le salon

Pourquoi les journaux, ça ne fonctionne pas en ligne ?

Les sites de médias en ligne peuvent bien afficher leurs millions de visiteurs, c’est surtout pour tenter de séduire les annonceurs (et en plus ils trichent sur les chiffres), mais ça masque à peine que leurs résultats sont en réalité plutôt minables, comparés à ce qui fonctionne vraiment en terme d’audience en ligne : Google, Facebook, les jeux, les blogs, les forums, etc. Quand quelque chose prend, à vrai dire, on s’en aperçoit plutôt vite, même s’il y a des soufflés qui retombent, ou des “pics des attentes exagérées” qui se stabilisent ensuite à des niveaux plus raisonnables : on verra ce qu’il adviendra de Twitter…

Pour les médias d’information en ligne, on ne voit rien de tel. Ils se taillent une – petite – place péniblement et ne suscitent pas franchement d’engouement. Au point d’ailleurs qu’ils ne sont pas rentables et ne trouvent pas de modèle économique. Facebook et Twitter n’en ont pas trouvé non plus, mais j’ai tout de même comme l’impression que leur cas est moins inquiétant sur ce point…

J’ai tenté, il y a quelques temps d’aborder le problème sous l’angle de la “performance” en comparant des sites de médias et des blogs, mais je n’ai pas dû bien viser, et j’ai bien vu dans vos commentaires que ça ne passait pas. Pourtant, je ne lâche pas le morceau. Il y a quelque chose qui ne va pas du tout de ce côté-là. Je ne l’ai peut-être pas bien saisi. Du coup je l’exprime mal et je ne parviens pas à faire partager ma piste de réflexion (car ce n’est encore que ça et rien d’autre), mais il y a quelque chose d’important, me semble-t-il, à creuser dans cette direction.

Quand Eolas, blogueur solitaire (de moins en moins, c’est vrai), en tout cas bénévole et blogueur à ses heures perdues, parvient à fidéliser une audience de 10 à 15.000 visiteurs par jour, je m’interroge en effet sur la performance de sites qui mobilisent le travail de plusieurs centaines de journalistes professionnels à plein temps.

On me répond que les rédactions en ligne de lemonde.fr ou lefigaro.fr sont en réalité de petites équipes, qui pédalent dans la cave de leurs grandes maisons-mères respectives, mais leurs sites sont bien alimentés par la production de l’ensemble des rédactions, formées quant à elles de plusieurs centaines de journalistes à plein temps. Et ça ne donne rien de mieux que ça, comme audience ?

Imaginons un instant une fédération de 300 Eolas, produisant en ligne à plein temps ! Vous ne croyez pas que ça ferait mieux que lemonde.fr ou lefigaro.fr ? 300 Eolas, bloguant à leurs heures perdues, ça nous fait déjà… 3 millions de visiteurs par jour, dans l’hypothèse 10.000 visiteurs/jour (!), et 4,5 millions dans l’hypothèse 15.000… Les rédactions du Monde et du Figaro peuvent aller se rhabiller ! Et qu’est-ce que ça donnerait avec 300 Eolas blogueurs professionnels à temps complet ?

Bien entendu, je cherche une explication à ce qui me semble tout de même une énigme… Et si les 300 journalistes du Monde ou du Figaro (à la louche, ce ne sont pas des chiffres précis sur l’effectif de leurs rédactions, mais j’ai la flemme de vous chercher l’info ce soir. A vous de jouer si le sujet vous intéresse) se transformaient un jour en 300 blogueurs, quelle serait leur performance collective ? Je prends le pari que ça ferait beaucoup mieux que lemonde.fr et le figaro.fr.

S’ils jouent le jeu du blog, qu’ils en comprennent et qu’ils en acceptent les règles interactives (la fameuse conversation), il n’y a pas de raison que les 300 journalistes du Monde ou du Figaro ne fassent pas d’excellents blogueurs, chacun dans leur domaine. Ils pourraient peut-être même devenir des blogueurs de référence, en suivant les traces d’un Jean-Dominique Merchet, d’un Jean Quatremer ou d’une Pascale Robert-Diard (vous chercherez pour les liens, j’ai la flemme). Et si Eric Dupin, de Presse-Citron, a trouvé le moyen de vivre correctement de son blog, pourquoi une plate-forme de 300 journalistes-blogueurs professionnels de haut vol n’y parviendrait pas ?

