sur le web

Petite crise bloguesque à propos d’un billet sponsorisé (MàJ)

Petite crise bloguesque, avec la fermeture provisoire du blog professionnel Presse-Citron, à la suite, semble-t-il, de la lassitude de son auteur Eric Dupin face aux réactions dans les commentaires de son blog après un billet sponsorisé sur un gadget high-tech, présenté comme un “test” de ce produit.

Cette histoire est, à mon sens, un cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire en matière de publicité dans les blogs. La légitimité du format volontairement ambigu du billet sponsorisé devrait être définitivement remise en cause. Si elle fait l’affaire de publicitaires, qui agissent en la matière avec un certain cynisme, elle ne fait pas du tout celle du blogueur, qui mine sa crédibilité en troublant le contrat de lecture établi avec son lecteur.

– Eric Dupin, aujourd’hui sur Presse-citron : “Fermé pour cause d’inventaire”

(noir)Une ambiance détestable, des commentaires hargneux qui confinent à l’acharnement, des donneurs de leçons qui viennent me dire ce que je dois bloguer et comment je dois le faire, d’autres qui croient que Presse-citron leur appartient, (…) me conduisent à prendre un peu de recul et à fermer Presse-citron pendant une période indéterminée (probablement quelques jours tout au plus).

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Cette décision semble, du moins en partie, faire suite à certains commentaires sous ce billet sponsorisé.

Des réactions :

– VinZ de blog : “Le troll et le blog”
– Korben : “Bloggeur gentil VS Troll méchant – Le combat final”

(noir)Eric est bien sûr la cible privilégiée des trolls méchants, frustrés et jaloux car lui est passé bloggeur PRO ! C’est à dire qu’il consacre tout son temps à écrire des articles GRATUITEMENT pour les internautes… Et bien sûr quand on écrit GRATUITEMENT des choses et qu’en plus, on y passe tout son temps, il faut trouver un moyen de gagner un peu d’argent pour pas devenir bloggeur SDF… dur.

(noir)Du coup, Eric expérimente tout un tas de techniques pour gagner un peu d’argent avec son site sans rendre son contenu PAYANT… Et là moi je dis chapeau…

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Mon opinion

L’expérimentation d’Eric, sur Presse-Citron, de devenir blogueur professionnel est très intéressante. Mais à lire les commentaires qui semblent avoir provoqué sa lassitude, je ne suis pas persuadé qu’il s’agisse réellement d’une question de trolls.

La cause du clash est un billet sponsorisé sur un nouveau gadget high-tech (une imprimante photo), et certaines réactions suscitées par ce billet me semblent parfaitement illustrer toute l’ambiguïté du principe-même du billet sponsorisé (dont j’ai déjà dit ici tout le mal que je pensais).

C’est le sens du commentaire que j’ai laissé sur Presse-Citron :

(noir)Bonjour Eric

(noir)Déconnecter, prendre du champ, laisser retomber la pression, c’est sûrement une bonne solution.

(noir)Cela dit, il me semble que la question du billet sponsorisé se pose plus que jamais : cette forme de publicité se présente, à mon avis, de manière beaucoup trop ambiguë. Elle est une source permanente de malentendus. J’ai la même opinion d’ailleurs avec les publi-rédactionnels dans la presse traditionnelle.

(noir)Il me semblerait souhaitable pour les blogs de sortir de cette ambiguïté : afficher clairement “publicité” et pas une autre formule qui tourne autour du pot.

(noir)Et même mieux : maintenir une différence claire sur la page entre l’espace rédactionnel et l’espace publicitaire (la mention “publicité”, et toujours l’usage d’une typographie et d’un code couleur qui soit différent).

(noir)Il me semble que les blogs ne pourront pas faire l’économie d’une vraie réflexion de fond sur cette question. Car l’ambiguïté actuelle (à mon avis), et les malentendus qu’elle génère, minent la relation entre les blogueurs et les lecteurs.

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Je ne remets pas en cause le principe de la publicité sur les blogs, et dans les autres médias, pas plus que l’ambition de professionnaliser son blog. Mais le billet sponsorisé est une solution toxique, car ambiguë. Elle fait sûrement l’affaire des publicitaires, mais elle ne fait pas du tout celle des blogueurs, qui devraient, à mon avis, purement et simplement la rejeter.

Un cas d’école

Alors que ce n’est pas toujours le cas sur d’autres blogs, le billet sponsorisé en question est clairement indiqué comme tel sur Presse-Citron – dans le titre lui-même -, ce qui est bien la moindre des choses, puisque c’est la loi qui le demande. Voir sur Decryptages : droit, nouvelles technologies… : « Le publi-rédactionnel ? C’est quoi donc ? ».

Mais pourquoi ne pas dire carrément “publicité” ?

La formule employée en début de texte pose d’ailleurs ce problème :

(noir)Note au lecteur : j’ai été mandaté et dédommagé par (nom de l’agence de publicité) à la demande de (nom de la marque du produit présenté) pour cette opération, (…).

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Ce “mandat” est tout simplement un contrat publicitaire et le “dédommagement” en est la rémunération. Pourquoi de telles formulations édulcorées ?

On voit bien à quel point le billet sponsorisé a bien des difficultés à se présenter clairement et simplement comme une publicité commerciale, ce qu’il est pourtant.

De plus, certaines formulations ne me semblent pas claires : l’utilisation du terme de “test”, par exemple, pose un problème :

Un commentateur, Stéphane, le soulève :

(noir)Pour faire taire tous ces vilains commentaires, il aurait suffit de remplacer “test” par “info produit” et le tour était joué.

(noir)Car il est vrai qu’en te lisant, j’attendais (avec curiosité, connaissant le produit) la conclusion où tu aurais donné ton avis…

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Ce qu’Eric Dupin reconnait, en modifiant son titre en conséquences (mais le terme de “test” reste dans le texte : “(nom de l’agence publicitaire) m’ayant proposé de faire un test de la petite machine”):

(noir)@Stéphane, tu as raison, et tu dis les choses beaucoup plus intelligemment, du coup je change le titre. Cela dit je pensais que le nombre de photos que j’ai faites de l’appareil suffisait à démontrer que je l’avais réellement testé, mais j’ai eu tort.

