après le journalisme le meilleur de novövision

Subventions à la presse en ligne : une trahison pour un plat de lentilles

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Thierry Crouzet en pique une grosse colère dans laquelle je sens surtout du désespoir. Les sites pure players de l’information en ligne français ont donc choisi de passer à la caisse, en se plaçant – à leur tour – sous perfusion de subventions publiques (à l’exception très notable, et que l’on n’oubliera pas de souligner ici, d’@rrêt sur images : Daniel Schneidermann : Aides d’État, non merci).

Ça pose, évidemment, un très gros problème quant à l’indépendance d’une presse française aussi largement subventionnée par l’État, qui plus est de manière particulièrement opaque dans le cas de la presse en ligne. La liste des bénéficiaires, comme le montant des subventions publiques à la presse en ligne (aux anciens guichets réservés aux sites adossés à un média présent également hors ligne, comme à ce nouveau guichet auquel ont cette fois accès les pure players eux-aussi) n’ont jamais été rendus publics !

C’est plus qu’étrange, c’est plus qu’une anomalie. C’est un scandale. Le fait même que la presse, dans son ensemble, se refuse délibérément à jouer son rôle d’information des citoyens-contribuables sur l’utilisation des fonds publics, dès lors qu’elle en est elle-même la bénéficiaire, suffit, à mon avis, à pointer la gravité du problème : la presse a donc bel et bien des choses à cacher, à nous cacher, sur notre argent et sur ce qu’elle en fait !

Mais le fait que les pure players, à leur tour, acceptent de telles règles du jeu pose un autre problème de fond auquel des blogueurs comme Thierry Crouzet ou moi ne pouvons qu’être extrêmement sensibles. Cette manne publique est en effet placée sous conditions. Et ces conditions (il faut aller y voir dans le détail) consistent bel et bien pour la presse en ligne pure players à rentrer dans le rang du bon vieux journalisme “à l’ancienne”. Ça conduit bien à renier, le mot n’est pas trop fort selon moi, ce qui faisait l’originalité de ces expérimentations d’information en ligne, ce brouillage des frontières traditionnelles du métier de journaliste, cette hybridation entre amateurs et professionnels si caractéristique du net. C’est la restauration pure et simple d’un Mur de Berlin de l’information sur internet, la bunkérisation du journalisme professionnel. C’est, à mes yeux, une trahison pour un plat de lentilles.

Chacun cherche son chèque…

Le Monde annonce donc la chose, en détaillant le montant de quelques uns des chèques envoyés bientôt à l’encaissement :

Rue89 touchera 249 000 euros, Mediapart 200 000 euros ou encore Slate.fr 199 000 euros. (…) Satellifax, lettre spécialisée dans l’audiovisuel, et Yagg, un site homosexuel, devraient également recevoir une aide.

Mais le journal “de référence” se garde bien, dans cet article, de la moindre indication sur le montant total de subventions publiques auquel il s’abreuve lui-même depuis des décennies, pour sa version papier. Pas le moindre mot non plus sur le nombre de millions d’euros déjà encaissés par le site lemonde.fr depuis plusieurs années, au titre de son développement numérique, pas plus que sur le montant du chèque que lemonde.fr ne manquera pas de toucher lui-aussi au nouveau guichet qui vient de s’ouvrir. La transparence semble avoir de curieuses limites dès qu’il s’agit de soi-même…

Tout va très bien, Madame la marquise…

On se pose immédiatement, bien entendu, la question de l’indépendance dont peuvent continuer à se prévaloir des médias désormais… dépendant, justement, de la manne de l’État. Et il me faudra autre chose que le discours lénifiant que nous propose déjà aujourd’hui Pierre Haski, de Rue89, sur le sujet, pour me convaincre que tout va très bien, Madame la marquise :

Lors des délibérations du fonds Spel, les « pure players », regroupés depuis peu au sein d’un syndicat de la presse indépendante d’information en ligne, le Spiil, ont défendu le principe de la transparence dans l’attribution des aides publiques à la presse en ligne, contrairement à ce qui se passe dans les aides à la presse traditionnelle. Les demandes du Spiil n’ont pas été entendues à ce stade.

Rue89 a néanmoins choisi de s’appliquer à lui-même cette indispensable transparence, et de porter à la connaissance des Riverains ce financement public, qui va lui permettre d’offrir à ses lecteurs une meilleure qualité de prestation technique dans quelques mois, dans le respect de son engagement à proposer une information indépendante, participative et de qualité.

Bien entendu. Il suffit de le dire, et hop !, c’est comme si c’était fait.

J’attends déjà avec gourmandise les commentaires qu’Edwy Plenel (de Mediapart) ne manquera pas de nous livrer sur le même sujet… pris en flagrant délit de courir à la soupe après s’être drapé dans le costume du héraut de l’indépendance du journalisme vis à vis du pouvoir !

“Le jour où Sarkozy a acheté la presse”

Il ne s’agit pas de jeter la pierre, bien entendu, à la seule presse en ligne, qui ne touche que 60 malheureux millions d’euros dans l’affaire (20 millions d’euros par an pendant trois ans), quand sa grande sœur du papier touchera dans le même temps un bonus exceptionnel de 600 millions d’euros d’ici à la prochaine élection présidentielle – la date est probablement une coïncidence… – (en plus de la rente déjà acquise !). Frédéric Filloux avait bien raison de marquer d’une pierre noire, sur Slate.fr :

Le jour où Sarkozy a acheté la presse

Le même signalait d’ailleurs sur son blog, Monday Notes (en anglais), qu’avec un montant total d’aides publiques de 1,2 milliard d’euros en 2008, soit 12% du total de ses revenus (!), la presse française est dans une situation unique au monde. Et tout cela, bien entendu, en toute indépendance… Il suffit de nous le dire, et nous allons y croire.