Je continue à creuser dans cette voie et je soupçonne qu’il y a un lièvre à débusquer par là. Ce n’est pas le journalisme qui est en cause dans cette affaire, ses normes de qualités, son exigence éthique. Tout cela a toujours de la valeur aux yeux des lecteurs et constitue un très bon moyen de construire une audience en ligne fidèle et de qualité (donc monétisable). Bien des blogueurs, qui appliquent peu ou prou ces normes et produisent un travail (même bénévole, ou même professionnel) d’excellente qualité, le prouvent tous les jours.

Il me semble de plus en plus aujourd’hui que le problème n’est pas là où on le cherche. C’est la fameuse histoire de l’ivrogne qui a perdu ses clés, de nuit, dans la rue, et les cherche sous le réverbère parce que là, au moins, c’est éclairé…

Et si on n’avait pas bien posé le problème du financement du journalisme en ligne parce qu’on n’avait cherché que sous le réverbère ?

Ce qu’on ne parvient pas à financer, c’est le transfert des rédactions sur le web… pour qu’elles continuent à faire exactement la même chose qu’avant, leur travail de rédactions. Et si c’était ça qu’il ne fallait justement pas faire, parce que c’est ça qui ne fonctionne pas ?

C’est l’organisation de la production de l’information qui pose problème, pas forcément le journalisme. L’organisation sous la forme de rédactions, très fortement hiérarchisées, était inévitable quand elles devaient s’insérer dans un processus industriel de production de l’information demandant des investissements lourds, en rotatives ou en studios de télé, où tout était contraint par le système de distribution de l’information très centralisé et pyramidale. Mais sur le web, tout cela n’est plus nécessaire, et c’est même devenu peut-être un obstacle à la diffusion de l’information…

Le web n’est pas un réseau pyramidale et centralisé. La distribution de l’information s’y opère de manière très différente de ce qui se passait avec la presse écrite ou la télévision. Le web est dans sa globalité, principalement, un réseau… social. La distribution de l’information s’y opère de manière… sociale.

Les rédactions de journalistes, comme des sortes de “boîtes noires”, qui absorbent de l’information issues des gens, la traite “dans l’ombre”, et la “recrachent” à la sortie de manière formatée pour des publics ciblés selon des segmentations géographiques ou socio-démographiques, sont très inadaptées au fonctionnement du web. Ce n’est pas le journalisme qui pose problème, ce sont les rédactions.

Et si une rédaction parvenait, au lieu de chercher à devenir “bi-média”, “pluri-média” ou “multi-média”, toutes ces “convergences” qui ne mènent que vers la “newsfactory”, l'”usine à info” et le “canon à dépêche”, prenait au contraire le parti d’une direction délibérément différente : devenir un réseau social, inséré dans le réseau social du web. Une fédération de journalistes en ligne, présents et actifs dans le réseau social, interactifs et communicants… Une coopérative de blogueurs professionnels à la place d’une rédaction…

Je continue d’y réfléchir. La suite est… à venir, et j’ai encore un paquet d’idées sur ce sujet. 😉

24 Comments

  1. Il me semble (précaution épistolaire) qu’il vaudrait mieux refonder la réflexion sur la détermination d’objectifs.

    Que voulez-vous ? Une structure rentable ? Ou bien de l’information de qualité ? Les deux, sans doute.

    Et c’est impossible. Un Eolas ne se pliera aux exigences administratives d’aucune structure de presse aussi souple soit-elle et peu importe la taille de la carotte – enfin c’est ce que j’aime à imaginer.

    Un agglomérat organisé de plumes de qualité est une chimère, de même que tout réseau formel.

    Dans le ciel de la poubelle qu’est le Web passent des étoiles solitaires et jalouses de leur indépendance, elles se fichent bien de durée et de rentabilité.

    Mais voici l’idée : ce qu’il est possible d’organiser et d’exploiter, ce sont les déchets.

