le salon

Si les médias meurent, est-ce si grave que ça ?

Jeff Mignon, sur Mediachroniques, lance un passionnant débat sur la valeur de l’information aujourd’hui : “La presse d’information traverse une crise profonde et fondamentale de valeur”.

Je rebondis ici après avoir commenté là-bas : ce qui est en jeu à mon avis, ce n’est pas tant la question de la valeur d’usage de l’information, que les journalistes appréhenderaient mal, en ne répondant pas correctement à la demande des consommateurs. C’est plutôt que l’information qui a la valeur d’usage la plus forte est aussi celle qui est la plus chère à fabriquer. Or elle n’a jamais été payée par le consommateur à son juste prix, car, dans l’ancien système des médias, elle était “subventionnée” par d’autres produits qui étaient vendus “en paquet” avec elle.

Ce système ne fonctionne plus aujourd’hui et il semble pour le moment impossible de reconstituer un nouveau modèle de financement professionnel sur internet pour cette information à haute valeur ajoutée. C’est une impasse pour l’économie des médias et la survie du journalisme comme profession. Mais est-ce un vrai problème pour l’accès à l’information ? Est-ce si grave que ça pour le public lui-même ?

Internet, avec son accès direct à de nombreuses sources d’information, ses médias sociaux et la blogosphère qui jouent un rôle de tri, d’alerte, de caisse de résonance, de partage et d’échange d’expériences et de recommandation, n’offre-t-il pas aujourd’hui une alternative plus efficace et crédible pour répondre à nos principaux besoins d’information… sans passer par les médias, ni par les journalistes ?Dans une économie de l’information en plein bouleversement, Jeff Mignon tente de poser la question de l’avenir des médias sous l’angle de la valeur de l’information :

(noir)Tout n’a pas une valeur en soi. Souvent la valeur que nous donnons aux produits, aux services, aux idées, même aux personnes… est relative à nos centres d’intérêt, nos besoins, le moment, nos conceptions philosophiques, religieuses et politiques, etc. L’information n’échappe pas à cette logique.

(/noir)

Les journalistes auraient tort, selon Jeff, de considérer que l’information a une valeur en soi dans une approche “journalist centric”, ce qui les empêcherait ce comprendre quelle est “sa valeur d’usage” réelle pour les consommateurs, dans une approche “consumer centric“. Il suggère donc aux journalistes de se décentrer, de sortir d’une approche “centrée sur l’intérêt général”, car “la valeur de l’information proposée par les médias est de moins en moins perçue par les consommateurs”, pour tenter de proposer une information répondant aux demandes et apportant un service.

Les journalistes sont-ils encore utiles et légitimes ?

Je reposte ici mon commentaire sur Mediachroniques :

Il me semble que la question de la valeur est mal posé et, du coup, elle débouche sur une impasse.

Tout d’abord, Jeff évacue peut-être un peu vite la question “philosophique” de la “valeur en soi” de l’information. Ce n’est pas du tout, à mon sens, une sorte de biais “journalistic centric”. C’est toute la question du sens, et derrière elle toute la problématique de l’explication/éducation.

En pleine “fin des idéologies”, “fin des grands récits”, annoncées par la philosophie postmoderne, c’est toute la production sociale de sens par les institutions et les élites intellectuelles qui est en pleine dissolution. Le journaliste, autrefois médiateur/éducateur/vulgarisateur des discours explicatifs du monde produits par ces élites, n’a plus grand chose à médiatiser aujourd’hui. Il est bien en peine de fournir une forme vulgarisée d’un discours explicatif du monde qui se dérobe sous ses pieds.

De surcroît, les progrès de l’éducation et le développement des moyens d’accès à la connaissance, font que ceux que ces questions intéressent dans la société ont un accès direct aux sources bien plus large aujourd’hui, et peuvent largement se passer des anciens médiateurs, qui perdent à la fois leur fonction et leur légitimité. On commence donc bien à se demander si le journaliste sert encore à quelque chose dans ce domaine…

Valeur d’usage et valeur d’échange de l’information

Sur le plan strictement économique ensuite, la vision de Jeff de la “valeur d’usage” de l’information est trop restrictive. Elle le conduit à une impasse, qui est précisément cette approche uniquement “consumer centric”, qui réduit le problème, au bout du compte, à une simple question de marketing.

Une vision plus large de la valeur d’usage de l’information permet de voir que la question économique ne se situe pas là. Elle est tout entière dans la “valeur d’échange” de l’information, c’est à dire son prix, par rapport à son coût. La source du problème, c’est bien que l’information qui a la plus forte valeur d’usage pour le consommateur est en train de perdre sa valeur d’échange, car elle est trop chère par rapport à la valeur perçue subjectivement par le consommateur de l’usage qu’il pourrait en faire.

