sur le web

Susan Boyle ou la défaite du web 2.0

Susan Boyle, une prolote écossaise de 47 ans, un peu rurale, pas bien jolie et qu’aucun homme n’a jamais calinée (c’est elle qui le confie), promue en un éclair au rang d’icône internationale par le plus gigantesque effet viral du net connu à ce jour (déjà 120 millions de visualisations de la vidéo de son passage à l’émission britannique Britain’s Got Talent, nous dit LePost aujourd’hui)… et personne ne relève – dites-moi si je me trompe – que l’épisode est une illustration exacte du contraire même de ce que prophétisait le Web 2.0.

Certes, Susan Boyle est une amateure promue par le net et les internautes (mais elle ambitionne de devenir professionnelle, confie-t-elle, et il semble bien qu’elle ait vraiment le talent pour ça, si ce n’est l’allure. Quoique…), mais a-t-elle seulement une connexion internet ? Sait-elle même ce que c’est et s’y intéresse-t-elle ?

Là où le web 2.0 n’a cessé de prophétiser la victoire des amateurs sur les professionnels, dans une sorte de concurrence perdue d’avance… Là où le web 2.0 n’a cessé d’annoncer la substitution des vieux médias par les nouveaux, le passage de la logique “verticale” des médias “top-down”, à la logique “plate” du net “horizontal” et “many to many”… ce n’est pas du tout ça qui se passe avec le “phénomène” Susan Boyle.

C’est la télévision qui l’a révélée au public, c’est la télévision qui a intensément relayé, avec maintes interviews complémentaires, cette découverte (BBC (1), BBC (2), NBC
, ITN, West Lothian Courier, Associated Press, Channel5, et même une sorte d’apothéose : Susan chante en direct pour Larry King sur CNN, etc., etc.).

Ce sont bien ces vidéos issues de ces médias professionnels que les internautes plébiscitent sur le net. Les “pros” proposent et les internautes disposent, leur consultation en ligne des vidéos, démultipliée par l’énorme effet viral de la recommandation, tient lieu de vote.

Remarque-t-on qu’anciens et nouveaux médias ne s’opposent nullement dans ce dispositif ? Bien au contraire, ils se renforcent ! C’est même leur conjonction, leur… hybridation, le fait qu’ils se répondent l’un l’autre, dans un véritable dialogue, en démultipliant l’effet viral, qui permet ce phénomène inédit.

Le web 2.0 s’est trompé. Complètement. Nous ne sommes pas du tout dans une logique d’opposition et de substitution, mais bien dans une logique d’hybridation (la collision des galaxies). Il faut revoir en totalité la “prophétie” du web 2.0. Elle est inopérante.

On ne change pas de monde. Il n’y a pas de révolution d’internet. C’est bien plutôt deux mondes qui se rapprochent, coexistent d’abord, puis s’interpénètrent, et il en sort une nouvelle organisation, hybride des précédentes. Susan Boyle, ou l’enterrement du web 2.0…

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Complément (1er mai) :

Lire aussi sur le même sujet :

André Gunthert (ARHV) : “Susan Boyle”, ce n’est que de la télé

Pourtant, “Susan Boyle” n’est que de la télé. De la télé qui instrumentalise le web, pour une leçon cruelle. C’est en se servant des outils d’internet, ces fameux compteurs qui ont fait le succès de Youtube, que la télévision apporte la démonstration qu’en matière d’audience, elle n’a rien à craindre du web. En écrabouillant avec désinvolture les buzz laborieux qui émergent à grand peine du réseau, “Susan Boyle” redresse la balance et chahute le cliché du déplacement des publics vers les nouveaux médias. Si cette migration est une tendance incontestable, on aurait tort de penser que le match est joué. Les vieux médias ont encore de beaux jours devant eux.

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29 Comments

  1. Je vois les choses tout à fait différement:

    Susan Boyle n’est pas de la génération Web. Elle n’est qu’une spectatrice de la télé. Elle s’est donnée la chance de participer à une emission populaire. Forcément une émission TV. Elle ne connait vraiment que ça. Selectionnée pour son talent, un jury lui a offert son “heure” de gloire. Quelques minutes télévisée, puis… OFF.

