sur le web

(MàJ 2) Hufnagel victime d’une purge à 20minutes.fr ?

La rédaction du site web du journal 20minutes est en grève depuis lundi et le site n’est plus remis à jour.

Une dépêche AFP, largement reprise par les médias en ligne, est restée la seule source d’information un long moment. Elle est très obscure sur les causes du conflit social…

Mise à jour : Comme je le suggérais dans l’après-midi (lire ci-dessous), Augustin Scalbert évoque ce soir sur Rue89, la thèse hautement plausible selon laquelle Johan Hufnagel, rédacteur en chef de 20minutes.fr, serait victime d’une purge, sanctionnant son indépendance…

La prise de position de Stéphane Alliès, ce soir, sur Médiapart (il est ancien journaliste de 20minutes.fr) confirme cette thèse : celle de la victoire par KO des gestionnaires de pub contre les pionniers du net !

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AFP via [Le Figaro ], le 12 août 2008 :

(noir)Les salariés du site internet du quotidien gratuit 20 Minutes ont entamé une grève reconductible hier en fin d’après-midi pour protester contre la “mise à pied” de leur rédacteur en chef, Johan Hufnagel, ont-ils indiqué aujourd’hui dans un communiqué.

(noir)“La rédaction du site internet 20minutes.fr a voté une grève de vingt-quatre heures reconductible, par solidarité avec son rédacteur en chef, mis à pied ce lundi 11 août pour une raison que la direction a refusé de communiquer aux salariés”, indique le communiqué.

(noir)La rédaction, qui précise que le site 20minutes.fr “n’est plus mis à jour depuis lundi 18H00”, réclame la levée de la mise à pied. La grève a été votée “à l’unanimité” de la vingtaine de salariés présents, a précisé un représentant des grévistes. Les salariés doivent se réunir mardi en fin de journée pour décider de la suite du mouvement.

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Libération.fr a tenté, sans succès, de contacter la direction de 20minutes. Arrêt sur images est parvenu à prendre contact avec elle, sans obtenir de déclaration…

On ne connaît donc toujours pas les raisons de la mise à pied de Johan Hufnagel, le rédacteur en chef de 20minutes.fr. On ne peut que constater que sa rédaction fait corps derrière lui en votant la grève à l’unanimité.

Un peu plus de transparence de la part d’un organe d’information serait bienvenue… B-)

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Mise à jour (18h30) :

Marianne2 spécule sur les motifs de la mise à pied de Johan Hufnagel…

… mais reconnaît finalement faire fausse route :

(noir) Marianne2 : Mise à jour à 18h04.

(noir)Une source intérieure à la rédaction de 20minutes.fr nous assure qu’il n’y a pas de lien entre la mise à pied de Johan Hufnagel et les problèmes engendrés par la publication de l’article sur l’accident de pétanque. La date de la mise à pied du rédacteur en chef du site correspondrait au retour de vacances de la directrice de la rédaction du journal. Depuis quelques temps déjà, une certaine tension s’était installée entre la direction de 20 minutes et celle de son site internet. Des divergences stratégiques ou managériales seraient-elles à l’origine des ennuis de Hufnagel ?

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Natacha Quester-Séméon, sur Mémoire Vive faisait déjà état, de son côté, d’une source démentant cette spéculation.

Mise à pied préalable à un licenciement ?

De mon côté, une source (comme ont dit à l’AFP “proche des milieux autorisés” :-)) ) m’indique que parallèlement à cette mise à pied, Johan Hufnagel ferait l’objet d’une procédure de licenciement. L’entretien préalable au licenciement serait fixé au 22 août prochain, la direction du journal devra spécifier le motif du licenciement à cette occasion. Selon mes informations, la direction de 20minutes invoquerait une “faute managériale lourde”.

On sait, comme l’indique en effet Marianne2, que les relations étaient tendues depuis un moment entre la rédaction du site web 20minutes.fr et la directrice de la rédaction de 20minutes France, Corinne Sorin, qui a pris la succession à ce poste de Frédéric Filloux en octobre 2007.

