après le journalisme

Presse en ligne : le débat qui n’a toujours pas eu lieu…

Je me déconnecte donc totalement d’internet durant deux jours, histoire d’essayer d’échapper un peu à cette “Tyrannie du temps réél” et de débrancher un peu plus ce blog de l’actualité, je me reconnecte en suivant ma nouvelle méthode de navigation à l’intérieur de ce petit réseau sur le web dont fait partie ce blog, et que se passe-t-il ?

Ben, rien de franchement très neuf, à vrai dire… Tout ça me laisse un étrange sentiment de sur-place, mais la météo n’est-elle pas ces jours-ci, en effet, au patinage ?

De quoi bruit donc mon réseau aujourd’hui ? Je m’en doutais un peu, pour être franc… Le petit pavé lancé dans la mare, l’an dernier, par Thierry Crouzet sur les subventions publiques à la presse en ligne (“L’État spolie les blogueurs” (30/12/09), et ses ricochets sur ce blog (épisodes 1, 2 et 3), continuent de faire des ronds dans l’eau. Ce qui, je vous l’avoue, m’amuse tout de même beaucoup. 😛

En “remontant mes referers”, je vois qu’on en parle dans les blogs, bien entendu : chez Vogelsong (“Clonage et mise sous respiration artificielle de la presse web”), chez Juan (“La presse se bunkerise, et alors ?”), chez Pierre Chappaz (“Presse = sidérurgie 2.0 ?”) ou sur Agoravox (“Subvention de la presse en ligne : trahisons, hypocrisie et mépris de l’indépendance”)… et même en grec (sur le blog de Nikos).

Mais on en parle aussi dans les-médias-de-journalistes : dans Libération, sur France-Info, et même… en allemand (Die Sueddeutsche Zeitung)

Thierry y revient aussi, notamment après son intervention dans l’émission La Ligne [email protected] d’@rrêt sur Images.

Et que ressort-il de tout ça ? Un débat qui tourne en rond. Et même pire : un débat qui n’a pas eu lieu… car les journalistes préfèrent en mener un autre. Ne pas répondre à notre interpellation sur leur place dans l’ensemble de l’écosystème de l’information en ligne, mais revenir encore et toujours sur la question nombrilistique par excellence des journalistes entre eux : leur-indépendance-à-eux vis à vis du pouvoir politique…

Étonnant et intéressant

Franck Rébillard s’en étonnait même hier sur ce blog (ce qui méritait tout de même que je “remonte” ce commentaire pour en faire un billet de “blogueur invité sur novövision” 😉 ) :

J’ai d’abord eu vent des prises de position de Narvic par la lecture de Libération (papier). Et il est vrai que dans cet article (Libé de mardi ?), les propos de Narvic -tels qu’ils étaient repris- semblaient limités à une critique de l’interventionnisme public en matière d’information (…).

C’est en effet ce que l’on me fait dire dans Libération, comme sur France-Info, et même… à l’étranger… La réaction de Pierre Haski à mon sujet dans l’émission La ligne jaune est exactement du même tonneau.

Or (poursuit Franck Rébillard), lisant ensuite les billets dans leur détail sur novovision, j’ai découvert une analyse bien différente (et pertinente !), insistant sur la difficulté du « journalisme professionnel » à évoluer avec l’internet, dont ce subventionnement circonscrit sur l’internet constituerait un symptôme.

Je partage largement cette analyse. Et me demande : pourquoi les journalistes de France Info et Libération n’en ont pas fait état dans toute sa nuance ? Par manque de place dans leurs colonnes, par manque de temps ? Probable. Par solidarité « corporatiste » (consciente ou non, contrainte ou non ) ? par une difficulté à « entrer dans » un raisonnement qui, comme celui de Narvic, suppose des « journalistes professionnels » une certaine mise à distance de leur propre position sociale (ce qui n’est évident pour personne) ? pour une autre raison ? Je ne sais pas.

