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Presse en ligne : l’amère leçon du Minitel

Retour, près de trente ans après son lancement, sur la première expérience mondiale de presse en ligne : le Minitel. Ce retour permet, rétrospectivement, d’observer les développements de l'”objet presse en ligne”, dans des “conditions de laboratoire” qui ne sont pas “perturbées” par les questions de la gratuité des contenus et de la nouvelle concurrence des contenus générés par les utilisateurs, l’UGC (des données qui n’existaient pas sur le Minitel, toutes choses étant égales par ailleurs – pour notre expérience… :o) ).

Cette observation fait apparaître un certain nombre de points-clés, masqués par les questions d’UGC et de gratuité, qui permettent d’expliquer sous un jour nouveau les difficultés rencontrées aujourd’hui sur internet par les sites d’information journalistiques.

On a remisé un peu vite le Minitel (Comme objet d’étude, bien entendu. Je ne propose pas de “revenir” au Minitel, même si ça semble être l’ambition de certains aujourd’hui (Ecrans.fr, « Tout le monde a intérêt à transformer Internet en Minitel »)… Je note aussi que le service n’est pas mort, fonctionne toujours et rapporte encore près de 100 millions d’euros par an (Ecrans.fr : Le Minitel n’est pas près de raccrocher).), il a encore des choses à nous apprendre… sur la presse en ligne d’aujourd’hui (Après, c’est promis, j’arrête mon voyage dans le passé, engagé avec ma petite série Détour en sociologie du journalisme, pour revenir à aujourd’hui, quoique, finalement, on ne s’en éloigne pas vraiment tant que ça. :o)).

Déjà trente ans d’expérience de la presse en ligne

On retient souvent l’année 1993, comme le point de départ de la presse en ligne, avec la première version électronique du San Jose mercury News, rapidement suivi, en 1994, par les grands hebdos Newsweek et Time, puis les grands quotidiens The Chicago Tribune, The New York Times, The Los Angeles Times et The Boston Globe. Ils sont alors majoritairement diffusés sur des réseaux fermés et payants (AOL, Compuserve). Le passage vers le web “ouvert” s’opérera progressivement à partir de 1995. En France, “les premiers sites web de journaux (issus de la presse écrite) sont créés entre 1995 et 1996″ (cf. Yannick Estienne, “Le journalisme après internet”) : les pionniers, comme Les Dernières Nouvelles d’Alsace, Libération et Le Monde, sont suivis par les autres dans une deuxième vague, à partir de 1998.

Par un habituel tropisme américain centré sur le web, on oublie bien souvent que les premières expérimentations professionnelles à grande échelle de presse en ligne n’ont eu lieu ni sur le web, ni aux États-Unis, mais bel et bien en France et sur… le Minitel… il y a maintenant près de trente ans.

Les premiers services de presse en ligne sont proposés au public en 1980, dans le cadre de l’expérimentation de Vélizy, qui préfigure le Minitel lui-même, qui ne sera lancé qu’en 1982 (un historique précis et documenté sur Wikipédia). Le service – qui existe toujours – se développera durant une quinzaine d’années avant d’être supplanté par internet. On parle d’ailleurs à l’époque surtout des “autoroutes de l’information”, selon l’expression popularisée par le vice-président américain Al Gore en lançant son programme National Information Infrastructure en 1991.

Dès 1995, un rapport clairvoyant

Le consultant Pierre Chapignac avait réalisé en 1995, à la demande du SJTI (Service Juridique et Technique de l’Information et de la communication, organisme public, aujourd’hui Direction du Développement des Médias, rattaché au Premier ministre.), un rapport d’une rare clairvoyance qu’il faut relire aujourd’hui avec près de quinze ans de recul :

“Préfiguration de la presse électronique : les leçons de la télématique” , 1995. La Documentation française.

Une expérience de laboratoire pour l’internet d’aujourd’hui

Ce retour sur le Minitel aujourd’hui présente un réel intérêt, pour une raison quasi “scientifique”. Il permet une sorte d’expérience de laboratoire, en se plaçant dans des conditions de développement de la presse en ligne desquelles sont retranchées, pour les besoins de l’expérience, deux données centrales du débat d’aujourd’hui à propos d’internet : la question de la gratuité de l’information et celle de la nouvelle concurrence des contenus générés par les utilisateurs (UGC).

