après le journalisme

Pourquoi l’iPad ne sauvera pas les journaux en ligne

Tout simplement pour ça :

Cette petite application pour mobile est décrite ainsi par ses promoteurs : “Votre revue de presse interactive et en temps réel sur iPhone et iTouch”.

LeNewz est un agrégateur d’actualités, c’est un GoogleNews pour mobiles (déjà disponible pour iPhone/iTouch, bientôt pour Android… et pour iPad !). Il vous dispense donc de passer par une application iPhone dédiée à chaque site de média (celle du monde.fr, de liberation.fr, etc.), puisque vous avez accès à tous les contenus de ces sites depuis la même application.

Qui plus est, LeNewz vous propose une sorte de vue d’ensemble synthétique, par thématiques et mots-clés, de l’actualité du moment, et sur chaque mot-clé vous donne accès aux articles de tous les sites de presse qui ont été référencés sur ce thème. Certains de ces articles sont payants (sur liberation.fr, par exemple) et d’autres non : à vous de choisir si vous voulez vraiment payer pour un article de libé.fr, alors que vous avez accès au même endroit à des dizaines d’articles gratuits, exactement sur le même sujet, proposés par 20mn, L’Express ou Le Point, Le Monde, Ouest-France, La Dépèche du Midi ou encore Yahoo! Actualité (et même aussi, un peu, par des blogs, notamment dans le domaine high-tech)… 😛

L’interface reprend le principe “Cover Flow”, popularisé par Apple sur son système d’exploitation Mac OSX, puis sur iTunes et l’iPhone, qui affiche les pages d’article en permettant de les feuilleter. Graphiquement et ergonomiquement, c’est encore un peu court sur un écran d’iPhone/iTouch (selon mon expérience), mais avec l’iPad dont l’écran est bien plus grand l’expérience devrait être bien plus confortable.

J’avais déjà fait part de mes doutes sur le nouveau mirage de la presse sur mobile. L’arrivée simultanée de l’iPad d’Apple et de l’application LeNewz ne peut que renforcer encore mon sentiment : les applications dédiées des sites de médias sur appareils mobiles n’ont aucun avenir, et le nouveau mode de consultation des sites de presse sur appareils mobiles ne sera jamais pour eux la vache à lait financière espérée.

Pourtant, en présentant son nouveau jouet, Steve Jobs, le patron d’Apple, avait veillé à mettre en avant l’image rassurante, pour les patrons de sites de médias, de la Une du New York Times sur grand écran, en insistant sur le fait que le journal américain avait développé une application maison spécialement adaptée à la nouvelle tablette :

On voit bien quelle idée a germé dans l’esprit fécond de ceux qui présentent ces appareils mobiles comme le nouvel Eldorado de la presse en ligne : un moyen de fidéliser un lectorat redevenu captif du site de média à travers ces “applis dédiées”, pour l’amener petit à petit à payer ce service auquel il s’est habitué. On devine aussi, plus loin, l’ambition de voir se reproduire “le miracle d’iTunes” avec la musique : le tour de force de réussir à vendre dans ce kiosque des morceaux de musique à l’unité, qu’il est enfantin de trouver gratuitement par ailleurs, partout sur internet !

Le kiosque de presse ? Pas besoin d’iTunes, on l’a déjà avec LeNewz (et je gage que nombre d’applications vont apparaitre bientôt sur ce même principe).

Quelles conséquences ? Et bien c’est le retour à la case départ pour les sites de médias. Retour au régime que l’on connait actuellement sur le “Web pas mobile” : tous les sites de médias placés en concurrence directe et frontale les uns avec les autres, et non pas au niveau de leur site ou de leur marque de manière globale, mais bel et bien article par article.

Je vois difficilement comment le moindre modèle payant, que ce soit par abonnement de site ou vente des articles à l’unité, pourra s’imposer dans ces conditions…

A moins que tous les sites de médias rendent leur accès payant en même temps, mais je ne crois guère qu’ils ne parviennent jamais à un tel accord. Il serait trop tentant d’être le seul à rester gratuit, pour rafler la mise en terme d’audience (et donc de publicité). Je ne vois pas non plus pourquoi on me referait payer en ligne l’information produite par les services publics de l’information tels que France Télévision ou Radio France, que je paye déjà par ma redevance. Enfin, il restera toujours des sites d’informations alternatifs aux médias “privés”, qui conserveront le principe de gratuité, car ils émanent d’associations, de fondations, ou de groupes militants bénévoles.