Toute information à une valeur d’usage pour le consommateur, plus ou moins importante selon les cas. On peut appréhender objectivement cette valeur d’usage (c’est ça l’approche traditionnelle “journalistic centric“). Mais la valeur d’échange dépendra de la notion subjective de cet usage pour chaque consommateur, et donc du prix qu’il est prêt à payer pour ça en fonction de l’utilité qu’il y trouve (c’est l’approche “consummer centric”).

L’économie des médias était équilibrée quand l’arbitrage entre les deux approches aboutissait sur un prix acceptable pour le consommateur et couvrant les frais engagés pour la production et la diffusion de cette information. On ne doit pas substituer une approche à l’autre, mais chercher leur point de convergence.

Une information d’aide à la décision

C’est ce point-là qui est en train de nous échapper aujourd’hui, pour une partie – et une partie seulement – de l’information vendue. Mais c’est tout l’équilibre du système qui est remis en cause.

Il y a différents types d’information, qui n’ont pas le même usage et pas la même valeur d’usage : schématiquement, il y a l’information de socialisation (celle qui nourrit la conversation, c’est l’air du temps, le buzz, les faits-divers…), il y a l’information pratique de la vie quotidienne (météo, trafic routier, fermeture exceptionnelle de la bibliothèque, date d’ouverture des soldes…), l’information de divertissement ou d’évasion (le people, l’insolite, mais aussi les voyages…), et puis l’information “d’aide à la décision”.

C’est celle-là qui a la plus forte valeur d’usage, à mon sens : l’information économique (que dois-je faire de mon épargne ? Est-ce le moment d’acheter ma maison ?…), politique (quel candidat défendra le mieux mes propres intérêts et l’intérêt général ?…) et sociale (dois-je suivre ce mouvement de grève ? Dans quelle école inscrire mon enfant ?), etc.

L’information de socialisation, pratique et de divertissement n’est nullement en crise aujourd’hui. Elle bénéficie d’une forte demande, et elle n’est pas difficile à fabriquer. Mais sa valeur d’usage n’est pas très forte : elle n’est pas indispensable, peut être aisément remplacée par une autre et se périme vite. Donc tant que son prix de vente reste très faible, elle se vend très bien. Elle peut être financée uniquement par la publicité, voire servir de produit d’appel pour un autre service.

Internet ne remet pas en cause son modèle économique, même si la publicité y rapporte moins que dans les autres médias. Car elle est peu coûteuse et rassemble de fortes audiences, même si ce sont des audiences peu attentives et peu qualifiées. Ça reste rentable par l’effet de masse.

L’information d’aide à la décision est beaucoup plus chère à fabriquer en revanche : elle demande plus de temps de fabrication, de valeur ajoutée intellectuelle et de personnalisation, pour répondre à l’usage que l’on attend d’elle. Si on la traite mal, de manière trop rapide, générale et simplificatrice, elle perd sa valeur d’usage.

Dans le système des “anciens médias”, cette information à haute valeur ajoutée n’a en réalité jamais été payée à son prix de revient réel par personne. Elle était subventionnée : par la pub, par les petites annonces, par l’info “produit d’appel”, l’info pratique et de divertissement qui lui était associée, quand il ne s’agissait pas carrément de subventions d’Etat directes ou indirectes. On fournissait le tout dans le même paquet, et on obligeait ceux qui ne la cherchaient pas à la payer pour les autres, de manière à ce que ces autres puissent y avoir accès à un prix abordable.

Tout ce système est en train de s’effondrer.

Une impasse économique

Les médias traditionnels perdent des ressources (pub et petites annonces) vers le net, et perdent de l’audience, car ils sont concurrencés sur une partie de leur offre (l’info pratique et de divertissement justement) qui trouve de nouveaux canaux de distribution. Le paquet n’est donc plus rentable.

Sur le net, il semble impossible de reconstituer cette logique du “paquet” sous la bannière des “marques de médias” : la pub s’en va vers d’autres supports, les petites annonces et l’information service prennent leur autonomie des médias, l’information se diffuse “à l’unité” et la pub se concentre sur l’information qui a la plus forte audience.

L’information à haute valeur ajoutée, chère à produire et ne créant pas des audiences de masse, ne parvient pas à se financer de manière autonome et ne trouvent plus de sources de subvention pour compenser.