Pure players : une aide sous conditions

Ces aides publiques pour les sites d’info en ligne ne sont accessibles qu’aux sites ayant obtenu le statut d’éditeur de presse en ligne (une bonne synthèse à lire sur ZDNet.fr). On va le voir, c’est du taillé sur mesures ! Un décret du 29 octobre 2009, détaille l’affaire, instituée au passage par la décidémment funeste loi Hadopi !

Une précision d’ailleurs : contrairement à ce que l’on avait pu croire dans un premier temps (et moi le premier), ce statut d’éditeur de presse n’est – en théorie – pas totalement inaccessible à un blogueur… du moment que ce blogueur est avant tout (et uniquement ?)… un journaliste professionnel de la profession.

“Je ne vois pas pourquoi des blogs ne pourraient pas bénéficier du statut d’éditeur en ligne”, nous assurait d’ailleurs, sur 01.net, Philippe Jannet, PDG du Monde interactif (filiale du quotidien et du groupe Lagardère) et président du Groupement des éditeurs de services en ligne, le Geste.

Qu’on en juge… Décret du 29 octobre 2009 :

Le site candidat doit être “édité à titre professionnel”, et “pour les services de presse en ligne présentant un caractère d’information politique et générale”, il doit employer “à titre régulier, au moins un journaliste professionnel au sens de l’article L. 7111-3 du code du travail.”

Ce site doit proposer “un contenu original, composé d’informations présentant un lien avec l’actualité et ayant fait l’objet, au sein du service de presse en ligne, d’un traitement à caractère journalistique, notamment dans la recherche, la vérification et la mise en forme de ces informations”, “faisant l’objet d’un renouvèlement régulier et non pas seulement de mises à jour ponctuelles et partielles”, présentant “un caractère d’intérêt général quant à la diffusion de la pensée : instruction, éducation, information, récréation du public” .

De plus “le contenu publié par l’éditeur ne doit pas être susceptible de choquer l’internaute par une représentation de la personne humaine portant atteinte à sa dignité et à la décence ou présentant la violence sous un jour favorable”. D’ailleurs, “sur les espaces de contribution personnelle des internautes, l’éditeur met en œuvre les dispositifs appropriés de lutte contre les contenus illicites. Ces dispositifs doivent permettre à toute personne de signaler la présence de tels contenus et à l’éditeur de les retirer promptement ou d’en rendre l’accès impossible”.

Sont exclus, enfin, tous les sites dont “l’objet principal” est d’une autre nature “que la mise à disposition du public d’informations ayant fait l’objet d’un traitement à caractère journalistique”: transactions commerciales, publicité, communication, annonces…

Un journalisme replié dans son bunker

Vous aurez beau retourner cette formulation dans tous les sens, vous n’y trouverez pas le moindre petit début de commencement de trace d’une prise en compte de ce qu’internet a pu apporter de neuf dans l’expérimentation de nouvelles manières de faire de l’information sur internet ! C’est un pur repli derrière les fortifications du journalisme professionnel d’avant le web, qui s’importe sur internet tel qu’en lui-même, avec armes et bagages, sans surtout rien changer, sans surtout rien lâcher !

Les lecteurs, commentateurs, et autres blogueurs en tous genres, n’ont aucune place là-dedans, et leur intervention n’est de bonne aloi que dès lors qu’elle sera strictement placée sous le contrôle étroit des professionnels de la profession. Comme des accessoires, une sorte d’ornement, dont il faut veiller toutefois à ce qu’il ne s’écarte surtout pas du bon goût…

Bref, l’éditeur en ligne aura droit à un statut d’éditeur en ligne (et à tous les brozoufs qui pleuvent avec !) uniquement dans la mesure où il se conforme en tous points… à ce que sont les éditeurs hors ligne. Fermez la porte derrière vous, et passez le ballai derrière les internautes en partant.

Ce statut des éditeurs en ligne transpire à chaque ligne la défiance envers les internautes, commentateurs et blogueurs, et l’arrogance des journalistes professionnels qui prétendent restaurer en ligne le piédestal dont ils n’ont jamais eu la moindre intention de descendre.

On va se séparer là. Ciao

Mais moi, ce qui m’intéresse avec l’information sur internet, c’est l’expérimentation. C’est précisément le brouillage des frontières, l’hybridation des genres, la recherche de nouvelles formes… Expérimenter de nouveaux moyens d’agrégation, de sélection et de hiérarchisation de l’information… Explorer de nouveaux canaux de recommandation… S’investir dans la co-production de l’information entre amateurs et professionnels… Inventer de nouvelles manière d’écrire, collectives, évolutives, fragmentées… Changer de ton, changer de posture, changer d’angle et de point de vue… Changer tout !

Tout ce que ce statut interdit, sous peine de se voir privé de lentilles !

Le journalisme ne fonctionne plus très bien hors ligne, et ne marche pas mieux que ça sur internet. Qu’à cela ne tienne ! Ne changeons rien et verrouillons tout espoir de changement.

Les journalistes du web m’ont semblé, un moment, prêts à sauter le pas pour réinventer leur métier qui se meurt. Pour 20 millions d’euros par an, accordés royalement par Nicolas Sarkozy, et qu’ils devront se partager entre eux, ils viennent de faire un grand pas en arrière.

Je n’ai plus rien à faire avec ces gens-là. Ils ont choisi le bunker, moi je préfère la barque. Je vais aller voir ailleurs si j’y suis. Ciao.

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Mise à Jour: la suite est en ligne :

Comment les pros de l’info tentent un hold up sur l’internet

En ligne, les journalistes n’ont pas inventé grand chose

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37 Comments

  1. Merci Monsieur Narvic.

    Encore un autre de vos très bons articles.