    Seulement, des internautes ont capté l’instant et se sont passé le mot. Ce mot a pris du volume, les vues se sont multipliées, la vidéos s’est fait copier… et bien évidemment, les chaines TV se sont jeté sur le buzz pour prendre leur part du gateau. Simple effet boule de neige.

    Mais si le web 2.0 fonctionne, pourquoi un événement TV prend la tête de liste? Il y a 30 millions de visiteurs unique par mois sur Digg.com – un vrai site Web 2.0 qui a beaucoup joué dans le phénomène Boyle. Cette audience n’est pas du tout représentative des “spéctateurs” d’Internet, ces internautes qui observent sans contribuer, qui répliquent leur comportement TV sur le Web. Ces internautes passifs font quelque chose comme 80% de l’audience Web. C’est eux qui rendent les choses populaires, quoique fassent les internautes actifs.

    Les centres d’intéret des Diggers et Redditers sont loins d’être mainstream (sciences, technologies, alternatives politiques…). Ces contributeurs adorent offrir à des “presque inconnus” une notoriété éclaire: un photographe pour un cliché sympa, un hacker un peu fou, un homme politique assez radical, un breakdancer un brin casse-cou, ou une une vieille chanteuse pas jolie mais un peu provocatrice

    Ils le font avec d’autaut plus de force que l’amateur sélectionné donne une leçon à leur ennemis, ces vieux média. Forcément, si le support est familier des “spectateurs” de l’internet, l’effet prendra beaucoup, beaucoup d’ampleur. Une émissions en prime-time sur Youtube, c’est du déjà vu, même pour le plus analphabète des Internautes. Alors si Digg & Co le veut…

    Environ deux-tiers des Internautes regardent la télé en surfant. Le dénominateur commun est très puissant!

    Oui, Internet absorbe la télé sans la faire taire. Tant mieux, la télé est un excellent prétexte pour éduquer les internautes passifs aux outils 2.0. “Ajouter aux favoris”, “partager sur Facebook”… Un spectateur d’Internet complétement ignorant de la culture Web a bien peu de chance de bouger son petit doigts pour un gamer allemand complétement chambré, ou un crooner qui aime le chocolat.

  2. Deux petites remarques subsidiaires :
    — Personne, pour l’instant, ne sait monétiser ces médias hybridés. Actuellement les seuls à en tirer profit sont les internautes et Susan Boyle (on l’espère pour elle). Peut-être la chaîne et l’émission plus tard.
    — Elle est aussi la parfaite illustration du décalage croissant entre le formatage du show business et de la télé (chanteuse = jeune, belle, danseuse au corps parfait et dénudé) et le talent artistique.

    J’ai longtemps pesté que si une nouvelle Piaf apparaissait le show biz n’en voudrait pas. Peut-être que le changement le plus important est là : dans cette possibilité d’accueillir de nouveau des artistes différents et dont le talent est la principale raison de la réussite.

  3. Je suis navré pour les fautes d’orthographe de mon précédent commentaire. Ce n’est pas une excuse, mais la taille de police d’écriture un peu petite pour se relire. Si seulement je pouvais me corriger…

  4. Bien vu, Narvic, c’est bien une défaite du web 2.0. Substitution, hybridation? Je laisse de côté tes coups de hache philosophiques. Mais je retiens l’indication des proportions respectives des audiences des différents médias. Un point auquel ton intuition t’avait déjà conduit lorsque tu recomptais les lecteurs de ton blog. Si les audiences réelles du web sont dix fois plus petites que les estimations complaisamment fournies par des compteurs gonflés, alors tout redevient clair: le web est encore dans l’enfance, un petit média qui grandit. A l’ombre de la télé.

  5. @ Jérôme

    Si tu regardes bien les dates des vidéos anglaises et US que je mets en liens (je ne les ai pas choisies au hasard B-) ), tu verras que les médias “tradis” n’ont pas été “à la remorque” du phénomène Susan Boyle par rapport au web, et à la montée des visualisations/votes des internautes sur YouTube. Les phénomènes ont été réellement parallèles et se sont renforcés l’un l’autre. C’est justement ça qui est intéressant – et tout à fait anti-web 2.0 !

