sur le web

Qui est le père ? La presse dans le piège de l’info people

Bel exercice de franchise et réflexion à reprendre en cours de déontologie des écoles de journalistes : Eric Mettout, le patron de lexpress.fr, sur son blog “Nouvelle formule”, pose une question embarassante : “Comment traiter le cas Dati?” Et il ne se dérobe pas devant le fond du problème…

Allez, on le sait maintenant, la garde des sceaux est enceinte. Mais qui est le père ? C’est la demande maintenant, insistante, de la vox populi… et comment résister à cette vox populi, puisque c’est elle qui fait l’audience… qui ramène de la pub… qui est la principale ressource de la presse… surtout pour les sites internet qui sont gratuits… Logique vicieuse.

L’audience veut savoir : Qui est le père ? “La presse” sait, mais elle ne le dit pas… pour le moment. Comment résister ? Peut-on résister ? Qui va craquer le premier ? Eric Mettout le reconnaît, la presse est dans un piège. Le piège de l’audience…

(noir)On a donc essentiellement discuté, lors de notre quotidienne conférence de rédaction, de la manière dont on pouvait en parler sans en parler tout en en parlant mais avec prudence, circonspection, intelligence et délicatesse. Pas simple.

(noir)Encore une fois, on est coincés, entre l’impératif de faire notre boulot et de rendre compte de l’info (et c’en est une, a fortiori quand elle déclenche le communiqué d’un ex-Premier ministre espagnol qui dément être le père, au cas où vous l’ignoreriez… – narvic]) et celui de ne pas dépasser la frontière qui sépare la rue de la chambre à coucher.

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Eric Mettout note que [Bakchich se pose le même problème :

(noir)Et tout le monde plonge ! Nous aussi, à « Bakchich », nous avons publié un article sur « Rachida qui voit la vie en rose layette », estimant ainsi que la grossesse de Rachida Dati était un événement. Voyeurisme ? Un peu, forcément, mais pas seulement.

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Et Renaud Revel aussi, sur son blog de l’express.fr, qui signale toutefois :

(noir)Connue pour ne faire en général aucun cadeau, la presse people est restée à la niche, refusant de livrer à ses lecteurs l’information, comme identité, (supposée), du père de l’enfant, connue, elle aussi, de toutes les rédactions et ce depuis des semaines, là aussi. Mais pas une ligne, pas un nom, pas une allusion graveleuse, pas le plus petit indice, même sur le Net…

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“Toutes les rédactions” savent donc qui est le père et retiennent leur plume “depuis des semaines”… L’information serait-elle importante ? Bakchich dit pourquoi elle aurait pu l’être, selon les critères traditionnels de l’éthique du journalisme, mais, vérifications faites, elle ne l’est pas :

(noir)Voyeurisme ? Un peu, forcément, mais pas seulement.

(noir)En effet, les liens notoires de la ministre de la Justice avec l’un des principaux industriels français, dont la santé financière dépend beaucoup de l’Etat, comme avec l’un des principaux patrons de casinos français, ont obligé la presse à regarder de près si ces derniers étaient traités avec une faveur particulière par le gouvernement de madame Dati. Ce que nous avons examiné à la loupe. Sans avoir à y redire… pour l’instant.

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Alors, où est le problème ? C’est là que vient l’accès de franchise d’Eric Mettout, dans un commentaire en réponse à Greg, un lecteur de son blog :

(noir)Greg: comment expliques-tu que les articles sur Rachida Dati soient les plus lus, et de loin, des articles du site depuis deux jours (et même avant) ? Je n’essaye pas de m’en tirer par une pirouette: je crois que là est le fond du fond de la question. Nous faisons des journaux pour des lecteurs, des sites pour les internautes et ce que veulent aujourd’hui les lecteurs et les internautes, c’est la grossesse de Rachida Dati, pas le drame birman ou la famine au Soudan. On peut s’en désoler, je m’en désole, mais c’est un fait.

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Ben oui, Eric. Bravo de le dire. Mais maintenant qu’est-ce qu’on fait ?