    Vous avez on ne peut plus raison.

    Je trouve aussi que le pire avec ces subventions, c’est qu’on essaie de les cacher.
    Toute dépense publique devrait être connue sur l’agora et motivée.

    Pour ma part, je résume la situation en 2 phrases :

    – Ces subventions sont des tâches de soupcons indélébiles qui vont peser sur tous ceux à qui elles sont accordées. Et ceux qui auront mangé de cette soupe seront frappés à jamais du sceau de la défiance par leur lectorat, tout comme la vieille presse qu’ils condamnent tous.

    – Je ne connais aucun chien qui mord la main de celui qui le nourrit. (simple bon sens animalier)

  2. Je ne connais aucun chien qui mord la main de celui qui le nourrit.

    C’est, je crois, le fond du problème, hélas. 🙁

  3. C’est un peu ce que l’on voyait poindre à l’horizon, faute de modèles économiques (et comment pourrait-il y en avoir sans expérimentation dans un premier temps?), faute de crise économique majeure (et de la presse en particulier depuis longtemps), faute d’investisseurs courageux (il n’y a quasiment plus de prises de risque dans ce domaine), faute de confiance générale dans l’information en ligne : la reproduction du modèle traditionnel sur la Toile.
    Tout n’est pas perdu -loin de là- mais comme tu dis, c’est un vrai pas en arrière.

  4. Il faut donc que ces “pure players” emploient un “journaliste professionnel”…
    J’avais cru comprendre qu’un journaliste professionnel était quelqu’un qui tirait la majorité de ses revenus de la participation à un journal… de la presse écrite??

    Ce sont des “pure players” qui ne sont pas très purs? 🙂

  5. Bon sang, je me sens bête, je dois être trop naïf. Mais la lecture de ne décret ne m’avait pas spécialement heurté.
    Je n’arrive pas à être choqué par le profil de l’éditeur de presse en ligne, d’une part car je ne vois pas bien ce que ça a de “soumis” dans cette description, ces obligations, et d’autre part car je ne trouve pas non plus choquant de limiter les aides à un secteur en excluant les purs commerçants. Je suis un poil naïf dans ce dernier point évidemment, mais si au moins ceux à qui ont donne font du journalisme…
    Subventionner seulement ceux dont c’est le métier ça ne me choque pas non plus.
    La question qui se pose aussi c’est celle de savoir si on exclu des blogueurs par ex. parcequ’ils ne rentreraient pas dans le moule. Je ne m’étais jamais figuré les choses comme ça mais là je ne vois toujours pas bien pourquoi un… allez citons intox2007… donc pourquoi un intox2007, si il éditait son blog à titre professionnel, ne pourrait pas prétendre à ces aides.
    A part ça il est clair qu’en face les éditeurs “papier” sont sous perfusion depuis des années, avec des chiffres d’aides assez stupéfiants…

  6. C’est un mal typiquement français que de chercher à créer du statut partout… Voilà, il y a le statut d’éditeur en ligne à présent, et lorsqu’un futur gouvernement voudra y toucher, nous aurons moult pétitions et grèves pour protéger un acquis social, bla bla bla. La France je vous dis.

    Un autre détail amusant est qu’ailleurs, au Royaume Uni par exemple, le statut de journalisme n’existe pas ! Vous devenez journaliste du jour où vous êtes embauchés ! Aussi, les subventions n’existent pas ! Les journaux, la presse, se content de vendre aux lecteurs ! Ils font en sorte d’intéresser le lecteur en lui donnant envie de lire !

    Il est vrai qu’en France, personne ne veut payer pour lire les articles de Rue 89 ou de Libération écrits par des editorialistes ratés qui s’imaginent résister contre la fascisme rampant….

  7. Je suis assez curieux de voir l’argumentaire qui va se déployer dans les mois à venir pour justifier d’une info payante, sachant qu’en réalité, on la paie déjà à travers nos impôts…

    Il reste la presse Belge et la presse Suisse pour disposer d’information francophones indépendantes 🙂

    Bonne année !

  8. Pendant qu’on distribue des milliards aux groupes de presse du privé on étrangle l’AFP… Cherchez l’erreur.

    L’AFP est pourtant plus que jamais utile : elle fournit un fil d’information (plutôt) fiable dans le flux du hot news.

    Nous nous passerons plus facilement des journaux classiques (dont les points de vues sont de plus en plus proches les uns des autres) que d’une agence de presse francophone factuelle et fiable…

    fourminus

  9. En tant que simple internaute, je ne suis en rien “choqué” par l’essentiel des conditions liés aux subventions : exiger qu’un site d’information soit régulièrement mis à jour, non marchand et respectueux de la personne humaine me parait légitime. Et la responsabilité vis à vis des contributions externes me parait également normale : imaginez qu’au lieu de commenter tranquillement votre article, je me mette à faire l’apologie du racisme, ou de la publicité pour un produit X….
    Je trouve tout cela justifié, et je ne pense pas que cela bride la créativité de qui que soit.

    Par contre, ce qui me gêne, c’est l’impératif d’un “journaliste professionnel” dans l’équipe : ce sont ces quelques mots qui transforment un projet (peut être) bien intentionné en la défense d’une caste.

    Dommage…

  10. « Cette manne publique est en effet placée sous conditions. »

    Dommage que vous ne précisiez pas quelles sont ces conditions, j’aurais aimé les connaître. Cela permettrait peut-être de comprendre pourquoi ces subventions soulèvent de telles vagues d’indignation, voire de haine — comme dans le cas du billet que vous citez au début du vôtre — depuis hier, sur internet. Pour ma part, j’ai du mal à comprendre. L’État — car il s’agit bien de l’État, et non du gouvernement, à ma connaissance — subventionne la presse ? Et alors ? C’est grâce à ces aides que la pluralité de la presse se maintient. Une presse variée, qui représente tous les courants d’opinion, est une bonne chose pour la démocratie. Et Dieu sait que celle-ci est suffisamment mise à mal depuis quelques années pour que l’on se félicite que, pour une fois, une mesure aille dans le bon sens.