    @ Shikibu

    Tu soulèves un point intéressant que j’avais (volontairement) mis de côté dans ce billet (j’essaie de faire des billets plus courts. Si vous me reprochez maintenant de ne pas être exhaustif, je ne vais pas m’en sortir… :o) ). Pourquoi, en effet, Susan Boyle, correspond bien à l’attente des internautes par rapport à l’offre “formatée” de l’industrie culturelle ? Le talent et l’authenticité, peut-être…

  6. Nous sommes beaucoup à chercher la preuve que ce qui ne rentre pas en ligne de compte dans nos vues, ou les choses pour lesquelles nous n’avons aucun affect, n’existent pas. Mais face à une réalité massive, un contre-exemple ne suffit pas.
    Il suffit que l’on change d’ordre de grandeur au passage, on cesse de parler au général et on en vient au particulier.
    Ce qui est une vérité de toujours. Les observateurs par exemple parlent de hausse du chômage et de difficulté croissante pendant une crise de trouver du travail en France. Sur le plan global, ils auront raison. Mais cela ne veut pas dire que si on se met à suivre quelqu’un en recherche d’emploi, un cas particulier, qu’il ne va pas trouver dans la semaine qui suit un CDI qui lui convient.
    On ne pourra pas en conclure que les observateurs ont tort, ni que l’exemple particulier n’existe pas.

    A mon avis, la limite du Web 2.0 ne se situe pas dans ce raisonnement, mais plutôt dans une construction conceptuelle volontaire et forcée, d’un amalgame qui a été fait de réussites en ligne qui expliquent des mécanismes fondamentaux, mais qui faisait sourire le simple technologiste qui n’a pas vu de changement brutal entre Web 1.0 et Web 2.0, car il n’y avait devant lui, et c’était la réalité, que le Web tout court.
    Mais cela, beaucoup de personnes le savaient depuis le début.
    Prends l’exemple du CEO de Google, qui devrait pourtant bien être au courant lors des diners en ville de ces arguties philosophiques. Son attitude est complètement indifférente vis à vis du Web 2.0, il ne le cite même pas, et quand on lui pose la question, il le rejette comme un simple terme Marketing en faisant rire la salle. D’ailleurs, si on lui parle d’une quelconque typologie du Web ou d’autres inventions, il prendra ses distances, car le Web reste essentiellement documentaire et applicatif en réserve.

    A mon avis, nous sommes en face de gens perdus, ceux de la publicité et du marketing, qui, en bon politiques, ont tenté de reprendre la main en feignant d’être à l’origine du mouvement Web 2.0.
    Comme ils ne sont pas en reste, il va falloir qu’ils se concoctent le concept du Web 3.0, et là, misère pour eux, il n’auront peut-être pas d’alliés aussi compétents que Tim O’Reilly qui a encaissé un certain discrédit de ses pairs sur l’exploitation personnelle en tant qu’éditeur de ce phénomène Web 2.0.

    Sinon, à l’heure actuelle, pendant que nous glosons du passé, les outils du futur, délivrant la technologie du “Cloud computing” (terme hype aussi mai je n’ai pas d’équivalent) et d’autres, pour tout le monde, sont en train d’être achevés, sous licence Open Source ou GPL, par des amateurs, qui sans être connus, continuent d’actionner le bon levier pour changer le monde.
    Mais ce mouvement intellectuel a commencé bien avant le Web 2.0, il est même une des composantes qui a ouvert la voie à l’Internet.

    mon humble blog

  7. Il y a bien une révolution autour d’internet, mais elle se mesure sur plusieurs décennies. Il ne s’agit pas d’un changement de société comme les quelques petites révolutionnettes que l’Histoire, qui n’est que l’écriture finalement, a su mémoriser mais d’un changement de civilisation possible. De plus internet n’est pas forcément central dans le mouvement actuel et le media de masse fait partie du même phénomène, opposer les deux par rapport à cette révolution n’a pas de sens. Mais peut-être que cette révolution ne se fera pas… je ne vois pas vraiment comment, ou alors il faudrait qu’on m’explique comment on va refonder la cellule familiale du moyen-âge, comment on va mettre fin à l’industrie et cesser la déterritorialisation de la Nation.