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Quand on est mal parti avec ces formulations ambiguës, le “contrat de lecture” que l’on propose à son lecteur est donc tout sauf clair. Et c’est exactement ce que soulèvent plusieurs commentaires sous le billet de Presse-Citron. Certains se demandent si le produit a bien été “testé”, si on n’a pas “oublié” de mentionner d’éventuels défaut ou insuffisances du produit…

Nicolas :

(noir)C’est dommage d’oublié de parler de la qualité de l’impression…. voilà le désavantage d’un billet sponsorisé à mon sens (la qualité est très limité à en croire tous les autres tests et avis sur Internet). Ou alors ai-je raté un paragraphe ?

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Chaps :

(noir)mais en fait il est où ton test ??? aucun avis, pas de note…
c’est donc ça un travail de blogueur pro.

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Cynisme publicitaire

Je comprends bien quel est l’intérêt du publicitaire dans cette pratique. Il affiche d’ailleurs clairement la couleur, non sans cynisme sur le blog de l’agence à l’origine de ce billet sponsorisé :

(noir) (nom du produit publicitaire proposé aux annonceurs) revient aux sources du web2.0 et propose désormais que le rédacteur du support rédige lui-même un ou plusieurs publi-rédactionnels en fonction du cahier des charges fourni par l’annonceur.

(noir)Ainsi, la multiplication des annonces enrichie le contenu tout en évitant l’effet statique et imposé qui va à l’encontre de la charte web2.0. Sur une durée de plusieurs jours, le publi-rédactionnel restera visible tout en ne “polluant” pas le support.

(noir)Par ailleurs, le contenu étant produit par le rédacteur, l’effet publicité se voit légèrement gommé, profitant de la signature rédactionnelle du blog. (C’est moi qui souligne)

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Il convient de “gommer” un effet qui pourrait être “polluant” ! Et ainsi masqué de “profiter” de la signature du blogueur.

C’est bien le crédit du blogueur auprès de ses lecteurs que le publicitaire achète, mais en l’achetant de cette manière, à mon avis, il le détruit.

Alors, s’il est légitime, je l’admets, d’expérimenter les formes possibles de monétisation de l’audience d’un blog, et de la qualité particulière de cette audience due à la relation nouée entre les blogueurs et ses lecteurs par rapport aux médias traditionnels, il convient aussi de faire le tri entre les bonnes et les mauvaises méthodes.

Je crois que vous avez compris que le billet sponsorisé est pour moi une mauvaise méthode, et qu’à mon avis Eric de Presse-Citron s’est pris les pieds dans le tapis dans cette affaire.

Si j’étais d’avis que les leçons de déontologie d’un certain journaliste du Monde vis à vis des blogueurs français en voie de professionnalisation étaient assez déplacées, vue la dépendance publicitaire dans laquelle la presse vit tout autant, avec les ravages du marketing éditorial que l’on peut y constater, il faudrait aussi que les blogs fassent un peu de ménage devant leur propre porte…

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Mise à jour (vendredi 21 novembre 2008) :

– Eric Dupin, sur Presse-Citron, revient sur cet épisode et le commente : Bon, alors…

Il assure que sa décision n’avait pas de rapport avec le billet sponsorisé. Dont acte. Eric maintient que ce billet publicitaire était un “test”, même s’il estime qu’il n’était “pas assez complet”. Il qualifie également ce billet publicitaire de “pige”, qui est un terme spécifique du jargon des journalistes et des typographes, ce qui ne fait, à mon sens, que nourrir encore un peu plus la confusion entre ce qui est de la publicité et ce qui ne l’est pas.

J’ai même vu, ailleurs que sur Presse-Citron, certains introduire à l’occasion de ce débat, une sorte de distinction entre ce qui serait un “publi-rédactionnel” et ce qui serait un “billet sponsorisé”. Il faut donc rappeler encore une fois que cette distinction est purement fantaisiste. Ces deux expressions sont des formulations édulcorées pour désigner des formes particulières de publicité commerciale, qui est entièrement et pleinement de la… publicité.

Tout cela ne fait qu’illustrer encore un peu plus mon propos : serait-il donc sale ou honteux d’appeler la publicité par son nom, et de reconnaître clairement que l’on fait des billets publicitaires ? Ce qui est, je le répète, parfaitement autorisé dans ce pays, et c’est même aujourd’hui la source de financement principale du journalisme (en ligne comme hors ligne), mais uniquement à la condition qu’on le dise clairement au consommateur.

Cette difficulté persistante à appeler la publicité par son nom, et ce penchant à entretenir volontairement la confusion dans l’esprit des consommateurs, me semble, plus que jamais, poser un véritable problème.

Faut-il encore rappeler les termes de la loi, comme le fait Jérôme sur Décryptages : droit, nouvelles technologies… ?

(noir)La dénomination utilisée pour mettre en avant le caractère publicitaire importe peu. Que cela s’appelle publi-rédactionnel, publi-reportage, info commerciale…, l’important est que les lecteurs sachent qu’il s’agit d’un contenu à caractère publicitaire. L’art. L.121-1 du code de la consommation prévoit ainsi qu’”une pratique commerciale est trompeuse si elle est commise dans l’une des circonstances suivantes (…) lorsqu’elle n’indique pas sa véritable intention commerciale dès lors que celle-ci ne ressort pas déjà du contexte“. De part sa nature, un article publi-rédactionnel ne ressort pas du contexte.

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(noir)Au delà du droit commun, l’art. 20 de la LCEN ajoute que la publicité sous quelque forme que ce soit (…) doit pouvoir être identifiée comme telle” dès lors qu’elle est “accessible par un service de communication au public en ligne“, internet en l’occurrence.

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Un texte, commandé par un annonceur, par l’intermédiaire d’une agence de publicité, concernant un produit ou un service commercialisé par cet annonceur, et qui donne lieu à une rémunération du rédacteur… Je ne vois pas par quel chemin tortueux de l’esprit quelqu’un de bonne foi peut encore prétendre qu’il ne s’agit pas d’une publicité… Alors, il faut le dire clairement et cesser de tourner autour du pot !

23 Comments

  1. @ Ouinon

    L’expérience est en effet amusante :

    J’en conclue : Presse-citron est LE SEUL à afficher clairement que le billet est sponsorisé DANS LE TITRE de son billet.

    Plusieurs blogueurs ne le mentionnent qu’à la toute fin du billet, une fois qu’il est lu ! Certains ne le mentionnent même pas.

    Le seul qui fait un vrai test, dans un billet qui n’est pas sponsorisé, est obligé de l’écrire en toutes lettres, tellement la plupart des autres encouragent la confusion.