    Cela dit, il est en effet regrettable que « la liste des bénéficiaires, comme le montant des subventions publiques à la presse en ligne (…) n’(ait) jamais été rendu(e) publi(que) ! »

    « Mais le fait que les pure-players, à leur tour, acceptent de telles règles du jeu (…) conduit bien à renier, le mot n’est pas trop fort selon moi, ce qui faisait l’originalité de ces expérimentations d’information en ligne, ce brouillage des frontières traditionnelles du métier de journaliste, cette hybridation entre amateurs et professionnels si caractéristique du net. »

    Là encore, je ne comprend pas. Ou bien je devine cet éternel fantasme du prétendu « journaliste citoyen », qui ne tient pas la route et avec lequel il faudrait en finir. Un titre de presse, qu’il soit diffusé sur papier ou sur internet, est un titre de presse. Le journalisme est le même, son expression varie simplement selon les particularités techniques du mode de diffusion concerné. Le cœur du métier reste le même. Le métier reste le même.
    Et c’est là que le blogueur, d’ordinaire, fulmine, car il voudrait être journaliste alors qu’il ne l’est pas. Pourquoi ? Parce que le blogueur est seul et ne dispose pas des outils du journaliste. Alors que le journaliste est journaliste parce qu’il fait partie d’une chaîne collective et organisée, une chaîne professionnelle, qui traite de l’information depuis son recueil jusqu’à son édition. La dimension professionnelle et collective du journalisme définit le journalisme, et il n’y a point là de piédestal. D’internet est né le blogueur.
    C’est très bien, un blogueur, et un blogueur peut être fort intéressant, fort compétent, fort talentueux. Mais il ne sera jamais journaliste, et les expressions de sa frustration à l’égard de ce fait ne le grandissent guère. Qu’il s’épanouisse dans ce qui fait sa spécificité sans chercher à brouiller les pistes au bénéfice de son ego — ou de son porte-monnaie.

  11. M. Beytout, à la sollicitation d’un auditeur sur France Inter il y a quelques mois de nationaliser les médias, évoquait en pouffant leur horrible transformation en Journal Officiel. C’est beau, les proclamations : la réalité est à l’inverse.

    Finalement, les commentateurs des médias mainstream sont aussi une caution libérale. Libé et son M. Europe, Le Monde, et d’autres, encensent le libéralisme – c’est-à-dire le toujours moins d’État – et perçoivent – mais combien exactement et depuis quand ? – les subventions publiques. Bienvenue dans le capitalisme d’État.

    Un directeur de publication accepte de jouer le rôle de bouffon du prince, ridiculisé et humilié en séance plénière. C’est ça, la condition de sa manne ? crédibilité et honneur perdus ?

    Le quatrième pouvoir n’en est décidément pas un en face du premier ; mais les deux, alliés dans une telle synergie, c’est gigantesque.

    Certains médias, au début de l’ère Raffarin, avaient commencé à critiquer sa politique gouvernementale. Quelques campagnes officielles de publicité bien ciblées dans certains titres avaient éteint les critiques : celui qui paie choisit la musique.

  12. On essaie de faire du net un média ordinaire et de le contrôler. Le contrôle par l’argent, ce n’est pas nouveau sous le soleil. Mais il restera toujours des auteurs libres 🙂 et l’information sera là pour ceux qui voudrons bien la chercher. Il y a l’art subventionné et l’art non subventionné. Il va bien falloir accepter la même chose pour les médias, c’est malheureux pour le confort des artistes et des journalistes “libres” de subventions. Mais ce sont les purs, ceux qui ont une éthique personnelle, (voir Arrêt sur image), malheureusement il faut bien manger, mais pas à tous les rateliers!

  13. Cher Narvic, maintenant que tu te remets enfin au boulot, on va pouvoir recommencer à dialoguer 🙂

    Je ne partage pas forcement ton analyse.

    Ce qui m’agace, c’est quand un type comme Plenel, qui joue l’indépendant, l’opposant, et qui vient dans la file d’attente pour la soupe. Ca me fait penser à la fable du chien et du loup, avec un Plenel “chien” cherchant à se faire passer pour un loup. Il y a clairement tromperie sur la marchandise.

    Par contre, et une fois n’est pas coutume, je prendrai la défense de Rue89 (oui, tout arrive). Ils sont ce qu’ils sont, politisés à gauche, parfois plus militants que journalistes, mais c’est un autre problème. Ils font ce qu’ils peuvent en matière d’expérimentation “fusionnelle”, en recherche d’une nouvelle manière de faire du journalisme. Certes, c’est très timide par rapport à ce que tu préconises, mais en même temps, ils ont une boutique à faire tourner, un produit à placer, leur noyau est composé de journalistes parfois anciens dans le métier, avec leur conception des choses, leur perception de l’internet, de ce qu’il est possible de faire, de ce qu’il est souhaitable de faire. Ils ont au moins le mérite d’essayer, et surtout d’exister !

    Quoiqu’on en pense, c’est au sein de ces structures, essentiellement slate et rue89, car pour médiapart, il n’y a plus d’espoir, que des évolutions nouvelles peuvent sortir. Je suis convaincu qu’il faut des structures disposant d’un certain nombre de salariés qui font ça à plein temps, et qu’elles ne soient pas adossées à un grand groupe qui freinera les innovations. Un pure player n’a pas le choix, il doit foncer, personne n’épongera son déficit. J’aimerais beaucoup qu’il n’y ait pas que le Post à innover. Il faut donc assurer la viabilité financière de ces structures, car si elles mettent la clé sous la porte, c’est fini.

