par ses voies de communication qu’il convient
d’attaquer afin de libérer l’homme (…).

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(noir)Les actions de la nuit du 7 au 8 novembre éclairées à la lumière de la doctrine du groupe, loin d’être de simples dégradations commises à l’encontre du réseau ferré comme il en existe de centaines par an, doivent donc être envisagées comme un acte politique visant à la déstabilisation de l’Etat.

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C’est que les policiers de la SDAT n’enquêtent pas sur les blocages ferroviaires des écologistes anti-nucléaires radicaux, ils enquêtent sur Julien Coupat et son “groupe de Tarnac” et sur une résurgence d’un “terrorisme d’ultra-gauche de la mouvance anarcho-autonome” à laquelle Michèle Alliot-Marie croit très fort.

Et il y a un livre en effet, “L’insurrection qui vient” (note de lecture sur novövision), signé d’un anonyme “Comité invisible”. Mais la police connaît “un témoin anonyme” qui assure que l’auteur est Julien Coupat et elle le croit
( Notons tout de même qu’en avril, la journaliste du Nouvel Obs Elsa Vigoureux fait une présentation du livre dans son hebdomadaire. Elle ne révèle pas l’identité des auteurs mais croit savoir : “Tout ce qu’on sait de ces anonymes qui tiennent à le rester, c’est qu’ils se retrouvent dans des ruines retapées du centre de la France, où ils cultivent fruits, légumes et idées. Ils sont cinq, ont entre 24 et 35 ans. Certains ont fait des études, d’autres pas.” Un “portait” qui colle plutôt avec le “groupe de Tarnac”, il faut bien avouer. Le “choix de vie” décrit par le livre semble aussi directement les inspirer (ils connaissent d’ailleurs ce livre, reconnaît Benjamin Rosoux à Libération…)).

Et il ne lui en faut pas plus que ça. La solution est à Tarnac, et nulle part ailleurs. La motivation est d’“ultra-gauche de la mouvance anarcho-autonome”, et rien d’autre. Quand bien même cet objet politique est un Ovni qui ne semble exister que dans l’esprit des policiers et de leur ministre…

Vous connaissez la suite…

Le propre porte-parole de Michèle Alliot-Marie en viendra à reconnaître devant David Dufresne de Mediapart (vidéo en lien ci dessous) que le cri de victoire médiatique de la ministre était improvisé et précipité :

(noir)En fait, Gérard Gachet, porte-parole du ministère, nous le révèle (cf. vidéo) : « La police aurait sans doute préféré 24 heures de plus pour vraiment bien ficeler son affaire… »

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Aujourd’hui, Lévy et Coupat sont toujours en détention (les seuls parmi les 20 personnes interpellées le 11 novembre) malgré la demande d’un juge des Libertés, sur foi du dossier, de les libérer (une décision infirmée par une instance de recours sur demande exceptionnelle du parquet).

Le dossier est toujours aussi vide : on ne sait toujours pas ce que faisaient-là Lévy et Coupat cette nuit-là, mais on ne sait pas non plus, s’ils avaient dû participer aux dégradations, comment ils auraient procédé… On ne sait rien non plus des auteurs des trois autres dégradations de la même nuit en France (et de celles qui ont eu lieu en Allemagne au même moment). En revanche, Michèle Alliot-Marie, elle, est bien sure d’avoir affaire à une “résurgence d’un terrorisme d’ultra-gauche de la mouvance anarcho-autonome”… Y a comme quelque chose qui cloche, une sorte de malaise, vous ne trouvez pas ?

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A lire, écouter et voir également sur le web :

Sur le traitement “médiatique” de l’affaire :

Article11 : interview de l’éditeur de “L’insurrection qui vient”, Eric Hazan

Dailymotion : L’enquête vidéo de David Dufresne pour Mediapart

Marianne2 : Frédéric Ploquin, grand reporter d’investigation à Marianne revient sur une étrange affaire…un flagrant délit de suivisme médiatique!

Là-bas si j’y suis (Daniel Mermet) : “Une petite épicerie tapie dans l’ombre”, un reportage (audio) de Pascale Pascariello

Libération : Daniel Schneidermann, “Fabrication d’épouvantails, mode d’emploi”

Schneidermann a raison de clouer au pilori ce véritable torchon rédigé par Christophe Cornevin pour Le Figaro, qui pourra figurer en bonne place dans la galerie des pires horreurs du journalisme monstrueux.