    Ma conclusion : Presse-Citron est bien loin d’être celui qui a les pratiques les plus douteuses (voire illégale quand le caractère d’annonce commerciale n’est pas indiqué du tout) dans cet échantillon.

    Belle démonstration qu’il y a vraiment du ménage à faire !

  2. Comme d’habitude Narvic, une analyse qui fait du bien.
    Forcement, pour moi, tu prêches un convertis, mais dieu que ça fait du bien à lire.
    Je ne parlerai pas des commentaires qui ont suivis le billet d’Eric Dupin sur son break, mais il y’aurait matière aussi.

  3. C’est toute l’ambiguïté que je vois apparaître dans les réponses aux questionnaires que j’ai envoyé à certains blogueurs (dont tu fais partie) au sujet des “billets sponsorisés”. Eric ne m’a pas encore répondu et j’ai tendance à croire que mes chances d’avoir son opinion viennent de s’amenuiser.

    Beaucoup pensent que ce n’est pas de la publicité, qu’il faut tout de même avertir le lecteur et que cela n’affecte pas la qualité du blog.

    Si les téléspectateurs se sont accomodés de plage de pubs avec jingle dédié à la télévision, pourquoi ne s’habitueraient-ils pas à un billet de temps en temps dont le titre serait “PUBLICITE – Présentation de l’imprimante BetterPrint de PrintCorp” ?

    Je m’arrête ici car je vais écrire quelque chose à ce sujet de plus construit et réfléchi sur mon blog mais ta phrase “Il me semble que les blogs ne pourront pas faire l’économie d’une vraie réflexion de fond sur cette question. Car l’ambiguïté actuelle (à mon avis), et les malentendus qu’elle génère, minent la relation entre les blogueurs et les lecteurs.” me paraît résume la situation.

  4. @ GuAM

    Je comprends bien que ce ne soit pas clair dans l’esprit de tout le monde. Le problème est qu’il y a des lois et qu’il vaut mieux les connaître par avance, si on ne veut pas le découvrir à ses dépens de manière très désagréable.

    Je serais très étonné que les associations de défense des consommateurs et les autorités de la consommation (DGCCRF) ne finissent pas un jour par mettre vraiment leur nez dans ce qui pose un véritable problème :

    Les billets sponsorisés SONT de la publicité – on devrait d’ailleurs dire “billets publicitaires” – et si ça n’est pas clairement indiqué pour prévenir les consommateurs, c’est tout simplement une infraction qui est passible de sanctions pénales.

    Le blog de juriste Décrytpages rappelle le tarif, dans cet excellent billet dont je recommande très fortement la lecture à tous ceux qui publient des billets publicitaires, sans l’indiquer clairement :

    Les peines encourues sont celles prévues pour la tromperie. L’art. L.213-1 c. conso. prévoit ainsi au maximum 2 ans d’emprisonnement et/ou 37500 € d’amende.

    Et ce n’est que l’aspect légal. La question de la crédibilité du blogueur vis à vis de ses lecteurs se pose aussi.

  5. j’ai personnellement commis ce genre de billet sponsorisé. je me suis toujours gardé la liberté de dire ce que je pensais du produit et il m’est arrivé aussi de donner un avis négatif sur ces mêmes produits. A mon sens, le blogueur prend un risque mais s’il garde son libre arbitre, la marque ne prend également un à ses risques et périls. Après, le lecteur doit être informé de l’objet publicitaire de la note, cela j’en conviens. Maintenant, qu’Eric soit victime de mauvais coucheur est déplorable dans notre petite blogosphère.

  6. @ Yann

    Pour moi, ça me pose un vrai problème avec des blogs qui présentent d’un côté de vrai tests personnels de produits et de l’autre des billets publicitaires sur d’autres produits, sans faire de vrais efforts pour marquer très clairement la différence, et pour certains en faisant même des efforts pour entretenir la confusion entre les deux. On est vraiment là dans des situation limites vis à vis des lois qui protègent les consommateurs. Je ne crois pas que ça pourra durer bien longtemps comme ça sans retours de bâton désagréables. C’est à dire, et pour être clair : des amendes !

    Par ailleurs, je ne crois pas du tout qu’on puisse rester “indépendant” sur un test produit si l’on a été payé pour ça par un annonceur. C’est une illusion qu’on se fait à soi-même. Je n’y crois pas du tout.

    De toute façon, si on est réellement négatif sur un produit, je suis bien persuadé que l’agence ne proposera plus jamais de billets publicitaires. Car ce n’est pas du tout leur intérêt de payer pour voir diffuser une anti-publicité. Ils ne sont pas fous tout de même.

    Ils peuvent laisser passer une ou deux petites remarques moins positives pour rendre plus crédible la fausse idée que le blogueur est indépendant, mais ça n’ira jamais plus loin.

    Il faut tout de même être réaliste : si on veut avoir d’autres billets de ce genre proposés par les agences, il faut dire du bien du produit, et volontairement “gommer”, comme ils le disent eux-mêmes, le caractère publicitaire, pour qu’il se voit le moins possible.

    Il y a une très grande hypocrisie dans le fond même de cette démarche de billets publicitaires.

  7. C’est vrai que le publi-rédactionnel peut créer une tension sur un blog comme celui d’Eric, car ils attendent beaucoup du patron et donc là, ça sort un peu du concept, mais au fond, tout cela est expérimental, sauf le salaire en fin de mois quand on est blogueur pro.
    Publicité pourquoi pas, mais normalement c’est Publi-rédactionnel…
    A+

  8. @ Cyrille

    “Publi-rédactionnel” n’est qu’une appellation tolérée, et en réalité assez faux-cul, pour désigner une certaine forme de publicité commerciale. Mais ça reste… une publicité commerciale. 😉

    Et c’est encore plus faux-cul d’appeler ça un billet sponsorisé ! D’ailleurs, sur le blog de l’agence de pub que je cite, ils n’utilisent pas le terme de “billet sponsorisé” mais bien celui de “publi-rédactionnel”. Auraient-ils oublié de passer le mot aux blogueurs qui travaillent avec eux ?