    Souviens toi que les révolutions qui réussissent viennent souvent du coeur du système ancien.

  14. Ah oui ?
    Essayez de toucher à la gamelle d’un chien qui mange, enfin non, ne le faites pas, car vous avez de grands risques de vous faire mordre !Tous les chiens ne le font pas, mais presque lorsque ce ne sont pas des toutous à sa mémère.

  15. Oui c’est sûr que de la part de Plenel c’est assez cocasse. Surtout pour faire financer du marketing et de la comm’. Mais les temps sont durs et la bête affamée est moins regardante sur la main qui tient l’écuelle 🙂

  16. Comme le souligne un des commentateurs, très justement, il ne faut pas confondre l’aide de l’État et l’aide du gouvernement. La nuance est de taille et d’importance.
    La presse est subventionnée depuis longtemps. Toute la presse, qu’elle soit de gauche comme de droite. Quand il s’agit d’opinion, la presse française dite d’opinion n’a pas besoin de l’argent de l’État pour soutenir tel ou tel gouvernement. Les journaux de gauche soutiennent les gouvernements de gauche et ceux de droite les gouvernements de droite. Rien de nouveau sous le soleil. Je n’ai jamais vu l’Huma soutenir Sarko ou Chirac alors que ce journal reçoit des millions d’euros en aide publique depuis des années.
    On peut questionner le système d’attribution de ces aides. En particulier qu’elles ne soient accessibles qu’à une certaine catégorie d’entreprises, autrement dit de presse. Personellement, je suis de ceux qui constatent que ce ne sont pas les entreprises de presse qui innovent le plus dans le secteur des médias. Et j’ai défendu, aux États généraux de la presse l’idée d’élargir les subventions à toute entreprise ou individu avec un projet de presse. Mais auss que ces aides soient attribuées sur la base d’un projet pour éviter le chèque en blanc. Sans succès hélas.
    Ceci dit, que l’État soutienne la partie de la presse qui innove c’est positif. Ce qui me dérange plus, c’est qu’en l’État maintient sous respiration artificielle des entreprises privées qui ne sont plus rentables depuis des années… en tout cas sous leur forme papier actuelle. C’est reculer pour mieux sauter. Nous avons, par le passé, soutenu des secteurs industriels par millions qui ont fini par s’effondrer.
    Maintenant, soyons clair, le maintien de l’emploi, c’est aussi le rôle de l’État, en tout cas dans nos modèles politiques. Il n’y a pas que la presse qui reçoit des subventions. Personnellement, je ne crois pas au concept néo-libéral du marché qui peut tout réguler. Surtout de là où je vis (USA). Tout n’est pas blanc ou noir. Ca serait trop facile.
    Tous mes voeux.

  17. @ Philippe

    C’est 50% de son revenu d’un emploi de journaliste (càd: sous la convention collective des journalistes), et dans une entreprise de presse (celle-ci peut être de presse écrite, radio ou télévision… ou sur internet).

  18. @ polom & Zorglub

    Ce qui est choquant, c’est ce statut qui dit que seuls les journalistes sont assez grands pour faire de l’information, alors qu’on voit tous les jours sur internet que ça ne fonctionne plus comme ça. Ce statut exprime un replis sur une position totalement corporatiste, qui est d’autant plus choquant pour des sites qui s’affirmaient participatifs.

    @ mikiane

    Tout dépend des conditions d’attribution de ces subventions (quels critères, qui attribue ?). Les 60 millions pour internet et les 600 millions pour le papier (sur trois ans) : il est parfaitement claire que la décision en revient directement à Nicolas Sarkozy (et uniquement pour la durée de son premier mandat). Quant aux modalités d’attribution : c’est l’opacité la plus complète, puisque les informations ne sont pas rendues publiques.

    Sinon, sur le reste: entièrement d’accord ! 😉

    @ Monsieur Kaplan

    Les conditions sont citées dans le billet. Ce sont celles définies par le décret du 29 octobre. Pour ce qui est de la liste des bénéficiaires et des montants : ça ne sera pas rendu public, comme le confirme Pierre Haski, dans le passage également cité.

    Par ailleurs, je ne suis pas d’accord avec votre conception du journalisme. J’en défends une autre sur ce blog.

    @ Authueil

    Ce qui me gêne profondément, c’est que Rue89, par exemple, avait annoncé “une information à trois voix : journalistes, experts, internautes”. En signant pour ce statut, c’est revenir à une information “à une seule voix”, c’est à dire que tout le processus éditorial doit être entièrement contrôlé par les journalistes professionnels, du début jusqu’à la fin.

    Trouver la porte de sortie pour une information de qualité sur internet, ça ne peut pas signifier autre chose (selon moi) que de mener des expériences qui décloisonnent totalement le journalisme traditionnel, c’est donner la place aux blogueurs, et aux internautes en général, c’est donner une place à des processus éditoriaux collectifs ou même automatisés. Ça signifierait, par exemple, de reconnaitre que des développeurs informatique comme des blogueurs peuvent faire un travail qui relève effectivement du journalisme (ce qui est d’ailleurs déjà le cas). Ça signifie aussi reconnaitre que les moteurs, agrégateurs, réseaux sociaux et plateformes de partage, jouent désormais un rôle essentiel dans la diffusion de l’information et qu’ils ne sont pas de simples prestataires techniques neutres et irresponsables. Ce statut, comme je l’ai déjà signalé plus haut, relève d’une logique purement corporatiste de fermeture. Et tout ça, bien entendu, sur fonds publics et sans aucune transparence.