La réponse de Bakchich, un peu tordue tout de même, est peut-être la bonne… déontologiquement : on a enquêté sur deux proches de la ministre (des fois que ce serait par là qu’il faudrait chercher le père…) et nous n’avons constaté aucun favoritisme… Fermez le ban ?

Oui, mais “ce que veulent aujourd’hui les lecteurs et les internautes, c’est la grossesse de Rachida Dati, pas le drame birman ou la famine au Soudan”. C’est le piège, la presse est dans le trou. Elle n’en sortira que d’une seule manière : qui va craquer le premier ?

Eric Mettout poursuit son dialogue avec Greg :

(noir)Vous seriez sûrement très fiers de L’Express si nous ne le faisions pas. Et vous seriez en train de surfer sur Le Post ou le Nouvel Obs.

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Bien vu, Eric. 😉 Ce n’est pas premièrement au journalistes que la question est posée, c’est d’abord au lecteur. Mais le lecteur est un client… et le client est roi. C’est l’impasse… Alors la seule question qui reste, c’est : combien de temps avant qu’on sache qui est le père. Qui va craquer le premier ? J’ai enclenché le chronomètre…

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Complément (6 septembre 2008) :

– Lire aussi : Vicastel, Rachida Dati enceinte : chronique d’un buzz ordinaire, qui arrive à la même conclusion :

(noir)Pour l’heure, l’affaire Dati en est à la recherche de paternité. Rien ne pourra l’arrêter avant que le nom soit révélé – certainement d’abord sur le web, puis dans la presse -, ce qui finira par arriver dans les prochains jours ou semaines.

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Complément (8 septembre 2008) :

RTL le dit… et puis ne le dit plus

Deux petites captures d’écran successives (prise le mercredi 3 septembre, à quelques temps d’intervalle) du site de RTL Belgique, discrètement fournies par un informateur. 😉

On le dit sans le dire… et puis on ne dit plus rien du tout ! Notez, au passage, qu’il s’agit de la rubrique “People – Star” (ce qui est déjà tout un programme…).

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Noter également cet article de 20minutes.fr (que je cite dans les commentaires), qui fait obligeamment la compilation de toutes les rumeurs, sans indiquer sa préférence…

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Lire aussi :

– Jules, Diner’s Room : “Le père de l’enfant de Rachida Dati restera-t-il secret ?”

(noir)Je gage qu’il n’en sera rien. (…)

(noir)Au fait, comment saura-t-on la nouvelle ?

(noir)Via le bavardage de proches, le plus sûrement.

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@ gasper, qui lui demande, ici en commentaire, des chiffres sur la croissance de l’audience entraînée par l’évocation de la grossesse de Rachida Dati, Eric Mettout répond :

(noir)Gasper, statistiquement, c’est assez simple, l’article dont Narvic fait état a attiré grosso modo 10 fois plus d’internautes que son suivant immédiat. Quant à leur provenance, elle est à l’image de notre audience globale : elle vient majoritairement des moteurs de recherche.

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Ma réponse à mon excellente consoeur Aliocha, qui défend, chez Jules, une éthique du journalisme, qui se dégage de l’omerta française sur le respect de la vie privées des politiques :

narvic :

Cette omerta, dont se prévaut la presse française, est une vaste mascarade : ce qui est en tain de se passer, c’est que la presse est en train de lâcher le morceau de la pire manière : par insinuation, diffusion de rumeurs, et le tout au compte goutte pour entretenir le suspens… et l’audience. C’est la victoire du marketing éditorial sur toute la ligne, drapée dans un long voile d’hypocrisie.

En croisant, Times Online, RTL Belgique (cf. ci-dessus), El Mundo, VSD, 20minutes.fr et Challenges, qui ont diffusé des rumeurs en donnant des noms, la short list se réduit désormais, officieusement bien sûr, à trois personnes (Aznar s’est désisté, par démenti).

Bakchich a une attitude plus saine et déclare clairement qu’il a enquêté “à la loupe” sur l’éventualité d’un quelconque traitement de faveur par le gouvernement de deux industriels français très proches de la ministre (l’un des deux seraient donc le père ?). En tout cas il n’a rien trouvé de particulier à reprocher. Et il n’a donc donné aucun nom.