Voir également une amusante réponse en forme de pied de nez de l’“ultra-gauche” au traitement réservé par les “journalistes” de TF1 à cette affaire.

Sur ses aspects judiciaires :

Libération : «L’incrimination préventive de Julien est bâtie sur du vent» (interview de l’avocate de Julien Coupat)

NouvelObs : “Michèle Alliot-Marie cherche à faire un exemple à travers Julien” (interview du père de Julien Coupat)

A propos de l’“ultragauche” :

Rue89, Chloé Leprince : “Comment je n’ai jamais pu interviewer un autonome”

Rue89, Chloé Leprince : “On a retrouvé les écrits du gardé à vue pour sabotages à la SNCF”

Bakchich, Jacques-Marie Bourget : “Retour sur la traque de l’ultra-gauche”

9 Comments

  1. Passionnant à lire, beau travail d’enquête…Mais alors on peut faire du journalisme en faisant autre chose que de la reprise de dépêches AFP ou de communiqués officiels ??? Ah non c’est du “blogging” là c’est pas pareil 🙂

  2. Ton intro revient à renverser la charge de la preuve. Puis-je suggérer que, si la police avait pu être présente sur les lieux du sabotage à l’instant où il a été commis, on peut imaginer qu’elle aurait arrêté les coupables en flagrant délit ?

    Chacun fait mine de s’étonner que la police ait perdu de vue Julien Coupat et Yldune Lévy durant 20 minutes. Il y a un petit côté paradoxal dans cet étonnement. Pour ne pas les rater, de nuit dans la campagne, il aurait fallu disposer de moyens très importants. Car, pour suivre une voiture dans ces conditions, et compte tenu des précautions remarquables prises par Julien Coupat (jeter des choses dans une poubelle puis venir vérifier si quelqu’un la fouille, s’arrêter en pleine voie pour se laisser dépasser), il aurait fallu rouler feux éteints. Sauf à faire le pari que la route sera droite, c’est un peu risqué. Alors quoi ? Il aurait fallu que, pour une simple surveillance, on prévoit un hélico (de nuit dans la campgne, c’est pas discret non plus, remarquez) ? Qu’on s’accroche sous la voiture ? On aurait parlé cette fois de moyens démesurés…

    Il est assez logique, si l’on reste sur le rapport de la police, que ce soit précisément au moment où ils allaient concrétiser leur acte de sabotage que Julien Coupat et Yldune Lévy soient parvenus à échapper à la vigilance de la police.

    Il me semble donc assez compréhensible que la police ne puisse pas prouver ce qu’ils faisaient à cet instant précis.

    En revanche, narvic, ça ne te gêne pas que l’ensemble des medias et les proches des accusés éludent la question de leur emploi du temps ? Tu as deux personnes qui se trouvent dans un coin complètement paumé, loin de chez eux, en plein milieu de la nuit, alors que se produit durant cette même nuit le sabotage de la voie ferrée, et ils ne sont pas en mesure de dire ce qu’ils y faisaient, ou ce qu’ils faisaient d’autres.

    Au demeurant, on peut supposer que ceux qui ont été libérés sont ceux qui ont pu fournir un alibi, et dont l’alibi a pu être vérifié.

    Bref, c’est à tout le moins une zone d’ombre qui devrait éviter à certains d’être trop catégoriques. Et d’employer des termes définitifs sur le régime sous lequel nous vivons.

    En ce qui concerne l’existence d’une autre équipe, je ne vois pas trop en quoi cela devrait fragiliser la thèse de la police. Soit, elle n’a pas pu mettre la main sur d’autres auteurs de sabotage. Est-ce que cela disculpe Julien Coupat et Yldune Lévy pour autant ?

    Quant à la revendication allemande, si vous écoutez le père de Julien Coupat, la police ne s’y serait jamais intéressée. Or, comme tu le soulignes, cette revendication est mentionnée dès le rapport de la SDAT.

    Cela exclut-il pour autant une collaboration de Julien Coupat et Yldune Lévy, étant précisé que l’objectif serait de lutter “contre le capitalisme en général et le nucléaire en particulier” ? Je ne vois pas en quoi.

    Au demeurant, la revendication écolo a certes l’avantage d’être plus jolie dans le tableau, mais à supposer qu’elle soit authentique et que des écolos soient derrière cette action, faut-il pour autant l’admettre ?