Rien de tel en effet sur le Minitel. Celui-ci était un service de contenus payants (avec tarification à la durée de consultation, la perception était opérée par l’opérateur, en l’occurrence France Telecom, une partie du paiement était reversée à l’éditeur du service consulté), et il était d’ailleurs éminemment rentable. Le contenu proposé était uniquement un contenu produit par des professionnels, la participation du public se cantonnant à des espaces de tchat entre utilisateurs, ou de contact “privé” avec les éditeurs de service.

Ce qui est passionnant, c’est que l’introduction ultérieure dans l'”équation” d’internet de ces deux données (gratuité et UGC) n’invalide nullement, bien au contraire, les conclusions que l’on pouvait déjà tirer de l’expérience du Minitel. Ce détour historique permet même de mettre en évidence quelques points-clés, qui sont aujourd’hui en partie masqués par l’importance disproportionnée que prennent dans le débat, à mon avis, les deux questions de la gratuité et de l’UGC.

L’observation par Pierre Chapignac de quinze ans de Minitel le conduit à mettre en évidence un certain nombre de constats, toujours valables. Son analyse des transformations à l’œuvre, par rapport au fonctionnement “traditionnel” de l’édition de presse, lui permet de dégager des enjeux auxquels sont confrontés les éditeurs, qui ne sont pas aussi radicalement différents qu’on a pu le penser avec internet, malgré les caractéristiques différentes de ce dispositif par rapport au Minitel, aussi bien au niveau technique, qu’économique et social.

Le Minitel, un média social

Les constats tout d’abord.

Voilà donc maintenant quinze ans que l’on “sait” que les médias en ligne sont avant tout des médias sociaux. Les aspects ludiques (jeux en ligne) et d’échanges interpersonnels (messageries) y rencontrent beaucoup plus de succès que l’information. Cela conduit d’ailleurs Pierre Chapignac, dans une sorte de fulgurance, à envisager dès 1995 que “les messageries (soient) un phénomène plus profond, poisson pilote de changements sociaux fondamentaux” (p.85), ce dont il tire une conséquence quasi prémonitoire pour la presse et sa présence en ligne :

L’hypothèse que nous évoquons sur les messageries comme prémices d’un nouveau lien social, pose le problème de la capacité de la presse écrite à s’adapter à cette mutation du lien social. La presse écrite va-t-elle se vider de sa substance sociale ? Va-t-elle au contraire renouveler sa contribution à la construction du lien social en intégrant les logiques de réseau et les échanges électroniques dans son métier ?

Quinze ans plus tard on appelle ces “messageries” des “réseaux sociaux”, comme Facebook et Twitter, et la presse en ligne en est toujours à s’interroger sur la même question : Les sites d’info doivent-ils migrer sur Facebook et dans les blogs ? (janvier 2009)

Le Minitel, un média de service

Second constat, les médias en ligne sont avant tout des médias de service, qui valorisent d’une manière nouvelle la relation entre le lecteur et l’annonceur, en permettant à la relation commerciale de s’établir (pour ce qui relève des médias) non plus au seul niveau de la publicité, mais au cœur même de la transaction : dès lors que l’acte d’achat ne se trouve qu’à un seul clic de l’information sur le produit ou le service, “la télématique renforce concrètement la relation entre l’information et la transaction commerciale” et conduit à ce que “la frontière entre l’information et la vente est moins nette”.

La structure des échanges commerciaux est en train de changer. En tant que titres de la presse écrite, nous avions notre place dans l’ancienne structure des échanges à travers la publicité. Aujourd’hui, compte tenu des conditions nécessaires pour s’intégrer dans la nouvelle structure des échanges, nous disposons d’un atout : notre lien avec le lecteur nous met en position d’agents d’intermédiation. Jusqu’où pouvons nous valoriser celle-ci sans vendre notre âme et détruire notre métier de base ?