  2. @Szarah, il me semble justement que c’est la “structure de presse” que Narvic se propose de faire éclater. La rédaction à papa… “C’est l’organisation de la production de l’information qui pose problème” souligne très justement Narvic. En se réinventant, elle parvient souvent à de meilleurs résultats…

    Bon, il faudrait tout de même évaluer les effets de seuils, qui doivent exister… Il n’est pas sûr que l’équation soit aussi simple et que 300 Eolas multiplient l’audience par 300.

    Pour moi, l’un des problèmes de la Presse est qu’elle cherche souvent à faire des sites de presse, plutôt que d’imaginer d’autres types d’échanges dont elle pourrait profiter. Un groupe de presse aujourd’hui devrait posséder un vrai agrégateur en ligne ou investir dans une des start-up de l’agrégation par exemple (pour être présent, comprendre et intégrer), etc. Mais je suppose que c’est de cela dont tu vas parler dans la suite de ta réflexion…

  3. Pourquoi ça ne marche pas ? Mais parce que 90% des journalistes sont des brêles du web ! Je reviens de Science Po, interviewé par de jeunes journalistes qui n’ont ni blog ni compétence pour écrire sur le net car, mais toi tu le sais, on n’écrit pas pareil sur le web que sur du papier, les règles sont légèrement différentes.
    Travaillant désormais comme “journaliste” (je mets les guillemets) dans un grand groupe, j’ai été scié de passer devant des types diplômés de grandes écoles de journalisme qui ne savaient pas, NE SAVAIENT PAS se servir des outils web et, pour certains, les regardaient d’un air dédaigneux. Plus dure sera (est déjà ) la chute…

  4. Ce n’est pas le journalisme qui est en cause, dites-vous. Et si le journalisme était lui aussi un tout petit peu en cause ?
    Que fait Jean Quatremer qui n’est pas du journalisme ? Que fait Eolas que ne fait pas un journaliste. Mieux : que fait Didier Specq quand il poste un commentaire sous un billet chez Eolas qu’il ne fait pas quand il écrit un article rétribué dans Nord Eclair ? Je dirais : il enseigne. Le journaliste informe mais garde ses secrets. Le blogueur enseigne. C’est la jonction entre l’enseignement et le journalisme qui s’opère dans les blogs. Et les soubresauts de l’école aujourd’hui sont peut-être à mettre en parallèle avec les spasmes des rédactions.
    Enfin, c’est une piste que je suggère…

  5. Perso, il y a un objet singulier que je trouve très intéressant, c’est Écrans. Une équipe de base réduite (mais bénéficiant de renforts de la rédaction papier), un contenu qui lui est en grande partie propre, du journalisme “classique” (articles, interviews), quoiqu’affranchi des contraintes du papier, et ce que j’appellerais de la “revue de web”; se rapprochant un peu du blog, façon BoingBoing.

    Et des forums de discussion, format inhabituel pour les journaux en lignes, mais qui, s’il n’est pas non plus celui des commentaires de blogs, s’en rapproche assez dans l’esprit — surtout que l’équipe joue le jeu de l’échange.

    Bref, je trouve que c’est une expérimentation hybride qui doit encore faire ses preuves, mais qui pourrait ouvrir des pistes.

  6. Euh, parce que ce que racontent les journalistes n’est pas intéressant ? (je vais me faire taper dessus…)
    Très sérieusement, parce qu’il devient difficile de trouver un journaliste compétent, cultivé, libre-penseur et passionné (je laisse chacun trouver les exceptions qui lui plaise). Où sont les London, Clémenceau, Kessel, Hemingway ? Où sont les plumes, l’esprit, le regard large et personnel ?

    Une comparaison osée entre les musiciens fonctionnaires (paix à leur talent) et les artistes. Le public – le peuple – ira toujours plus facilement vers ces derniers. Le statut de musicien, le statut réglementé de journaliste, impliquent-ils que leur propriétaire a quelque chose à nous dire du monde ? La coïncidence est heureuse mais pas obligatoire. Alors que le bloggeur parle parce qu’il a quelque chose à dire qui lui est important, sa vision du monde, son implication entière dans ses actions, ses pensées et ses écrits.

    Je confirme l’observation de William Réjault, le dédain, voire le mépris, des étudiants ou “vrais” journalistes envers l’internet qu’ils ne connaissent pas.

    Enfin, il faudrait un miracle pour que les éditeurs de presse et autres rédactions, fasse preuve de la même sincérité et de la même écoute que vous, ô maître des lieux, permettant cet échange et cet éclairage nouveau.