Il n’y a guère, dans les-médias-de-journalistes, que Nicolas Demorand sur France-Inter pour souligner que :

Le débat vient d’ailleurs. Les subventions iront donc aux entreprises de presse numériques, or sur internet ces sites de journalistes professionnels sont loin d’avoir le monopole de l’information, c’est le moins que l’on puisse dire.

Des blogueurs, des internautes, ceux qui viennent commenter les articles, les sites qui agrègent les liens, y ont aussi leur part et elle est essentielle. Elle définit même un nouvel écosystème de l’information, dont on ne voit pas encore précisément les contours. Un continent est en train d’émerger. Pour tous ceux-là pas de subvention : ils ne sont pas des entreprises de presse.

Et c’est là que le débat est intéressant : les journalistes sont-ils vraiment les seuls à pouvoir prétendre à l’argent public ? N’est-ce pas une logique très ancienne que de privilégier ainsi des professionnels classiques alors qu’internet fait exploser le cadre même de l’info à l’ancienne ? N’est-ce pas un réflexe corporatiste des journalistes que de se répartir l’argent en laissant tomber les nouveaux acteurs, amateurs ou semi-professionnels de l’information en ligne ? (…)

indépendance, transparence et subventions…

Cela dit, puisqu’on en parle, je ne suivrai pas Nicolas Demorand quand il ramène, dans la même chronique, la question de l’indépendance d’une presse française aussi largement subventionnée par l’État à celle, bien différente à mes yeux, du service public de l’information (Radio-France et France Télévisions), financé par la redevance des auditeurs et des téléspectateurs (et non par un système opaque de subventions).

S’ils n’avaient pas un véritable problème dans leur rapport à l’État, quoi qu’en disent ces journalistes professionnels, la question de ces subventions ne serait pas entourée, comme elle l’est aujourd’hui, d’une telle obscurité, pour ne pas dire d’un véritable secret ! Des journalistes, qui se veulent si pointilleux dans leur rôle de “chiens de garde de la démocratie”, n’auraient, me semble-t-il, jamais dû tolérer que la nécessaire transparence de l’utilisation des fonds publics, dont ils se revendiquent, s’arrête précisément à la porte des médias, dès lors qu’ils sont eux-mêmes les bénéficiaires de ces financements.

Aujourd’hui qu’il existe des blogs pour mettre les pieds dans le plat, on nous promet pour demain, enfin, la transparence… Mais pour hier ?

Constatez vous-mêmes combien il est difficile, presque douloureux, pour Philippe Janet, le patron du site lemonde.fr, dans l’émission La ligne [email protected], d’aborder la question des subventions déjà reçues par son site, de même que celles reçues par sa maison-mère, le journal Le Monde

Constatez par vous-mêmes comment Le Monde ou Libération ne sont pas plus gênés que ça pour évoquer les subventions des pure-players sans un seul mot sur les subventions touchées aussi bien par leurs propres sites internet que par leurs journaux papier respectifs !

C’est d’ailleurs dans un blog (comme par hasard !), celui de Philippe Couve, SamsaNews, que l’on peut trouver, enfin, quelques indications précises sur le sujet : Presse en ligne: qui touche les subventions?

Pourquoi un tel système d’opacité a-t-il été mis en place depuis des années et des années et comment a-t-il pu être aussi bien toléré par les journalistes ? Quand on aura enfin obtenu une réponse à cette question, mais pas avant, on pourra se poser alors celle qui vient après : comment peut-on rester indépendant de l’État quand on vit sous perfusion de subventions publiques ?

Responsabilité et professionnalisme des gens de “métier”

J’observe ensuite la “ligne de défense”, bâtie à la hâte par ces journalistes professionnels, pour tenter de justifier pourquoi leurs sites pourraient bénéficier de subventions publiques auxquelles ne peuvent pas prétendre les autres, tout le reste de ceux qui contribuent pourtant eux-aussi à l’écosystème de l’information en ligne. Ce “continent en train d’émerger” comme dit Nicolas Demorand.