    En tout cas, il faut croire que certaines forme de publicité ont honte d’elles-mêmes et préfère utiliser des termes détournés et édulcorés. Tiens, mais pourquoi donc ? :))

  9. Histoire d’être cynique, je conseille à Eric Dupin d’imiter les vieux médias traditionnels pour le coup. Autrement dit, faire du publi-rédactionnel à longueur de temps sans le mentionner. La presse féminine par exemple, ou bien certains gratuits, ne font plus que recopier les dossiers de presse des annonceurs ou bien cèdent très facilement au coup de fil du groupe X qui demande un petit coup de pouce en échange de son engagement à acheter trois pages dans le prochain numéro. N’est-ce pas plus grave qu’un post qui teste un gadget en précisant clairement sa nature de post sponsorisé?

  10. Pour une fois, je vais me permettre de rigoler un grand coup à propos de ton billet.

    Pourquoi ? Parce que je vois apparaître depuis 2 mois des billets chez toi, aliocha ou les autres blogueurs-journalistes, tous plutôt pas du même avis, alors que vous constatez fondamentalement la même chose : les blogueurs et les journalistes tendent à faire le même “métier” ! Pas forcément de la même manière, pas forcément avec la même expérience, pas forcément avec les mêmes exigences personnelles…mais vous faites la même chose !

    Le billet “sponsorisé” de Presse-Citron n’est pas pire que les publi-rédactionnels des quotidiens – cf. les apparitions régulières de faux articles dans le Monde, le dernier en date que j’ai retenu étant à propos de la Flandre – ou des magazines – je ne crois pas avoir besoin de donner d’exemples – . Comme les interviews de Julien Dray n’étaient pas meilleures, mais pas pires, que celles qu’auraient pu faire un pool de journalistes, n’en déplaise à Aliocha.

    Ce que je trouve également plutôt rigolo, c’est l’aplomb des blogueurs vis-à-vis de certaines pratiques, qui ne les touchaient pas encore juste parce qu’ils n’étaient pas assez reconnus. Les billets sponsorisés, c’est un classique des blogs féminins, et ça ne choque personne – en tout cas pas plus que les 70% de contenu publicitaire éhonté des magazines féminins.

    Plutôt que de conseiller aux blogueurs de balayer devant leur porte, ne faudrait-il pas plutôt conseiller de s’appuyer sur les faibles, journalistes ou blogueurs – plus facilement critiques car moins impliqués dans le fonctionnement du systême – pour tenter d’améliorer la pratique de ce qui se veut au fond apporter le même “plus” pour les citoyens ?

    Sans dire qu’Eric Dupin avait raison ou tort – bien qu’à mon avis, il aie eu tort – , la différence, plutôt qu’entre “blogueurs” et “journalistes” , n’est elle pas entre “bonnes pratiques de l’information” et “mauvaises pratiques de l’information” ?

    Peut-on considérer qu’une publicité dont les auteurs du média rédigent le contenu est un “publi-rédactionnel” ou un “billet sponsorisé” , plutôt qu’une publicité classique ? Franchement, quelle est la différence ?

    Doit-on accepter que la publicité envahisse directement les zones réservées à l’information, et ce afin de délibérément – je ne peux pas croire qu’un seul blogueur/journaliste ne s’en rende pas compte – tromper le lecteur ?

    Est-il normal de considérer – et je vois là un intéressant biais, de par le reproche récurrent contre les journalistes – que vu que le blog/média sert à vivre, il est acceptable de faire tout un tas de compromissions avec ce qu’on voulait produire à la base, “vu qu’il faut bien bouffer” ?

    Enfin, et pas la question la moins importante, un média doit-il considérer que les lecteurs – dont il peut “sélectionner” les intervenants – ont ou non leur mot à dire, que ce soit en bien ou en mal ? Et ces considérations, quels domaines peuvent-elles aider ?

    En conclusion, je trouve rigolo que les journalistes – je ne vous compte pas dedans, pour changer – reprochent aux blogueurs des pratiques – de publicité, d’interviews, etc… – qu’ils ont adopté il y a des années, sans se poser deux secondes ces questions. Et, a contrario, on constate que la “masse blogosphérique” , pour imparfaite qu’elle soit, se pose franchement ce genre de questions, parfois violemment, et y compris quand elle concerne un “non-journaliste” , venant ainsi et de la plus belle des manières infirmer ce que l’immense majorité de la profession pense : non, les blogueurs/internautes ne tapent pas sur les journalistes pour le plaisir de le faire ! Ils le font parce que ça les dérange, et quand “un des leurs” le fait, il se fait également critiquer, et au moins aussi durement.

    PS : Par ailleurs, on pourra noter la forte hypocrisie du Capitaine sur le sujet. Il a beau jeu de citer l’article NRV de Dupin, alors qu’il y a moins de deux ans il assimilait ce genre de pratiques à de la prostitution ! Comme quoi, le plus important semble être de se fixer à son idéal…et les journalistes, comme les blogueurs, devraient garder cela en tête. Sinon, faudra pas reprocher aux juges d’appliquer leurs instructions strictement – ce qu’ils ne semblent pas faire, au vu du blog d’Eolas – , parce que comme pour eux le métier – ou la passion – de l’information n’est pas “un moyen de mettre du lard dans la gamelle” . Bref, si les blogueurs perdent leur avantage de – non – rémunération, c’est tant mieux, on va pouvoir revenir à la déontologie !

  11. @ Mokatarama

    Il me semble lire dans ton propos une ligne directrice pas tellement différente de celle que je tiens tant bien que mal sur ce blog, en essayant de pas trop me contredire :

    • les journalistes sont mal placés à donner des leçons de déontologie, car il n’en ont pas vraiment une eux-mêmes (un simple texte de principe qui n’engage personne et pour lequel il n’y a ni contrôle ni sanction), d’ailleurs ils ne l’appliquent pas du tout, à voir le développement effréné du marketing rédactionnel et les effets déplorables de la course à l’audience, qui s’accentuent sur le net.

    • mais les blogueurs auraient aussi intérêt à mettre un peu de déontologie dans leur pratique, en réalisant bien concrètement qu’ils sont soumis exactement aux mêmes lois que les journalistes, par exemple sur la responsabilité éditoriale ou sur la publicité…

    • quoiqu’en disent les uns et les autres il n’y pas réellement une différence si nette et claire que ça entre ce que que sont un blogueur et un journaliste. Pour paraphraser un de mes propres commentaires posté ailleurs : deux ensembles aux contours très flous qui se superposent en partie.

    • à mesure que certains blogueurs voudront se professionnaliser, ils iront vers une normalisation, une perte d’originalité et de liberté de ton, et cela par la seule mécanique de l’élargissement de l’audience (avec ses conséquences autant sur la prudence imposée par l’impact accru de ses propos que sur leur homogénéisation pour correspondre au plus petit dénominateur commune d’une audience de moins en moins homogène en raisons de sa taille) et par l’effet de la logique publicitaire.