Johan Hufnagel maintenait-il la rédaction de 20minutes.fr dans une situation d’indépendance vis à vis du journal 20minutes qui contrecarrait les projets de la direction du journal, ainsi que ceux de sa régie publicitaire ? Je ne penses pas que Johan Hufnagel soit dans une position personnelle actuellement qui lui permette de répondre publiquement à cette question. Corinne Sorin, en revanche, pourrait utilement nous répondre…

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Mise à jour 2 (19h00) :

C. M. sur Libération.fr apporte ce soir des informations complémentaires :

(noir)Les grévistes, techniciens et journalistes, ont rencontré la direction à 15 heures cet après-midi. Sans aucune avancée majeure.

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(noir)«Il (Johan Hufnagel) a quitté le journal hier beaucoup plus tôt que d’habitude, en deux secondes, sans rien dire… C’est d’une violence absolue et ça tombe vraiment mal » déclare une autre journaliste qui s’est jointe au mouvement.

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(noir)Les tenants du mouvement ont tenté de contacter les actionnaires afin qu’ils arbitrent cette décision. Leurs revendications sont simples. Ils réclament l’annulation de la mise à pied, effective jusqu’au 22 août, mais aussi des explications.

(noir)Ils souhaitent s’entretenir directement avec le PDG Pierre-Jean Bozo qui est pour l’instant injoignable. Les journalistes devraient se réunir ce soir à 18 heures pour décider des suites à donner à leur mouvement.

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C.M. indique également que la direction refuse de communiquer les motifs de cette mise à pied au personnel “apparemment pour des motifs juridiques”.

Julien Mielcarek, sur Ozap.com : “Selon nos informations, il (Johan Hufnagel) aurait été mis à pied pour « erreur managériale » “

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Mise à jour (20h30) :

Selon Libération.fr, la grève est reconduite jusqu’à demain à la rédaction de 20minutes.fr.

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Mise à jour (0h00) :

La thèse de la purge

Pendant que je me gavais de feuilletons américains à la télé B-), m’avait échappé l’article d’Augustin Scalbert sur Rue89 (publié à 19h40), qui est le premier dans les médias (on suggère ici que c’est la bonne direction depuis quelques heures déjà… 😉 ) à mettre en avant que Johan Hufnagel paye dans cette mise à l’écart son indépendance, dans le cadre de ce qui ressemble à une purge.

(noir)Indépendant, le rédacteur en chef web avait l’habitude de sécher le déjeuner hebdomadaire des rédacteurs en chef, le lundi. En interne, certaines sources se demandent si son renvoi ne fait pas partie de la « purge » des cadres nommés par le prédécesseur de Corinne Serin, Frédéric Filloux, dont Hufnagel était déjà l’adjoint aux éditions électroniques de Libération. Le rédacteur en chef du site était la dernière « forte tête » des adjoints de Serin.

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On ne saurait pas mieux dire ?

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A 20minutes.fr, “de nombreuse digues ont cédé”

La prise de position de Stéphane Alliès, sur Médiapart (il est ancien journaliste à 20minutes.fr) vient ce soir clairement renforcer cette thèse :

(noir)Au printemps 2007, Filloux a été débarqué (même si cela n’est pas dit comme cela), pour cause de mésentente de fond sur l’évolution du modèle originel, en vue d’atteindre sa rentabilité. Suite à son départ, de nombreuses digues ont cédé dans “le journalisme façon 20 Minutes”: citons de mémoire (peut-être approximative) le nombre de “surcouvertures publicitaires” limité auparavant à trois par mois et devenant illimitée, la part de la pub passant de 30 à 50% de l’espace texte d’un numéro, la pagination “de base” réduite de 32 à 24 pages…)

(noir)Une grosse année plus tard, c’est donc au tour du rédacteur en chef de 20minutes.fr (recruté par Fillioux) d’être donc poussé vers la sortie.

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(noir)Ayant réussi à inscrire la “marque 20 minutes” sur le web, le site avait développé sa propre régie pub avec quelques garde-fous importants (notamment pas de publicité intrusive recouvrant le site, comme sur lefigaro.fr, lemonde.fr ou nouvelobs.com). Contrairement à de nombreux autres sites, les conditions salariales et la précarité des journalistes y étaient relativement protégées. Les projets de développement constants et la qualité de l’information efficace, participative et pertinemment impertinente.