Donc intérêt public de l’information = zéro. Ça relève strictement de la vie privée, la diffusion est donc prohibée. Et les rumeurs se déversent pourtant actuellement dans les médias (pas dans les blogs, hein. Dans les mé-dias, sous la plume des… journalistes).

Aliocha, ne seriez-vous pas la dernière, dans notre chère confrérie, à croire encore que les principes éthiques que vous rappelez ont toujours cours ?

Eric Mettout, le patron de l’express en ligne, a au moins le mérite de la franchise, en reconnaissant que sur son site blog, un article sur Rachida Dati en ce moment fait dix fois plus d’audience (SIC) qu’un autre, et que sa rédaction à décidé “d’en parler sans en parler tout en parlant”.

La barrière éthique a sauté, Aliocha, sous la pression du marketing éditorial. Ce n’est que le début…

25 Comments

  1. Laurent, tu me livrerais un scoop sur mon blog !

    Merde, je ne vais même pas en profiter. Y a pas de pub sur novövision ! :-))

  2. Je ne sais pas si c’est un scoop, mais tout le monde me rebat les oreilles avec la rumeur Henri Proglio ces temps-ci.

  3. @ theo

    Ça devient compliqué si les scoops sont contradictoires. 😉

    Qui a raison ? Ou est la vérité ? C’est une grave question tout de même !

    Une chose est sure : je ne suis pas le père ! :-)) Vous pouvez me faire confiance, je suis sûr de moi sur ce coup.

  4. Peut-être que c’est le Capitaine en fait, et qu’il nous lance sur une fausse piste pour nous détourner de la vérité vraie!

    Mais que fait donc Navarro ? Même Derrick aurait découvert le pot aux roses !

    Ps : Narvic, ça serait bien si tu pouvait retirer la fonction qui rend publiques les adresses email qu’on ajoute en signature… surtout que le mailto c’est parfaitement reconnaissable par n’importe quel bot-crawler d’adresses email, ces gentils robots qui naviguent de liens en liens à la recherche de tout ce qui ressemble à un email pour constituer une base de donnée pour les spammeurs. Ou alors il faut signaler que l’adresse mail sera publique (ce qui est l’inverse de ce qui se fait traditionnelement). Le mieux étant de conserver le mail fourni en privé, ce qui permet pour le maître des lieux de vérifier que la personne qui utilise tel pseudo est bien la même personne qui avait déjà utilisé le dit pseudo dans des messages précédents.

  5. Ah, Narvic,
    Colporter ces ragots, comme l’écrivent ces messieurs les blogueurs qui s’ennivrent de leur nouveau petit pouvoir, est d’une mauvaise foi sans nom.

    Que les blogueurs reviennent aux fondamentaux du journalsme plutôt que de nous donner des leçons en permanence et de donner la parole à ceux qui ne savent que critiquer.

    La vérité ? Oui, pour permettre au blogueur de poser des questions et de témoigner. Mais pas pour déverser cette bile atroce.

    🙂

  6. Trop drôle 🙂 Parler de “cas de conscience” et de “déontologie” et de tout ce genre de choses, ça sert surtout à induire ceci dans l’esprit du public : “Je suis initié, je sais, ça me démange de dire mais …”.

    Alors que si ça se trouve, on ne sait rien du tout.

    Pour utiliser cette méthode, il faut simplement être crédible et s’adresser à des crédules. J’essaierais (ou vous, Narvic), ça ne passerait pas, le couplet des affres de la conscience 🙂

    C’est de la communication, pas de l’information.

  7. Une source sûre m’affirme que Rachida est lesbienne et qu’elle s’est fait inséminer en Hollande. Triplés à prévoir.

  8. @ kell

    Je regarde cette question technique. Il va donc falloir que je mette les mains dans le cambouis informatique 🙁

  9. La concomitance de cette annonce de maternité avec celle du déménagement de Laurent Gloaguen au Québec est plus que suspecte : il ne veut pas avouer encore qu’il est le seul vrai père, qu’il va vivre avec elle à l’étranger loin des regards publics et qu’il a totalement viré sa cuti.