    Bref, je trouve qu’il y a une certaine précipitation d’un paquet de gens à vouloir prendre fait et cause pour ces deux personnes alors que la seule constatation possible est qu’il y a de vraies zones d’ombres.

  3. @koz,
    je trouve assez amusant que tu appelles ‘renverser la charge de la preuve’ le fait de ta part d’affirmer que les suspects sont coupables sauf s’ils prouvent qu’ils sont innocent … alors que jusqu’à présent il me semblait bien que la règle de droit était justement l’inverse.

    Pour ma part, “ça ne (me) gêne pas que l’ensemble des medias et les proches des accusés éludent la question de leur emploi du temps ?”:
    – premièrement, ils ne faisaient à priori rien de mal (tant qu’on a pas prouvé l’inverse)
    – deuxièmement (et c’est le plus important pour moi). La question de leur culpabilité n’est que très secondaire. Ce qui me pose problème n’est pas de savoir s’ils ont ou non saboté des lignes SNCF, mais qu’on m’explique en quoi cela est du terrorisme, et pour quelle raison il faut absolument garder en prison ces deux-là pendant l’enquète.
    Au vue de ce qui a été communiqué via la presse, je ne connais la réponse à aucune de ces deux questions… et franchement je trouve cela bien plus angoissant de penser qu’il se pourrait bien en France que l’on maintienne des gens en détention sans réèlles raisons que de savoir que les TGV étaient en retard parceque des abrutis finis en sabotaient les voies.

  4. Mon expression est maladroite, il est vrai. Mais généralement, lorsque l’on veut se disculper, on fournit un alibi. Or là, à écouter et lire les proches des accusés, aucun ne conteste vraiment qu’ils aient été sur place. Et le rapport de la SDAT fournit un certain nombre d’éléments pour penser qu’ils ne partaient pas aux champignons.

    «Ce qui me pose problème n’est pas de savoir s’ils ont ou non saboté des lignes SNCF, mais qu’on m’explique en quoi cela est du terrorisme, et pour quelle raison il faut absolument garder en prison ces deux-là pendant l’enquète»

    Je comprends que ce soit insatisfaisant mais il ne me semble pas qu’il y ait une nécessité de fournir à l’opinion publique les éléments d’un dossier pénal. On ignore ce qu’il y a à l’intérieur, et y figure peut-être (probablement) des éléments qui n’ont pas à être diffusés. Accessoirement, il existe ce que l’on appelle le secret de l’instruction. Il faut peut-être aussi que l’opinion publique admette qu’elle n’est pas juge, et qu’elle ne peut pas disposer de tous les éléments d’information d’une procédure en cours.

    Enfin, la décision de maintien en détention n’a pas été prise par la police, elle n’a pas été prise par le parquet, elle a été prise par des magistrats du siège, indépendants du pouvoir politique.

    Sauf à remettre en cause la légitimité de l’ensemble de notre système, et sauf à présumer que les magistrats seraient soumis à l’exécutif, laissons donc le système fonctionner.

    Rappelons au passage que les autres accusés ont été libérés. Il n’est pas déraisonnable d’imaginer que la Justice détient à l’encontre des autres des éléments justifiant leur maintien en détention. Et ce jusqu’à ce qu’on me démontre que nous ne vivons pas en démocratie (même si je sais que l’idée est assez populaire chez ceux qui n’ont toujours pas digéré le résultat des élections présidentielles).

  5. Koz, l’acharnement sur certaines personnes n’est pas du tout du tout incompatible avec un régime démocratique. Je ne doute pas une seule demi seconde que nous vivons en démocratie (même si je n’ai toujours pas digéré le résultat de l’élection présidentielle…), pourtant je ne suis pas non plus du genre à dire que notre société est infaillible.

    La démocratie ne sauve pas de la connerie (et j’en suis la preuve vivante, hé). Ainsi s’il est vrai qu’il n’est pas déraisonnable de penser que la Justice détient à l’encontre de personnes des éléments justifiant leur maintien en détention. Et s’il est vrai qu’en démocratie l’inverse est moins logique/probable, cela reste une possibilité. Il est aussi possible que la Justice n’ait rien, et que des pressions aient jouées et qui expliquent le maintien en détention.

    Je précise encore une fois, que c’est une thèse, qui si vue comme cela, brut de décoffrage, est bien moins crédible que la thèse que vous défendez. Mais quand tous les éléments que souligne Narvic commencent à s’accumuler… on est en droit de commencer à se poser des questions.