Ce n’est donc pas que la valeur d’usage de l’information ait changé, ou qu’elle soit mal appréhendée par les journalistes et les entreprises médiatiques, qui – je crois – sont en réalité assez lucides sur la situation. Cette valeur est toujours la même et la demande qu’il y a pour elle est identique. C’est son système de financement qui vole en éclat, et aucun modèle alternatif ne se dégage…

Portes de sortie pour les médias

Restent quatre solutions pour les médias :

• tenter de vendre cette information chère à son prix de revient réel, en tablant sur une prise de conscience du public : c’est le “pari pédagogique” de Mediapart, qui me laisse sceptique.

• faire appel au financement public (étendre le service public radio-télé à la presse écrite et au net) et philanthropique (mécénat et fondations).

• se recentrer sur ce qui est rentable : l’info pratique et de divertissement, en abandonnant le reste, jusqu’à ce que la demande insatisfaite d’info “d’aide à la décision” soit devenue assez forte sur le marché pour faire augmenter son prix et permette d’y revenir. Mais quand ?

Mais même cette solution (vers laquelle les médias s’acheminent tous à mon sens, puisqu’ils licencient à tour de bras, réduisent leur offre en pagination ou en temps d’antennes consacré à l’information, ferment les bureaux à l’étranger et se concentrent de plus en plus vers des dépêches, du faits-divers et du people) est une solution très incertaine.

Il y a de la concurrence sur ce créneau pour les marques de médias sur internet : les géants de l’informatique et des télécommunications, qui proposent à leur clientèle des bouquets de service, notamment cette information pratique et de divertissement, et qui disposent d’une force de frappe autrement plus puissante (les grands groupes multimédias que notre président appelle de ses voeux, ce sont Bouygues et Lagardère ? Ou bien ils existent déjà et s’appellent : Google, Microsoft et Orange ?)

• ou bien, comme le suggère Eric Scherrer en commentaire du billet de Jeff, tenter de trouver de nouveaux produits et services complémentaires qui puissent subventionner à nouveau cette information ? Mais lesquels ont une valeur d’usage suffisante pour que les consommateurs soient prêts à la payer ?

Une alternative… sans les médias

(je poursuis ici ma réflexion au delà de mon commentaires sur Mediachroniques)

Le temps qu’ils trouvent une solution à leur problème économique, s’ils y parviennent, médias et journalistes continueront donc d’assurer le “service minimum continu” de l’information sur lequel ils sont en train de se replier, en diffusant – à coup de “canons à dépêches” – l’information de base issue des agences de presse : grands événements internationaux, faits divers et catastrophes, petites phrases et cours de bourse, vie des stars et des people, et promotion à jet continu des productions des industries du cinéma et de la musique…

Si les médias ne consacrent plus guère de moyens à l’information politique, économique et sociale développée, qui coûte cher et se vend mal, est-ce si grave que ça pour le public ? Ne trouve-t-il pas déjà aussi bien, si ce n’est mieux, sur internet ? Grâce aux réseaux sociaux et à la blogosphère, aux moteurs de recherche et aux agrégateurs, aux possibilités quasi infinies de partage d’information, d’échange d’expérience et de recommandations qu’ils permettent, ne peut-on pas déjà, tout simplement, se passer des médias ?

Dans le domaine économique, que ce soit pour orienter le placement de mon épargne ou choisir la meilleure banque, en matière d’immobilier, d’aide à la consommation, en politique, du niveau local à l’international, d’assistance juridique, de choix en matière culturelle (livre, musique, cinéma…), sur les questions de santé ou d’éducation, que sais-je encore…, un nombre de sources directes considérable est d’ores et déjà à ma disposition sur internet, mis en ligne par des administrations, des institutions, des entreprises, des associations ou des particuliers…

Cette information est dépouillée, triée, évaluée, partagée, dans les forums les plus divers, dans les commentaires des sites marchands, dans les réseaux sociaux et dans les blogs, où des millions de gens échangent des avis, des opinions et des expériences sur tous les sujets… A mesure que se développent les outils de recherche et d’agrégation (sociaux ou algorithmiques) et que les internautes apprennent à mieux les utiliser grâce à leurs progrès en “alphabétisation numérique” (“digital litteracy”), chacun sera en mesure de trouver l’information qu’il cherche sans plus jamais passer par l’intermédiaire des médias et des journalistes professionnels…

Que vaut l’avis d’un journaliste spécialisé dans les questions médicales, dont je ne mesure pas le degré d’indépendance réelle face à l’industrie pharmaceutique, sur le traitement que me propose mon médecin, face à celui de plusieurs dizaines de malades qui partagent leur expérience sur le forum de doctissimo ?