  10. “comment expliques-tu que les articles sur Rachida Dati soient les plus lus, et de loin, des articles du site depuis deux jours (et même avant)”

    Il aurait été intéressant qu’Eric Mettout fournisse avec son analyse quelques éléments statistiques.

    Les clics sur les liens “Rachida Dati enceinte” proviennent ils du lectorat traditionnel de l’Express ? (cas 1) ou arrivent ils par le biais de requêtes “google” voire de liens publicitaires que l’hebdo en ligne aura semé partout sur la toile (sur des thèmes plus people que presse: par exemple celui de Carla Bruni) (cas 2)

    Dans le cas 1, si le lectorat de l’Express est friand d’informations autour de la grossesse de Dati, l’hebdomadaire se trouve en effet face à un dilemme : mon lectorat s’intéresse à cette question, puis je ignorer ses attentes et laisser un concurrent occuper ce terrain, même si cela m’oblige à sortir du cadre traditionnel de la presse d’information ?

    Dans le cas 2, les clics sont majoritairement dus a des requêtes google, lancées par des internautes ne faisant pas habituellement la démarche de se rendre sur l’express.fr. Une autre question se pose alors: continuer de couvrir ou sortir de nouvelles infos sur la grossesse de R. Dati permettrait à l’Express d’élargir sa cible, au risque de (continuer à) brouiller l’image de l’hebdomadaire auprès de son lectorat traditionnel.

    les choses sont certainement plus complexes, je le concède. Mais quelques chiffres devraient permettre d’y voir un peu plus clair.

    PS: merci pour le lien vers le billet de Versac.

  11. Bonjour Narvic, tant de compliments me gènent… mais c’est pas si souvent, alors :o) Plus sérieusement, on n’a évidemment pas de réponse toute faite aux questions que tu poses. Aujourd’hui, en la matière, la presse en général et la presse en ligne en particulier naviguent à vue, et ce n’est pas forcément négatif: le pragmatisme, c’est mieux que le dogmatisme. Ma solution? Parler de Rachida Dati (mais sans en parler tout en en parlant…) ET du Soudan, du Kosovo, de la Géorgie, des sans-papier, du campus UMP et du patron des sumos japonais (celle-là, je te laisse la cogiter…) C’est éthiquement et économiquement correct. Plus sérieusement encore: c’est un sujet de débat et de réflexion permanent, et passionnant, dont il m’étonnerait bien qu’on sorte avant quelque temps.
    PS : Gasper, statistiquement, c’est assez simple, l’article dont Narvic fait état a attiré grosso modo 10 fois plus d’internautes que son suivant immédiat. Quant à leur provenance, elle est à l’image de notre audience globale: elle vient majoritairement des moteurs de recherche.

  12. @ Eric

    Allez, vous pouvez y aller maintenant ! 😛

    Après Charles Bremner (cité par Markss en commentaire), RTL Belgique et 20minutes.fr (qui cite aussi VSD, Challenges, El Mundo et RTL.be), et ceux que je n’ai pas vus… les noms sont lâchés et le choix est restreint.

    On attend les communiqués de démenti pour rayer les noms un par un, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un ?

    Il y a aussi la méthode amusante du groupe Facebook, cité par Vicastel, qui propose à tous les mâles de la Terre qui ne sont pas le père de s’inscrire. Une autre manière de procéder par élimination… :-))

    Tous ça vire à la mascarade, et ce qui devient gênant, c’est d’entretenir le suspens, en crachant le morceau par petites bouchées, et en se renvoyant la balle les uns les autres…

    Ethiquement, le problème est assez clair pourtant : s’il n’y a aucun favoritisme constaté, comme l’assure Bakchich, ce n’est pas une information d’intérêt public, mais d’ordre strictement privé.

    Pourtant, les médias sont quand même en train de le dire, mais au compte goutte. La barrière de la chambre à coucher est bel et bien en train de voler en éclat, sous la pression du marketing éditorial.

