le salon

Quand le métro fait la Une , c’est un événement !

Un article sur le chaos qui règne sur la ligne 13 du métro parisien, et le délabrement du réseau de transports en commun de l’Île-de-France, fait la Une du journal Le Monde (version papier) et c’est un événement…

Parce que la “grande presse” se penche enfin sur cet énorme problème qui concerne des millions de personne et qu’elle ignorait superbement jusqu’à maintenant… Parce qu’on espère que ça signifie que les élites entendent enfin la plainte qui monte “d’en bas”…

Mais n’est-ce pas attribuer à la presse un rôle qu’elle n’a bientôt plus, dans la nouvelle “société de l’information”, où ce n’est plus Le Monde qui donne le “la”, mais internet qui fait le “buzz” ?L’information m’avait marqué hier, mais Jean-Paul Chapon, sur Paris est sa Banlieue, me coupe l’herbe sous le pied et réagit avant moi : “Le métro enfin à la une du Monde !”

(noir)Le métro est à la une du Monde. Non pas parce qu’il y a eu un attentat dans le métro, non pas parce qu’il y a une grève qui prendrait en otage les voyageurs, ni parce que la RATP annonce d’”excellents” résultats. Non, tout simplement parce qu’il ne marche pas et que le Monde, le quotidien de référence a décidé que cela mérite de figurer à la une, juste après le premier titre consacré aux réactions de Pékin après le passage pour le moins mouvementé de la flamme olympique dans les rues de la capitale. (C’est moi qui souligne)

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L’enquête de Benoît Hopquin, du Monde, est encore en ligne gratuitement à cette heure : “Métro : les naufragés de la ligne 13” :

(noir)La ligne 13 n’est pas la seule confrontée à ce combat quotidien. Nombre d’autres lignes craquent aux entournures, comme la 1, la 4, la 7, la 6… La ligne A du RER est au bord du chaos. (…) Si aucun investissement d’importance n’est entrepris d’ici à 2015, la moitié des lignes parisiennes pourraient se retrouver dans la situation de la 13, a prévenu Pierre Mongin (le patron de la RATP).

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Tout cela m’inspire plusieurs réflexions :

Décalage : Comment peut-il se faire que la “grande presse” ne découvre qu’aujourd’hui l’ampleur du “problème métro” (et des transports en commun dans l’agglomération parisienne en général), dont le dysfonctionnement structurel empoisonne pourtant quotidiennement la vie de plusieurs millions de personnes ?

La presse s’étonne que le public se détourne d’elle ? Ne voit-on pas là un bel exemple que c’est, en réalité, la presse qui s’est détournée de son public. Au fait, combien de journalistes parisiens prennent-ils le métro et le RER aux heures de pointe ?

Référence : On voit dans la réaction de Jean-Paul Chapon, qu’il reste encore au Monde quelques lambeaux de son image de “journal de référence” :

(noir)Mais cette fois c’est le Monde qui apporte la caution d’un grand quotidien national, comme si on allait enfin prendre le problème au sérieux.

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On peut trouver-là comme une sorte d’illustration de la fonction miroir attribuée à la presse, mais à l’envers : je n’attends pas seulement d’un journal qu’il m’apprenne ce que j’ignore, mais qu’il me dise aussi ce que je sais déjà, et me confirme que les gens qui m’entourent (et qui lisent le même titre) le savent bien eux aussi. Mais dans le cas qui nous intéresse, c’est plutôt : “Enfin ! En haut, les élites, le pouvoir… ils le savent aussi, puisque Le Monde le dit !”

Entraînement : il y a un espoir dans la réaction de Jean-Paul Chapon, que ce passage à la Une du Monde, joue aussi un rôle d’entraînement vis à vis de l’ensemble des médias, et donne ainsi le signal d’une sorte de mobilisation, mettant les pouvoirs politiques sous pression.

Le phénomène est bien connu, dans l’organisation de l’information en France ces dernières décennies : c’est Le Monde qui donne le “la” à toutes les autres rédactions. Paraissant en début d’après-midi, il laisse le temps aux autres rédacteurs en chef des quotidiens paraissant le lendemain matin, ainsi qu’aux télévisions, pour le 20 heures, de se positionner sur la ligne de partage, définie par Le Monde, entre ce qui est important dans l’actualité, et ce qui ne l’est pas…

Mais alors que de moins en moins de gens lisent les journaux, et que de plus en plus de gens s’informent directement sur internet, ce fonctionnement est en passe de s’enrayer, et d’autres mécanismes concourent désormais à créer ces effets d’entraînement : maintenant, on appelle ça “le buzz”, et c’est sur internet que ça se passe… De la vidéo “Casse toi !” au SMS “Reviens !”, c’est bien la presse traditionnelle qui est à la remorque du net…

Hiérarchisation : dernière remarque enfin, jamais je n’aurais écrit ce billet, si Le Monde en version papier ne m’était tombé sous les yeux, par hasard, hier soir. C’est sur le net que je lis les articles du Monde aujourd’hui, et comme j’utilise un agrégateur de flux RSS, je ne passe même quasiment plus jamais par la page d’accueil, la “Une” du site !