Que vaut l’analyse du journaliste expert en immobilier de tel ou tel magazine, quand nous disposons tous des mêmes informations que lui, tirées des bases de données des notaires et des agences immobilières, le tout scruté à la loupe par des retraités non moins experts qui surveillent en professionnels l’évolution de leur patrimoine et me font part de leurs observations dans les forums ?

Pourquoi me tourner vers un média quand j’ai envie d’aller au cinéma, au théâtre ou de lire un roman, alors que j’ai déjà trouvé le blogueur passionné du sujet, dont les goûts correspondent souvent aux miens, et qui m’a prouvé à la longue la justesse et le désintéressement de son jugement ?

En politique ? Est-il besoin de revenir sur le débat passionnant et d’une étonnante richesse qui avait lieu sur internet entre les pour et les contre à propos du référendum sur le Traité constitutionnel européen, un débat qui brilla par son absence dans les médias ?

A quoi bon multiplier les exemples ? Existe-t-il une seule question, un seul domaine sur lequel des journalistes professionnels dans le cadre de leur médias peuvent encore faire mieux que la communauté des internautes, apporter cette fameuse “valeur ajoutée“, mieux appréhender la valeur d’usage d’une information que les usagers eux-mêmes ? Je cherche. Je cherche encore. Et je ne trouve pas…

J’ai bien pensé un moment qu’un “journalisme de remédiation” pouvait trouver une nouvelle raison d’être dans le tri et la hiérarchisation, dans la recherche de liens, ou dans la vérification de l’information… Mais je n’y crois plus guère…

Ce n’était que la recherche de pistes de survie pour un journalisme professionnel dans le cadre des médias. Et je suis plutôt porté à croire aujourd’hui que ce journalisme est mort. Ce sont les blogueurs qui reprennent aujourd’hui l’héritage et c’est dans ce monde que certains journalistes trouveront refuge en réinventant leur métier… Les autres sont condamnés à devenir des sortes d’ingénieurs éditoriaux :

(noir)C’est encore un emploi, ce n’est plus du journalisme…

(/noir)

Tout ça me rend… nostalgique

19 Comments

  1. Belle analyse. Tu touches enfin du doigt le fond du problème. J’ajouterai seulement une chose. Le soupçon qu’au regard de leurs responsabilités dans le système démocratique, par paresse, par incompétence ou par désinvolture, les grands médias ont souvent fait plus de mal que de bien. Alors, tout bien pesé, non, ce n’est pas si grave.

  2. Je reprends les mots de Gunthert en citation : “Le soupçon qu’au regard de leurs responsabilités dans le système démocratique, par paresse, par incompétence ou par désinvolture, les grands médias ont souvent fait plus de mal que de bien. Alors, tout bien pesé, non, ce n’est pas si grave.”

    Pour moi ça devient même salutaire. Ce qui se passe en Italie en ce moment est terrible, on est en plein dans une soft-dictature particulièrement violente face à laquelle tous les médias officiels – ou presque – ont totalement abdiqué (il reste quelques bastions, mais jusqu’à quand ?), verrouillés par les intérêts transversaux, les connivences, l’omertà et ainsi de suite.

    La réponse à ce désastre inouï, à cette gigantesque imposture culturelle (mais également sociale, économique, politique, etc.), elle est sur Internet. C’est pour ça qu’il faut se battre farouchement pour garder la liberté d’Internet. C’est le dernier rempart de la liberté d’expression, et je pèse sérieusement mes mots.

    Donc exit les médias traditionnels, ils ont fait leur temps, XIXe et XXe siècles, il est vraiment l’heure de passer à autre chose…

    Jean-Marie

  3. D’accord avec Gunthert, vous etes enfin arrivé suffisament haut pour englober une large partie des composantes de cette reflexion sur l’avenir du journalisme et c’est un bonheur que de se faire ainsi éclairer régulierement l’horizon par vos soins. Merci donc de partager ces connaissances et opinions, votre exemple illustrant d’ailleurs parfaitement votre these : l’info bloguée peut-etre une info de valeur.
    Au vu du niveau de la reflexion on reste quand-meme curieux de connaitre votre activité professionnelle. Quelle chouette ironie si vous etiez journaliste… Ou pas tant que ça…

  4. Grave, car, comme beaucoup de confrères veilleurs, j’en ai besoin pour ma veille, des journaux.

    Alors je fais une veille sur ce que devient la presse 🙂

    Pratique, pour ça, votre blog 🙂

  5. Contente que vous ayiez dépassé le dernier stade de votre deuil de la presse 🙂
    Reprenez votre cheminement sous cet angle de vue, vous verrez que j’ai raison.