    • en miroir les journalistes ont tout à gagner à aller vers le blog, où ils retrouvent une liberté de ton et de choix de sujet, une relation au lecteur, etc., qu’ils ont largement perdu dans leurs médias.

    Bref, les uns sont en train d’apprendre des autres, dans un beau mouvement… de convergence. 😉

  12. @moktarama : Votre vrai problème c’est comment vivre d’un blog sans faire fuir les lecteurs au moment où ils découvrent que vous n’êtes plus l’amateur éclairé et bénévole auquel on peut se fier mais la taupe d’une boite commerciale qui vous paie pour les égarer. Entre nous, ce genre de difficultés me semble insurmontable. Dans une entreprise de presse on sépare les fonctions. Mais personne ne me fera croire qu’un homme seul sur un blog peut avoir un jour sa casquette de pub et le lendemain reconquérir son indépendance. Ce d’autant plus que, à mesure que les contrats de pub se multiplieront, le champ de liberté à l’égard des annonceurs se réduira comme peau de chagrin. Bonne chance ! Entre nous, c’est dommage, j’aimais bien les blogueurs mais vos harangues répétées contre mon métier m’ont écoeurées.

  13. Je m’excuse si je répète un peu ce qui a déjà été dit mais je n’ai pas encore eu le temps de lire toutes les réactions. Pour ce que j’en ai lu, je trouve en tout cas que la qualité des réactions est là, à l’inverse de ce qu’on peut lire sur d’autres blogs 😉

    Pour ma part, je publie des billets sponsorisés depuis juin dernier, j’ai du en faire 6 ou 7. Sur un total de 1022 billets publiés jusque là, le rapport est ridicule, vous en conviendrez. Les journalistes qui critiquent ce type de publicité ne sont pas les mieux placés. Je les entends dire qu’ils fonctionnent via des régies et qu’ils sont donc blanc comme neige. Oui mais eux n’ont quand même pas d’excuses : on paye pour lire leurs écrits et en plus on a droit dans TOUS les numéros à du contenu sponsorisé pré-mâché par des agences de com. Donc si un jour je vois de visu un journaliste et qui me fait une remarque sur les pratiques des blogueurs, je me ferai un plaisir de lui répondre.

    Ensuite, concernant Eric, dites vous qu’il a le mérite de mettre la mention article sponsorisé. Car même si l’agence rend obligatoire cette mention, il faut savoir que je vois tous les jours des billets passés qui ne portent pas cette mention sur d’autres blogs. Sur le Pogo, j’en ai vu au moins deux. Là, c’est vraiment prendre le lecteur pour un couillon de service. J’estime, pour ma part, que mettre la mention “article sponsorisé” dans le titre est largement suffisant. C’est comme si vous regardez la TV. Vous voyez un encart “pub” qui apparaît, vous zappez. Il suffit de faire pareil sur les blogs. C’est ce que je fais. Après, je ne dis pas que j’écris n’importe quoi dans le cadre de ces articles pas “comme les autres”. Je le sais, puisque c’est moi qui a écrit, que l’article comporte une valeur ajoutée et que ça peut intéresser des gens. Mais je comprends à 100% les gens qui zapperont mécaniquement.
    Enfin, il ne faut pas se leurrer, quand vous n’êtes pas encore salarié et ne vivez pas en toute indépendance comme c’est mon cas, c’est difficile de refuser une proposition à plusieurs centaines d’euros. J’en refuse car pour le moment, j’ai eu la chance d’avoir d’autres propositions plus intéressantes pour moi. Il y a petre 2-3 articles pour le moment qui ont été postés sur mon blog uniquement par appât du gain, je le reconnais. Le reste, c’était vraiment intéressant personnellement. Et si en plus ça me rapportait de l’argent, génial !
    Voilà, dans cette affaire, je me dis aussi que beaucoup de gens disent publiquement qu’ils refuseraient un chèque à plusieurs centaines d’euros en échange d’un article de 200 mots mais je sais qu’au fond d’eux, ils diraient difficilement non. Question de franchise et de faux culs…

    Encore une chose, nous, blogueurs, avons le mérite d’en discuter tous les jours, de se remettre en question et de tenter de nouvelles choses. Mais vous en voyez souvent passé des dossiers de journalistes au sujet de LEURS articles sponsorisés, de LEURS pratiques ?

  14. @ Aliocha

    J’ai comme un très fort doute sur le maintien réel de la séparation des fonctions dans les médias professionnels. Il me semble au contraire que l’on constate (les chercheurs l’observent, mais les journalistes le voient bien eux-aussi) – et là encore, c’est internet qui sert de laboratoire – que les responsables des projets éditoriaux ont de plus en plus une “double casquette” : on leur demande de gérer, en plus de l’éditorial, les aspects management et gestion, notamment les aspects marketing, commercial et publicitaire.

    C’est un nouveau “profil” de rédacteurs en chef/gestionnaire/manager, qui émerge très nettement dans les projets web, et qui est de plus en plus répandu dans la presse magazine, et dans certains secteurs de l’audiovisuel.

    En fait, la fameuse “muraille de Chine” entre rédactionnel et publicité n’existe encore que dans la presse d’information généraliste et politique (et certains secteurs de la presse professionnelle très spécialisée). Et encore !

    Le choix des couverture des News Magazines, par exemple, obéit-il à une logique éditoriale ou bien uniquement à une logique de marketing : spécial immobilier (avec les pubs des banques), spécial vin (avec les pubs de… vin), spécial région X (avec un démarchage publicitaire ciblé), etc. ?

    Un autre exemple : Libération qui fait récemment un numéro publicitaire “collector” spécial pour Chanel, et le directeur du journal remercie nommément la marque dans son éditorial. Où est la frontière dans ce cas ? Editorial ou publicité clandestine dans un espace rédactionnel ?

    @ VinZ

    Toute l’enjeu de l’affaire, c’est ce que j’ai appelé le “contrat de lecture” entre le rédacteur et le lecteur. De ce côté, les journalistes ont une expérience accumulée que les blogueurs seraient peut-être bien inspirés d’écouter… 😉

    Quand ce contrat est rompu, la pente est généralement impossible à remonter. Par exemple, quand Libération n’a pas tenu compte d’une partie de son lectorat au moment du référendum sur la Constitution européenne, le journal a perdu le quart de ses lecteurs en peu de temps. Il ne les a jamais retrouvés.