Quel risque prenons-nous pour la pérennité de nos titres si nous ne nous engageons pas dans cette voie ? Dans ce bouleversement, le rôle classique de la publicité est remis en cause. Ce sont donc les revenus de la vente d’espace publicitaire qui sont menacés à terme ; dans ce contexte, comment la presse écrite peut-elle valoriser son lien avec le lecteur pour trouver une place dans les nouvelles formes de l’échange ?

Remarquable clairvoyance là-encore : Internet, eldorado ou cimetière de la publicité – et des médias ? (avril 2009). La publicité décline comme ressource pour les sites de presse (et décline même peut-être “en général” sur internet), car la transaction s’opère de manière désormais bien plus directe, sur des sites tels qu’e-Bay ou Amazon. C’est ici que se rencontrent au même point l’offre, la demande, et l’information nécessaire à la transaction. Les sites de presse ont hésité à s’engager dans cette évolution marchande, car ils craignaient d’y perdre leur crédibilité. Mais c’est en réalité leur rôle comme source d’information, dans le cadre même de l’échange et autrefois nécessaire à ce que ce dernier ait lieu, qui est remis en cause, au profit de l’échange direct de leurs expériences entre les consommateurs eux-mêmes.

L’exigence de renouvèlement permanent

Tout aussi intéressant, Pierre Chapignac constate que les médias en ligne sont des médias de renouvèlement permanent. D’une part, car tout succès constaté sur un créneau nouveau est de courte durée, par la propension du réseau “au clonage”, avec la multiplication automatique des services concurrents, réduisant immédiatement les marges sans possibilité de constituer des rentes. D’autre part, car les services proposés sont “dans une dynamique d’amélioration continue” à mesure de “l’apprentissage du public”, dont il faut renouveler et approfondir sans cesse l’expérience si on veut le fidéliser. Enfin, car “le cadre juridique est instable”, par la nature même de nouveauté du dispositif, ce qui rend illusoire l’espoir de protéger juridiquement des situations acquises : la production du droit demande trop de temps dans un univers aussi changeant. La seule issue pour maintenir des positions est donc celle de l’investissement permanent dans l’innovation (je vous rappelle qu’on est en… 1995 !).

Une difficulté à se replacer dans l’espace commercial

L’analyse que produit Pierre Chapignac à partir de ces constats est tout aussi remarquable.

La transformation de la structure des échanges commerciaux place la presse dans une positon très inconfortable. La valeur économique ne se créé plus là où était situé “son terrain” dans la relation entre le lecteur/consommateur et l’annonceur (à travers la publicité). La création de valeur se place désormais dans l’établissement direct de la transaction commerciale, un terrain sur lequel la presse est bien en peine de s’installer car ce déplacement la fait sortir de son métier de base et créée pour elle une tension déontologique difficile à assumer.

Ce point sera très clairement identifié et dénoncé par les journalistes au sujet des sites minitels de leurs journaux, qui tiraient de très confortables revenus des messageries pornographiques (Pierre Chapignac parle même de “vaches à lait”). Les journalistes manifesteront également leur défiance envers le développement de services marchands liés aux activités des sites de presse. Le phénomène de déplacement du point de création de la valeur économique se retrouve à l’identique sur internet, et la tension déontologique qui compromet la possibilité de s’y adapter pour les sites d’information journalistique s’y retrouve tout autant.

Un inversement du processus d’accès à l’information

Second point remarquable de l’analyse de Pierre Chapignac, le réseau Minitel s’organise autour d’un inversement du processus d’accès à l’information, qui s’opère désormais sur demande de l’utilisateur (qui questionne à travers son clavier) et non plus sur offre de l’éditeur de presse.

Pierre Chapignac observe fort justement que cette inversion pousse les sites de presse à développer de nouveaux métiers, qui n’appartiennent pas au champ traditionnel de la presse écrite. L’organisation de ce nouveau mode d’accès à l’information passe par le développement d’interfaces techniques d’accès spécifiques au réseau (il parle à l’époque de “révolution design” là où nous parlerions plutôt aujourd’hui d’ergonomie). Cette situation pousse quoiqu’il en soit les sites de presse à mettre en avant des fonctions d’“ingénierie de l’information” et d’“animation de l’interaction”, dont les opérateurs prennent le pas sur les journalistes.