La fonction de hiérarchisation de l’information, qui consiste à mettre un article à la Une, et qui nous occupe dans ce billet depuis un moment, n’est plus qu’une sorte de vestige. Ce qui va faire monter à la Une le problème du métro parisien de nos jours, ce n’est plus le Monde, mais bien le nombre de liens et de mots-clés, à travers internet, qui pointent vers ce sujet. Oui, c’est bien la fin d’un monde…

Le métro à la Une du Monde n’est finalement qu’un tout petit événement… Dans le monde qui s’annonce, c’est quand le métro sera en tête des requêtes sur les moteurs de recherche qu’il se passera réellement quelque chose.

4 Comments

  1. Bonjour, j’aimerais voir quelle mise à jour vous donneriez à cette note au vue de la suite des événements.

    La une du Monde a été suivie par beaucoup d’autres articles à la une ou non sur les transports en commun parisien et a certainement motivé le lancement d’une pétition par les usagers de la ligne A du RER.

    Devant cet “emballement” des médias classiques, les politiques et décideurs (JP Huchon président de la Région Ile-de-France et à ce titre Président du STIF autorité organisatrice des transports en Ile-de-France d’une part, et Pierre Mongin président de la RATP) ont dû réagir publiquement, alimantant encore le débat.

    Au final, Nicolas Sarkozy, le président de la république trouve une occasion de se mêler à l’affaire et en profite pour se faire mousser et contrer Huchon. Mais le but est atteint, et le sujet n’est plus un sujet de blogues, porté par un effet de buzz, mais un sujet politique concret auquel d’une façon ou d’une autre une réponse doit être donnée.

    Le rôle de la une du Monde et de la presse “classique” est encore là. Le rôle des blogues aujourd’hui est de faire réagir la presse classique.

    Vous devriez donc plutôt que de penser que la presse ne plaît que quand elle a un rôle de miroir (c’est vrai) penser aussi que la presse plait quand elle paraît utile pour faire avancer l’idée ou le projet que l’on aime voir dans ce miroir 😉

  2. @ jean-Paul Chapon

    Toutes les informations complémentaires que vous apportez sont intéressantes.

    Elles tendraient plutôt à montrer que j’anticipe un peu trop vite sur une évolution, qui reste à mon avis inéluctable…. 😉

    Disons donc que “l’effet Le Monde” a encore de beaux restes…

    Sur l’effet miroir, je trouve que cet exemple en est plutôt un excellente démonstration : l’article du monde n’a rien appris aux usagers des transports en commun qui savent ça par coeur, comme à Jean-Paul Huchon, qui est placé pour le savoir aussi.

    L’effet miroir, c’est que maintenant tout le monde sait que tout le monde sait, puisque Le Monde l’a dit. Donc personne ne peut plus faire “comme si” il ne savait pas…

  3. Mais pour aller tout de même dans votre sens, sans l’action (buzz) des blogues, le Monde n’aurait rien écrit.
    Les blogues n’ont pas encore le pouvoir et la force d’une institution, surtout lorsqu’ils sont individuels. Cela fait plus de 3 ans que je me bats sur le thème du Grand-Paris, et je vois très bien l’effet/pouvoir que les blogues, dont le mien 😉 ont sur les médias classiques, que ce soit un effet d’imitation, d’entraînement, et même de suivisme (pillage, ça m’arrive souvent, ou inspiration honnête, c’est nouveau)

    Je ne crois pas que la masse des blogues à elle seule puisse remplacer “l’instituion”, car l’institution est plus visible, le buzz est diffus et difficile à identifier, un peu comme les sondages, qui influencent mais ne sont pas décisifs.

    En revanche, un blogue qui deviendrait une institution, pourrait largement prendre la place d’un support papier. (dommage, j’aime tellement feuilleter un journal avec une tasse de café, un vrai plaisir sensuel autant qu’intellectuel !, et aussi le journal dans la poche, c’est le copain qu’on traine avec soi, au cas où et qui nous garantit de ne pas rester seul )

    Bref, à suivre…

  4. Sans vouloir vous flatter, Jean-Paul, moi qui me suis toujours intéressé au traitement local des nouvelles, j’assure à ceux qui ne vous lisent pas assez que “Paris est sa banlieue” est quasiment l’une des seules sources intéressantes disponibles sur ce sujet capital (si j’ose dire…) des rapports entre paris et sa banlieue.

    Au niveau encore plus local (si je prends l’exemple de mon propre arrondissement parisien, le 11e), l’information disponible sur internet est quasiment nulle…

    Je reste pourtant persuadé que l’information locale est une des mines les plus intéressantes, et totalement inexploitée, d’internet…

    Continuez, Jean-Paul, je vous lis et j’apprécie beaucoup que vous sachiez associer deux choses précieuses : une opinion qui est la vôtre, ET des informations que vous êtes souvent le seul à mettre en ligne.

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