    D’autant plus, que je veux bien croire au secret de l’instruction… mais bon, dans cette affaire, le secret de l’instruction ne semble pas vraiment respecté, vu les annonces ministérielles, vu les documents dans la presse, et vu tout ce qui filtre… Pourquoi alors, rien ne filtre qui soit vraiment à charge de ces deux individus. Peut-être parce que les seuls éléments à charge concernent des sujets qui sont eux vraiment confidentiels et que cette confidentialité soit réellement importante pour l’enquête. Mais dans ce cas, il aurait mieux valu se taire sur tout, plutôt que de parler dans tout les sens de cette affaire… parce que maintenant, l’opinion publique à faim, et elle ne peut se contenter d’un simple : “On a des preuves mais on ne peut pas les montrer parce que le secret est important pour l’enquête, par contre on a plein d’informations diverses et variées qui ne sont pas des preuves, mais diabolisent ces deux personnes, et ça on les communique à tout va”.

    Qu’il soit vrai que l’on ne sait rien, et qu’il est donc très difficile de savoir s’il est vraiment juste qu’ils restent en détention, ou pas, je le concède. Mais vous ne pouvez reprocher à tout le monde de commencer à poser des questions. Moi personnellement, je fais confiance à la justice. Mais je les attends au tournant quand tout les éléments deviendront publics. Malheureusement, si jamais ces deux individus sont restés en détention de façon injuste (ce qui est à mes yeux possible, même si pour l’instant, sans information, je me refuse à croire), ils ne seront pas dédommagés, et personne ne se verra condamné pour abus de détention (en même temps, c’est normal, si c’était possible bonjour l’ambiance pour les juges).

    C’est dans cette optique que certains, qui font moins confiance à l’efficacité de la justice (qui n’est pas infaillible rappelons-le), se permettent de demander des comptes, et demander la libération de ces individus. Si on les garde en détention, juste par sécurité, au cas où… même si c’est légal, ça peut paraître bigrement injuste… Ainsi, comme vous le dites : Il y a des zones d’ombres. Beaucoup trop. Pourquoi sont-ils encore en détention alors ?

    Je tenais aussi à commenter, Koz, certaines de vos remarques sur l’article de Narvic :

    1 – Qui s’étonne que la police ait perdu de vue les deux ultragauchistes pendant 20 minutes ? On s’étonne de voir des gens toujours en détention PARCE QUE la police les a perdus de vue pendant 20 minutes. Il y a de quoi suspecter, oui (c’est même très suspect, mais je doute que la présomption d’innocence, et la règle du doute qui profite à l’accusé permette de condamner ces deux personnes sur si peu d’éléments), mais de là à écrire ce qu’à pu écrire M Cornevin dans le Figaro… il y a tout de même un monde ! Que vous trouviez logique que la police ne soit pas capable de dire ce qu’ils faisant au moment précis où ils ont disparu (c’est tautologique) j’en conviens. Mais s’ils n’en sont pas capable, alors ces gens, qu’on les libère. Il y a une limite à la détention provisoire au nom de l’enquête, si celle-ci patauge, on ne va pas garder des gens en détention le temps que les policiers démêlent les fils… qu’on les assigne à résidence que diable.

    2 – Je suis parfaitement d’accord pour dire que le fait qu’on ignore leur emploi du temps est suspect… mais vous avez vous même dit qu’il existait un secret de l’instruction (dont je me suis moqué vu le nombre d’informations qui ont filtré, mais je fais une galipette rhétorique, et je fais genre je n’ai pas dis ce que j’ai dis). Or nous n’avons jamais entendu les deux de Tarnac parler ! Nous ne savons donc pas s’ils ont un alibi… nous ne savons même pas si les autres qui ont été libérés avaient un alibi ou pas.

    3 – L’absence d’alibi n’est pas suffisante pour condamner une personne.