    Ça marche aussi dans l’audiovisuel : c’est l’exemple du départ de Bouvard et des Grosses têtes à RTL, ou PPDA au 20heures de TF1.

    Le problème pour les blogueurs, c’est que le contrat de lecture est totalement brouillé par le billet publicitaire : il devient très difficile de savoir quel est le réel degré d’indépendance du blogueur par rapport à l’annonceur. C’est encore pire quand le caractère publicitaire est dissimulé : ça jette le doute sur l’ensemble de ce qu’écrit le blogueur.

    Tout cela est source d’un malentendu et de doutes permanents de la part du lecteur. C’est toxique. Et c’est une illusion de voir le problème uniquement sous ton angle à toi : tu te sens libre d’écrire ce que tu veux. Alors que le problème c’est ton lecteur : comment peut-il, lui, en être sûr ? Elle est là, la question. Pas dans la tête du blogueur.

  15. Je me suis amusé à faire l’expérience proposée par Ouinon. Sur les 50 premières entrées de la requête faite sur Google, je dirais que pas loin de la moitié des textes publiés sont plus que limite quant à la mention du caractère intéressé de la rédaction du billet.

    Les auteurs de billets n’indiquant absolument pas le caractère publicitaire du contenu sont clairement dans l’illégalité. Cela concerne 10% des billets lus.

    De la même manière, indiquer “Sujet de billet proposé par (…)” n’est pas, à mon avis, suffisant pour déterminer le caractère publicitaire ou non du billet. La ficelle est grosse certes, mais ce n’est pas parce qu’un sujet est proposé que le billet donnera forcément lieu à rémunération.

    Le mélange des genres entre rédactionnel pur et publi-reportage ou article sponsorisé posera problème du point de vue juridique. La dénomination est neutre d’un point de vue juridique : c’est le caractère publicitaire qui compte, pas le nom donné à la pratique.

    Certes, ce problème n’est pas que juridique, loin de là, mais mon métier m’incline à n’aborder que ce problème. Je laisse le soin aux autres spécialistes les autres problèmes posés.

    On m’opposera bien entendu que les juristes sont des empêcheurs de tourner en rond, mais c’est aussi pour cela que l’on nous paie !

  16. @narvic : voyez-vous je commence à avoir de sérieux doutes sur les intentions de ceux qui réalisent et diffusent ces études. Sutout quand il s’agit de démontrer que la vertu n’existant plus nulle part, alors tout est permis, tuons la presse écrite et remplaçons là par n’importe quoi sur Internet. Au début je vous trouvais lucide, bien informé et relativement inquiétant, maintenant je me demande, pardonnez-moi d’être franche, si vous ne rêvez pas tout simplement de voir mourir la presse. Allons Narvic que diable, plutôt que de jeter le première pelletée de terre sur le cercueil et de se féliciter d’avoir annoncé le désastre, pourquoi ne pas prendre la défense de la presse ? Votre science du secteur ne pourrait-elle vous servir à dessiner son avenir plutôt qu’à prophétiser sa mort ? Vous êtes sûr que vous aimez la presse et le journalisme ? Parce que attaquer le journaliste du monde puis maintenant agiter l’argument selon lequel il n’y a aucune différence entre un journaliste professionnel payé par sa rédaction et non par la pub, appartenant à une équipe, protégé par un rédacteur en chef et un directeur de la rédaction, concluant un pacte de confiance avec ses lecteurs, et un blogueur anonyme, seul, directement rémunéré par des publicitaires pour faire tantôt un papier sincère tantôt une publicité, il me semble à moi qu’il y a une sérieuse différence, non ? Et il me semble que la situation n’est pas tenable en raison même de la philosophie d’Internet : cette fichue gratuité. Les internautes veulent de l’information gratuite mais ils veulent aussi de l’information qu’ils pensent plus objective que l’information officielle parce que justement délivrée bénévolement par des amateurs éclairés. Transformez ces rebelles du système en poste avancé dudit système et vous tuez assurément le modèle. C’est de la logique de base. Enfin, vous faites ce que vous voulez…ça me désole pour les blogueurs mais compte-tenu de la manière dont ils traitent les journalistes, je ne vais pas pleurer non plus.

  17. @ Aliocha

    Décidément on ne se comprend pas : le journalisme joue carrément sa survie (et rien n’est joué) et pas pour des raisons accessoires ou circonstancielles. J’estime que cette profession, qui prend très tardivement conscience que la menace est réelle et profonde (et pas simplement un mauvais moment à passer) se trompe très profondément dans son analyse et sa réaction.

    La question pour moi n’est pas de défendre l’indéfendable : une forme de journalisme que j’ai connu dans ma jeunesse est morte. Il s’agit d’en inventer une autre, totalement différente. Et il ne faut pas se tromper dans l’analyse…

    Bien sûr, il y a un problème déontologique, le marketing éditorial et les communicants, bien sûr il y a des problèmes industriel de coût d’impression et de distribution de la presse papier en France, des problèmes de relations avec les grands groupes industriels et le monde politique, mais ce n’est pas ça qui constitue le coeur du problème à mon avis. Le cancéreux peut aussi avoir, en plus, une sérieuse grippe. les antibiotiques ne suffiront pas.

    L’observation qu’on peut faire du fonctionnement d’internet montre que c’est le socle même du mode d’accès à l’information sur lequel est basé l’existence même du journalisme sous sa forme actuelle qui est remis en cause.

    Ça ne touche pas encore tout le monde, mais le développement de l’utilisation d’internet comme source d’information principale laisse entrevoir que ça va se généraliser.

    L’information est devenue liquide, on la “consomme” à l’unité par des canaux de distribution qui sont totalement différents de ce que l’on connaissait avant : les moteurs de recherche, les agrégateurs, les réseaux sociaux…

    Ça remet en cause l’existence même du journal, et même du média, et ça remet en cause une fonction essentielle du journalisme à l’ancienne : la sélection et la hiérarchisation.

    Un autre bouleversement fondamental : l’accès aux sources et l’arrivée de nouveaux producteurs d’information. Ce sont les bases de données économiques, démographiques, juridiques, etc. qui sont en accès direct pour les utilisateurs. Ce sont des experts qui publient directement en ligne. Ce sont des amateurs qui apportent des contenus parfois de très bonne qualité, ou parfois intéressant pas simple effet d’aubaine, car ils étaient au bon endroit u bon moment, avec leur caméra ou leur appareil photo… C’est une profusion d’information qui arrive directement à l’utilisateur sans avoir besoin de passer par le médiateur obligé qu’était le journaliste.

