sur le web

Sarkozy et les journalistes : la question qui tue

Actuellement aux Etats-Unis, Gilles Klein, sur Le Phare, rapporte les interrogations d’un journaliste américain avec lequel il a eu cet échange :

“La question qui tue” :

(noir)“Un confrère américain me pose la question qui tue : La presse française est aux ordres de Sarkozy ? Vous n’avez pas de presse libre et indépendante ? Je réponds bêtement : Mais non, la presse est libre en France !. Et il me rétorque : Si c’est le cas, pourquoi la presse française ne cesse-t-elle de dire le contraire à la Une ?… Je reste muet car en effet, il y a des Unes, et pas qu’une.”

(/noir)

La mini-revue de presse qui suit est éloquente. Le thème de la mainmise de Sarkozy sur les médias tourne actuellement en boucle, dans les médias. Des rumeurs, des soupçons, des accusations, des procès d’intention… mais pas la moindre preuve n’est avancée, car aucune réelle enquête n’est effectuée.

Gilles Klein cite le journaliste de Challenges Marc Baudriller, qui écrit sur son blog : “Non, Sarko n’est pas le premier journaliste de France”.

(noir)“Tertio, et c’est le plus fort, personne n’a le début du commencement d’une preuve pour confirmer les interventions directes et continues de Nicolas Sarkozy dans le contenu des médias. L’affaire PPDA-Ferrari est à cet égard emblématique. Une fois de plus, la rumeur et la suspicion servent de moteur à la rumeur et à la suspicion, lesquelles deviennent des preuves.

(noir)Le souci, c’est que ce petit jeu scie la branche sur laquelle nos médias sont assis. Sarkozy gouverne sans partage la presse, la télévision, la radio ? Alors quel intérêt d’y chercher de l’information ? Que les médias continuent à imaginer et à broder sur ce thème et dans quelques années, les journalistes n’auront plus pour débouchés que d’écrire des romans. Des vrais.

(/noir)

La réaction d’un lecteur du Phare résume le paradoxe, si ce n’est l’absurdité de la situation :

(noir)“Si Sarkozy tenait vraiment les médias, eh bien les médias ne pourraient pas dire que Sarkozy tient vraiment les médias.”

(/noir)

Lumineux !

6 Comments

  1. La démonstration par l’absurde est toujours intéressante.

    Ainsi, si le voyage temporel existait, les inventeurs seraient déjà venus nous prévenir dans le passé, ou nous donner les plans.

  2. @ Enikao

    Deux choses me gênent dans cette véritable campagne de presse sur le thème du contrôle des médias par Sarkozy :

    – Le contrôle des médias ça ne marche pas très bien, ça n’a jamais empêché personne de perdre les élections, comme le rappelait récemment Alain Joannes.

    – l’influence des médias, elle se joue ailleurs que sur ces pratiques grossières et cousues de fil blanc. Elle est beaucoup plus subtile et insaisissable et ne relève pas vraiment de la manipulation ou du complot : ce sont les effets d’agenda de l’info, les effets de loupe, d’amplification, de simplification, d’analogie, voire d’amalgame. Bref, c’est beaucoup plus compliqué que ça… 😉

  3. La question n’est pas de savoir “Sarkozy” (mettons ce nom entre guillemet, pour une fois… et, tiens, glorifions-nous d’avoir été le premier à mettre le nom de Sarkozy entre guillemets! _ oui, je mets Sarkozy entre guillemets car “Sarkozy” n’existe plus, comme dirait Baudrillard, il y a bien longtemps qu’il n’existe plus; il est devenu non pas un concept, ni même un slogan, quoi donc?) tient les médias (ou l’inverse: se souvenir de cet article du Plan B où Sarkozy joue à je te tiens, tu me tiens par la barbichette…rien à voir avec un journaliste baribichu du nom de Laurent Joffrin) L’individu Sarkozy n’est pas en cause dans ce qui concerne le rapport entre “Sarkozy” et les médias. Ce qu’il faut arriver à saisir, c’est le phénomène démocratique qui aboutit à ce discours tautologique sur “Sarkozy” et les médias (à voir, notamment, la passionnante conférence de Marcel Gauchet sur le site de Marianne, à propos des 20 ans de cet hebdo. Gauchet dit notamment, à l’adresse des journalistes de Marianne, trop obsédés par Sarkozy (ou “Sarkozy”) qu’il est vital pour eux de cesser de s’intéresser à Sarkozy pour ne plus se préoccuper que de la raison pour laquelle tout le monde est “obsédé” ou pathologisé par Sarkozy).

  4. @ Eric

    C’est vrai qu’il y a de l’obsessionnel là-dedans.

    Et une forme de “génie médiatique” de Sarkozy lui-même qui ne présente pas son visage aux médias : il leur tend une sorte de miroir. Il leur présente en guise d’image, le reflet que les médias sont censés eux-mêmes refléter : ça les affole et ils ne se contrôlent plus.

    Hier, ils en faisaient trop dans la starification, aujourd’hui ils en font trop dans l’autre sens. Et jamais le balancier n’arrive à s’arrêter sur une position juste.

  5. Je suis tout à fait d’accord, Narvic. Il y a un rapport particulier de Nicolas Sarkozy avec les médias, car il est (je trouve) boulimique de reconnaissance et d’affection. Aussi, toute note discordante voire hostile provoque chez lui une ire manifeste (France 3, Génestar… il a ses têtes). Mais on ne peut parler de mainmise.

    Nous sommes bien d’accord aussi sur la manipulation et sur le rôle des médias. C’est long à mettre en place, complexe, sans effet garanti, et surtout les gros cordages se voient bien vite. Je ne crois pas à la théorie du complot.

    Et je suis aussi d’accord sur le fait que l’image que Sarkozy utilise est une excellente tactique. En fait, il ne “fait” pas l’actu, il “est” l’actu. A être partout, sur tous les sujets à la fois, ne pas parler de lui reviendrait à ne pas traiter un certain nombre d’informations.

    Aussi, que l’on soit avec lui, plutôt neutre ou opposé, on ne peut pas ne pas parler de lui. Une omniprésence qui est gênante pour les journalistes, et on les comprend.

  6. @ Enikao

    Le sociologue Denis Muzet (dans “La mal info”) met bien en évidence le grand mouvement de délégitimation des élites et des pouvoirs dans la population, qui conduit à un soupçon généralisé et permanent vis à vis d’eux.

    Le fantasme de la manipulation vient de là…

Comments are closed.