sur le web

Sur le web, des journalistes prolo d’une info industrielle

Dans une bonne enquête, Simon Piel, sur Bakchich, décrit le quotidien des journalistes des rédactions web des sites de presse : “Les journalistes web, ces nouveaux « ouvriers spécialisés » de la presse”.

La tableau dressé par Bakchich de ce journalisme prolétarisé, sous l’emprise du marketing, est amplement confirmé par des travaux de recherche universitaires déjà publiés.

Pour le journaliste québécois Florian Sauvaugeau, c’est “le scénario du pire” quant à l’avenir de l’information et du journalisme, qui est en train de s’écrire dans le web d’information français, et les Canadiens n’en sont “pas si loin”Simon Piel, sur Bakchich :

(noir)Internet a bouleversé le fonctionnement des rédactions. Et la recherche de synergies entre les éditions papier et web ne s’est pas faite sans heurts. Première victime : le journaliste web.

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Il signale une étude non publiée de l’universitaire Franck Rébillard (et autres), auteur d’un livre dont j’ai rendu compte sur ce blog, un mémoire intitulé « Mutations de la filière Presse et Information » :

(noir)(Face à la révolution numérique) « la logique gestionnaire paraît avoir pris une place majeure au sein des groupes de presse, au point de venir s’immiscer jusque dans l’encadrement des rédactions », ajoutant : « Ceci pose question quant à la marge de manœuvre des créateurs qui, sans être annihilée, pourrait voir se réduire les possibilités d’innovation et donc de diversité des contenus. »(…) « les journalistes spécialisés dans le numérique effectuent un travail qui est rarement un travail de création et beaucoup plus souvent un travail de retraitement ou de ré-écriture d’informations existantes. »

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“Sous l’emprise du marketing”

Les observations de Bakchich recoupent largement le travail de recherche mené par Yannick Estienne: “Le journalisme après internet”, 2007 L”Harmattan, sur lequel j’ai fait une note de lecture détaillée :

(noir)Voyage au pays des soutiers de l’information en ligne, ces journalistes invisibles, « hybrides » et « dominés », qui travaillent dans les sites web d’information…

(noir)Le chercheur voit dans ce journalisme d’un nouveau type « un laboratoire pour le journalisme du futur », qui se développe « sous l’emprise du marketing » et détourne les outils et la culture participative du Web 2.0 et du journalisme citoyen pour conforter les « médias marchands » face à des internautes réduits au rôle de client et de consommateur…

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“Le scénario du pire”

L’avocat, journaliste et enseignant québécois, Florian Sauvaugeau, sur son blog, s’inquiète aujourd’hui de cette évolution : “Les principes du journalisme dans un monde incertain”.

(noir)Le scénario du pire pourrait s’imaginer ainsi. Dans un cas, un univers de jeunes journalistes, au statut précaire, pratiquant un journalisme sédentaire et ressassant sans cesse les mêmes dépêches d’agences. Nous n’en sommes d’ailleurs pas si loin. Sans l’agence Presse canadienne, le menu des quotidiens gratuits et de la majorité des sites Internet serait, n’est-ce pas, plutôt mince. D’un autre côté, quelques médias payants, un monde de journalistes vieillissants, mieux traités, sans doute restés fidèles aux préceptes du journalisme, mais inquiets de leur avenir devenu incertain.

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L’enquête de Bakchich, pour lui, “montre, qu’en France tout au moins,le scénario du pire devient pour partie réalité.”

Est-il besoin de rappeler que ce blog n’est bien souvent que la chronique de cette dérive : Les médias sont morts, l’information continue

6 Comments

  1. Le scénario du pire, c’est plus ou moins ce que vivent au jour le jour des milliers de traducteurs partout dans le monde, et depuis longtemps, et personne n’en parle jamais…

    Jean-Marie

  2. Et si on faisait la même étude sur les medias traditionnels?
    On découvrirait que la part de production originale n’est qu’une infime partie de l’ensemble de la production. On découvrirait que le versant web n’est que l’aboutissement forcé (oui par une vraie contrainte économique) d’un glissement bien plus ancien.

    La logique voudrait qu’on concentre les efforts sur le coeur de métier et l’info originale. Hélas tant que la distribution est contrôlée par Google le volume est privilégié et accompagne le phénomène de baisse du CPM lequel compromet la mise en place d’une politique plus ambitieuse.

    Si j’étais méchant j’ajouterais qu’une partie du beau discours sur la qualité cache aussi une productivité assez aléatoire au sein de certaines redacs mais bon…

  3. @ Emmanuel

    On est bien malheureusement dans le scénario du pire…

    Je me rappelle de ce temps où l’on imaginait que, sur le web, le journalisme allait pourvoir proposer un produit d’information radicalement nouveau et d’une qualité bien supérieure à ce qu’on avait jamais fait, en fusionnant les formes d’expression dans le “multimédia” ou “rich média”…

    Le projet Gaza/Sderot d’Arte actuellement est un bon exemple de ce journalisme web innovant. Mais c’est extrêmement rare, parce que cher.

    Il y a les “web reportages” de Geo et aussi les formidables reportages de MediaStorm (en anglais)

    Voilà quelques exemples d’un journalisme web de qualité. Mais on n’a pas trouvé comment le financer !

  4. Je ne crois pas qu’on ait jamais dit que le journalisme web serait d’une qualité supérieure. La question a toujours été comment faire différent. On commence seulement à entrevoir la réponse.
    Le coeur de la question c’est la définition de la qualité. N’importe qui peut constater que la proportion d’articles à forte valeur ajoutée peut fluctuer terriblement d’un journal à l’autre et d’une édition à l’autre.

    Tant qu’on refuse d’admettre que la qualité est une variable assumée depuis longtemps dans la presse traditionnelle on ne fera pas avancer le débat. La question est de définir clairement le périmètre où un média souhaite maintenir une production d’infos exclusive, au coeur de son positionnement. Cela donne les coudées franches pour envisager un contenu différent autour avec un mode de production innovant. Le web a les réponses pour ça mais rien n’est envisageable si ce travail de clarification n’est pas fait. On continuera alors de produire du volume au kilomètre avec un positionnement approximatif.

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