Laurent Mauriac, de Rue89, défendait ici-même en commentaire l’association de blogueurs et des internautes sur Rue89 à la co-production de l’information caractéristique de son site. Je note que Pierre Haski, sur la Ligne [email protected], reconnait clairement que cette co-production est bel et bien placée sous un étroit contrôle de journalistes professionnels qui conservent quoi qu’il arrive… le “final cut”, dit-il, de cette “co-production”…

Dans le commentaire de Laurent Mauriac, comme dans les propos de tous les intervenants journalistes de la Ligne [email protected], revient la même justification de ce droit au “final cut” : journaliste, c’est “un métier”, correspondant à “des compétences”. Ça “s’apprend”. Il y a du “professionnalisme” inside, dans ces sites-là…

Ce qui m’effraie un peu, c’est que j’ai le sentiment que ceux qui avancent une telle argumentation y croient eux-mêmes !

Le “professionnalisme” des journalistes ? C’est pourtant bien “le professionnalisme du flou” si bien décrit par le chercheur Denis Ruellan, le “professionnalisme” de cette “profession inachevée”, qui n’a justement jamais voulu définir à quoi correspondait précisément cette “profession”. Et en définitive, la seule définition du “journaliste professionnel” qui tienne vraiment est celle du code du travail : est journaliste professionnel… celui qui est employé comme journaliste professionnel et qui en tire plus de 50% de ses revenus. Outre le fait que le critère retenu est purement… fiscal (!), ça s’appelle… une tautologie.

Pour le reste, l’appellation de “journaliste” tout court est totalement libre de droit et sans aucune AOC dans ce pays !

Le “métier” alors ? Peut-être, mais c’est alors un “métier” qui s’apprend manifestement sur le tas et pour lequel aucune formation, d’aucune école, fut-elle une école de journalisme “agréé”, n’est ni requise, ni nécessaire. Aucune formation n’est exigée à l’entrée et, d’ailleurs, l’écrasante majorité des journalistes professionnels n’a jamais suivi les cours de la moindre école de journalisme. Les choses évoluent certes avec le temps (c’est à dire lentement), mais en 1999 (dernier chiffre sur lequel j’ai rapidement mis la main en rédigeant ce billet) : 88% des journalistes professionnels en exercice, titulaires de la carte de presse, n’étaient diplômés d’aucune école de journalisme agréée (Erik Neveu, “Sociologie du journalisme”).

Si 88% des journalistes professionnels ont appris leur métier sur le tas, pourquoi un blogueur n’arriverait-il pas au même résultat en bloguant ? J’ai vu défiler dans les rédactions auxquelles j’ai pu appartenir des cohortes de jeunes stagiaires sans formation qui étaient parfaitement à même de publier dans le journal sous leur signature, au bout de quelques semaines d’observation du travail des autres et de quelques essais, des articles qui tenaient très honorablement debout… Si journaliste c’est un “métier”, ce n’est vraiment pas un “métier” si sorcier que ça. Rien à voir avec cordonnier, couturière ou dentiste !

Oui, mais les journalistes sont “responsables” , c’est Daniel Schneidermann qui lâche le mot-ultime-qui-tue dans la Ligne [email protected]. “Responsable” en cas de “diffamation”, s’aventure-t-il même à dire, choisissant-là fort mal son exemple !

En matière de diffamation, par exemple, un blogueur est pourtant, vis à vis de la loi, manifestement bien plus responsable que ne l’est le journaliste salarié d’une entreprise de presse. Et Daniel Schneidermann devrait le savoir !

Selon les lois sur la presse, celui qui est pénalement responsable, c’est celui qui publie, l’éditeur, et non celui qui écrit, l’auteur. Si Daniel Schneidermann, lui, porte la double casquette puisqu’il est tout à la fois journaliste professionnel et éditeur de son site (il en est “directeur de la publication”), son cas est extrêmement marginal parmi les journalistes professionnels. Le blogueur, quant à lui, est toujours son propre éditeur, donc entièrement responsable de tout, même lorsqu’il publie sur une plateforme de blog proposée par un site-de-journalistes !

S’il y a une “responsabilité” des journalistes professionnels, qui justifierait à la fois ce “final cut” et ces subventions, elle n’est manifestement pas devant le code pénal !