    Il était temps que vous en finissiez avec cet acharnement thérapeutique autour des morts-vivants de la presse et avec la multi-question “Un zombie a-t-il une âme, une volonté, un espoir, est-ce un métier ? La rédemption est-elle possible ?”

    Il est temps à présent de développer les perspectives d’avenir, qui ne sont pas des substituts ni des ersatz mais une autre manière d’informer, de dialoguer et d’influencer. Plus démocratique ? Les doigts dans le nez que ce le sera, plus démocratique 🙂

  6. Je ne vous comprend pas quand vous parler de :

    “pour cette information à haute valeur ajoutée.”

    Quelle est cette valeur ajoutée quand tous les titres se ressemblent, quand tous les canards copient/collent les infos AP, AFP, Belga, …

    Cela coute certainement cher de faire fonctionner les médias …. mais je ne suis pas d’accord avec vous sur cette prétendue haute valeur ajoutée.

    Vous le décrivez très bien dans la fin de votre analyse. Quelle est la valeur produite en regard d’autres sources d’informations spécialisées disponibles à l’infini?

    Si vous avez une explication je suis preneur.

  7. Tout cela me rappelle une discussion passionnante sur transnets avec entre autre Jeff Mignon

    J’avais proposé ma vision de ce que je considérais comme ayant de la valeur pour moi

    “Une idée par exemple : si demain Francis NOUS propose les articles de son blog, enrichis de conférences on-line (genre Howard Rheingold 🙂 ) avec chat on-line, de tutoriels intéressants, d’une bibliographie pertinente et actualisée, de conseils personnalisés sur des domaines de sa compétence, d’ateliers de travail en présentiel ou a distance…je suis prête à m’abonner car je considère que cela s’inscrit dans une démarche de formation continue active ! ”

    Autre questionnement lié a cette discussion :

    “Ce débat est vraiment passionnant a vivre !

    Au travers des billets, on devine un système en construction, des idées qui foisonnent et des motivations qui s’animent !

    Une question en suspens soulevée par Cronos :

    “Il y aurait très peu de lecteurs “universalistes” et donc très peu d’individus impliqués dans la vie sociale pour partager des valeurs communes, que ce soit celles de la république ou celles de la mondialisation. Des personnes d’autant plus manipulables qu’elles n’auraient aucune vision d’ensemble, et préfèreraient rester confortées dans leurs préjugés en ne recevant quotidiennement qu’un seul aspect de l’information de la planète”

    Moi aussi cette dimension m’interpelle !

    Et je me demande si la question de la création du sens commun et donc des valeurs politiques pour le NOUS n’est pas surtout une question de lieu et de temps ! Quels lieux et quels RDV ? Donc plus précisément quels contextes pourrions-nous inventer pour construire des valeurs communes ?…Le contexte “quotidien” est peut-être à réinventer ? Quels en seraient les moteurs ?

    La discussion est à lire en entier car il me semble que certaines pistes méritent toute votre attention !

  8. “faire appel au financement public (étendre le service public radio-télé à la presse écrite et au net) et philanthropique (mécénat et fondations).”

    +1 ! Et j’ai beau être de nature méfiant avec les pétitions, si t’en lançais une, je la signerais 🙂

    j’ai le sentiment que l’information connait, en creux, au delà de la crise actuelle, ce qu’à connu la politique lors de l’émergence du Tiers-Etat. Un ré-équilibrage. Et des tentatives de mise à sac.

    Les Tiers-médias (réseaux, blogs, etc) vont occuper une place croissante, jusqu’à un seuil d’équilibre et les médias “traditionnels” vont s’organiser entre “public” (et oui, il faut un service public de l’internet) et privé (et on le voit dans les rapports qui s’additionnent, on va de ce côté là vers une plus forte concentration, qu’elle soit capitalistique d’ailleurs, ou en terme de compétence – du desk vers le link journalism et du journaliste à bloc note au JRI)

    Les médias ne vont pas mourir, on a de plus en plus besoin de professionnels pour décrypter et trier l’info (et qui plus est pour aller la chercher). les blogs non plus, ne pourrons pas, mais mon chat peut-être – désolé :-p

    “je suis plutôt porté à croire aujourd’hui que ce journalisme est mort.”
    > non, il se réinvente ce “journalisme professionnel dans le cadre des médias” ! Tu le dis toi-même : “c’est dans ce monde que certains journalistes trouveront refuge en réinventant leur métier”…

    T’avais l’air pessimiste, voir “nostalgique”. Je crois que c’est à force de réutiliser cette même image d’illustration 🙂

  9. Content de reprendre le temps de commenter ici, surtout quand les thèses développées répondent aux interrogations et argumentations posées ailleurs…

    Bref, deux points :

    – évitons l’amalgame “médias” = journaux de la presse quotidienne d’actualité. Il y a une très large place pour la presse pratique, magazine, thématique, spécialisée… bref, appelez-la comme vous voulez, mais les médias ne sont pas morts.