    4 – Oui, vous avez raison, le fait que la police n’ai pas arrêté les autres groupes de sabotage ne disculpe pas J Coupat et Y Lévy, mais avouez que si ces deux là étaient les leaders de ce groupe, pourquoi auraient-ils agis en employant des gens externe à leur petit groupe de Tarnac ? C’est une supposition bien entendu, il se peut qu’ils ne soient qu’uns des pions d’un groupe plus vaste, qui leur a demandé d’agir à cet endroit de la France, tandis que ce groupe plus vaste demandait à d’autres groupuscules d’agir en d’autres endroits. Mais alors qu’on arrête de les présenter comme les leaders d’un organisme terroriste… Ce n’est pour moi pas du tout logique. S’ils en étaient les leaders ils a auraient certainement eu recours aux services de leur amis de Tarnac (ce qui a peut-être été le cas, mais toujours est-il que pour l’instant ces autres sont libres… pour quelle raison ? Malheureusement on ne sait pas, peut-être parce qu’ils avaient des alibis, peut-être parce qu’il n’y avait rien contre eux… peut être parce que la police avait obtenu tout ce quelle voulait d’eux et les a relâchés en attente d’un jugement)

    5 – Le père de Julien Coupat parle sur le coup de la passion, qu’il dise que la police ne s’y est jamais intéressé prouve qu’il n’était pas au courant de tout. Mais est-ce que parce que le père à dit que la police ne s’y est pas intéressé, ce qui est faux, l’on doit alors dire que c’est bon, c’est sans importance ? Non, passons outre ce que dit le père. La police s’y est intéressé, mais d’après ce que raconte Narvic, pour l’écarter très vite. Pourquoi ?

    6 – Oui, les motivations du groupe allemand peuvent avoir servi à J. Coupat. Mais qu’on arrête encore une fois de le présenter comme le chef d’une bande de dangereux terroristes, les groupes anti-déchets nucléaires qui font des actions un peu fortes sont nombreux, et on ne les a jamais traités comme des terroristes, non plus qu’on les a jeté aux fauves du Figaro pour qu’ils soient dépecés… Donc, s’ils ont vraiment placé ces crochets sur des caténaires pour leur revendication d’ultragauchistes ou d’ultracohnbendits, qu’ils soient jugés, et condamnés à une juste peine. Mais de grâce, qu’on leur enlève cette fausse étiquette de terroriste, moyen bien pratique pour l’Etat de masquer toute une série d’autres problèmes. C’est trop facile !

    —————

    Ce message devient trop long, je m’embrouille les fils dans ma réponse et je me répète…. Mais l’essentiel de ce que je voulais dire, je l’ai dit. J’espère que j’ai été clair…

  6. L’article est en effet très intéressant mais ce commentaire l’est beaucoup moins.

    Vous pourriez aller voir le blog d’Aliocha pour essayer de mettre de l’eau dans votre vin ou tout au moins éviter de troller aussi grossièrement.

  7. @ Koz

    Je reconnais que la question intéressante est celle de savoir ce que Lévy et Coupat faisaient-là. Mais c’est bien aux enquêteurs d’y répondre et les suspects n’ont aucune obligation de le faire. C’est bien toi qui renverse la charge de la preuve.

    Alors, ils se taisent? Et ce silence est également cité à charge. Un silence qui résiste à 96 h de garde vue devient même carrément en-lui-même suspect ! (qu’est-ce que ça doit être, alors, 96h de gàv, pour qu’une telle résistance devienne suspecte ?)

    De même que le refus de prélèvement biologique. De la même la possession du petit manuel sur l’attitude à tenir en garde à vue (que je possède également. Mince !)

    Je comprends fort bien ce silence de la part de militant politiques qui se défient de la police et de ses méthodes (pensons aux “Irlandais de Vincennes”, par exemple…).

    Je comprends d’autant plus ce silence quand les suspects sont bien obligé de constater la manière dont des écrits politique très généraux (“L’insurrection qui vient”) qu’on leur attribue (sur seule foi d’un témoignage resté anonyme) peuvent être utilisé contre eux à charge. Il vaut peut-être mieux se taire en effet…

    J’aimerai justement qu’on s’étendent un peu sur l’utilisation de ce livre dans l’enquête telle qu’elle apparaît dans le rapport de la SDAT. Tu ne parles pas, Koz, de cette utilisation tout bonnement hallucinante de ce texte :

    Le raisonnement policier est délirant : nous disposons d’un faisceaux d’indices solide mettant en cause une opération “classique” de blocage des trains Castor par les écologistes anti-nucléaires radicaux (opération annoncée et revendiquée, un mode opératoire déjà bien connu et qui leur est spécifique) et le policier conclut pourtant que c’est une opération terroriste imputable à “l’ultra-gauche de la mouvance anarcho-autonome”, dans le cadre d’une opération visant à bloquer les réseaux pour déstabiliser l’Etat !