Oui, mais… – je n’ai pas encore entendu l’argument cette-fois-ci, mais il revient si souvent dans l’argumentaire en défense du “final cut” des journalistes que je le rajoute à la liste… – les journalistes professionnels travaillent “collectivement” dans des “rédactions”, ce qui est une garantie apportée à leur travail par rapport à celui des autres… Car le blogueur dans la blogosphère ne participerait pas, quant à lui, d’un collectif ?

Certes ce collectif dans lequel s’inscrit un blogueur, ou un commentateur, ne fonctionne pas comme celui d’une rédaction, c’est à dire a priori, mais il effectue une validation/correction a posteriori… (Je relève au passage que si c’est la situation qui prévaut également pour les blogs hébergés et les commentaires des sites de médias pure-players tels que Rue89, c’est que leurs éditeurs de ces sites l’ont voulu expressément comme ça : Pierre Haski reconnait lui-même sur la Ligne [email protected] que les sites pure-players ont refusé cette obligation de validation a priori des interventions des internautes que l’on avait cherché à leur imposer dans ce statut des éditeurs de presse en ligne !)

Alors, validation collective a priori contre validation a posteriori ? La première procédure garantie-t-elle que dans les-médias-de-journalistes on annonce moins souvent qu’ailleurs la mort de gens qui ne sont pas morts, ou bien empêche-t-elle que l’on fasse état de maladies et de SMS imaginaires concernant des “célébrités” ? Pour mémoire, sur novövision : In-faux ! Un festival de fausses nouvelles (août 2008).

En ligne, les journalistes sont-ils encore utiles ?

On en revient à mon commentaire en réponse à Laurent Mauriac sur ce blog, qui place ce débat sur un terrain sur lequel les journalistes professionnels ne semblent manifestement pas vouloir venir : en quoi êtes-vous encore utiles ?

Votre discours est contradictoire, selon moi. Vous mettez en avant la co-production de l’information sur Rue89, pour aussitôt invoquer ce qui n’est rien d’autre qu’un argument d’autorité, le « métier », la compétence supposée des journalistes dans la validation de l’information.

D’une part, cette compétence, et la légitimé qu’elle sous-entend, ne sont pas seulement entièrement à restaurer ou reconstruire, elles sont tout bonnement à démontrer. Je vois que le journalisme que vous invoquez reste pourtant délibérément solidaire d’une profession qui a largement failli en se vautrant dans la promotion, la communication, les fast-news, easy-news, infotainement, qui constituent la part dominante aujourd’hui de la production des télévisions et de la presse magazine (la presse quotidienne résiste mieux sur ce plan, mais elle est moribonde par ailleurs !).

Vous faites donc le même “métier” que tous ces « journalistes » dont « 50mn Inside » sur TF1 nous abreuve des soi-disant « enquêtes » ?

Ensuite, ce que révèle, selon moi, internet, c’est que l’on peut justement se passer, avec beaucoup de profit, de nombre de ces intermédiaires autoproclamés de l’information. C’est précisément ce déshabillage du journalisme, dont je tente de faire la chronique sur ce blog depuis maintenant trois ans :

– déshabillé de ses fonctions de sélection, tri et hiérarchisation, par des algorithmes qui s’aident de l’intelligence « collective » ou « sociale » des internautes,
– déshabillé de ses fonctions de commentaire de l’actualité par des blogueurs,
– déshabillé de son rôle d’approfondissement de l’information par la concurrence de ces experts et spécialistes qui s’expriment désormais directement en ligne sur des sujets qu’ils connaissent bien mieux que des intermédiaires généralistes,
– déshabillé, tout simplement, de la fonction d’intermédiaire des journalistes entre le lecteurs et les sources, puisque internet permet désormais leur accès direct en nombre sans cesse croissant.
– etc.

Ce que je souligne, dans cette absence de réelle d’innovation en matière de traitement de l’information de la part des journalistes, selon moi, c’est qu’internet remet en cause l’utilité même des journalistes et de leur « métier ». Et sur ce point, fondamental, je ne constate aucune réelle tentative du journalisme de se réinventer. Je vois, bien au contraire, un repli sur un statut corporatiste.