    @ jeff

    Ta proposition aux États Généraux avait le très grand mérite de faire bouger les lignes et d’étendre le champ du journalisme. C’était une solution d’ouverture. La solution retenue est celle du repli. Voir au-dessus dans la réponse à Autheuil quelques autres pistes de réflexion qui relèvent d’une toute autre démarche que celle retenue… 😉

    @ Lionel

    Très drôle. :-))

  19. Dans l’absolu les subventions publiques ne sont pas incompatibles avec l’indépendance des médias.
    En revanche les subventions « sous conditions » et en particulier celles proposées aux éditeurs en ligne sont scandaleuses.

    Je cite et plussoie : « Ce statut des éditeurs en ligne transpire à chaque ligne la défiance envers les internautes, commentateurs et bloggueurs, et l’arrogance des journalistes professionnels qui prétendent restaurer en ligne le piédestal dont ils n’ont jamais eu la moindre intention de descendre. »

    Ce statut qui parle de « ne pas choquer l’internaute », de « respect » et de « dignité » est ahurissant !

    Rue89 pour parler de ce que je connais le mieux vient :

    1/ de confirmer aux yeux de tous qu il est et reste un journal écrit par un « clan » de journalistes jamais descendus de leur piédestal.

    2/ de rentrer dans le rang du respect et de la dignité… Quid des saillis antisarkozystes ? Quid des scandales peu respectueux (le respect reste un geste très subjectif…) et souvent peu dignes.

    Un journal, un média, peut tout à fait être financé par des fonds publics. Contrairement a ce que peuvent penser certains cela n’entrave en rien l’indépendance (au contraire même, les rédactions de tels médias ont tendance à être excessivement vigilantes à l’égard de toute ingérence et beaucoup plus sensible concernant leur liberté de parole et d’action).

    En revanche, être un pure player, prétendre révolutionner la presse, faire de la critique du pouvoir son fond de commerce et accepter après deux ans d’existence des subventions sous conditions et en particulier condition quant à la façon de faire son « métier de journaliste », il y a la une contradiction qu’un Plenel ou un Haski sont suicidaires d’accepter !

  20. Bonjour,
    Je suis le directeur de publication de Yagg.com, le nouveau média gay et lesbien, cité par Xavier Ternisien dans son article du Monde au sujet des subventions à la presse en ligne. Je n’ai pas pour ma part reçu de confirmation officielle par la Direction du développement des médias chargée du fonds d’aide du montant de la subvention qui nous serait accordée. J’ai su par le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil) que cette aide devrait être très limitée: en clair, sur un projet global de 120.000 euros, nous devrions recevoir une subvention de 10.000 euros (moins de 10%).
    LGNET, la société éditrice de Yagg, fondée par quatre journalistes précédemment employés par Têtu, a créé en 2009 sept emplois en CDI et fait travailler des pigistes, des journalistes en CDD, une webmestre, des prestataires extérieurs. Le contenu est aussi celui des utilisateurs de la communauté Yagg (4000 inscrits), celui des bloggeurs invités.
    C’est en toute connaissance de cause que avons demandé cette aide. Un coup de pouce, pas une “perfusion” ni une “manne”. Et vous constaterez vous-même qu’elle est très limitée.
    Cordialement
    Christophe Martet

  21. D’accord avec vous Monsieur Mikiane sur presque tout votre propos.

    Plenel et Haski qui présentent leurs dérivés de la vieille presse comme les derniers remparts de la démocratie et viennent ensuite picorer dans la main de l’éleveur, c’est très limite.

    Je pense qu’ils sont pourtant sincères (monsieur plenel a d’ailleurs fait sur le sujet une magnifique saillie aux dernières assises du journalisme de Strasbourg) et que leur option est avant tout économique et relève de la survie.
    Après, la question est de savoir si la survie prévaut sur la liberté (d’expression).

    Qu’auraient-ils choisi en 40 : Vichy avec Bousquet ou Londres avec le Général ?
    Leur choix est semble t’il déjà fait.

    Je suis par contre en désaccord avec le fait que l’état subventionne la moindre officine d’information privée.

    Ce que l’état devrait plutôt financer ce sont des infrastructures de l’information neutres : réseaux et plateformes d’accès libre à toutes les informations (tout comme il finance le réseau routier), et non les filtres que sont les médias. C’est comme financer des barrages sur toutes les routes de France.

    Mais cela reviendrait à laisser librement le peuple avoir un accès libre et transparent à toute l’information, et même le laisser s’exprimer. Et ce n’est peut-être pas dans l’intérêt de l’état.
    La preuve en est encore que l’attribution de ces subventions sont opaques.
    Finalement, c’est le même principe que des pots de vin.

    Mieux vaut en effet utiliser des subventions (ou de gros budgets publicitaires) pour soudoyer sournoisement toutes les voix qui peuvent aujourd’hui porter pour leur demander demain, aux moments opportuns, de se taire.
    Avec un peu de recul, il est d’ailleurs frappant de constater à quel point cela fonctionne déjà pour la vieille presse (comme cela s’est déjà fait au moment de bousculer la décision démocratique du dernier référendum sur l’europe).

    C’est un peu comme affamer le peuple pour mieux le faire obéir, ou dans ce cas dresser des caniches serviles avec des lentilles.

  22. Beaucoup de confusion entre la question du statut de presse en ligne et celle des aides de l’Etat.
    Comme je l’ai déjà mentionné lors de la parution des textes (dans l’indifférence générale tout le monde se préoccupant des aides) le statut de presse en ligne concerne des entreprises et des activités professionnelles/commerciales. Paradoxalement il concerne donc les blogueurs qui exerceraient cette activité sous statut professionnel.
    Gros paradoxe, en affirmant la necessité d’employer un journaliste professionnel pour la presse d’info géné et politique le texte institue exactement l’inverse: il n’y a pas d’obligation pour la presse en ligne d’employer des journalistes (si elle ne prétend pas à la categorie info géné et politique). Que personne n’ait commenté cette petite révolution me laisse pantois. En vérité c’est la manière dont la CPPAP interprete le texte qui va décider de son caractère corporatiste et non le texte lui même. Pour le moment la CPPAP semble effectivement s’appuyer sur une interprétation restrictive. Si personne ne comprend l’intéret juridique et régulateur d’un statut de presse enligne alors c’est que vous ne comprenez pas les questions de Droit qui entourent la liberté d’expression. Changez de métier messieurs.