Une réorganisation de la chaîne de production de l’information

Cette nouveauté technique conduit en définitive à “une réorganisation de la chaîne de production de l’information” en opposition avec l’organisation traditionnelle des métiers de presse : création de nouveaux métiers, dont le rôle devient central, organisation de ces métiers “en grappe”, en place d’une organisation hiérarchique et linéaire (sur une chaîne de production), et fonctionnement de ces métiers sur un principe d’“alliance”, là où les métiers de presse se sont structurés sur un principe de rapport de force et de conflit entre les métiers (éditeur, journalistes, ouvriers du Livre).

Cette transformation de la structure des échanges et cette évolution vers une ingénierie de l’information conduisent directement à une redéfinition en profondeur des périmètres des métiers et vers un déplacement de l’épicentre du métier de base. Bref, presse écrite et service Minitel, ce n’est plus le même métier.

L’enjeu stratégique de la valorisation des fonds informationnels

Pierre Chapignac observe enfin, très finement à mon avis, que l’un des enjeux “stratégiques” des éditeurs de presse réside dans leur capacité à valoriser les fonds informationnels dont ils disposent (leurs archives, alimentées par une production continue de contenus nouveaux) par l’organisation de l’accès à ces fonds à travers l’interface technique (ce qu’il nomme “révolution design”) :

Pour les éditeurs de presse la question est de savoir s’ils conserveront la maîtrise de leur fonds informationnels en s’adaptant à cette tendance lourde. Un échec dans cette adaptation aboutirait à la perte d’une position stratégique et à l’évasion d’une part fondamentale de leur patrimoine.

Cette bataille se jouera sur le terrain de la numérisation. Mais il faut prendre garde au contresens et ne pas faire de la numérisation un enjeu technique. Comme nous l’avons déjà souligné, le véritable enjeu est dans la “révolution design”.

Est-il besoin de préciser que cet enjeu “stratégique” était remarquablement anticipé ? Il s’est posé avec encore plus d’acuité avec internet qu’il ne l’avait été avec le Minitel. La “bataille de la numérisation” et la “révolution design” ont bien eu lieu. Et ce ne sont pas les éditeurs de presse qui l’ont emporté, mais bel et bien… un certain Google !

Voilà comment ce qui ne devait surtout pas arriver arriva : les éditeurs de presse ont perdu la maîtrise de leurs fonds informationnels, car ils ne contrôlent plus l’interface d’accès pour les utilisateurs (l’interface d’accès, c’est Google). Ils ne sont plus en mesure d’extraire la valeur économique de leurs propres fonds, car c’est à l’articulation du fonds et de son accès que se crée cette valeur pour l’utilisateur. C’est ce découplage qui est fondamentalement à l’origine, pour une très large part, des insurmontables difficultés de rentabilisation de leur activité que rencontrent aujourd’hui les sites de presse, à mon humble avis. :o)

Alors pourquoi ? Pourquoi ces enjeux – et ces difficultés – identifiés, voire anticipés, dès l’expérience du Minitel, n’ont-ils pas permis aux éditeurs de presse d’en tirer les leçons et d’aborder l’arrivée d’internet dans une position plus favorable ?

Cette expérience du Minitel est là-encore riche d’enseignements.

Les journalistes ne se sont pas investis…

Tout d’abord, les journalistes n’ont pas suivi. Ils ne se sont, pour la grande majorité d’entre eux, jamais investis dans les expériences menées par leurs propres journaux sur le Minitel :

La motivation des journalistes pour s’approprier cet outil a été sinon inexistante, du moins très faible ou partielle.

De nombreux interlocuteurs ont souligné la tendance à la marginalisation de services télématiques qui étaient aux yeux de certaines rédactions une concentration d’éléments négatifs : un concurrence dangereuse en matière de primauté de l’information, des machines à faire du profit et le lieu de services déontologiquement discutables.