Je n’attends nullement que les journalistes débarquent sur internet pour continuer à faire ce qu’ils prétendaient faire, avec plus ou moins de bonheur, hors ligne, alors que ce n’est pas/plus vraiment de ça que j’ai besoin. Mais peut-être des journalistes peuvent-ils inventer en ligne un autre métier, précisément. Et peut-être pourraient-ils réussir à me convaincre, dans cette éventualité, qu’ils me sont redevenus… utiles.

Des journalistes “pris dans la toile”

Je ne suis d’ailleurs pas le premier à vous poser cette question… Dès 2000, les chercheurs Nicolas Pelissier et Denis Ruellan, dans un article remarquable, soulignaient déjà à quel point, « pris dans la toile » d’internet, les journalistes se trouvent fondamentalement fragilisés par l’introduction « d’une technologie nouvelle telle qu’Internet (qui) est plutôt de nature à déstabiliser qu’à stabiliser (leur) identité professionnelle » :

L’internet accélère une tendance amorcée depuis une vingtaine d’année : l’information n’est plus l’apanage du journalisme, la première ne se confond plus avec l’autre. C’est au prix de cette distinction, et de cette perte de pouvoir, que le journalisme garde(ra ?) son originalité sociale et que pourront se développer par ailleurs des activités d’information légitimement non journalistiques.

Ce n’est pas en revenant aux poncifs du journalisme “de profession” ou “de métier”, “de diplôme” ou “de rédaction”, que vous parviendrez à refonder une identité professionnelle en miettes et à justifier de l’utilité retrouvée des journalistes professionnels sur internet !

La question vous est posée par les chercheurs sur le journalisme depuis dix ans et par les blogueurs depuis à peu près aussi longtemps, sans que vous n’ayez encore réussi à formuler la moindre réponse qui tienne la route. Et il faudrait qu’on laisse puiser allègrement dans notre poche de contribuable, pour vous, pour un motif aussi peu argumenté, sans que l’on ne dise rien ?

Pendant ce temps-là, pourtant, c’est bel et bien tout un écosystème de l’information en ligne… qui se réorganise sans vous, qui refuse fondamentalement votre prétention à posséder sur nous, nous tous les internautes, le moindre “final cut”, et qui se place, malgré vous, puisque vous ne souhaitez manifestement pas “la jouer” avec nous… un peu plus chaque jour… après vous, c’est à dire après le journalisme

Oh que oui ! 200.000 euros chacun pour trahir les internautes… c’est un plat de lentilles !

11 Comments

  1. Bonjour Narvic,

    Je suis de la graine Bourdieusarde (Bourdieusienne c’est intello). J’ai abordé le problème par le prisme politicien et “sarkozyste”.
    C’est contestable.

    J’ai vu la ligne jaune avec T. Crouzet. Cette émission peut d’ores et déjà être versée au dossier d’archives sur la presse en panique. Nous reverrons avec curiosité P. Jannet, P. Haski faire de la langue de bois. Il est patent qu’ils ne connaissent pas leur sujet.

    J’ai pu observer avec délice, la piétaille se mettre en carré pour protéger les nouveaux editocrates en ligne. Bourdieusard, je ne me refais pas…

    Porte toi bien

  2. Bonjour Narvic,
    Je m’intéresse à la manière dont Internet bouleverse le journalisme depuis 2000, et après 3 ans de réflexion j’avais pondu un “manifeste du journalisme continu”, illustré d’une pratique de cette théorie. Pour des raisons diverses, j’avais dû enlever le site d’Internet en 2006, mais grâce à la magie de http://www.archive.org il est encore consultable dans sa version de l’époque, et de manière quasi exhaustive. J’aimerais savoir si vous connaissez ce manifeste, le site journalistique qui l’illustre, car il me semble répondre à de nombreux points soulevés par vous et par d’autres dans ce débat. Voici le lien pour consulter tout ça : http://web.archive.org/web/20030427110003/http://www.tatamis.info/
    Je suis aujourd’hui éditeur et je prépare le lancement d’un nouveau média avec une personnalité journalistique et d’autres, et je compte appliquer les principes du journalisme continu à ce média. Notre objectif ambitieux sera de répondre, en tout ou en partie, à vos attentes ainsi qu’à celle de blogueurs et journalistes professionels ou aspirants. Je vous en dirai plus dans quelques semaines mais d’ici là j’aimerais beaucoup avoir votre avis sur le lien ci-dessus.
    Cordialement
    Jean Robin