    – la question à se poser n’est pas une question d’accès aux sources mais une question de ressources en temps. Considérer que tout le monde est capable de compiler, assimiler puis comprendre un ensemble de sources sur un sujet est un a priori sur les capacités des gens.

    Exemple tout bête : lors de mes formations ecrire pour le web auprès de journalistes, je fais l’exercice des 5W. Simple, me direz-vous. Et bien non. Avec des groupes de 8 personnes, nous n’avons pas les mêmes réponses. Etonnant non ? Et pourtant, ce sont des professionnels de la communication.

    Pour prendre un paraillèle, c’est comme si le fait que wordpress ou blogger soient des plateformes à la disposition de tous va tuer le travail des développeurs web. Faux, archi faux, et je le vois encore avec mes clients. ils n’ont ni le temps ni l’envie de comprendre comment cela marche.

    Second parallèle : dire qu’ils n’ont plus de place, c’est comme dire que les enseignants ne sont plus nécessaires parce qu’avec le web on a une réponse à tout.

    C’est un dramatique nivellement par le bas que tu proposes là 🙂 Non non, mois je me demande surtout si les journaux ont vraiment une place en ligne. Une thèse développée chez moi (suivez le lien)

  10. Toutefois je suis de l’avis de Cédric : les médias grand public généralistes (et en particulier la presse quotidienne) sont mal en point.

    Mais même pour des informations a forte valeur d’usage, la presse professionnelle s’en sort plutôt bien !

    Ainsi la presse informatique a souffert (rachat du Groupe Tests par NextRadioTv) mais la réorganisation (fusions de titres chez Tests) et le passage en ligne d’une partie de l’activité journalistique (100 % chez IDC France) ouvre de nouvelles perspectives.

    L’information décisionnelle sera toujours utile et toujours cherchée, ne serait-ce que parce que les entreprises des secteurs concernés s’abonnent.

    Le grand souci de la presse quotidienne (en particulier généraliste) comme je le mentionnais sur ce billet vient entre autres de la dimension temps liée aux contraintes matérielles.

  11. Très intéressant, tout ça. Mais je suis très curieux de ne pas voir apparaître dans le discours la PQR, notre fameuse presse quotidienne régionale, ni même la presse hebdomadaire régionale. Il y a là un secteur conséquent qui, recentrant encore son activité sur le terrain, sur ce qui se passe, pour de bon, au coin de la rue, a sans doute matière à produire de l’information que, loi de proximité oblige, certains seront bien heureux de trouver.

    Enfin, pour rebondir sur l’expérience de Cédric, lors de mes formations aussi, je me trouve souvent devant 8 journalistes qui, traitant le même sujet, à partir des mêmes consignes de départ, proposent huit hiérarchisations différentes.

  12. @ François

    Je parle de valeur ajoutée par rapport au traitement d’une information : rapporter un simple potin de star (valeur ajoutée faible, et valeur d’usage très faible : c’est de l’info vite faite et jetable), s’intéresser à l’évolution de l’immobilier dans une ville demande plus de travail : récolter des information auprès de plusieurs sources et les croiser, les analyser pour en faire une synthèse : là, il y a une valeur ajoutée plus importante (et le résultat va varier d’un titre à l’autre, car les sources et leur traitement seront différents).

    Je parle de cette valeur ajoutée au moment de la production de l’information. Si on se contente de la reprendre telle qu’elle est publiée ailleurs, il n’y a pas aucune valeur ajoutée, bien entendu, juste une simple reproduction.

    Ce que je voulais dire en abordant ce sujet, c’est que les journalistes, même quand ils font bien leur travail, c’est à dire qu’il apportent une réelle valeur ajoutée à l’information qu’ils traitent, même dans ce cas-là ils ne sont plus indispensables car on trouve de la valeur ajoutée de très bonne qualité ailleurs sur le net. 😉

  13. @ André et Jean-Marie

    La question du discrédit des médias et des jouranlistes est fondamentale : je la rencontre partout dans le public, mais j’ai sincèrement le sentiment que nombre de journalistes ne réalisent pas l’ampleur du phénomène et le minimisent.