    Quand RTL diffuse des rumeurs sur la vie privée de la ministre de la justice dans la catégorie “People – Star”, je crois que la mutation est déjà bien avancée. Non ?

    Le journalisme “à l’ancienne” drapé dans son éthique et sa dignité, chien de garde de la démocratie, et toussa… il n’en restera bientôt pus grand chose. Le spectacle a remplacé l’information… Fin de la partie.

  13. «PS : merci pour le lien vers le billet de Versac.» écrit Gasper…

    Attendez, là, les coupains, il est où ce lien ?

    (soupire)

    Sinon, comme Dominique, je constate l’étrange coïncidence entre le départ de Laurent et celui de Padawan, avec la grossesse de Rachida.
    Alors : Laurent ou Padawan ? Lequel part le plus loin ? Lequel part le plus rapidement ?

  14. @ Samantdi

    C’est une réponse de gasper à propos d’un commentaire chez Embruns, à l’occasion d’une conversation sur les commentaires dans les blogs, Versac, Apathie et toussa… Intéressante conversation, au demeurant… 😉

    Au sujet de Laurent et Padawan : comment les faire avouer ?

    Peut-être qu’avec beaucoup de bière, à la beuverie au pot d’adieux du Capitaine…

  15. Je le jure: je ne sais pas qui est le père! Et ne cherche pas à le savoir. Je n’enverrai effectivement pas un journaliste en quête de cette info, qui relève strictement, je suis bien d’accord, de la vie privée… jusqu’à ce qu’elle devienne publique, sous la pression de la masse (la grossesse elle-même) ou d’un démenti officiel (comment passer sous silence le communiqué d’Aznar?) Autrement dit, le jour où tout le monde aura publié ce nom, si ce jour arrive, je le ferai aussi. Sans le faire, tout en le faisant…

  16. Bon, puisque vous me répondez aussi chez vous, me voici. La question est complexe et comme souvent dans ces cas-là, je propose d’en poser d’autres pour répondre. Changer d’angle permet souvent de sortir des impasses. Et d’abord celle-ci : avant de se préoccuper du père de l’enfant de Dati, si on se préoccupait de faire un vrai portrait de la ministre ? Car il y a des choses bien plus importantes sur elle qui ne sont pas dites et nous le savons tous. Je suis étonnée de voir qu’on répugne à faire du journalisme sérieux, en particulier politique, et qu’on se demande ensuite avec des trémolos dans la voix et des sueurs éthiques s’il faut ou non publier le nom du père mystérieux. Voilà encore un faux problème destiné à nous éviter de penser aux vrais. Par exemple, est-il admissible pour un journal comme Le Point de faire un dossier aussi creux et niais sur Rachida Dati ? Non seulement, on n’y apprend rien, mais en plus on déçoit le lecteur, et je reste soft en disant cela. Voir on l’intoxique. Je n’ai vu nulle part d’article sérieux sur sa vision de la justice, de l’Etat, de la France, je n’ai vu nulle part écrit que la politique de la justice est en réalité entre les mains de l’Elysée alors que tous ceux qui s’intéressent au sujet le savent bien. Ce qui pose le problème du rôle exact de notre garde des sceaux. Avant de publier le nom du père de son enfant, il me semblerait utile de publier de vrais articles ….Ensuite et ensuite seulement, ayant fait un vrai travail de journalisme politique, on pourrait envisager, pour la fine-bouche, de s’interroger sur le sort des informations relevant de la vie privée. Mais je gage qu’alors, ce ne serait peut-être plus indispensable économiquement de disputer à la presse people ces dérisoires centres d’intérêt.

  17. @ Aliocha

    merci de venir poursuivre ici cette conversation commencée ailleurs (Chez Jules, pour autres lecteurs 😉 ). Notre hôte semblait un peu indisposé que cette conversation chez lui ne tourne en effet au dialogue entre nous (qu’il me pardonne, c’est ma faute…)

    Sur le fond, on en revient à la même question, Aliocha. Je reste persuadé que cet épisode “qui est le père ?” témoigne d’une évolution durable de la presse et pas d’un dérapage ponctuel.