  3. Il me semble que la seule activité journalistique non remplaçable à ce jour, c’est l’investigation. Il y a d’ailleurs un article d’investigation quasiment tous les jours à la une du NYT.

  4. Je me suis fait plaisir sur le débat des subventions pour les sites d’information de presse en ligne.
    J’avais fait une note sur Le Post qui devait passer en Une. Et puis finalement, non. Corporatisme ?…
    La note est là : http://u.nu/2cuh4

  5. Je partage ce que dit Narvic au sujet de l’opacité des aides à la presse.

    C’est pourquoi le Spiil (le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne), dont Rue89 est cofondateur, réclame non seulement l’équité entre “pure players” et médias traditionnels dans l’attribution des aides, mais la transparence. Il nous semble normal que les citoyens sachent où va l’argent public. Cette transparence, nous commençons par nous l’appliquer à nous-mêmes, en rendant public le montant des subventions reçues.

    Tant pis si, dans un premier temps, ça nous retombe dessus, en donnant l’impression que les pure players raflent la mise, parce qu’ils sont les seuls à avoir dit de combien ils allaient être aidés. On se rendra bientôt compte, je pense, de la réalité du pourcentage des aides dont ils bénéficient.

    A long terme, nous aurons fait progresser les choses.

    Deuxième point. Je pense que Narvic a bien cerné notre petit différend sur le journalisme. (Je dis nous, au nom de Rue89.)

    Nous pensons en effet qu’Internet n’annule pas le journalisme, mais implique une redéfinition de son rôle. Pour nous, ce n’est pas “l’après-journalisme” mais un nouveau journalisme qui est en cours d’invention, un journalisme plus communautaire, un journalisme ouvert, un journalisme transparent, un journalisme dont les lecteurs sont aussi le réseau, les informateurs, les veilleurs, les commentateurs.

    Et puis aussi un journalisme qui sort du corporatisme. Rien n’empêche un blogueur de faire du journalisme, et même de devenir journaliste.

    Bien sûr, il y a la recommandation sociale. Bien sûr, il y a les algorithmes. Nous les voyons comme de nouveaux outils au service de l’information. Mais certainement pas suffisants pour améliorer la qualité de l’information et tirer partie de toutes les possibilités d’Internet. D’ailleurs, que serait la recommandation sociale s’il n’y avait pas une matière journalistique à recommander. Et qu’iraient piocher les algorithmes sans dépêches et sans articles? Et plus encore, sur quoi se fonderaient une bonne partie des posts de blogueurs?

    Nous le constatons à Rue89, et j’ai eu l’occasion de le dire ici: lorsqu’il s’agit de décrocher son téléphone pour faire une enquête, d’accéder à des sources, de regrouper la matière d’un reportage pour rédiger un article, on s’aperçoit que c’est bel et bien un métier. Et on s’aperçoit aussi que les internautes ou les blogueurs avec lesquels nous travaillons comptent sur nous pour faire ce travail et apporter le “final cut”.

    On dit souvent que l’information se dégrade avec Internet, parce que beaucoup de sites, sous la pression des courbes d’audience et des impératifs de productivité qu’ils s’imposent, se contentent d’être des “canons à dépêches”. Mais pour ceux qui jouent le jeu, l’information qu’ils produisent est placée sous la surveillance des internautes, ce qui les oblige à être beaucoup plus rigoureux et à rendre des comptes, à être transparents.