    Sur la question des aides je rejoins la plupart des positions critiques mais mon inquiétude vient moins de la question de l’indépendance que de la distorsion de concurrence qu’elle peut induire. En particulier en permettant à certains acteurs du marché de continuer leur politique de dumping publicitaire. Pour le reste je ne crois pas sur la durée que tout ceci puise combler le gouffre financier qui menace l’industrie de la presse. Quant à recevoir des leçons d’autres acteurs dont les pertes abyssales ne sont couvertes que par l’apport régulier de nouveaux investisseurs qui misent sur une revente à moyen terme, je pense qu’il devient surtout urgent de revenir à une économie rationnelle ou la priorité de chacun est de viser la rentabilité de son activité. De ce point de vue la presse en ligne n’est qu’un petit poisson au milieu d’une industrie qui n’a pas encore fait la preuve de sa pérénité. Les aides n’y changeront rien.

  23. J’oubliais: je ne demande pas non plus d’aides publiques mais je suis solidaire de mes collègues sur la question de la TVA (sur ce point qui a noté que la presse traditionnelle allait faire bénéficier ses activités en ligne d’une TVA avantageuse alors que les pure players n’y ont pas droit ce qui constitue une vraie distorsion de concurrence).

  24. @ Olivier

    Attention, après la référence à 1940, le point Godwin n’est plus très loin…

    Cela dit, ce véritable système de subventions publiques massives à la presse, si spécifiquement français, est fondamentalement malsain. Quoiqu’en disent les journalistes et les éditeurs de presse… Il n’est en effet pas impossible qu’ils soient sincères quand ils jurent de leur indépendance : il se peut qu’ils y croient ! D’où ce malaise quand ils réalisent que leur crédibilité est en miettes auprès d’une part importante de la population, qui, elle, ne les croit pas.

    @ Christophe Martet

    Merci de ces précisions et bonne chance à votre projet. J’ai retenu Yagg dans mon agrégateur, je suivrai votre développement avec intérêt (et bienveillance 😉 ).

    @ Emmanuel (et Jeff)

    Reprenons dans l’ordre… :o)

    – Une confusion entre les aides et le statut. Mais qui l’a créée, cette confusion, puisque les unes dépendent de l’autre ?

    – Corporatisme : je te sais pourtant ni naïf, ni angélique… B-) Tu assistais, comme moi, à la conférence inaugurale du Spiil, et tu n’as pu qu’être édifié par ce que tu as entendu, non ? Le besoin que le Spiil a éprouvé de créer cet étrange statut bâtard de demi-membre associé à ce syndicat professionnel des pure players est, selon moi, tout à fait symptomatique de ce que l’ensemble de la démarche (statut des éditeurs de presse, statut des éditeurs en ligne en général, syndicat professionnel, aides publiques, etc.) prend le problème totalement à l’envers de ce que demande la réalité d’internet.

    Je maintiens que la démarche qui a été choisie est purement corporatiste et défensive. Elle ne vise pas au développement de l’information sur internet, et ne se soucie à aucun moment des intérêts, ou des demandes, des internautes et de l’ensemble des “nouveaux” acteurs de l’information en ligne. C’est une position de défense des professionnels de l’info issus des médias hors web, qui tentent d’imposer sur le web leur modèle traditionnel.

    – l’intérêt d’une régulation juridique. Je fais précisément partie de ceux qui la trouvent nécessaire. Mais certainement pas dans la direction qui a été prise, à laquelle je m’oppose !

    Tu le sais bien, c’est dans la définition de la frontière éditeur/hébergeur de service en ligne que j’estime que tout à dérapé pour prendre ce très mauvais chemin. Et les éditeurs de presse ont une lourde responsabilité là-dedans. J’estime que c’est de leur part de l’aveuglement.

    Comment admettre cette logique qui veut faire entrer à toutes forces ce qui se produit actuellement sur le web dans le carcan de statuts uniquement “professionnels”, sous la forme unique de l’entreprise (et singulièrement de l’entreprise de presse), alors qu’aucun modèle économique stable n’est encore en place, que de nombreux acteurs sont non-professionnels (amateurs, bénévoles, à but non lucratif…), semi-professionnels, ou en voie de professionalisation, que des modèles hybrides apparaissent (quelle place, par exemple, dans le système qui se profile, pour cette forme particulière de celui pour qui le blog n’est pas une activité directement professionnelle, mais un élément d’une stratégie professionnelle qui est “monétisée” par ailleurs ? Ces blogs d’experts-consultants, par exemple, dont la place et le rôle dans cet “écosystème” de l’information en ligne sont indéniables ?).

    Quelle place, aussi, à l’innovation ? Jeff le signale plus haut : ceux qui innovent réellement dans le domaine de l’information en ligne ne viennent justement pas, le plus souvent, du milieu des professionnels de la presse et du journalisme !

    Tout ça est bien un vrai rendez-vous manqué. Il faudra remettre tout ça à plat, selon moi, et repartir dans une toute autre direction. Plus saine.

  25. Bof, tout cela me parait si peu essentiel,un peu monté en mayonnaise, rien ne sert de sénerver. Après tout la presse écrite, quotidienne ou régionale ou hebdomadaire reçoit des aides de l’état depuis bien longtemps; Cela a permis a beaucoup de survivre jusqu’ici sans remettre en question leur indépendance.
    autre question: est ce que la pub que l’on voit fleurir sur certains blogs ne remet pas en question l’indépendance de leurs auteurs?