    Au sujet de cette concurrence amateur/professionnel il ne s’agit que d’une remise en cause de la corporation comme organisation du travail, ainsi que des moyens de socialisation associés (comme le salariat). Ca s’est déjà vu dans l’histoire (appelons par convention un des plus connus de ces moments “la Révolution”). Ca n’a pas grand chose à voir avec le net si ce n’est qu’il permet l’invention de nouveaux moyens, une innovation (quelconque, la télévision a le droit d’innover aussi si elle veut). C’est de la politique pure par rapport à une défaillance d’un système. On peut toujours s’amuser à considérer que le système est génial et que seuls des manipulateurs font croire le contraire, ce n’est pas important et ça nous dépasse un peu, au mieux ça concernera nos enfants.
    Ensuite je vois pas le rapport avec Susan Boyle: c’est la télé qui l’a révélée, c’est la télé qui l’a médiatisée, au cas ou c’est la télé qui la paiera à partir de recettes perçues par la télé, c’est la télé qui l’a déjà oubliée. Nous sommes donc dans un monde ou les medias sont encore assez étanches, et ou le web n’est pas encore un espace social total: cependant aucune trace d’un quelconque argument pour dire que ça n’arrivera jamais, pourtant il y en a de nombreux (je travaille dedans, je sais que beaucoup d’énergie est dépensée pour que ça n’arrive jamais).

    On pourrait se demander maintenant ce que devient réellement Susan Boyle. Et si c’est vraiment nécessaire qu’elle soit reconnue (si jamais elle sortait un disque je doute sérieusement de l’acheter, ou d’écouter ses chansons… mais je peux me tromper, on verra oui si au final je la consomme sur internet, dans le cas contraire on parle de quoi exactement ?). En fait le souci vient sans doute du fait qu’on veuille encore mesurer les performances de diffusion de Susan Boyle dans un monde dominé par la rareté, donc au nombre de visionnages. Il serait plus judicieux de vérifier comment les informations sont reprises et transformées.
    Dernièrement un de mes collègues a tenu un discours qu’on aurait pu croire être un ensemble de citations d’Epictète, philosophe qu’il ne connaissait pourtant pas: je pense que sa pensée traverse toute la culture européenne et que des traces sont parfois rassemblées en un discours (quand bien-même je me tromperais il me semble que je ne me trompe pas en proposant l’existence de la culture). La performance de Susan Boyle sera moins importante que celle d’Epictète, c’est mon pari. Il faudrait évidemment posséder des moyens de mesure pour que cette économie devienne réelle, c’est ce qu’essaye de faire le web. S’il n’y arrive pas quelque chose d’autre le fera, ce n’est pas grave. Vous pouvez même miser sur la publicité ou autre chose, est-ce vraiment important ?

    En tous cas si on peut douter de la prophétie du web, celles du journalisme puis du mass media n’ont pas tenu la route, donc là déjà on a fait un grand pas.

  8. Et s’il s’agissait d’un produit parfaitement formaté en fonction des attentes mesurées du public ?
    On apprendra un jour que la star est sous contrat et on n’épiloguera évidemment pas sur notre incurable naïveté …

    A partir de là, le reste sonne un peu creux, ça fait “toc” comme un Web 2.0 qui tombe par terre.

  9. … et c’est pour ça que le web (2.0, 3.0, 12.000) est intéressant. Car le web permet de faire émerger des passionnés et des compétences jusqu’ici non atteignables. Exemple, toi avec ce blog… ou moi avec le mien. Ce qui est intéressant avec le web, ce ne sont pas ces épiphénomènes de foire, mais bien la capacité de faire émerger des personnes qui renouvellent le débat.

