la chambre

Slow blogging…

Slow blogging, en ce moment sur novövision… J’écris peu, je suis peu présent dans les commentaires, je poste peu de liens et ma veille du web fonctionne à tout petit régime, et je commente très peu ailleurs dans la blogosphère. Certains me l’ont reproché d’ailleurs par mail ( 😉 )… C’est que je suis presque… déconnecté.

Désolé, mais je suis actuellement dans une période de documentation plus que de conversation en ligne. Je me suis donné un “programme de travail” assez chargé. J’ai repéré une masse plutôt conséquente de documentation sur ces questions qui m’intéressent (livres, revues, articles en lignes…), alors je moissonne et j’engrange, je lis… et je digère… 😉

Quelques infos sur mes lectures du moment pour ceux que ça intéresse. Je creuse la question de “l’idéologie d’internet”, déjà abordée ici, notamment à travers le livre de Franck Rébillard, “Le Web 2.0 en perspective”, ou celui de Bernard Poulet, “La fin des journaux”. D’autres sources me donnent aujourd’hui matière à réflexion sur ce thème :

– Yves Jeanneret, “Y-a-t-il (vraiment) des technologies de l’information ?”, 2000, 2007, Presses universitaires du Septentrion.

– David Forest, “Le prophétisme communicationnel. La société de l’information et ses futurs”, 2004, Syllepse.

– Revue Quaderni, n°37, hiver 1998/99, “McLuhan, trente ans après” (collectif).

J’ai quelques autres “chantiers” ouverts en parallèle : sur les questions des réseaux, et notamment des réseaux sociaux, et sur l’autopublication, sur l’histoire du “projet” de cyberjournalisme d’il y a 10 ou 15 ans, et ce qu’il est devenu, sur les communautés en ligne et leur fonctionnement, l'”économie numérique”, ou l'”économie de la recommandation”… Et tout ça me “mange” le temps dont je dispose…

Je réalise en fait, comme le signalent de nombreux chercheurs en Sciences de l’information et de la communication (encore récemment Dominique Wolton, sur LaCroix.com, mais il est loin d’être le seul…), que les journalistes se sont peu intéressés aux travaux scientifiques menés par ces chercheurs depuis des années, qui sont pourtant fort riches. J’y “picore” pas mal pour ma part, comme en témoigne ma bibliothèque, mais je me suis surtout borné jusqu’à maintenant à relever quelques livres récents, sans “plonger” réellement dans la masse accumulée des travaux antérieurs, notamment ceux publiés depuis plus de dix ans dans des revues (et dont seulement une petite partie est accessible en ligne).

Je réalise petit à petit, à mesure que j’explore ces contrées nouvelles (pour moi), à quel point j’ai pu moi-aussi me laisser intoxiquer par un discours prophétique sur internet, le web 2.0, la “société de l’information” ou “les nouvelles technologies de l’information et de la communication”, un discours que les chercheurs s’efforcent méthodiquement de “déconstruire” pour en révéler le caractère essentiellement idéologique et les failles conceptuelles. Un discours promotionnel qui masque aussi, en occupant tout l'”espace médiatique”, des résultats de recherches qui permettent de mieux comprendre ce qui se passe réellement avec internet, en termes bien plus concrets que les prophéties, les métaphores et les concepts mous et flous – et en réalité inconsistants – de cyberespace, cyberdémocratie, et virtuel à toutes les sauces, etc.

Disons donc que je suis “en phase de désintoxication”, et une période de relative déconnexion m’apparaît nécessaire pour y parvenir. 😉 Je mettrai en ligne l’état de mes réflexions, au fur et à mesure que ça donnera quelque chose…

En attendant, vous pouvez aller faire un petit tour sur le site de Télérama. J’ai pris une petite demi-heure mercredi pour répondre à l’invitation de Sophie Lherm et Thierry Leclère, et engager le débat avec Nicolas Vanbremeersch sur son livre “De la démocratie numérique”. C’est en audio, et ça s’écoute ici :

Télérama.fr : Débat entre Versac et Narvic : le Web va-t-il devenir le lieu central du débat public ?

6 Comments

  1. Not bad l’idée de se requinquer ou de se ressourcer.

    On est loin quand même de l’idéologie pour le Web 2.0, depuis quand les marketers sont capables de concevoir des idéologies ?

    De concepts, des memes oui, mais ce ne sont pas Marx ou Freud quand même 😉

    Voir mon billet

  2. Salut Narvic,

    J’espère que le temps de lecture et de prise de recul que tu donnes sera un grand plaisir.

    Ce sera peut-être l’occasion – en tout cas, je l’espère pour toi- de te pencher sur les quelques textes véritablement essentiels du nouvel âge médiatique en train de se construire.