    Plus la concurrence devient dure entre les médias, plus ils se concentrent tous sur les infos qui attirent le plus d’audience, et ils négligent les autres (qui correspondent peut-être à la “mission professionnelle”, mais elle ne nourrit plus son journaliste).

    Vous avez constatez comme moi l’irruption brutale et massive du people dans l’information généraliste, et singulièrement politique, depuis quelques mois seulement.

    C’était dans la seringue depuis quelques temps, mais le barrage a lâché brutalement à partir de la campagne électorale pour la présidentielle et surtout après. Je ne crois nullement que c’est une volonté stratégique et planifiée des politiques qui veulent manipuler la presse, et à travers elle l’opinion. C’est plutôt une dégringolade de tous sur une pente qui était préalablement savonnée.

    Le “fond du fond de la question” est bien celui que pointe Eric Mettout, cité plus haut : ce qui intéresse l’audience, ce qui ramène des lecteurs sur les sites par Google, ou par des achats bien vus de mots-clés, c’est aujourd’hui “Dati”. Hier (et peut-être demain) c’était “Carla”, et auparavant “Laure Manaudou”…

    Quand Le Monde supprime le quart de sa rédaction, quand on annonce un débrayage à l’Express, tiens justement !, pour cause de réduction des coûts par suppression des RTT, il devient urgent de trouver de l’argent. Et l’argent c’est la pub, et la pub c’est l’audience, et l’audience… c’est le people. CQFD

    Le projet de rebâtir un modèle professionnel sur des critères de sérieux et d’éthique me paraît totalement illusoire pour les médias de masse : vu le temps que ça prendrait, tout le monde serait mort avant que ça ne donne le moindre résultat. Car il n’est même pas sûr que ça en donne : vous avez l’exemple de Mediapart sous les yeux. Méditez-le…

  18. @narvic : je constate tout cela, croyez-moi, je suis entourée d’anciens patrons de presse et de consultants. Si je devais alimenter votre vision désespérée de la presse, je le pourrais sans difficultés. Un dirigeant d’entreprise a publié il y a quelques année un ouvrage sur les erreurs collectives dans lequel il explique que plus une situation va mal plus mécaniquement on prend de mauvaises décisions. Appliqué à la presse, cela signifie que moins elle vend, plus elle baisse la qualité et…..moins elle vend. Idée force des refontes de titre en ce moment : si les lecteurs n’achètent plus la presse c’est qu’ils n’ont plus le temps de lire, donc on met plus de photos, moins de texte, on embauche de jeunes diplômés inexpérimentés à l’échine souple, on écrit de plus en plus creux, de plus en plus langue de bois et au bout du compte on se dit : ça ne marche pas donc la presse est foutue.L’extrême de ce raisonnement, c’est Bolloré qui le montre avec Direct Soir. On est au summum du concept : le lecteur est un con à qui il faut servir de la bouillie. Heureusement, on sait que un gratuit dans un pays, ça marche, deux ça pose problème, le troisième coule avec les deux autres. Fermez le ban. Je crois qu’il va s’opérer un tri naturel et que seuls les bons survivront, ceux qui ont une utilité, c’est-à-dire Le Parisien, le Canard, la PQR, que d’autres vont émerger et tant pis pour ceux qui n’auront pas su s’adapter. Mais je ne crois pas à la fin de la presse. Un mot sur le journalisme politique français. Le copinage avec le politique, sa tendance à oublier les vrais sujets et à se cantonner aux intrigues de cour, voir aux secrets d’alcôve, participe de la perte de confiance. Il est entre les mains d’une vieille garde dont j’attends avec impatience la chute. J’ignore si vous avez lu le dossier du point sur Dati dont je vous ai parlé mais je vous assure qu’il atteint un monument de niaiserie et de complaisance. Pas étonnant que les lecteurs délaissent le journal. Quand ces gens seront au fond du trou, ils reviendront à une vision plus saine de leur métier….ou ils disparaîtront et je ne verserai pas une larme sur leur sort.

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