16 Comments

  1. A moins qu’Apple ne décide de flinguer ces appli pour iphone, afin de permettre le développement de l’ipad, dont il faudra s’équiper pour avoir accès à certains contenus. On ira vers une spécialisation de chaque outil.

  2. @ Samuel

    Je crois que le message d’Apple est clair : cette application a déjà été approuvée par Apple, qui autorise sa diffusion sur l’AppStore.

  3. Non seulement tu me piques mes idées de billets (grrr… je fulminais ça depuis un moment) mais en plus je viens de twitter il y a 3 minutes à propos de LeNewz que je viens de tester.

    Tu fais exprès de me saboter le boulot, ou bien ? 😉

  4. Oui, pour l’instant. Une appli, ça se retire de la boutique. Pour le moment, elles peuvent être utiles pour faire pression sur les industries de la presse pour qu’elles acceptent des conditions léonines de partage de la valeur.

    Le deal est 80-20 (80 pour apple) ou sinon, on laisse ces appli se développer.

  5. @ Samuel (2)

    Et aussi : iTunes accepte de toute façon de diffuser aussi beaucoup de contenus gratuits (Podcast audio et vidéo par exemple), qui sont en concurrence avec ce qui est payant. Je ne vois pas comment Apple pourrait refuser l’accès des contenus gratuits à un futur éventuel iTunes de l’actualité.

  6. on aura la réponse quand Apple sera un quasi monopole de la distribution de contenus pour le grand public. Un jour, pas si lointain, un bon nombre de gens n’auront tout simplement plus besoin d’aller sur le net. Ils auront tout ce qui leur est nécessaire dans leur environnement Apple (fermé et propriétaire). Ce jour là, Apple fait ce qu’il voudra…

  7. là je suis tout de suite moins d’accord, pas tant sur le billet – je n’ai pas testé l’appli – lui même, que sur la question de fond “ce qui sauvera les journaux en ligne”.

    j’ai eu la flemme de le développer chez moi – eh oui, gros flemmard – donc c’est pas ici que je le ferai ;-), mais plus ça va – et notamment, à te lire – je deviens de plus en plus convaincu que le salut de la presse ne passera pas par son vecteur de distribution mais par le renouveau de sa pratique : le succès de certains magazines ou quotidiens aujourd’hui (ou récemment) tendrait à montrer que le “consommateur” est prêt à payer, quand il trouve de l’information de qualité.

    Le métier d’éditeur de presse n’est pas de fabriquer du papier, mais du contenu, un certain type de contenus, et de le distribuer ensuite, sur abonnement ou bien à l’unité. Quelque soit le support, numérique ou pas.

  8. @ Thierry

    Tu as raison de le rappeler : ce marché des applis pour smartphones devient concurrentiel avec l’arrivée de l’Android de Google. Et ça change tout !

    Apple ne commettra surement pas l’erreur d’ouvrir un tel boulevard à Google/Android en fermant à l’excès l’offre de son propre service.

  9. @ (Enikao)

    Je ne me suis pourtant pas précipité sur ce thème, laissant à d’autres le loisir d’exprimer leur opinion, avant que je ne le fasse pour la mienne. 😉

  10. @ ydikoi

    Puisse-tu être entendu par les éditeurs de presse ! :o)

    J’ai bien peur qu’ils en soient toujours au régime de la concurrence par le canon à dépêches, plutôt que par la différentiation par des contenus de qualité ! (ils devraient lire plus souvent la revue XXI !!)

  11. Pris par trois phénomènes (manque de temps, sujet en fermentation lente, incapacité à me concentrer suffisamment pour produire quelque chose de différent ou au moins d’utile), je n’ai pas réagi dans le bon tempo. Et plus ça va, moins j’ai de chances de dire quelque chose de différent… :-/

  12. Je ne suis pas sûr d’avoir compris le raisonnement. L’analogie avec le kiosque est trompeuse, nous ne sommes plus dans la distribution, mais dans l’accès.