    @ igalico

    je suis journaliste ! 🙂

    @ Emmanuel

    Pas d’inquiétude, je continue la veille. Business as usual, à vot’service.. 🙂

    @ Szarah

    Les deuils sont parfois longs et douloureux. 🙂

    Mais un jour vient la libération. :o)

    Promis, je vais continuer aussi à m’intéresser aux nouvelles façons de s’informer et d’informer. Mais je crois que je vais tout de même conserver une petite place sur ce blog pour ma rubrique nécrologique de la presse… 😛

    @ Florence

    Je m’interroge sur cette notion de “sens commun” et d’universalisme : la blogosphère est bel exemple de totale diversité et c’est sans recul ou sans discussion commune particulière que se dégage une certaine forme de “plate-forme commune” plus ou moins partagée par la majorité : privilégier l’expression personnelle et l’échange sur un pied d’égalité, tourner le dos au discours d’autorité…

    Des valeurs, si ce n’est commune, du moins largement partagées finissent par émerger à travers cette moulinette.

    La blogosphère démontre des trésors dans sa capacité à s’autoréguler. Je ne suis pas très inquiet de ce côté…

    @ Nicolas

    N’oublies tout de même pas que le financement public n’a pas que des avantages. Le service public de la radio et de la télé parvient certes à mieux résister à la pression marketing que TF1 ou M6, Europe1 ou RTL, mais tout n’y est pas rose non plus…

    Le journalisme qui se réinvente aujourd’hui sur le net se fait en totale rupture de ban avec les médias (et il se nourrit beaucoup de la blogosphère). Mais ça reste une activité bénévole. Il faut un vrai travail à côté, pour manger. 😛 C’est un peu schizophrène d’alimenter la machine d’un côté et de faire le contraire dans son blog…

    Quand à l’avenir des médias : la gangrène du marketing éditorial qui conduit à la fast-news et au people a déjà gagné, depuis longtemps, l’essentiel du secteur. Internet ne fait que donner le dernier coup de boutoir qui fait flancher les derniers bastions. Dans ce domaine, depuis la campagne présidentielle un verrou à sauté et la porte est ouverte à toutes les fenêtres…

    @ Cédric

    C’était amusant que tu republies aujourd’hui ton billet du printemps qui est pile poil dans le sujet sur lequel je reviens aujourd’hui.

    Bien entendu, j’ai tendance à généraliser en désignant par le terme de média uniquement les médias d’information généraliste d’information politique, économique et sociale.

    Mon opinion, c’est qu’ils ne vont survivre, sur le web peut-être, sur le papier probablement pas (en tout cas pas tous), uniquement au prix de l’abandon du projet initial du journalisme, au profit du marketing éditorial généralisé. Pour moi, ce n’est plus du journalisme (heureusement qu’il reste les blogs 😉 ).

    @ (Enikao)

    Pas sûr que la presse magazine papier ne finisse pas, à son tour, par souffrir

    @ Sébastien

    Tu es bien placé pour constater toi-même là où tu es que la PQR est très largement en replis elle-aussi, qu’elle traite de moins en moins bien l’info locale, qu’elle a de très gros problèmes d’indépendances des pouvoirs politiques et économiques locaux et qu’elle a de très grandes difficultés à appréhender internet.

    D’ailleurs le principal média internet de ta ville, c’est bien ton blog et pas le site du quotidien local. Non ?

  14. Justement Narvic, la blogosphère est par essence un lieu d’interactions propices aux auto-régulations et à l’émergence de valeurs “relativement” communes…mais tout le monde n’est pas blogueur ! Ou peuvent se construire ces interactions et ces valeurs pour les non blogueurs ??? Cronos parlait bien ici de lecteurs !

  15. @ Florence

    L’écosystème des blogs est un tout, à plusieurs “étages” interconnectés : les blogueurs, les commentateurs et les lecteurs. Et tout cela interagit dans le même monde : les lecteurs qui ne commentent pas n’apparaissent pas en première ligne, mais tous les blogueurs les “traquent” à travers leurs statistiques, les pistent en fonction des sites depuis lesquels ils accèdent à leurs billets, selon les mots clés qu’ils ont entré dans les moteurs, etc. (tous les blogueurs font ça. Non ? 😉 ) Les lecteurs sont partie prenante de cet écosystème et on tient compte d’eux, bien entendu.