L’observation des débuts d’internet pour les sites de presse (voir : A la recherche du cyberjournaliste introuvable…) laisse penser que le même phénomène s’est reproduit à l’identique.

Et peut-être est-il trop facile et superficiel de se borner à invoquer une forme de conservatisme pour expliquer cette attitude majoritaire des journalistes : le passage à internet, comme auparavant au Minitel, représente bien pour eux un véritable changement de métier, tant au niveau technique qu’au niveau éthique. Un tel changement revient bien, en définitive, à abandonner une certaine forme de journalisme au profit d’un nouveau métier de “manageur de nouvelles” ou de “technicien en ingénierie éditoriale”… On peut comprendre une légère… hésitation. Les journalistes sont bel et bien… pris dans la toile

… et les éditeurs n’ont pas investi

Second enseignement enfin, les éditeurs de presse eux-mêmes se sont trouvés confrontés à un autre problème : la création et le développement de services d’information en ligne demandent un renouvèlement permanent de l’offre à l’utilisateur, un perfectionnement constant de l'”expérience utilisateur” qui lui est proposée, à mesure de son propre apprentissage et de son appropriation de cet outil d’accès à l’information. C’est donc une activité très gourmande en innovation, donc en investissements. Or pour le Minitel déjà, a fortiori pour internet, quand les journalistes ne se sont pas investis, les éditeurs, eux, n’ont pas investi, en tout cas pas suffisamment. Peut-être parce que la crise du secteur de la presse écrite s’accentuant chaque année davantage… l’argent a tout simplement manqué pour cela.

Les profits substantiels dégagés par l’exploitation du Minitel ont servi à renflouer un temps les “vaisseaux mères” qui commençaient à sombrer. Sur internet, il n’a jamais été possible pour les éditeurs de dégager réellement du profit avec leurs sites. L’investissement ne pouvait donc se faire qu’en ponctionnant une activité papier qui n’était déjà plus rentable elle non plus. Les éditeurs aussi, finalement, se sont retrouvés… pris dans la toile.

2 Comments

  1. Et bien bravo ! Il y en a qui occupe sainement leurs “ponts du mois de mai” !

    Trève de plaisanterie, cette relecture de l’étude de Pierre Chapignac par Navic fait plaisir à lire. Il s’est écrit tant d’imbécilités sur “le Minitel” (dont le véritable nom en réalité : réseau Teletel) depuis son apparition; et – le pire – encore plus de conneries depuis “la découverte” (par les ignorants) de l’Internet en 1994/95, que quelques grammes de bons sens sont un vrai bonheur pour ceux qui ont vécu cette aventure, cette pré-histoire de l’Internet grand public.

    Il me faudrait beaucoup trop de temps pour commenter en détail cet article, mais je voudrais souligner quelques points :

    – L’étude de Pierre Chapignac n’est pas isolée, ellepeut être recoupée avec divers autres publications qui confirment ces constatations de bon sens.

    – Contrairement à ce qu’écrivent, par exemple, d’éminent ignorant comme l’ancien directeur du Monde et actuel directeur de France Culture in “La presse sans Gutenberg”, la presse “en ligne”, disons pour être précis et parler français : la presse télématique est née bien avant l’expérience du “San Jose mercury News” par des publications dites aujourd’hui “pure player” sur les premiers résaux nord américains dès la fin des années 70.

    Mais si l’on parle de presse “grand public”, c’est a dire, pour tous et accessible à tous, il est évident que le réseau Teletel marque LE véritable début de l’ère de la presse numérique.

    – Il est exact que dans leur immence majorité les journalistes se sont désintéressé de l’expérience dites Minitel. Je crois me souvenir qu’a la fin des années 80, nous étions moins de 50 à y participer soit en tant que “fabriquant”, soit en tant que “critique” ou observateur…. L’Association des Journalistes de la Télématique (A.J.T.) fondée par Philippe Collier groupait une grosse vingtaine de membres vraiment actifs.

