après le journalisme

Quand mon réseau social m’informe de l’actualité

Ce n’est rien de plus qu’une petite expérience personnelle. Il ne s’agit pas d’en tirer des conséquences définitives. Mais bon, cela dit, on peut y réfléchir un instant.

Ce soir, j’attendais une information… particulière : la réponse du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand aux accusations de “pédophilie” et de “promotion du tourisme sexuel”, portées contre lui par Marine Le Pen et le Front national, dans une campagne préparée, s’appuyant sur un livre publié par l’actuel ministre en 2005 (et qui avait été plutôt salué à l’époque, me semble-t-il, pour la sincérité de la démarche de son auteur. Lire par exemple ce qu’en dit aujourd’hui Bertrand Delanoé).

Le ministre avait choisi la grand’messe du journal de 20 heures de TF1 pour répondre publiquement à la polémique, probablement l’un des plus grands carrefours de l’audience de masse pour l’info dans toute l’Europe. Mais ce n’est pas devant la télé que je me suis informé hier soir. J’ai testé un autre dispositif. J’ai fait confiance à mon réseau social sur internet, pour voir ce que ça donnait.

Je n’ai donc pas quitté l’agréable terrasse de café où je prenais l’apéro en grignotant de cahoutètes. 😉 J’avais mon ordinateur portable sous la main et le café m’offrait une excellente connexion internet sans fil par wi-fi.

Seulement, mince, au moment précis de mon expérimentation, Twitter, le service de microbloging en temps réel sur lequel je comptais (pour l’avoir expérimenté déjà dans des situations comparables : Retour sur ma nuit américaine : anciens et nouveaux médias au banc d’essai), était totalement… hors service.

Qu’à cela ne tienne, Twitter n’est pas le seul réseau social qui permet de dialoguer en direct : je me suis rabattu sur Friendfeed (qui n’est pas réellement une alternative à Twitter mais un complément fort utile, la preuve ! : Deux ou trois choses au sujet de friendfeed…), et sur Facebook…

Et bien, ça m’a largement suffi.

Je ne dis pas que la chaîne de télé et la journaliste qui interrogeait le ministre étaient inutiles dans l’affaire. Difficile de se passer d’eux, en effet. Ce qui était inutile en revanche, c’est que moi, je rentre à la maison pour me planter devant la télé en abandonnant mon apéro. 😉

J’ai donc interrogé mon réseau social: “J’ai pas la télé ici : quelqu’un me raconte Mitterrand à la télé ?” et on m’a raconté tout ça en direct. 😉 J’ai gardé un œil sur le fil des messages qui défilait. C’est là qu’on m’a signalé aussi la parution d’une synthèse de l’entretien sur le site 20 minutes.fr, puis la mise en ligne de la vidéo du JT sur Wat, la plate-forme de partage de vidéo de TF1.

Mine de rien, tout ça change tout de même en profondeur mon rapport à l’information d’actualité : je ne cours plus après, et je n’attends pas non plus pour l’obtenir. Elle vient à moi. L’information factuelle (la vidéo) et sa synthèse (20mn.fr) me parviennent en même temps, et même un peu après les commentaires qu’elle suscite dans mon propre réseau social. La conversation ” autour de la machine à café” a commencé avant même que l’entretien ne soit terminé.

La télévision est court-circuitée dans ce dispositif et les journaux du matin ne me sont plus du tout indispensables. Que pourraient-ils m’apporter qui vaille que je les paye demain matin, après que j’ai lu gratuitement l’information que me proposaient leurs sites internet dès ce soir ? Un peu plus de commentaire ? Je n’en ai nullement besoin, et le commentaire que la presse pourra me proposer m’importe en définitive bien moins que celui que j’ai déjà lu des quidams d’internet qui forment mon réseau social et dont je me sens plus proche que les éditorialistes patentés et encartés. En plus, j’ai pu dialoguer avec ces “vrais gens” de mon réseau, qui étaient “mes yeux” et avaient vu la télé pour moi, apprécier leur sentiment, leur poser des questions et obtenir des précisions.

Demain, je ne doute pas que TF1 se glorifiera dans un communiqué de l’audience de cette séquence dans son JT. Le chiffre ne sera pourtant pas vraiment significatif. Il comptera bien moins, si l’on veut envisager l’avenir de la télévision, que le nombre de vues de la vidéo sur Wat.tv (hier soir, cette audience doublait toutes les heures). Car il témoignera d’un changement d’usages, dont je suis prêt à prendre le pari qu’il ne fera que se développer et s’installer : la consultation de l’information sur internet, de manière “délinéarisée” (comme disent les spécialistes), c’est à dire quand on veut, et sur recommandation de mes amis plutôt que sur prescription d’une quelconque autorité.

Cette nouvelle petite expérience d”information personnelle sur internet ne fait donc que confirmer les intuitions que j’ai déjà eues l’occasion de développer sur ce blog. L’épicentre de l’information se déplace. Il va sur internet. Et dans ce nouvel écosystème, l’utilité des journalistes n’a pas disparu, mais ils ne sont plus du tout au centre du jeu.

12 Comments

  1. …. ce qui rejoint l’idée qu’un “contenu médiatique”, à l’ère d’Internet, n’est pas attaché à son lieu de diffusion. Plutôt sympathique. Ca ne va pas aider à trouver un modèle économique pour l’info’ de demain, mais intéressant. Assez proche aussi du “S’il y a une information vraiment importante, pas besoin d’aller la chercher. Elle viendra à moi”.