    Bref, comme pour l’économie, il ne suffira pas de mal rapiécer le capitalisme prédateur, il faudra changer le paradigme. Et donc le coeur des hommes.

  7. “A l’inverse, Le Post, ce sont quelques journalistes dans un bureau qui remixent les infos chèrement acquises sur le terrain par d’autres journalistes, et ils sont aidés par des centaines de bénévoles, les fameux « journalistes citoyens ». Le coût est forcément moindre.”

    Faux. L’info du Post provient en grande partie d’invités payés par la rédaction qui créent leurs propres infos. J’ai monté une rédaction dédiée à la Nouvelle Star (vous m’excusez, c’est pas le problème Palestinien), avec sept regards, six journalistes, qui créent de l’info, toute la semaine.

  8. @ Narvic : je trouve très séduisante cette idée de réseau, de fédération en opposition à la hierarchie verticale d’une “rédaction de papier” !

    Cette idée de réseau me semble en effet très pragmatique pour diminuer drastiquement les coûts, mais aussi pour obtenir un contenu avec davantage de personnalité, de point de vue.
    C’est la perspective d’une plus grande liberté pour le journliste ou le pigiste.

    Personnellement, mon travail de rédacteur Pub-Press-film se passe uniquement via internet depuis plusieurs années. Je ne rencontre plus mes clients. Ils me passent commande par téléphone, tous nos échanges ont lieu par mail ou par Skype. Au quotidien, cela rend le travail très agréable car il y a mise à distance de l’affect dans le travail pour ce concentrer sur ce qui est effectivement dit ou écrit. C’est diablement efficace.

    Mais, à y regarder de plus près, ce nouveau journalisme existe déjà. Le Post, Rue89, c’est en partie déjà le principe qui préside au fonctionnement de ces entreprises.

    Un Wikio procède finalement exactement comme une fédération, le choix éditorial se trouvant à priori réduit à un système de vote.

    http://www.lamachineaecrire.net

    http://www.lachosenumerique.com

  9. Ah, trop long pour moi de répondre à ce billet où il y a beaucoup de bonnes choses mais aussi à mon avis des imprécisions.
    Je suis un peu de l’avis de Szarah, il y a un fossé entre Eolas et un journaliste.

    Autre sujet, il n’y a pas que l’effet de tricherie dans la mesure d’audience, même sans tricherie elle est pour l’instant gravement inadéquate, insatisfaisante.

    L’explication dans mon dernier billet :

  10. Si je comprends bien, ce que vous imaginez c’est une plateforme de blogs de journalistes (ou non) qui se substitue à une organisation hiérarchique traditionnelle. C’est pas ce que fait – en partie – déjà certains sites (Le Post) ?
    Si vous le voulez, je transpose votre réflexion sur un terrain que je connais bien : l’information locale. Imaginez des correspondants locaux qui animent chacun leur blog dans une plateforme liée à un site de PQR. De l’info micro-locale en sortirait qui développerait une audience locale. Une info micro-locale qui n’existe plus dans beaucoup de journaux dit de proximité (ce qui est un comble mais la triste réalité aussi). Quand je vois l’armée de correspondants locaux qui sont sous-utilisés par la PQR… Une force de frappe qui permettrait à cette presse locale de reconquérir des lecteurs… et des annonceurs locaux qui ont fuit l’édition papier.
    J’attends avec impatience la suite de vos réflexions sur le sujet.

  11. Comme le signale django dans son billet (pointé dans le commentaire) la “pollution” de la relation de lecture par l’arrière plan marchand est un aspect important qui différentie le journaliste professionnel et le blogueur bénévole, que j’ai peut-être un peu négligé, mais il ne faut peut-être pas le survaloriser non plus.

    Le caractère social du réseau et les implications que ça entraîne est probablement, de son côté, sous-estimé. De moins en moins le web relie des pages, de plus en plus le net relie des personnes. C’est ce que montrent les usages rééls du net. Même si, en effet, historiquement, l’outil web a été pensé pour un usage documentaire, ce n’est plus aujourd’hui son usage principal.