    Le rôle, la fonction sociale, l’utilité même du journalisme sont remises en cause en profondeur.

    Il s’agit de déterminer à quoi il ne sert plus, à quoi il sert encore, à quoi il pourrait servir de neuf (cf. Un journalisme de re-médiation).

    Une chose me paraît clairement perdue en tout cas : une vision romantique et messianique d’un journalisme d’apostolat, d’un journalisme de mission ou de magistère. Ça, c’est fini. Les gens n’en veulent pas. Et de toute façon, ce n’était qu’un mythe. Ce journalisme-là, ça fait bien longtemps que je n’y crois plus.

    Alors il s’agit de cherche, d’innover et d’expérimenter, pas de se replier dans une forteresse.

    C’est dans cette direction, en tout cas, que je cherche si l’on peut encore sauver le journalisme. Et il y a quelques pistes intéressantes : à travers le journalisme de liens, à travers les fonctions d’agrégation/vérification/documentation de l’information, dans le blog également, qui renouvelle radicalement la relation à l’audience et la manière d’écrire et de transmettre, il y a des pistes aussi dans le multimédia. Et peut-être d’autres pistes encore à découvrir et explorer…

    Mais il s’agit bien d’inventer quelque chose de totalement neuf et pas de défendre quelque chose qui est déjà perdu.

  18. @Aliocha :

    Premièrement, en mettant tout le monde dans un grand sac (“les blogueurs”) , je ne suis pas sûr que vous vous donniez une vision exacte de l’écosystême d’internet. Et c’est peut-être là la grande différence avec “les journalistes” , qui eux-mêmes se voient comme une corporation. La solidarité entre blogueurs se fait le plus souvent par les idées, pas juste parce que “nous sommes les blogueurs” , et certaines pratiques dont les journalistes ne semblent plus débattre depuis des lustres sont abordées crûment, y compris avec “les influents” .

    Ensuite, franchement, brandir l’indépendance du journaliste qui serait forcément supérieure à celle d’un blogueur rémunéré – mais on pourrait dire “journaliste” – , permettez-moi de rire ! Elle est où l’indépendance des journalistes qui bossent dans les magazines féminins ? Elle est où l’indépendance des journalistes du Monde qui commettent régulièrement des publi-rédactionnels – cherchez “Gand” , vous lirez une magnifique plaquette touristique de la ville – non signalés comme tels, alors que l’intention est flagrante ? Elle est où l’indépendance du Figaro possédé par Dassault ?

    Je trouve particulièrement désolant que vous répondiez de cette manière à un commentaire qui se voulait justement sortir d’une opposition entre blogueurs et journalistes pour parler des pratiques des deux côtés.

    Ainsi, un homme seul peut choisir consciemment d’être sa régie publicitaire tout en refusant toute intrusion de la pub dans son espace rédactionnel. Un journal pourrait aussi le faire.

    Par ailleurs, pour le moment Presse-Citron est toujours la propriété d’Eric Dupin, ses lecteurs connaissent ses biais, et lui accordent une certaine confiance. Ce dernier joue la transparence, et les lecteurs le voient. Expliquez-moi en quoi son indépendance est-elle plus en danger que celle, mettons, d’un Les Echos acheté par un des plus grands groupes mondiaux du luxe…

    Ce que j’essaye d’expliquer, c’est que ce n’est pas la forme qui est importante ici : blog, journal, chaîne de télévision, agence de presse…ce que cherchent les lecteurs, c’est certaines pratiques et une confiance en leurs sources. Et ils se cognent de savoir si celui qui le fait a sa carte de presse ou non.

    En l’occurence, pour prendre un exemple évident, j’en apprends plus sur la vie législative du pays en lisant 3 blogs – Eolas, Jules et Autheuil – qu’en consultant les quotidiens nationaux. Je ne vois donc pas pourquoi je continuerais à lire des articles à “faible valeur ajoutée” juste parce qu’ils sont produits par des journalistes. Si ces blogs perdent de leur intérêt – en faisant l’hypothèse que ces derniers se convertiraient à la pub et perdraient leur indépendance -, alors j’irais voir ailleurs. Si un quotidien national se met à mieux traiter le sujet, alors je lirais le quotidien. C’est aussi simple que ça.

    Ensuite, non, la vertu n’existe plus nulle part, elle n’a même pour ainsi dire jamais existé. Et pas plus chez les journalistes que chez les blogueurs. La différence étant que les journalistes s’en sont sentis dépossédés, et les blogueurs investis. Ces derniers sont en train d’y revenir, se rendant compte que les problèmes du journalisme sont exactement les mêmes que ceux qu’ils rencontrent en devenant eux mêmes des journalistes – càd rémunérés pour leur production d’informations. Seulement, les journalistes continuent à prétendre être des “purs” , eux seuls ayant cette “vertu” largement imaginaire. J’accepte votre raisonnement, il est logique, sauf que ce que vous imputez aux blogueurs, vous en exonérez les journalistes. Les deux sont dans le même panier de l’information pourtant.

    Donc on en revient toujours au même point : les pratiques du journalisme. Faut-il faire respecter la déontologie ? Créer un “label” de qualité avec de vraies règles ? Abandonner et se couler dans le moule de l’infotainment ? Reprendre les rênes face à la communication ou l’accepter ? Autoriser et s’enrichir de la critique du lectorat, ou rester dans une relation top-down – ce qu’Eric Dupin fait ici – ?

    Enfin, il va falloir vous y faire : internet, c’est le modèle de la gratuité pour le lecteur, et c’est vous qui l’avez créé, ce modèle. Pas la peine de blâmer les gens, hein, fallait peut-être y réfléchir trois secondes avant de se battre pour fournir gratuitement l’intégralité de son contenu sur internet. Le Canard est là pour prouver que cette réflexion aurait peut-être été utile à ceux qui geignent maintenant que “lagratuitéc’estpasbien” !

  19. @Narvic : Dans mon premier commentaire, j’ai oublié un smiley. Je suis en effet le plus souvent en accord avec ce qui est écrit sur ce blog.

    Plus particulièrement, je trouve assez ironique qu’Aliocha choisisse ce billet pour dire tout le mal qu’elle pense de l’acharnement des blogueurs sur les journalistes, alors que celui-ci concerne justement les pratiques d’un blogueur.