    Rendons hommage, en passant à un journaliste visionnaire, Roger Cotel qui dès 1978 enseignait au Centre de Formation et de Perfectionnement des Journalistes (CFPJ) la “révolution qui allait bouleversée notre profession”. Rendons hommage également à Cécile Alvergnat (Parisien Libéré), Roger Lajus (Hachette Filipacchi) et quelques autres qui “poussèrent” France Telecom à créer le “kiosque télématique” pour permettre une rénumération de l’information en ligne.

    Le désintérêt des journalistes pour le Minitel est la source de grandes erreurs. La plus grave pour la suite fut que la “culture informatique et télécom” pénetra très lentement les rédactions, d’ou des dizaines d’articles “a coté de la plaque” qui ne permirent pas l’émergence d’une bonne compréhension de “l’arrivée d’Internet” (alors que les premiers e-mail datent de 1969).

    Ce mépris – c’est le mot juste – de la grande majorité de la profession ne lui permit pas de comprendre correctement le grand discour d’Al Gore de juillet 1994 lançant “les autoroutes de l’information” terme et contenu directement “pompés” de l’expérience Minitel (cf. “Internet, Minitel and the Advent of the Hot Air Balloon” de Jean Benoit Nadeau dans sa lettre de France pour ICWAletters http://michel.puech.info/pressbook/200002_Icwa.htm )

    L’ignorance et le désintérêt pour la technique a permis à la presse française de qualifier (et c’est encore le cas aujourd’hui) l’expérience du réseau Teletel de franco-française alors que dès l’automne 1986 les “minitelistes” hexagonaux pouvaient dialoguer grace au centre serveur CTL (Jean-Louis Fourtanier, Azim Mitha etc) avec des Minitel(s) exportés aux USA et au Canada! Des 1987 grace à des hommes comme Francis Le Bras d’Intelmatique filliale de France Telecom il était possible à un éditeur télématique français de percevoir une rénumération sur des connexions venus des autres réseaux télématiques comme ceux d’Allemagne (BTX) ou de Grande Bretagne (Prestel). Bref l’interconnexion des réseaux videotex était réalisé sur la base de la norme telecom X25.

    C’est à mon avis, ce qui a attiré l’attention des américains qui n’ont, ensuite, eut de cesse d’attaquer à coup de lobbying à Bruxelles les telecoms européennes provoquant la déréglementation qui facilita l’étouffement a partir de 1994 de ces réseaux au profit de l’Internet et des fabriquants de matériels informatiques américains.

    Il faudrait écrire des milliers de lignes sur le sujet pour contre-balancer le flot d’idioties écrites sur le Minitel, car tandis que les rédactions ne se polarisaient que sur les “arnaques du Minitel”, le “Minitel rose” ou les “mariages par Minitel”, quelques patrons de presse dont ceux de Libération et du Nouvel Observateur en tête exploitaient honteusement et très souvent illégalement le filon par exemple en “sous louant” leurs numéros de “commission paritaire des publications et agence de presse”.

    Mais comme il y a une morale (rire) ce ne sont finalement pas les éditeurs de presse comme Mr Perdriel qui ont traie avec le plus de profit la vache à lait que furent les “minitelistes” mais d’autres qui misant uniquement sur l’animation des messageries directes, comme Xavier Niel de Free, ont réussi a batir une immence fortune.

    En conclusion : Merci à Navic de ressortir du placard les années Minitel sur lesquelles l’Histoire portera très certainement un autre jugement que celui benoitement insallé actuellement.

    Il y a encore beaucoup d’enseignement a tirer de ces années, comme par exemple, contrairement a ce que dis Navic, que les “minitelistes” créaient déjà du contenu (au sens web 2.0) grâce a des “forums” ou des “murs”, véritable ancêtre de twitter !

    MP (alias Tcherno)

    ps. Que les lecteurs excusent les fautes d’orthographes… Les correcteurs et secrétaire de rédaction ayant disparus dans le cyberspace. 😎

  2. Pour information, le terme de “vache à lait” n’est probablement pas utilisé en tant que métaphore, mais plutôt en terme technique (jargon ?) de l’analyse des activités d’une entreprise à travers la matrice BCG qui fait partie du B.A. BA. du consultant.

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