    Et ce n’est pas n’importe quel type de réseau social non plus : ni un réseau pyramidal, ni un réseau “plat” égalitaire (il y a d’autres formes encore), c’est un réseau “en grappes”, avec certains noeuds bien plus reliés que d’autres, qui forment des “hub”, des “ponts”, dans la circulation de l’information dans le réseau.

    Des chercheurs en “théorie des réseaux” (il me semble d’ailleurs qu’Hubert suit de près tous ces travaux 😉 ) indiquent que la forme du réseau, sa structure, influe très directement sur la nature des diffusions qui peuvent s’y produire (que ce soit des diffusions d’épidémies ou de rumeurs dans les réseaux humains, ou des diffusions de “virus” dans les réseaux informatiques).

    Je pense aujourd’hui que les journalistes n’ont pas poussé la remise en question de leur métier jusqu’à réfléchir à cette question-là : quelle est la nature de la diffusion de l’information sur internet, quelle organisation de la production de l’information y répond le mieux. Ma thèse est que l’organisation en rédactions est beaucoup moins adaptée que l’organisation en réseaux. Et c’est pourquoi la diffusion par des rédactions est peu efficace.

  12. @ Christophe Coquis

    La PQR est depuis toujours une formidable machine à traiter le contenue généré par les utilisateurs (en l’occurrence celui des correspondants de presse, qui forme 80% de ce qui est imprimé !). Je vais en effet y revenir. 😉

  13. A noter que le critère du nombre de visiteur unique par jour n’est pas le bon pour évaluer un modèle économique sur le Web. La valeur réelle – l’audience – est bien plus proche du nombre de pages vues par jour.

    A ce jeu là, les vieux médias en ligne perdent définitivement contre les réseaux sociaux, puisque chaque visiteur unique voit en moyenne plusieurs dizaines de pages par jour sur un réseau social… contre très peu pour les anciens médias (et très peu aussi pour les blogs, d’ailleurs).

    C’est peut-être bien plus qu’un détail, tant le nombre de page par visiteur unique traduit la puissance des interactions sociales à l’intérieur d’un média.

  14. Hmmm pas du tout d’accord avec l’analyse. En disant “300 Eolas, bloguant à leurs heures perdues, ça nous fait déjà… 3 millions de visiteurs par jour”, tu cherches a démontrer que le modele est extensible. Pourquoi pas 3000 Eolas qui feraient alors 30 millions de visiteurs par jour… ou même 30000 Eolas pour 300 millions de visiteurs? On voit tout de suite les limites du raisonnement.

    La cible n’est pas universel, et il y a des limites au public intéressé: goût de la lecture en ligne, temps, intérêt pour le média, le sujet…etc.

    Bref, tout ça est plutôt logarithmique si on voulait prendre un référence mathématique.

  15. Bonjour à tous,

    Peu habitué des commentaires de ce blog, je me présente : Alexandre du magazine participatif européen cafebabel.com

    En 2 mots, nous sommes un média européen participatif – 1000 collaborateurs bénévoles dans toute l’Europe – édité par une équipe de journalistes professionnels (8 journalistes). Et le tout traduit en 6 langues – français, anglais, allemand, italien, espagnol, polonais – par des bénévoles.

    Quelques réflexions à l’article de narvic se rapportant à ma propre expérience à cafebabel.com qui peuvent contribuer à l’analyse :

    1. le journalisme participatif “pro-am” est une voie d’avenir à condition de ne pas se comporter comme une “rédaction classique” trop hiérarchisée.

    2. le média de demain doit être un média dotés de fonctionnalités sociales (commentaires, outils de partages) reposant sur une communauté de lecteurs (réseau social, profils)

    3. La nouveauté en matière de pratique du journalisme, c’est la fameuse “conversation” qui consiste à nouer une relation privilégiée entre l’auteur et son lecteur, en répondant aux commentaires et en apportant de l’information complémentaire.

    Au final, c’est tout le sens que l’on doit donner au journalisme “pro-am”, permettant de faire la fameuse synthèse entre le journalisme “traditionnel” et le “journalisme du blogueur” évoqué dans l’article.

    Mais comme je pense ne pas avoir la formule magique non plus, je vous livre aussi les faiblesses de ces modèles :

    1. L’originalité du contenu : la logique d’un blog est d’être “spécifique” sur un sujet, alors que celle d’un média d’information est d’être “exhaustif”. Deux logiques contradictoires, qui font que l’équation 300 blogeurs = XXX millions de VU ne fonctionne pas à mon sens.