    Les médias, livrés de plus en plus au marketing éditorial, tiennent compte d’eux d’une manière différente : ils ne s’intéressent qu’à leur capacité à cliquer sur des pubs. Certains “blogs à pub” sont dans la même logique, mais ils sont à la marge de la blogosphère. La majorité des blogueurs tient compte de ses lecteurs parce que c’est largement pour eux qu’on écrit. Il y a tout de même une forme de dialogue entre le blogueurs et ces lecteurs silencieux. Ils participent par leur lecture, car on garde la trace de leur passage et ils le savent.

    Un seul exemple pour aborder ce phénomène : les sites de médias ont une audience qui vient majoritairement des moteurs, c’est une audience anonyme ; alors que les blogs ont surtout une audience fidèle (liens directs et abonnements RSS) et une audience de recommandation (liens depuis d’autres blogs). Ce n’est clairement pas la même chose…

  16. @narvic merci pour vos explications.

    Je suis entièrement d’accord avec vous … bien que je n’ai pas compris le sens initial de cette formule.

  17. Les mass media, qui n’auront sans doute été qu’une étape dans l’évolution de la démocratie et de la sphère publique, sont aujourd’hui en crise en effet.

    On peut certes y trouver des motifs de satisfaction. Et comme le soulignent les commentaires précédents, internet donne toutes les apparences d’un média plus en phase avec les idéaux démocratiques modernes: il va au bout de la logique démocratique, en se posant comme le média de l’abolition de la médiation.

    Mais soyons aussi conscients que l’espace de liberté qu’offre le web est bien fragile, et déjà traversé par des forces économiques puissantes qui en déterminent pour partie la forme – et par extension le fond.

    Je me permets de renvoyer à ce sujet vers mon article dans la dernière livraison de la revue Le Débat (“Internet, vers la démocratie radicale?”)

    Sans nier les possibilités offertes par le nouvel environnement numérique, il me paraît crucial de souligner par exemple que la surveillance et la traçabilité sont de plus en plus exploitées à des fins commerciales, et que par ailleurs la commodification de l’information que vous évoquez est source de grande vulnérabilité aux lois de l’audience et de la rentabilité.

    La fin possible des corps intermédiaires (éditeurs, journalistes etc.) et de leur autorité n’est pas un bien en soi, mais pose de nouveaux problèmes.

    Comment enquêter sans les ressources et la protection qu’offrent (qu’offraient?) une rédaction ? Comment fonctionne exactement la sélection et la reprise des informations, la circulation des idées sur internet, et le plébiscite des réseaux est-il véritablement plus “démocratique” que la sélection opérée par les éditeurs et les rédacteurs en chef ? Doit-on confier une partie toujours plus grande de l’organisation de la connaissance au truchement de PageRank ? L’immense majorité des internautes ne continuera-t-elle pas encore longtemps de s’informer sur Yahoo! et quelques sites d’infotainement, plutôt que sur des blogs d’experts et de passionnés ?

    Même si je partage votre enthousiasme pour le web, je pense que ces questions – et bien d’autres – ne doivent pas être éludées.

  18. @ Benjamin L.

    Je partage très largement vos réserves et vos alertes sur de nouveaux problèmes qui naissent ou prennent de l’ampleur avec le développement d’internet.

    Je tente, moi aussi, de conserver une certaine distance et – autant que possible – mon esprit critique : je ne suis donc pas un technophile acharné. 😉

    Cet aspect de mon approche n’apparaît peut-être pas beaucoup dans ce billet, mais je crois qu’elle est bien présente dans nombre d’autres billets de ce blog, que j’ai conçu comme “un tout”, une réflexion à haute voix qui se développe et se modifie avec le temps.

    Il était bon de rééquilibrer les point de vue sur ce billet précisément. Merci de l’avoir fait et merci pour le lien. 🙂

  19. “mais j’ai sincèrement le sentiment que nombre de journalistes ne réalisent pas l’ampleur du phénomène et le minimisent.”

    Les réponses aux interrogations des lecteurs sur les problèmes de la profession par des journalistes sont souvent le silence, de l’agressivité, du dédain ou l’expression d’un déni ou d’un outrage.

    J’ai même eu droit à une réponse mettant en doute mes motivations, au point d’être traité de paranoïaque et de conspirationniste (en référence au soi disant complot du 11/09/01) et ce de la part d’un professionnel ayant pignon sur rue…

    Amusant de voir que les journalistes, qui se doivent d’être critiques, ne le sont pas vraiment avec eux même (c’est une généralité, il y a bien sur des exceptions comme par exemple l’auteur de ce blog et certains intervenants).

    Mon avis.

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