  10. Je ne vois pas de défaite et je trouve ton parti pris vraiment tiré par les cheveux.

    Il se trouve que J’ai observé aussi le “phénomène” susan boyle depuis pratiquement le début sur youtube. puisque j’ai vu cette vidéo un peu par hasard dès le lendemain ou surlendemain de sa mise en ligne. Elle etait signalée par youtube comme l’une des plus regardées du jour.
    Les médias traditionnels ont mis environ une semaine, voire 10 jours, pour reprendre le sujet, parce que la vidéo avait largement buzzé sur le net.
    Nous avons bien ici une reprise par les médias tradi d’un phénomène né sur le net et ensuite amplifié médiatiquement comme un larsen. Rien d’extraordinaire par rapport à ce qui a déjà été vu plusieurs fois.

  11. avant de parler de défaite, il faudrait d’abord voir si la carrière de susan Boyle est un succès. Pour le moment ce n’est que du buzz donc du web 2.0…

  12. Que la télé et autres médias historiques fournissent encore certains contenus les plus visités sur le web me paraît simplement le signe d’un manque de maturité du web, mais cela ne me semble pas préjuger de l’avenir. Les choses se structurent petit à petit et, quoi qu’on en dise, il est encore assez normal de trouver les journalistes les plus rodés dans la presse et les professionnels du divertissement du côté des télévisions. Par ailleurs, on a rarement vu un téléfilm soutenir la comparaison avec un film préalablement sorti en salle. Pour autant, ça ne viendrait à l’idée de personne d’aller voir des informations projetés dans le cinéma de la ville…

    Autrement dit, il y a à la fois des notions de compétences et d’adaptation du format. En tant que média de masse, la télé risque de fournir encore longtemps de genre de fables un peu surannées et douteuses et le web ne fera que les soutenir secondairement. Et comme le souligne Antoine, reste à savoir combien de temps on entendra parler de cette fameuse Susan Boyle. On reste dans le fameux quart d’heure de gloire, qui est à mon avis un concept différent du web 2.0. Ce dernier prophétise plus simplement l’émergence de réussites, de visibilités non orchestrées par une médiation verticale, et non le monopole du buzz et de la création de ce “quart d’heure de gloire”. L’un n’empêche pas l’autre et le but me semble différent.

    Pour ma part, la musique et le web 2.0, ça va plutôt être le succès d’Artic Monkeys ou de Clap your hands qui ont simplement réussi à acquérir une notoriété grace au web. Après, le côté “belle histoire” n’est qu’une récupération des autres médias qui aiment justement ces “belles histoires”, alors qu’on peut n’y voir qu’un nouveau moyen d’émerger. D’autre part, musique et web 2.0, c’est aussi Myspace, la possibilité d’écouter chaque groupe avant son concert, celle de découvrir des musiciens hyper pointus de l’autre bout du monde et éventuellement d’en profiter pour les faire venir dans le coin… Ce qui est quand même radicalement différent des happening télévisé de 5 minutes qui existaient bien avant le web…

    Après, la part de prophétie web 2.0 montée en épingle par les geeks, activistes du web et autre early adopter est certainement à tempérer, mais il serait dommage de la dénigrer avec le même acharnement, notamment à partir d’un cas qui ne semble pas le plus pertinent.

  13. Quand on écoute les autres prestations de Susan Boyle, elles sont loin d’être extraordinaires.

    C’est typiquement un effet TV : c’est la présentation des animateurs, l’accueil d’abord moqueur du public, puis tout d’un coup la façon dont le public se lève plein d’émotion… la façon dont les caméras jouent avec les plans, les gros plans, etc., qui font le phénomène Susan Boyle.

    Sa voix est aussi largement embellie par l’ambiance sonore, l’enthousiasme du public, qui noie les défauts.

    Dans un autre contexte, elle a un peu une voix de casserole.

    Ce phénomène d’émotion est assez typique des émissions de type nouvelle star, c’est largement trafiqué par les conditions exceptionnelles.

    On se souvient d’un Thierry Amiel qui fascinait certains à la Nouvelle Star, dans un contexte exceptionnel, reprenant Avec le Temps de Léo Ferré, faisant découvrir Ferré à beaucoup d’adolescents…

    Ensuite, sorti de cette magie de la nouveauté … il n’a pas reproduit cet enthousiasme des premiers moments.