    2. La production de l’information : un média traditionnel cherche à être le premier sur l’info, alors qu’un blogueur se contente (souvent) du retraitement et de l’analyse de l’info. Les capacités de production d’un média traditionnel sont donc plus orientées vers la quantité (d’où les dépêches à gogo) que vers la qualité. 2 objectifs de productions différents, qui demandent des systèmes de productions différents.

    3. Le rapport à la marque : là où un blog fonctionne sur un rapport “intimiste” avec ses lecteurs (ma marque, c’est moi), un média traditionnel fonctionne sur la confiance de ses lecteurs dans une “marque” (je vais sur le site du Monde parce qu’il faut que je m’informe). Du coup, le rapport à l’écrit n’est pas le même : d’un coté – bloggueur – j’écris sur les sujets que je veux, et j’obéis à mes règles, d’un autre côté – journaliste pro – j’écris selon des critères fixés par mon journal sur les sujets qui me sont donnés par mon rédac chef.
    La encore : deux systèmes d’organisation différents, pour deux modèles de productions différents.

    Bref, tout ça pour dire que c’est pas gagné. Mais la réflexion est intéressante!

    Mais à mon avis, la piste à creuser reste celle du journalisme participatif pro-am!

  16. C’est amusant que vous citiez presse-citron car au fond ce blog n’est pas très intéressant, il est sympathique (comme le bonhomme d’ailleurs) mais guère très informatif, il ne fait que relayer des infos.
    Pour ma part je pense que les rédactions traditionnelles qui veulent être rémunérées ont tout intérêt à offrir des abonnements groupés. Arrêt sur image + mediapart + backchich (partie payante) + Le Monde, j’achète. En revanche un seul de ces supports, non. Et ce n’est pas exactement une question d’argent.
    Backchich a réussi quelque chose avec ses blogs d’éditorialistes… Le Monde par contre c’est moins bien car on ne sait pas si ce sont des particuliers abonnés au journal ou des blogueurs payés par le journal, il y a un manque de choix étrange.

  17. Je suis un peu dubitatif sur l’exemple d’Eolas (décidément le point le plus contesté de ton billet). On touche ici la question du type de contenu. Le bloggeur, je trouve, reste souvent un éditorialiste. Même quand il informe ou enseigne, le bloggeur s’engage personnellement: il fait grincer des dents, distille un peu de sa vie perso, admet ne pas tout connaître du sujet, partage ses interrogation, ses coups de gueule etc.
    Et, petites groupies que nous sommes, on le suit, lui et éventuellement ses “amis” (cas de plusieurs auteurs sur le blog), plutôt que sa marque.
    Ca se rapproche des “signatures” dans la presse papier. Et je ne suis pas certain qu’un journal composé uniquement d’éditos fonctionne sur grande échelle (question ouverte). C’est le rendement décroissant qu’évoquent Vonric et d’autres. Il faut sans doute desserrer cette loi ricardienne avec des contenus factuels, alterner production de flux et de stocks, s’enquérir du contexte de l’auteur etc.

    Par ailleurs, j’ai l’impression qu’on est à deux pas de confondre audience et chiffre d’affaires et à trois pas de mélanger audience et rentabilité. Je veux bien que le modèle pub soit dominant et que les régies aient tendance à tirer vers le bas les tarifs, quelque soit la qualité de l’audience, mais tout de même… il existe d’autres sources de revenus et c’est souvent les journaux qui ont su les diversifier qui s’en sortent le mieux.

  18. Bonjour,

    Moi-même ne connaissant rien au fonctionnement intime d’une rédaction de journal, je me place ici en simple internaute. Merci de me pardonner ma naïveté sur le sujet difficile de la presse en ligne et du statut de journaliste 🙂

    A mon sens, ce qui fait qu’aujourd’hui, je fréquente plus les blogs que les journaux en ligne est que les blogs me donnent le sentiment d’être informé.

    Par là, je veux dire que les blogs m’aident à comprendre l’information. Les blogs me fournissent des clés de compréhension, car bien souvent les sujets sont traités par des personnes passionnées par un sujet (économie, droit, etc.) qui prennent le temps et font l’effort d’expliquer les choses à leurs lecteurs.

