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Quand tout le monde est journaliste, personne n’est journaliste

Benoît Raphaël, sur Demain tous journalistes ?, poursuit sa réflexion aiguë sur l’avenir du journalisme… Je sens poindre aujourd’hui une forme de désarroi, que je partage assez, dans ce billet qui raconte l’étonnante initiative de la société des journalistes professionnels américains, qui organise aujourd’hui des sessions de formation à destination des blogueurs, pour les aider à devenir… des journalistes.

(noir)“D’aucuns diront que ces journalistes se tirent une balle dans le pied. D’autres répondront qu’ils refusent au contraire de se mettre des oeillères et essaient d’apporter une pierre au nouvel édifice de l’information.”

(/noir)

Sauf que les licenciements sont aujourd’hui massifs dans la presse américaine rapelle Eric Scherer, et, selon Benoît Raphaël lui-même, “on commence à se dire que cette masse grossissante de journalistes sur le bord de la route ne pourra jamais être absorbée par Internet”

Où cela nous mène-t-il ? “Il y aura sans doute moins de journalistes qu’avant”

Le moment est donc arrivé du naufrage du journalisme ?

Ou bien le journalisme est-il appelé à se réinventer totalement sous la pression des blogueurs ? Car, après tout, depuis cinquante ans, le journalisme s’est enfermé dans une étroite définition, pourtant très floue de “journaliste professionnel”, qui visait à exclure du champ professionnel d’autres traditions plus subjectives, plus personnelles, moins techniciennes, plus littéraires, dilettantes et créatives, mais nullement moins légitimes.

Après l’étouffement de ce journalisme littéraire et romantique dans la professionnalisation, des tentatives de rénovation ont pourtant été tentée, sans suite immédiate, à travers le gonzo journalisme, d’un Hunter S. Thompson par exemple, qui n’était pas si loin de certains blogueurs d’aujourd’hui

Alors le journalisme professionnel semble en train de mourir… Mais un autre est peut-être en train de naître dans les blogs. Le journalisme est mort, vive le journalisme !

On continue ici, quoiqu’il en soit, à chercher toujours s’il n’y a pas quelque chose à sauver du journalisme, si ce projet finalement plus philosophique, voire politique, que strictement professionnel, n’a pas encore quelque chose à dire et apporter au monde. Même si on en n’est pas sûr, et qu’on se dit souvent que c’est probabement une chimère

9 Comments

  1. « Alors le journalisme professionnel semble en train de mourir… »

    Les journalistes français sont 30 000 aujourd’hui contre 10 000 en 1975. Bien sûr, entre 1975 et aujourd’hui, le monde médiatique à évolué mais quand même, je me pose la question de ces 2/3 de postes créés ces 30 dernières années. Si les chiffres de la presse écrite nationale quotidienne sont en baisse quasi-constante depuis les années 70 (concurrence télé, radio + prix des journaux élevés), il y a quand même bien quelques supports de presse qui fonctionnent non ? 😉

    Presse locale, presse magazine, presse radiophonique et télévisuelle. Penses-tu vraiment que les 29 000 journalistes qui travaillent dans ces médias sont aussi menacés que les 1 000 qui travaillent pour les quelques quotidiens nationaux ?
    (Je reste sur l’exemple français car pour les US, il me semble que les conditions ne sont pas les mêmes… de toute façon, en matière de crise des quotidiens imprimés, on a au moins 5 ans d’avance sur eux 😉

  2. @ Christophe (moi j’aimais bien ouinon 😉 )

    La presse qui fonctionne, c’est la presse magazine hebdo et mensuelle. C’est une spécialité française, car nulle part ailleurs dans le monde la presse magazine n’est aussi développée.

    il y a une presse magazine de qualité, dans des domaines spécialisés, mais il faut reconnaître qu’une large part de ce secteur c’est de la presse “piège à pub”, dont la valeur informative est très très faible. Ce n’est pas du journalisme !