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Alors ? Hufnagel tombé au champs d’honneur des pionniers du journalisme web face aux gestionnaires de pub des canons à dépêche ?

Il y a des motifs de se faire virer beaucoup moins honorables que celui-ci… B-)

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Mise à jour (mercredi 20h00) :

Rue89 apporte aujourd’hui des précisions supplémentaires :

(noir)La grève a encore été reconduite le lendemain ((aujourd’hui) pour 24 heures, après un entretien des journalistes avec leur PDG, Pierre-Jean Bozo. En vacances aux antipodes, il leur a parlé par téléphone satellite, sans leur donner plus de raison pour le renvoi d’Hufnagel. « Il nous dit que c’est une décision de Corinne Sorin qui a son approbation, et qu’il ne peut pas expliquer pour des raisons juridiques », explique un journaliste.

(noir)Selon ce dernier, dans la mesure où la direction n’invoque pas de motifs professionnels, le renvoi de Johan Hufnagel ne peut s’expliquer que par des motifs personnels.

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En milieu d’après-midi, le site de 20minutes, toujours pas remis en activité, affichait un communiqué de presse signé de la directrice de la rédaction de 20minutes France Corinne Sorin :

(noir)Communiqué de presse

(noir)Mercredi 13 août 2008

(noir)Les salariés de 20minutes.fr ont entamé une grève reconductible depuis lundi 11 août en fin d’après-midi pour protester contre la mise à pied conservatoire de Johan Hufnagel, rédacteur en chef nouveaux médias.
Pour des raisons humaines et juridiques, la Direction de 20 Minutes n’a pas communiqué les détails de cette mise à pied à l’ensemble du personnel.
L’activité commerciale de 20minutes.fr se poursuit.

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Les commentaires sont ouverts sous ce communiqué.

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Mise à jour (3) (jeudi 14 août 2008) :

La suite de cette histoire dans un billet plus développé sur novövision : “Conflit à 20minutes.fr : une divergence… stratégique !” (le débat se poursuit là-bas…)

11 Comments

  1. @ Ivan

    Non, je ne penses pas que ce soit la raison de la mise à pied de Johan Hufnagel. Et si ce motif était invoqué, il ne s’agirait que d’un prétexte pour nourrir artificiellement un dossier de licenciement.

    Non, ll semble bien qu’il existe des dissensions pour des motifs autrement plus “consistants” au sein de la direction de 20minutes…

    La formule finale de l’article de Marianne2 :

    Cette sanction est-elle liée, comme on a toutes les raisons de le croire, à cet affaire d’humour noir ?

    me semble une pure spéculation.

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    Sinon je note la réactivité de Marianne2, qui publie à 16;58 cet intéressant développement d’un commentaire d’un lecteur de Libération.fr (pseudo= Provençal) posté à 15:08. !

  2. @narvic,

    je suis également convaincu que les motifs de la mise à pied sont plus profonds.

    Ce qui n’est cependant pas incompatible avec le fait que la mise à pied soit liée à l’incident.

    On devrait en savoir plus rapidement je pense.

  3. @ Ivan

    Il me semble difficile de bâtir un dossier qui tienne devant les Prud’hommes en s’appuyant sur ce trait d’humour noir pour justifier une “faute managériale lourde”.

    On verra bien, d’ici quelques jours, au moment de l’entretien préalable de licenciement, durant lequel le motif devra être spécifié…

    D’ici là, j’ai bien peur que Johan Hufnagel n’ai pas les moyens de s’exprimer publiquement sur cette question…

  4. La “faute managériale lourde”, connais pas.
    Mais la faute lourde, si.

    Pour que l’employeur fasse un tel choix (plutôt qu’une faute grave, déjà touchy à caractériser), c’est qu’il a des éléments bigrement solides, ou alors qu’il n’est pas futé-futé (les dommages et intérêts à verser à l’ex-salarié seront aussi violents que la démarche retenue par l’employeur si celle-ci s’avère infondée).