    A lire tes allusions répétées contre les « faux prophètes » et autres « idéologues », je redoute en effet que tu passes à coté d’un mouvement de pensée et d’une transformation sociale radicale, et cela peut-être, faute de distinguer les constructions théoriques véritables des lointains échos qui en sont faits.

    Il est en effet quelques textes fondateurs du mouvement de démocratisation en cours, et ce ne sont pour l’instant pas –ou très peu- ceux que tu cites ou que tu critiques.
    Sans vouloir être exhaustifs, il s’agit à minima de:
    – “Dire c’est faire” de John Austin
    – “La théorie de l’agir communicationnel” d’Habermas
    – “Nous n’avons jamais été moderne” de Bruno Latour
    – “Par delà nature et culture” de Philippe Descola

    Je t’écris cela un peu franchement, car je serais le premier désolé que l’expérience originale de Narvic vienne s’abimer dans la dénonciation de discours mal cerné, ou largement sous-estimés : qu’elle finisse par étrier un épouvantail sans voir que le sujet véritable se trouvait juste à coté.

    Franchement et fraichement, peut-être… mais amicalement certainement !

    Cratyle

  3. @ Cratyle

    J’espère ne pas tomber à côté du “véritable sujet”, mais il ne faudrait pas que tu trompes, toi non plus, sur le sujet qui m’intéresse moi :-)) : se dégager du discours techniciste à propos d’internet, et revenir à une approche des interactions de la technique avec le social (et le politique, comme l’économique). Se dégager de cette approche déterministe de la technique comme seul agent mécanique quasi magique des transformations sociales.

    Par exemple : non internet ne rend pas inéluctable l’avènement d’une société démocratique “horizontale” et participative : internet ne rend rien inéluctable du tout. Il est possible que des évolutions en ce sens soient facilitées par des dispositifs techniques, mais ils n’en sont ni la source, ni le moteur, uniquement – et éventuellement – des facilitateurs. La source et le moteur sont “dans le social”, pas dans la technique.

    Quant au processus de “démocratisation” : il me semble que j’ai déjà eu l’occasion de te dire que le concept me semblait, quant à moi, plus idéologique, lui-aussi, que réellement opératoire pour rendre compte des observations que l’ont peut faire. Le concept pré-suppose une théorie de nature idéaliste de la démocratie (au sens philosophique du terme “idéaliste”), un pré-supposé que je ne partage pas.

    La Démocratie n’est pas un idéal politique qui s’incarne progressivement dans la réalité. C’est pour moi une réalité sociale (politique, économique) dont on peut essayer de faire la théorie. Pour moi, ça fonctionne dans ce sens, et pas dans l’autre… 😉

  4. Le Web n’est pas la cause de la démocratisation, mais l’une de ses conséquences. Il l’incarne et la propage.

    Il n’est lui-même que partiellement un phénomène technique, mais très largement un phénomène social.

    La démocratisation, de son coté, n’est ni une idéologie ni un présupposé, encore moins une hypothèse ou un point de départ. Ce sont les principaux textes de la fin du XXème siècle qui permettent d’en comprendre le sens et la portée, de la discuter et pourquoi pas, de la réfuter.

    Ce sont ces textes que je te propose de lire dans le commentaire ci-dessus. Je crois qu’ils manquent véritablement aux appréciations que tu portes.

    La culture de la discussion en train de se construire partage avec les cultures du livre qui l’ont précédée un goût et une recherche de l’opposition de points de vue argumentés.

    Si tu critiques le discours de la démocratisation, alors que tes critiques soit fortes et fondées, qu’elles s’attaquent à la source des idées, non aux interprétations contrefaites qu’on aura pu en faire ici ou là.

    Lis Austin, Habermas et Latour, tu verras que l’accusation de technicisme est un contre-sens, que celle d’idéologisme se perd dans la discussion même de ce que le mot “d’idéologie” peut signifier, que la portée de ce qui survient devant nos yeux mérite d’être sérieusement et profondément discutée.

  5. @ cratyle

    Pardon, fausse manoeuvre, le dernier commentaire est de moi.

    J’en profite pour rebondir sur l’un de tes billets, dans lequel tu étais bien aimable de me citer 😉 : “Qu’est ce que la démocratisation médiatique?”

    Dans ta remarque : “En dépit de leurs nombreuses qualités, nos régimes démocratiques concernent paradoxalement peu de gens”, je crois que l’immensité de notre différence d’approche est tout entière résumée dans ton “paradoxalement”. Je ne vois, pour ma part, pas le moindre paradoxe dans cette réalité démocratique : c’est même ça la démocratie, et ça l’a toujours été.

    J’ai peur que tu fasse là une petite confusion entre les réalités historiques et les théories politiques qui ne sont que des représentations intellectuelles qu’on s’en fait, à un moment donné.

Comments are closed.