  26. @Narvic

    Point Godwin : limite en effet, mais je tenais à souligner l’esprit de résistance qui doit rester quoi qu’il advienne l’apanage d’un bon journaliste.

    @verfab

    Pensez vous vraiment que la PQR soit indépendante, elle qui est intimement liée (encore plus que la vieille presse nationale) aux pouvoirs économiques et politiques en place ?

    Il devrait être inscrit dans les tablettes de nos lois que l’on interdise à l’état la moindre propagande payante, que l’on nomme pudiquement “publicité institutionnelle” pour tous les diffuseurs d’informations privés.

    La perte de confiance du lectorat qui était jusqu’ici captif mais pas naïf, vient de toutes ces collusions.

    Ou peut-être du comportement toujours plus hautain et dédaigneux de certains journalistes qui ont oublié que leurs articles sont destinés avant tout aux lecteurs, et non à leurs patrons.

    Pour paraphraser Ford, qu’ils n’oublient pas, ceux là que ce sont les lecteurs qui paient leur salaire, et non les patrons de leur journal.

  27. Justement,alors que la plupart des groupes de presses sont détenus par des industriels, je crois que les aides à la presse fournis par les pouvoirs publics ont permis la survie de pas mal de journaux qui étaient et son toujours en danger. et si demain , les quelques sites pure players qui se sont développés en france et qui font un boulot plutôt correct veulent survivre il faut qu’ils bénéficient d’aides publiques.
    Tout le reste n’est que polémique et idéologie de bazar.

  28. Belle et saine colère !

    Quid cependant de la subvention de 3 Millions d’euros (sic : 20 millions de francs) à Courrier International de la part de l’Union européenne ?

    J’ai mis l’info en ligne (http://www.lalettrevolee.net/article-35985047.html) et pas une reprise.

    Je ne m’attendais pas à faire la une du Monde, mais je pensais naïvement qu’un ou deux blogueurs censément curieux, indépendants etc auraient fait un petit lien.

    Je pense notamment aux premiers du classement wikio, qui s’entre-citent à tour de bras. Pas un pet de lapin. Pas complètement étonnant, nombre d’entre eux affichent fièrement leur… partenariat avec Courrier International.

    Courrier International s’est donc vendu à l’Union européenne pour 3 millions d’euros, mais le blogueur français est à vendre pour le prix d’un abonnement (59 €). Pas cher.

    Bien entendu, Libé etc font des pages entières pour taper sur Rue89, mais rien sur CI (co-détenu par Le Monde, ça peut aider à rester tranquille).

    Ce serait bien que tu fasse un billet là-dessus aussi ! Je gage que tu seras beaucoup moins repris : c’est encore très mal vu de dire du mal de l’Union européenne…

  29. Venant du directeur multimedia de l’ortf, pardon, de france24, ce commentaire est à mourir de rire. Fallait oser tout de meme.

  30. @ edgar

    Je vois une énorme différence entre les deux questions : les subventions européennes à des médias comme Radio-France, EuroNews et Courrier International, sont transparentes, puisque publiques et publiées. D’ailleurs, tu les as trouvées en ligne, en suivant le chemin que tu indiques. Rien de tel en ce qui concerne les subventions françaises, qui ne sont pas publiées !

    Cela dit, il y a en effet des choses très intéressantes “à creuser” du côté des subventions à la presse de la part de l’Union européenne. Et si tu veux même une petit conseil dans une direction vraiment très intéressante à creuser : les subventions européennes aux médias français qui ont publié le texte de la Constitution européenne dans leurs colonnes, alors que nous étions en pleine campagne électorale pour le référendum de ratification de 2005…

  31. Pas si transparent que cela : j’ai interrogé la DG de la fondation robert schuman sur l’utilisation des 440 000 euros reçus. réponse : une étude sur le droit pénal comparé. avec 440 000 euros tu paies quelques dizaines de doctorants pendant un an, ça en fait des pages de droit comparé.

    la publication d’infos incomplètes n’est pas vraiment plus intéressante que pas d’infos du tout. et le site europa est tellement mal fait que j’ai dû bookmarker la page pour pouvoir la retrouver. pour quelqu’un qui la cherche elle est introuvable.

    pour ta suggestion sur 2005, je n’ai pas les relations dans les journaux qui me permettraient de faire cela. mais apparemment tu meurs d’envie de faire un papier là dessus… 🙂

    enfin, les top blogueurs du wikio top 10 ne reprennent jamais ces articles. c’est la deuxième fois que je mets un lien sur mon billet chez eric de crise dans les medias, qui est censé faire une veille sur les medias, jamais un lien.

    et ça me fascine : j’ai discuté du sujet courrier international avec un journaliste chef d’une rubrique importante d’un hebdo français, il m’a dit qu’il était au courant des subventions CI et se demandait bien ce que ça recouvrait. Tu crois qu’il mattrait un journaliste pour creuser le sujet ?

    dans le monde des medias on aime assez peu creuser, et on ne commente que les infos qui sortent par hasard ou via le politique. ça plus le tabou sur les questions européennes…

    hier soir j’entendais transeuropéennes sur inter. l’un des principaux journalistes est le correspondant de courrier international à bruxelles. comme ça on est tranquilles : un journaliste subventionné par bruxelles qui s’exprime dans une émission subventionnée par bruxelles. ça a peu de chance d’être violent. et de fait c’était un festival : le choix de van rompuy nous surprendra, l’échec de copenhague n’est pas si grand, etc…

    bref. il y a un vrai sujet, qui dépasse l’anecdotique.

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