    Le niveau ahurissant du buzz pour Susan Boyle rejoint ces emballements irrationnels périodiques autour d’un produit qui n’a rien justifiant ce niveau d’emballement:

    on pense aux 20 millions de spectateurs des Ch’tis…

    De temps en temps, un produit, qui n’a rien d’exceptionnel, coïncide avec une attente, il y a une adéquation parfaite avec le contexte…

    Des éléments se juxtaposent : le contexte, la découverte d’une chanson lyrique par un public habitué à de la soupe… (Beaucoup ne connaissaient pas la chanson originale).

    Susan Boyle surjoue la carte lyrique, la version originale est plus retenue, plus pudique.

    Pour ce qui est du Web 2.0, ce n’est pas nouveau qu’il soit à la remorque des produits TV, que ce soit pour le contenu, ou même pour la formation de l’aura.

  14. Tout à fait juste Narvic. Il me semble que tu as comme souvent raison en la matière.

    Internet contribue à renforcer la dérive télévisuelle vers toujours plus d’émotion. Cette femme “ridiculisée” par l’image qu’elle affiche possède un bel organe, mais sans plus, sans génie particulier, sans talent si exceptionnel. C’est l’émotion crée et entretenue par le montage, les plans de coupe, le cérémonial, la tension “intelligemment” entretenue par la production qui suscite l’engouement. Et le ouebe suit. Et l’entrée de plus plus importante des financiers traditionnels dans les entreprise 2.0 (youtube, dailymotion, etc) va encore renforcer la collision ! Oups, la collusion d’intérêt entre les acteurs de ces secteurs ! 🙂

    Big Brother si tu me vois, je ne te salue pas…

    http://www.lamachineaecrire.net

    http://www.lachosenumerique.com

  15. Wahou ! Y a du vrai commentaire par ici. 🙂 Une vraie discussion, qui va peut-être aider à faire avancer le schmilblick…

    @ André

    Je n’ai pas les moyens de faire ce calcul, juste un soupçon : comparer le total de visualisations de Susan Boyle sur le net et sur les télés du monde entier (toutes les télés françaises ont relayées elles-aussi, dans les JT comme dans divers talk-shows). Il n’est pas dit que ce le web qui gagne sur ce coup. Il serait intéressant, en tout cas, d’observer chronologiquement comme le net et la télé se sont “nourris” l’un l’autre.

    Il serait intéressant aussi d’observer aussi comment la télé a “contrôlé” le net pour favoriser le buzz : j’ai remarqué que bon nombre des copies de la vidéo initiale sur Youtube ne sont pas “embeddable” (sur demande, précise Youtube, sans dire qui a demandé. Mais à part le propriétaire des images, c’est à dire la télé, je ne vois pas qui peut le demander…). Mais je n’ai pas vu signalé qu’il y ait eu des demandes de retrait des vidéos déjà “embeddées”…

    @ thierryl et quelques autres sur ce même thème du “contre exemple” :

    Je ne prends pas le “cas” Susan Boyle comme un contre-exemple, mais bien comme un exemple de ce qui se passe réellement sur le net, par rapport à ce qu’annoncent quelques prophéties. C’est bien quand “anciens” et “nouveaux” médias se répondent (dans un effet larsen, comme dit Christophe) que l’on arrive à ce niveau de buzz inédit sur le web. Je souligne juste que Susan Boyle n’est pas “une star du net”, comme je l’entends répéter en boucle sur les télés, c’est un buzz de la télé ET du net associés.

    @ ropib, Szarah et antoine, Enguerrand, sur l'”avenir artistique” de Susan Boyle, et la jolie fable

    Je n’ai pas d’idée particulière sur ce sujet, si ce n’est qu’il y a fort peu de chances qu’elle atterrisse jamais dans mon propre iPod ! 😛

    Sur le côté “fabriqué” du phénomène : il est indéniable que la vidéo qui circule est un montage très pro réalisé après coup, et pas du tout du direct. Ce montage raconte clairement une histoire, genre le vilain petit canard, ou le crapaud qui se transforme en prince charmant. Ce montage traduit bien une intention de faire monter une mayonnaise, comme la télé sait, en effet, si bien le faire. Et, bien entendu, le succès de cette histoire, aujourd’hui, nous renseigne aussi sur l’humeur de l’époque…