    Ce que j’ai du mal à comprendre, c’est pourquoi, avec Internet, le journalisme ne serait plus un métier ou deviendrait inutile. Au contraire, il me semble que ce métier doit se réinventer avec Internet, s’enrichir et attirer à lui de nouvelles compétences.

  6. @ Laurent Mauriac

    Nous avons en effet quelques points d’achoppement sur la question du journalisme… 😉

    * • pour ma part, je ne trouve pas que « l’information se dégrade avec internet ». Au contraire, elle s’améliore très nettement par rapport au « système médiatique » précédent, et c’est une excellente chose pour les citoyens ! Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il ne persiste pas des problèmes et qu’il n’en apparait pas de nouveaux…

    * • la question pour moi n’est pas que des blogueurs « pourraient devenir » des journalistes. Un certain nombre d’entre eux (mais pas tous) le sont tout simplement déjà. 😛

    Seulement ils ne sont pas « journalistes professionnels », et c’est exactement dans ce terme de « professionnel » que réside toute la démarche corporatiste – et même une profonde hypocrisie – de cette « profession » qui n’en est pas une.

    C’est tout entier autour de ce terme de « professionnel » que se bâtit la frontière que les « journalistes professionnels » établissent entre eux-mêmes et le reste du web. C’est sur ce seul point qu’ils justifient leur légitimité à être les seuls à toucher des subventions publiques (sur des critères qui sont tenus secrets). Alors que, jusqu’à preuve du contraire, ce terme de « professionnel » est une question purement et uniquement fiscale, sans aucun rapport direct avec une quelconque compétence, une qualification, un savoir-faire, une déontologie, ou n’importe quoi d’autre ! Cherchez bien ! Vous serez bien malin si vous trouvez quelque part une autre définition qui tienne la route du journalisme professionnel que celle du code du travail… qui n’est justement pas une définition ! :o)

    Cette clôture organisée délibérément, mais progressivement, par les « journalistes professionnels », au cours du 20e siècle, pour tenter de délimiter le contour de cette profession, vole déjà en éclats sur internet avant même que le processus n’ait été achevé.

    Le « journalisme professionnel » est bien, à mon sens, en voie de disparition. Un conseil perso : rendez la carte et vos rapports avec le reste du web en seront subitement totalement clarifiés !

    Les « journalistes professionnels » ne disposent plus d’aucune légitimité à revendiquer un quelconque rôle prépondérant dans l’information aujourd’hui, et certainement pas un « final cut » sur ce qui est publié par les autres, et ça ne justifient certainement pas qu’ils bénéficient de fonds public pour ça.

    Il est là le fond de mon propos : les « journalistes professionnels » ne sont pas légitimes à toucher des subventions publiques pour ça, si ces subventions leur sont réservées. C’est ça qui est choquant et injustifiable. C’est prétendre à une forme de monopole sur le traitement légitime de l’information sur internet : c’est précisément cela que nous vous contestons.

  7. Tout à fait d’accord avec vous sur les deux premiers points:

    – Non, l’information ne se dégrade pas avec Internet, bien au contraire, mais il me semble dommage que certains sites d’infos, qui se contententent d’une information à base de reprises de dépêches, puissent donner cette impression.

    – Oui, certains blogueurs sont journalistes et vice-versa, et c’est idiot de séparer ces deux catégories.

    En revanche, je ne fais pas la même distinction que vous entre “journaliste” et “professionnel”. Pour moi, un journaliste exerce un métier, c’est donc par définition un professionnel.

    La logique des aides publiques, me semble-t-il, est d’aider des entreprises, qui développent un chiffre d’affaires, emploient des salariés. Mais rien n’empêche un blogueur de créer une entreprise, ou même de prendre un statut d’auto-entrepreneur, de demander le statut d’entreprise de presse en ligne, une carte de presse le cas échéant et de prétendre aux mêmes aides. En tout cas, le Spiil soutiendra leur démarche et les y aidera.

    Nous n’avons aucune prétention quant à un quelconque “monopole sur le traitement légitime de l’information sur internet”. Ca serait, en effet, vraiment de la prétention. Mais nous avons la prétention d’exercer un métier et la passion de le réinventer sur Internet.