  2. Ahah excellente expérience 🙂

    Mais ce n’est au final que ce que disent des blogueurs US depuis longtemps non ?
    Exemples :
    http://www.mathewingram.com/work/2008/03/27/if-the-news-is-important-it-will-find-me/
    http://www.avc.com/a_vc/2009/05/if-the-message-is-important-it-will-find-me.html
    http://blogmaverick.com/2008/03/29/if-the-news-is-important-it-will-find-me/

    et beaucoup d’autres… http://www.google.com/search?hl=en&safe=off&q=if+the+news+is+important+it+will+find+me&aq=f&oq=&aqi=

    Bon je dénigre pas ton billet hein, ca va toujours mieux en le disant, et en français s’il vous plait 🙂

    Au passage, cette expérience montre une nouvelle fois l’importance de se constituer un réseau (je dirais presque un “portefeuille”) de contacts qui te tiennent au courant de ce qu’il se passe sur tels et tels sujet.
    C’est tout un processus que de trouver les bonnes personnes, et de plus, dans le cadre de cette expérience : entre en interaction avec eux en amont pour qu’ils te répondent explicitement si besoin…

    PS : dommage, tu ne nous a pas fait une 2eme migration ce soir 😉

  3. Que de questions cela pose, certes tu reçois l’information mais ne serait il pas important d’analyser la forme de celle ci ?
    Le fait de poser en relais ton cercle virtuel ne constitue t il pas un biais conséquent et dans quelle mesure as tu une lecture “correcte” de cet événement ?

    La télé est déjà un dispositif, tu lui en ajoutes un autre…tu ne trouves pas difficile de se faire une idée “juste” après tant de filtres (et le fait d’en avoir conscience ne le corrige pas complétement) ?

  4. tout pareil

    (en plus regarder TF1, ben j’ai quand même du mal car à la maison il est cassé comme twitter mais depuis plus longtemps 🙂 )

  5. L’expérience n’est pas vraiment neuve, depuis longtemps les messageries instantanées (je pense surtout à IRC) permettent de suivre en direct les “grands évènements”. Récemment on l’a encore vu par exemple pour les débats autour d’Hadopi où ceux qui pouvaient regarder le débat en direct le commentaient sur IRC pour ceux bloqués au bureau. Et c’est effectivement un filtre puissant puisque plusieurs voix permettent de beaucoup mieux comprendre ce qui se passe et l’analyser. Plus en tout cas qu’en étant tout seul devant l’évènement, présent physiquement ou via la télé.

  6. Bravo : vous avez enfin compris en 2005 comment la campagne du référendum de 2005 s’est réellement menée.

    Sans touiteur et autres guignolades du genre : simplement par MSN et courrier électronique, par le biais des réseaux sociaux pré-existants et opérationnels de longue date. Car, et on l’oublie un peu vite, 50% des français lisaient déjà leur mail tous les jours à cette époque.

  7. Donc l’information à laquelle on pourra accéder sera celle qui plaira aux autres. On n’aura personne pour nous guider vers l’information que l’on pensait ne pas vouloir lire et qui pourtant fut enrichissante et intéressante ? Seulement des gens que je suis qui ne relaient que des buzz, envahis de règles morales, de désirs de rires, de droit de LOL et de technophilie. L’information sera formatisée par cette grande masse. Et pas question de Long Tail ici, il sera quasiment impossible d’atteindre une information, tant elle sera noyée par ce buzz incessant.
    Comment aurions nous eu le temps de savoir que Jean Sarkozy allait se faire élire à l’EPAD simplement sur Internet tant il a été noyé par Mitterand et Obama ?

    Le papier est fixé, il ne va pas trop vite. Le papier est nécessaire.

  8. Je ne suis pas d’accord avec toi car des systèmes comme twitter permettent justement de suivre des personnes qui ne sont pas tes amis dans la vraie vie. Autrement dit tu peux suivre des personnes avec qui tu ne partages pas le point de vue…

    Mais bien sûr c’est très différent sur facebook ou effectivement (pour l’instant – vivement l’intégration des fonctionnalités de friendfeed) les quelques liens intéressants de mes amis sont noyés dans la médiocrité des autres vidéos LOL et statuts débiles ;-)…

  9. Pauvre gens qui vissés devant un écran pendant des heures, ne connaissent pas la caresse de la brise, le reflet du ciel, l’appel du large..

    Bon moi je part à la pêche

    Kenavo

    Jakez

  10. Sinon, il y a plusieurs sites qui t’auraient permis de regarder la réponse de Frédéric Mitterrand en direct.

    Aussi, dans cette expérience, il faut quand même saluer l’effort du ou des besogneux qui n’avaient rien d’autre à faire ce soir là que de transcrire en « direct » la réponse de Mitterrand sur des réseaux sociaux ! En fait, je crois qu’il faut vraiment ne pas avoir de vie sociale pour être hyperactif sur les réseaux sociaux 😉
    De mon côté, je recevais des amis ce soir là et j’ai écouté tranquillement la synthèse de cette réponse en quelques secondes, le lendemain matin, à la radio, au hasard d’un déplacement en voiture. Je m’en suis bien remis 😉

  11. En l’occurrence, TF1 est la source de cette information. Vous pensez à quelque chose de plus “fiable” que de remonter directement à la source? Dites-toujours, ça m’intéresse. 😉

    Quant à la synthèse de 20mn.fr : elle est purement factuelle et bien faite (vous l’avez lue ?). Vous aviez autre chose de mieux à me proposer à la même heure ?

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