    Les blogs apportent un éclairage sur l’actualité et une base de réflexion que je ne retrouve pas sur les sites de la presse en ligne.

    Un autre problème, je trouve est que l’actualité de la presse en ligne suit exactement le fil des dépêches de l’AFP. Pire, je n’y trouve aucune plus-value informative par rapport aux dépêches AFP brutes. Certes, il y a plus de détails dans les articles de presse, mais la qualité informative de l’ensemble n’est pas proportionnelle aux nombres de signes de l’article.

    Pour conclure, en tant que simple lecteur/internaute, je trouve que la force des blogs par rapport à la presse en ligne réside dans la spécialisation de l’information, la pédagogie du contenu, la diversité des prises de position et donc finalement la réflexion qu’ils suscitent chez le lecteur.

  19. @ Alexandre : vous dites ceci : «un média traditionnel cherche à être le premier sur l’info, alors qu’un blogueur se contente (souvent) du retraitement et de l’analyse de l’info.»

    J’ai l’impression que les média traditionnels cherchent principalement à proposer la même info que tous les autres ! Et pour une bonne raison : s’ils ne disent pas la même chose que les autres, leurs lecteurs iront lire les autres média !

    🙂

    La quête du scoop n’est qu’une cerise sur un gâteau à la recette très prévisible !

    J’ai l’impression de trouver sur les blogs un panel d’infos beaucoup plus variées, étonnantes, etc.

    Et re 🙂

    http://www.lamachineaecrire.net

    http://www.lachosenumerique.com/

  20. Ce que tu dis sur Presse-citron est assez juste. Je le lis régulièrement, et en effet, le contenu n’est ni très pointu ni très commenté. Alors pourquoi est-ce que je passe tous les jours quelques instants sur ce site ?

    Je crois que c’est justement, comme tu le précises, parce que le type semble sympathique, qu’il sait conserver un ton léger, avec de la connivence. C’est la grande force d’un blog tenu par une personne identifiable. N’oublions pas que le blog est journal personnel, il tient donc du feuilleton. Erci Dupin est un personnage qui présente l’actu High-Tech, une sorte de PPDA de la blogosphère.

    🙂

    Pour ce qui est du modèle payant regroupant plusieurs sites, ce n’est pas idiot, mais il me semble que le prix ne pourra jamais dépassé le 1 euro/mois sous peine de décourager le lecteur !

  21. Pour apprehender le probléme de la presse en géneral il convient de dire quel presse : quotidien , hebdo, specialisés etc …et surtout pour qui : quel lecteur (rice)
    L’idée de 300 eolas n est pas ininteressante mais pour quel type d ‘informations et pour quel public .
    Pour l’info de proximité je rejoindrais assez celle émis plus haut sur l info de proximitée complement délaissé meme par la presse dite de proximitée ce qui est un comble …

  22. Il y a aussi quelque chose qui pourrait être intéressant : savoir combien de personnes lisent régulièrement les sites d’information en France. Quel est réellement le potentiel. Par exemple, un sondage qui poserait cette simple question à un panel étudié : « Lisez vous au moins une fois par semaine un article en entier sur un site d’information » (blogs & sites de presse confondus, du moment qu’ils sont liés à l’info). Peut être qu’on arriverait même pas à un million — qui suivent généralement plusieurs sites par jour. Le reste étant des visiteurs furtifs et/ou très occasionnels, arrivés en suivant une requête Google ou pour suivre une actu plus importante que les autres, 2-3 fois dans l’année.

    Un tel chiffre pourrait être plus intéressant que les nombres de visiteurs cumulés ; les pourcentages d’évolution d’audience d’une année à l’autre ; et autres sondages du type « avez-vous consulté un site de presse cette année ? », qui outre le fait de caresser les annonceurs dans le sens du poil, ne sont pas forcément représentatifs de la réalité.

  23. Je trouve cette analyse stratégique super pertinente.

    La Presse et l’Internet sont deux industries différentes, donc les facteurs clef de succès de la Presse ne se réappliquent pas tous pour l’Internet.

    En gardant une culture “Presse” trop importante, les sites de journaux vont dans le mur, c’est ce qui arrive systématiquement dans ce cas là, normalement.

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