    Un certain nombre de gens qui détiennent une carte de presse ne font pas du tout du journalisme, et certains qui en font n’ont pas de carte de presse.

    il faut cesser de retenir la carte comme un critère. La carte de presse n’a qu’une signification économique, elle n’a aucun rapport direct avec la nature du travail réellement effectué, et encore moins de rapport avec la déontologie.

    Bref, la mort du journalisme, ce n’est pas la mort des journalistes ! C’est juste qu’un métier, basé sur une éthique et sur quelques techniques, est en train de disparaître.

    C’est vrai qu’avant internet, il était déjà bien délabré. Aujourd’hui, c’est le coup de grâce.

  3. Ok, je comprends mieux ton point de vue, merci pour ces précisions déontologiques.

    … et désolé pour le changement de pseudo 😉

  4. J’ai besoin d’un éclairage sur le lien Journalisme Gonzo/Hunter Thompson et Embruns …

    A la rigueur, certains textes du Cabinet de Subversion sont dans ce style…Subjectivité, agressivité pour un humour loufoque total.

    A la rigueur la typographie et la redondance dans les billets de Vive Le Feu…C’est drôle et toujours mordant, et il est journaliste.

    Mais là…

    En tous les cas cela me fait plaisir cette ref à Thompson : que tous les jeunes journalistes de France lisent “Las vegas…” (et oublient l’affreux film de 1998) et “Le testament Gonzo” ou ” Gonzo Highway”, le talent, la narration et la moquerie quant à ce “métier” de journaliste y sont magnifiques.

    En voila un qui manque !

  5. @ Thierry

    J’estime qu’Embruns est bien plus proche du gonzo que MC…

    MC écrit un blog remarquable, la question n’est pas là. :-), mais il ne me semble pas dans une démarche de rendre compte de l’actualité. Il fait plutôt part de sa réflexion personnelle (intéressante au demeurant).

    Embruns, c’est différent. La démarche est bien plus proche de celle du journalisme : faire partager des informations, des découvertes sur des sujets variés.

    Mais à la différence du “journalisme traditionnel”, et à l’instar du gonzo, la subjectivité est revendiquée et même le mélange avec la vie personnelle.

    Par ailleurs, les deux partagent en effet le goût de la provocation efficace et un réel sens de l’humour. :o)

  6. ouups, j’avais oublié Vive Le Feu…

    Sébastien Fontenelle me semble bien loin du gonzo, et s’inscrit dans une autre tradition, plus ancienne, du journalisme d’opinion, de la satire et de pamphlet. Il n’y a aucun mélange avec sa vie privée.

    Bien entendu, ça n’enlève rien à son talent (notamment un style assez bon, même si les thèmes, eux, sont malheureusement peu variés et très répétitifs. Lassant, au bout du compte).

  7. Toujours pas d’accord entre le rapprochement Thompson/Embruns.

    Mais il faut dire que je suis un Fan de Mister Duke et ses aventures.
    Aventures justement que je ne perçois pas chez nos contemporains blogueurs.

    Surtout, Thompson était Journaliste, une outrance journalistique ambulante, mais Journaliste ET accrédité à la Maison Blanche en plus…

    C’est un autre niveau.

    Mais je n’ai absolument rien contre le blogueur pré-cité dont je lis avec plaisir de temps en temps les billets.

    De toutes façons j’abuse car je considère “Las Vegas ..” comme une authentique oeuvre épistémologique pour les enquêtes-écoles en sociologie ! (mon commentaire vaut donc ce qu’il vaut)

    En tous les cas j’ai découvert votre blog récemment et je trouve vos analyses sur la situation des journalistes remarquables.

    Bonne continuation.

    (mais sur Thompson je ne puis lâcher)

  8. merci 😉

    Deux remarques :

    – le gonzo ne se limite pas à Thompson

    – ce que je retiens surtout du gonzo, c’est que le journalisme ne se résume pas à la définition étroitement corporatiste promue par certains.

    Le journalisme n’a finalement rien à gagner à cet enfermement, et d’ailleurs, le web le fait voler en éclats…

  9. Bien vu !

    D’ailleurs vos remarques rejoignent tous vos billets précédents.

    Je suis heureux d’être de vos lecteurs.

    A +

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