  8. (narvic : pardon Laurent, à la suite d’une manipulation technique de ma part sur mon propre commentaire auquel vous répondiez, votre commentaire à disparu. Je le republie donc tel quel.)

    Tout à fait d’accord avec vous sur les deux premiers points : Non, l’information ne se dégrade pas avec Internet, bien au contraire, mais il me semble dommage que certains sites d’infos, qui se contententent d’une information à base de reprises de dépêches, puissent donner cette impression. Oui, certains blogueurs sont journalistes et vice-versa, et c’est idiot de séparer ces deux catégories.

    En revanche, je ne fais pas la même distinction que vous entre « journaliste » et « professionnel ». Pour moi, un journaliste exerce un métier, c’est donc par définition un professionnel.

    La logique des aides publiques, me semble-t-il, est d’aider des entreprises, qui développent un chiffre d’affaires, emploient des salariés. Mais rien n’empêche un blogueur de créer une entreprise, ou même de prendre un statut d’auto-entrepreneur, de demander le statut d’entreprise de presse en ligne, une carte de presse le cas échéant et de prétendre aux mêmes aides. En tout cas, le Spiil soutiendra leur démarche et les y aidera.

    Nous n’avons aucune prétention quant à un quelconque « monopole sur le traitement légitime de l’information sur internet ». Ca serait, en effet, vraiment de la prétention. Mais nous avons la prétention d’exercer un métier et la passion de le réinventer sur Internet.

  9. @ Laurent

    On commence, peu à peu, à cerner le problème. 😉

    Pour ma part, j’estime que font du journalisme tous ceux qui entendent participer à un débat public en le nourrissant d’information qu’ils apportent. Ça signifie, bien entendu, le faire de bonne foi, avec sincérité et honnêteté, avec un objectif d’intérêt général, en essayant d’apporter des informations nouvelles (ou de faire remonter des archives des informations oubliées) et en veillant autant que possible à la véracité de ces informations. Ce sont de bonnes conditions pour qu’un débat ait lieu, à mon avis.

    Tout cela n’implique nullement de faire du journalisme sa profession, c’est à dire d’en vivre. Et ça n’exclut nullement, non plus, ceux qui voudraient en vivre, ce qui est une ambition louable (bien que difficile à tenir, à mon avis, sur internet – mais pas impossible avec du courage et de la persévérance)…

    Ce que je reproche (vraiment très profondément, je vous l’assure) à la démarche qui s’exprime aussi bien dans la création du Spiil que dans la définition de ce statut des entreprises de presse en ligne (et les subventions qui, on s’en doutait, venaient avec), c’est de placer une véritable frontière non pas entre ceux qui font œuvre de journalisme (pro, semi-pro ou amateurs, la véritable question n’est pas du tout là)… et les autres, mais entre ceux qui font du journalisme professionnel et tous les autres, y compris ceux qui font du journalisme non-pro ou semi-pro.

    Je n’accepte pas la logique qui vise à poser une frontière à cet endroit-là. Car ça n’est rien d’autre à mes yeux, qu’une démarche corporatiste, et qui confine au lobbying. Je m’y oppose. Sans me faire la moindre illusion sur le résultat de ma démarche…

  10. D’accord avec les deux premiers paragraphes.

    La frontière dont vous parlez dans le troisième paragraphe est selon moi une frontière économique. Il y a certains projets de sites ou de blogs qui sont du registre du temps libre ou du loisir. Il y en a d’autres qui sont des projets économiques, qui sont des entreprises, qui emploient des salariés. Il ne me semble pas complètement aberrant de tracer cette ligne de partage, notamment au regard des subventions.

    Mais là où je vous rejoins, c’est qu’il ne s’agit pas pour ces entreprises de s’arroger je ne sais quel magistère ou prééminence. Au contraire, et c’est la nature même d’Internet et du Web qui veut ça, c’est un réseau, un média d’échange, à double sens, pas un média vertical où un message est diffusé dans une seule direction. Les journalistes tombent de leur piédestal. Ca fait mal à certains. Pour nous, c’est une chance.

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