    @ Cédric, Eric et romain, sur l’émergence de “nouvelles voix” sur le net :

    Je ne dis pas le contraire, mais je crois, comme Eric, que la télé n’a pas dit son dernier mot pour ce qui est des effets de masse. Je pense aussi que l’on va voir (on voit déjà) toute une partie du web s’organiser sur le même principe de média de masse, coexistant avec un web “en réseaux”. Il n’y a qu’à comparer, sur le thème des médias, le blog de Morandini et le mien. 😛 Ou en politique, Versac et Apathie. :o)

  16. Je crois que dans le fond, on est d’accord. La télé reste le média de “masse” par excellence et apprend à se servir d’Internet pour relayer et amplifier cet effet.

    Mais à cette stratégie de masse, on pourrait lui opposer le web 2.0 comme promoteur de la culture “populaire”.

    En somme , la culture de masse ce serait produire verticalement via de grosses industries culturelles et diffuser en masse. Tandis que la culture populaire serait l’émanation de la production des “masses” (bien que je n’aime pas ce terme très XIXème) que le web 2.0 permet de faire émerger (c’est-à-dire d’avoir une existence propre et d’apparaître hors des garages,) sans pour autant prétendre à la diffusion en masse à des millions et des millions d’exemplaires. Le mode de diffusion est alors horizontal. En somme, on en revient un peu à la longue traine.

    Ce que je ne saisi pas, c’est pourquoi on conclurait à l’échec du web 2.0 parce que, malgré l’émergence de la “culture populaire”, la culture de masse se poursuit et bien évidemment via la télé ?
    Parce que certes, quelques gros buzz et blogs font des audiences de masse, mais atteignent-elles le cumul de l’audience des milliers de blogs spécialisés et autres petits buzz artisanaux ?

  17. Romain a raison sur le coup, il n’y a aucune contradiction entre la réalité globale et un exemple particulier. L’un ne peut nier l’autre. Donc il n’ya pas de démonstration possible.
    On ne peut nier que la culture populaire ou la culture des communs n’existe pas majoritairement sur le Web et en cela il n’ay a aucune défaite. On ne peut nier que l’émission destinée à découvrir des talents britanniques a fait son boulot comme il le fallait et avec beaucoup de talent.

    J’ai quand même voulu me faire plaisir, sur cette culture des mass médias, qui ne peut survivre qu’en produisant de l’exception (même si les exceptions artistiques d’aujourd’hui dure à peine quelque années), mais aucune beautés collective comme Wikipédia,

  18. La télé? L’audience des chaînes hertziennes dégringole. Les 30/35 ans autour de moi sont de plus en plus nombreux à ne pas avoir de poste et selon des amies instit, cela se voit dans leurs classes; les petits regardent moins que les générations précédentes. A vérifier.

  19. “Pour ce qui est du Web 2.0, ce n’est pas nouveau qu’il soit à la remorque des produits TV, que ce soit pour le contenu, ou même pour la formation de l’aura.”

    Je suis bien d’accord. Le “Web 2.0”, c’est aussi bien le relais du simple contenu “pro” que la création de contenus amateurs visibles par tous. Ce qui est important, c’est que ces deux types de contenus sont aussi visibles par tous.

  20. Oui, enfin on n’est pas en train de faire des maths. Ce n’est pas parce qu’il y a un cas qui ne vérifie pas la règle que la règle est fausse.

    N’oublions pas par ailleurs que les transitions ne se font pas du jour au lendemain. Les médias traditionnels existent encore, nous ne sommes qu’en 2009.

  21. Qui plus est le web nourrit lui-même sa distanciation par rapport à la télé. Les “conneries” télévisées de manière très générales marchent bien sur le net car c’est un peu la “planète beauf” pour de plus en plus de monde.