    Les deux hypothèses restent envisageables.
    A suivre.

  5. @ e-cedric

    On verra la suite… Si c’est bien l’angle qu’il retient pour le moment, l’employeur peut aussi changer de pied d’ici à l’entretien préalable… Et puis l’objectif est peut-être d’opter finalement pour une transaction, ce qui est la manière la plus courante de régler ce genre de situations à ce niveau de responsabilité…

    Il reste la question de la mise à pied, qui semble avoir été très brutale…

  6. Silence radio … 😉

    Bon, je vais continuer un peu à faire le désagréable. Hin hin.

    Le PDG, bien qu’en “vacances aux antipodes”, a pu être joint, et approuve la décision de la “méchante”. Je passe les images d’Epinal à propos des patrons, on dirait la rhétorique LCR.

    J’ai le sentiment que les journalistes-qui-n’ont-pas-peur-d’internet-et-s’y-débrouillent-plutôt-bien (…) aimeraient que cette affaire se résume aux méchants contre le gentil dont ils se sentent solidaires (Embruns rappelait à propos qques faits d’armes du gentil en question, mais bon).

    Je n’ai pas plus d’éléments que les autres sur cette affaire, mais, j’insiste encore, la violence de la procédure retenue (et l’irréversibilité en terme d’ambiance et de rapports humains à venir), les risques importants qu’elle pourrait faire courir à l’employeur, sont des faits troublants, invitant logiquement à la prudence.

    Serions-nous en présence de la manifestation d’un “cela va de soi” typiquement bloggesque et internetien, face à ce que je perçois comme un manque de prudence ?
    😉

  7. @ e-cedric

    Je crois au contraire que c’est par prudence qu’on ne va pas plus loin pour le moment… 😉

    Il se trouve que plusieurs des protagonistes de cette affaire ne sont pas tout à fait des inconnus, et que l’on peut être tenté d’apprécier la situation actuelle au regard du passé de chacun. Sauf que ces spéculations ne sont pas des informations…

    Des informations, on en a quelques unes tout de même, mais on manque peut-être de recoupements pour sortir des interrogations à haute voix… 🙁

    En tout cas, pour ce qui est du “méchant” patron et de la “gentille” victime, il semble que justement certaines précautions sont prises un peu partout :

    Johan Hufnagel est indéniablement un pionnier de la presse en ligne (libé.fr, 20minutes.fr), il a mise en place à 20minutes.fr de réelles innovations, mais ses propres collaborateurs sont les premiers à reconnaître, et à dire, que son caractère n’est pas toujours facile…

    Pierre-Jean Bozo est bien connu lui-aussi: avant 20minutes, à NRJ, un bref passage mémorable à Libération, et ses premières armes dans l’ex-Groupe Hersant (dans les Dom-Tom puis en métropole). Le personnage est controversé, ses méthodes ont été souvent dénoncées comme brutales, mais même ses détracteurs reconnaissent un esprit brillant et inventif.

    Les deux hommes sont, quoiqu’il en soit, tous les deux charismatiques (je le confirme 😉 )..

    Corinne Sorin est peu connue en revanche (en poste depuis octobre 2007 seulement, auparavant au Canada), et c’est elle qui semble à la manoeuvre actuellement. Vu qu’elle ne s’exprime pas… il est difficile de porter un avis sur l’affaire sans verser dans le procès d’intention…

    Il reste que cette première grève (votée à l’unanimité) dans une rédaction en ligne française de premier plan (qui sont réputées “dominées” et “frustrées”… cf. Yannick Estienne, “Le journalisme après internet”) est importante et intéressante… Je tâche d’y revenir rapidement… 😉

  8. Niark niark.

    Bon, je l’avoue, j’essaie de faire le finaud.

    Il est assez plaisant de chercher à faire sortir du bois les « proche des milieux autorisés » . 😉

    Un cas d’école pour examiner/ré-inventer les grammaires journalistiques sur les blogs ? (au-delà de l’aspect que tu évoques dans ton dernier paragraphe)

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