    Il me semble qu’au contraire, la formule est bien la même qu’avec le iPod, déplacée de la musique aux journaux et TV. Dans un premier temps, un environnement fermé avec quelques gros joueurs. Une fois les habitudes prises (du côté des offreurs comme de suffisamment de lecteurs), on ouvre à tous gratuit ou payant.
    Apple, fait de toute façon sa rentabilité sur la vente de machines, non sur la vente de contenu, et il y a peut-être bien une clientèle qui cherche le confort de lecture, surtout si le multimédia est possible.
    À terme un modèle d’affaires pourrait s’esquisser selon l’ancien modèle de la presse, marché final + annonceurs. En ce sens Google, par Google-news ou le moteur, est complémentaire et non concurrent de Apple. On fait l’économie de la distribution, mais il faut néanmoins pour les industries du contenu partager les rémunérations avec deux autres partenaires.
    Reste qu’il s’agit d’un pari, il faut que la tablette rencontre son public. Mais ce n’est pas le premier de Apple, gagné ou perdu.

  13. @ JMS

    Là, c’est moi qui ne suis pas sûr de comprendre le distingo distribution/accès. Il s’agit de la même chose, mais vu des deux côtés du même comptoir, non ?

    Ce que je voulais souligner dans ce billet ne porte que sur la différence de nature (sur l’aspect distribution/accès, justement) entre deux types d’applications, et cela même à l’intérieur d’un système fermé comme celui des appstores pour smartphones (que ce soit iPhone ou Android) :

    – • des applis dédiées de sites de médias, qui proposent une sélection hiérarchisée de contenus d’actualité, placés sous une même marque. C’est, bon an mal an, la reproduction de la forme traditionnelle du journal, et son modèle économique traditionnel de la vente d’articles par paquets (bundle), en effet bien adapté au financement “bi-face”, et permettant l’optimisation des coûts de production entre articles chers à produire et articles bon-marché, par une sorte de péréquation.

    – • des applis “transversales”, telles que LeNewz : donnant l’accès (ou distribuant) les articles de plusieurs médias (regroupés cette fois selon leur sujet et non selon une marque), et plaçant les articles en concurrence les uns avec les autres. C’est la même logique que GoogleNews. J’estime que dans cette situation, le modèle économique traditionnel de la presse ne peut pas y être reconstitué. Ça pousse même à sa dislocation, par la disparition de la forme de journal, et la dissolution de la marque elle-même. Ça déplace totalement le “lieu” de la concurrence entre médias, de la marque et de sa ligne – ou son identité – éditoriale telle qu’elle est perçue par le lecteur, vers une concurrence article par article selon un agenda déterminé par les centre d’intérêt des lecteurs.

    Je crois que lorsqu’on donne le choix aux lecteurs entre ces deux “principes” d’accès, ils ont tendance à privilégier le second, qui répond mieux à leurs attentes. je tire pour ça arguments des études du sociologue Denis Muzet, qui met en évidence que le développement massif de la pratique du zapping, déjà constaté hors du web, n’est pas une fantaisie de lecteur/téléspectateur infidèle et volage, mais répond à son besoin croissant (et souvent exprimé) de diversifier ses propres sources d’information, en plaçant les médias en concurrence les uns avec les autres.

    C’est la logique de marque de médias que les usagers remettent en cause, et c’est pourtant celle-ci qui est promue par les applis dédiées. Voilà pourquoi je crois qu’elles n’ont pas d’avenir dès lors qu’une alternative “transversale” est disponible.

  14. Feedly, est un service connecté a google Reader.
    Il met en page les flux rss en style magazine. pour une navigation & lecture aisée quand on a + de 100flux.
    La version mobile doit deja etre en préparation.
    Il y a une version gratuite + 1 payante.
    On peut envisager à terme une redistribution en fonction du nombre d’abonnée par source.
    On fait payer un abonnement dont 1 partie est redistribuée aux auteurs (en fonction du nombre d’abonnement).

    Donc C’est une évolution fort probable de ce système. La musique n’est pas morte et est loin de l’être. De même pour la presse. Il y a un juste une plus-ou-moins grosse transformation de la consommation du contenu.

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