    Effectivement “la télé propose et le net dispose”, tout comme avec n’importe quel émetteur sur le net.
    Je vois pas de grande leçon à tirer sur le web 2.0. Mais déjà un peu plus sur la “télé 0.0.” qui n’a plus d’espace privilégié par la diffusion de films ou de séries, dépassée qu’elle est par le VoD sous très très peu (iTunes et autres, podcast et conférences docu à gogo…), le divertissement beauf et/ou cucu (la chute à vélo en piscine gonflable et petit chat mimi qui remue en roupillant sur Youtube).
    Le seul truc qui reste à la télé — de mon point de vue le seul truc qui ait jamais justifié son acquisition d’ailleurs (l’info sur une télé ? hin hin hin…) — c’est le sport.

    C’est sans doute le seul truc qui reste au média à Papa, la retransmission sportive en direct. Ah ca le web lutte encore difficilement pour cause de moyen (financier pas techniques évidemment).

    Sinon, en regard du web, la télé n’est guère plus que n’importe quelle personne ou entité x-y qui montre des trucs plus ou moins bon et compte les hits ou les avis.

    Je ne vois vraiment pas comment on peut atterrir sur le Web 2.0 à partir d’une énième vacuité télévisée.

    La télé c’est le zoo du web.

  22. “J’ai longtemps pesté que si une nouvelle Piaf apparaissait le show biz n’en voudrait pas”

    C’est certain.

    Mais — plus près de nous* — les crânes d’œuf de la science marketing ne pondront plus NON PLUS de Vache qui rit ou de Nesquik. Rendez-vous compte que maintenant ca se moulinerait “Tartivache” et “Chocolait”.

    En .com et .fr.

    L’époque est stérile certes, mais surtout stérilisée — et c’est le plus grave.

    * la provocation est volontaire

  23. @ Stéfan

    L’écrasante majorité des vidéos qui sont vues sur Youtube sont issues des médias professionnels, reprise sans leur accord, ou bien avec, car ils commencent à très bien savoir se servir des nouveaux médias, maintenant qu’ils ont vus que c’était bien leurs productions qui intéressaient le plus les internautes.

  24. Il s’agit avant tout d’une lutte entre internet et télévision. La nouvelle star est certainement la meilleure réponse de la télévision à l’horizontalité d’internet. Susan Boyle, c’est juste de la télévision qui fait du web 2.0. Une fois de temps en temps un succès émerge mais pour se retrouver plongé dans les mécanismes de la vieille économie musicale, l’économie bien verticale. Le succès d’une nouvelle star ne peut perdurer que si elle se met à plat – soit sur internet et d’après les modèles propres à internet.

  25. Non, la télé ne l’est plus, si ce n’est peut-être dans certains milieux hype comme le tuning de 205 GTI.

    Déniablement. J’en veux pour preuve.

  26. “Le web 2.0 n’a cessé de prophétiser la victoire des amateurs sur les professionnels”

    Certes, et c’était un peu con-con, comme prophétie.
    Beaucoup d’auto congratulation entre aficionados, une triple dose de méthode Coué, un discours simpliste avec parfois quelques relents de Fatwa.
    Pourquoi faire d’une évolution technologique un combat? Sans compter qu’à l’echelle du temps, l’Internet n’en n’est encore qu’à ses balbutiements. Pour l’assaut final, c’est encore un peu tôt 😉

  27. Je trouve enfin le temps de préciser ce qui me gène dans ce billet – un mois après ;(. C’est l’assimilation du web 2.0 aux contenus générés par l’utilisateur. Il me semble que le web 2.0 est un peu différent de ce simple constat (cf. définition d’O’Reilly par exemple), alors que les UGC, eux, ont depuis longtemps montrés leurs limites tant dans leurs capacités à produire une intelligence collective spontanée (les agrégations spontanées ne font pas collaboration), qu’à transformer les amateurs en professionnels (le journalisme citoyen par exemple ou l‘internaute 2.0) ou pire à concurrencer d’autres types de médias (hormis par des effets de viralité). L’audience des mass média a toujours été loin devant… Et leur arrivée sur l’internet, en en maîtrisant les techniques, ne fera que continuer le fossé. Un média ne chasse jamais l’autre, on sait que les interpénétrations sont plus subtiles.

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