    Ce raisonnement est intellectuellement totalement bancal, voire absurde. Comment peut-on passer d’une opération écologiste anti-nucléaire sur une cible fort précise et identifiée à une accusation de terrorisme d’ultragauche visant l’Etat lui-même ? Comment peut-on passer d’une opération visant spécifiquement un convoi de déchets nucléaires à une accusation d’opération globale de blocage des réseaux de communication du pays à des fins terroristes ?

    Mon soupçon à moi c’est donc celui-là: la police voit du terrorisme d’ultra-gauche là-dedans, parce que c’est une police justement anti-terroriste qui est saisie de l’enquête (les différentes enquêtes sur les différents sabotages ont été jointes pour être d’abord confiées à la gendarmerie, avant qu’elle ne soit dessaisie au profit de la SDAT).C’est cette police elle-même qui a inventé la notion d'”ultragauche de la mouvance anarcho-autonome”, que tous les chercheurs et observateurs politiques de l’extrême gauche jugent tout simplement grotesque. Et après l’avoir inventée, elle lui trouve déjà, comme par magie, une application.

    Il me semble de plus en plus évident que les enquêteurs abordent cette affaire avec un prisme totalement déformant : que l’on confie l’enquête à nouveau à la gendarmerie et je suis prêt à parier que l’on y verra plus la moindre trace de terrorisme.

    On pourra s’intéresser alors aux vraies questions de cette affaire : Lévy et Coupat ont-ils pu matériellement commettre ces dégradations et comment s’y seraient-ils pris ? S’ils ne pouvaient pas le faire sans matériel (ce qui semble tout de même le plus vraisemblable) pourquoi ce matériel n’a-t-il pas été retrouvé ? S’il n’a pas été retrouvé, n’est-ce pas plutôt que ceux qui l’avaient amené, l’ont emporté avec eux ? Comme ceux qui ont procédé aux trois autres dégradations de la même nuit?

    Si Lévy et Coupat ont agi : quand et comment ont-ils pu prendre contact avec les réseaux allemands, réceptionner les engins, apprendre à les utiliser, réceptionner ou se fournir le matériel puis le faire disparaître, tout cela sous étroite surveillance depuis des mois ?

    Si les policiers passaient moins de temps à lire des livres écrit par des anonymes et plus à pratiquer une véritable enquête, basée sur des données matérielles vérifiable et non sur des spéculations intellectuelles, comme le font très habituellement leurs collègues de la police “classique” ou de la gendarmerie, alors on aurait peut-être dans cette affaire un dossier un peu plus consistant !

    Quant à l’attitude des familles des suspects et de leur comité de soutien : ils ont indiqué clairement que leur attitude relevait d’une stratégie consistant à ne pas aborder la réalité – ou pas – des faits eux-mêmes (comme je le fait pour ma part, de mon côté, mais je ne suis ni de la famille ni d’un quelconque comité de soutien), mais la disproportion de la qualification de terrorisme et la disproportion des moyens mis en oeuvre pour une simple opération de dégradation de matériel.

    Je ne sais pas si cette stratégie est bonne ou pas. Elle a le mérite de mettre en évidence le caractère totalement exorbitant de la législation anti-terroriste et la dérive inquiétant de la pratique policière qui conduit à l’appliquer à n’importe quelle situation. Cette défense est totalement axée sur les droits de la défense et sur ce point elle vise très juste, elle est même plutôt habile. Ce qui explique peut-être le très fort pouvoir mobilisateur de cette affaire dans la population.

    Jetez donc un oeil sur la dernière édition de Télé Millevaches, la télé associative des gens du plateau de Millevaches (où se situe Tarnac) : les réactions de la population de Tarnac sont très instructives…

  8. @ Arylie

    Je ne conseille pas spécialement, pour ma part, aux lecteurs de novövision d’aller voir ce blog, où l’on continue à répandre une vision délirante et fausse de ce que j’écris moi-même ici (en déformant mes propos autant qu’on peut, en m’en attribuant même que je n’ai pas tenus, en tordant totalement le sens de ce que j’ai pu écrire, et autres pratiques habituelles de la polémique hargneuse, au choix bornée ou de bien de mauvaise foi).

    Après avoir tenté, sans succès, d’établir un dialogue avec son auteur, j’y renonce désormais. Et je ne lui fait plus de publicité. Point final.

  9. hoztoujours se demande ce que pouvaient bien faire ces deux là en pleine nuit à cet endroit.
    mdr.
    Le plus comique serait que nous ayons la réponse autour du 7-8 aout 2009 (9 mois plus tard). Trop fort là !

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