Information en ligne : le règne du canon à dépêches

On le soupçonnait un peu, une étude scientifique le confirme : la diversité de l’offre d’information dans les sites d’information en ligne est loin d’être aussi importante qu’on aurait pu l’espérer. Pire même, cette offre est massivement “redondante” et “stéréotypée” : les sites d’informations diffusent la même information en même temps, avec une extrême concentration…

Le moment cybernétique. La constitution de la notion d’information

{“Le moment cybernétique. La constitution de la notion d’information”}, Mathieu Triclot, 2008, Champ Vallon, 420p., 29€.

Normalien, agrégé de philosophie, Mathieu Triclot est maître de conférence en philosophie des sciences à l’Université de technologies de Belfort-Montbéliard. Ses recherches portent sur les rapports entre les technologies de l’information et la philosophie (présentation de l’éditeur).

{“Le moment cybernétique”} est un livre difficile mais il propose un voyage intellectuel fascinant au moment précis de l’histoire des sciences et des techniques où s’est forgée cette notion mathématique d'{“information”}, qui allait permettre la naissance des premiers ordinateurs.

Ce n’est pas un livre d’histoire de l’informatique, mais une étude d'{“épistémologie historique”} des concepts scientifiques, qui prend pour objet la tentative de création, dans les années 1940 et 1950, d’une nouvelle science : {“la cybernétique”}. Cette tentative sera un échec, quand bien même les concepts forgés par la cybernétique irriguent aujourd’hui en profondeur les sciences et la pensée contemporaines. Ils ont influencé en profondeur la formation des neuro-sciences et des sciences cognitives d’une part, le développement formidable de l’informatique et le projet singulier de l’Intelligence Artificielle de l’autre.

La mal info. Enquête sur des consommateurs de médias

{“La mal info. Enquête sur des consommateurs de médias”}, Denis Muzet, 2006 (2007 pour l’édition de poche), L’aube poche essai, 140 p., 7,80€.

{“La mal info”} est un petit livre percutant sur l’état de dégradation avancé du système médiatique dans notre pays et sur la {“crise du sens”} que vit notre société, dont il est l’expression.

En 140 pages, une équipe de sociologues décortique notre pratique quotidienne des médias, celle qui fait aujourd’hui de nous des {“médiaconsommateurs”}, victime d’une {“boulimie d’information”} et simultanément de plus en plus défiants et mal informés.

Cette nouvelle manière de {“consommer”} l’information nous rend malades. Nous demandons toujours plus d’informations, du matin jusqu’au soir, mais de l’information toujours plus brève, plus superficielle. Nous nous plaçons nous-mêmes sous une véritable perfusion de {“fast news”} qui fait de nous des drogués. Nous ne nous informons plus pour comprendre, mais {“pour calmer un peur permanente”}, pour {“surveiller”}, heure par heure, {“la montée du chaos global”}. Et du coup, nous ne comprenons plus rien et nous ne sommes pas vraiment rassurés pour autant.

La perte de crédibilité des médias “institutionnels” et la défiance envers l’information qu’ils délivrent est générale, profonde et durable, assurent ces chercheurs. Le public s’en détourne au profit de {“bricolages”} personnels ou des sources alternatives qu’il trouve sur internet. C’est le syndrome de la {“mal info”}, comme il y a celui de la “{mal bouffe”}.

Aujourd’hui, une nouvelle {“diététique de l’information”} devient nécessaire : prendre de la distance, renouer la confiance avec des médias de connivence, devenir soi-même co-producteur de l’information et son propre rédacteur en chef, voilà le puissant remède proposé par ces chercheurs qui ont scruté au plus profond de nous-mêmes les sources d’un malaise de l’info qui ne reflète en définitive que l’image d’une société {“en perte de sens”} et qui a {“délégitimé ses élites”}.