    @Aliocha : je n’avais pas lu cette partie de votre commentaire, mais alors franchement, vous croyez réellement ce que vous dites quand vous écrivez “où ils découvrent que vous n’êtes plus l’amateur éclairé et bénévole auquel on peut se fier mais la taupe d’une boite commerciale qui vous paie pour les égarer.” ? Parce qu’à ce moment là, je n’ai plus qu’à refuser de lire la totalité des médias financés pour partie par la publicité, et il ne me restera que les blogs, à moins que vous estimiez que la carte de presse représente un bouclier efficace, ce qui ne semble clairement pas être le cas ! Toujours cette dichotomie entre blogueurs rémunérés et journalistes, ne voyez-vous pourtant pas que vous faites le même boulot, avec probablement le même idéal ?

    Par ailleurs, la confiance acquise en tant “qu’amateur éclairé” ne disparaît pas en un claquement de doigts, il a bien fallu des années avant que la grande presse ne se décrédibilise totalement aux yeux des lecteurs…Eric Dupin me paraît avoir un certain avenir, à condition d’écouter ses lecteurs.

  20. @moktarama : cessez de lire la presse si vous voulez, cela fait depuis 1836 qu’elle se finance en partie sur la pub et en partie sur les ventes. Il faut croire que jusqu’à présent ça ne lui a pas mal réussi.

    J’ai proposé à Narvic sous l’un de mes billets une charte de déontologie commune à l’ensemble des dispensateurs d’information, professionnels ou non, ce qui incluait les blogueurs. Il n’a pas répondu. Et à lire le ton de certains blogueurs, je pense désormais qu’ils n’attendent qu’une chose c’est la mort du journalisme pour prendre sa place. En se fondant je crois sur une assimilation un peu hâtive entre la presse et ses modes de diffusion.

    J’ai lu l’article de Narvic sur le journalisme de liens et celui-ci me parait omettre une dimension importante, celle du contenu et en particulier de la qualité du contenu. Mais voilà qui repose la question du professionnalisme de celui qui produit l’information. Or, celle-là on ne veut pas en parler parce qu’elle renvoie au journalisme. Lequel journalisme doit mourir pour laisser la place au web. Comme si il avait dû mourir lors de l’apparition de la radio ou de la télé.

    Bref, il y a une vraie différence entre un blogueur payé par la pub et un journaliste dans une rédaction même s’il rédige du publi-rédactionnel. Car le premier est seul et directement rémunéré par l’entreprise commerciale quand le second est entouré d’une rédaction et peut à n’importe quel moment revendiquer son indépendance. Il faut voir le souk que déclenche dans une rédaction les atteintes à l’indépendance, il faut savoir au quotidien le nombre d’interlocuteurs boycottés par la presse pour avoir tenté d’exercer des pressions. Il faut savoir aussi le nombre de protestations que reçoit tous les jours un directeur de la rédaction de la part de gens qui n’ont pas apprécié un article et demandent la tête d’un journaliste.

    Evidemment pas dans la presse féminine mais ce n’est pas non à celle-ci que pense la cour européenne des droits de l’homme quand elle nous appelle les chiens de garde de la démocratie et qu’elle s’emploie à protéger notre indépendance. Alors cessons de faire de la presse féminine le maître étalon de la presse française pour mieux dénoncer ses dysfonctionnements, l’argument est d’une mauvaise foi patente.

    Quand je vois une différence entre journaliste et blogueur sur le terrain de l’indépendance, ce n’est pas en journaliste que je parle mais en spécialiste d’éthique et de déontologie chez les professions libérales et dans l’économie. La situation du blogueur qui accepte la pub est comparable à celle du commissaire aux comptes. Celui-ci est payé par l’entreprise pour contrôler la fidélité de ses comptes à la réalité. La situation est un conflit d’intérêt en soi. Pourtant, ça marche plutôt bien. Pourquoi ? Parce que cette profession est soumise à une déontologie très stricte. Elle n’a pas le droit de donner des conseils à l’entreprise, chaque client ne doit pas dépasser un pourcentage du chiffre d’affaires, les liens personnels et financiers sont interdits entre le professionnel et l’entreprise ainsi que les dirigeants de l’entreprise etc. Aussi et surtout, le commissaire aux comptes engage sa responsabilité et peut être poursuivi pour faute civile, pénale et disciplinaire s’il dérape. Et ce n’est pas théorique. Ces gens ont toujours sur eux le numéro de téléphone à appeler au cas où ils seraient placés en garde à vue. Voilà pourquoi je pense que la rémunération des blogueurs par la pub en l’état n’est pas tenable, à moins qu’ils se fédèrent, se dotent d’une charte éthique et montent l’équivalent d’une régie publicitaire, en d’autres termes, à moins qu’ils ne se constituent en ……entreprise de presse. Et rien ne les empêche de le faire ;)Mais je suppose que je vais encore être taxée de corporatisme en disant cela n’est-ce pas ?

  21. @ Aliocha

    Pardon de ne pas avoir répondu chez vous en commentaires (j’ai un peu de mal à suivre toutes les conversations auxquelles je participe ça et là. Il faut peut-être que je me recentre… 😉 ).

    Si je résume : les blogs qui posent problème au niveau de l’éthique sont ceux qui acceptent les billets publicitaires sans le mentionner clairement, et c’est dans le domaine des “blogs de filles” et dans celui des “blogs à gadgets high-tech” que ce problème est le plus criant.

    Comme c’est bizarre : dans le domaine de la presse féminine ou de la presse high-tech, on voit que les journalistes sont exactement dans la même situation. Et que leur pratique de l’éthique est aussi très… minimum.

    Un partout. Balle au centre.

    Aliocha, vous semblez faire du journalisme relevant de la catégorie presse généraliste et politique (selon la catégorie officielle du gouvernement) l’étalon du journalisme.

    Je note que ce journalisme-là est très minoritaire parmi les détenteurs de carte de presse, et très minoritaire dans la diffusion des organes de presse. C’est peut-être le “coeur symbolique” de la profession, mais dans la pratique, il est marginal.

    Ce secteur est, de plus, tellement déficitaire et depuis tant d’années, qu’il ne survit que par des subventions publiques massives : il y a même une catégorie de subventions spécifiques pour tenir la tête hors de l’eau de cette presse-là.

    Tiens, on apprend que Libération vient même de toucher cette année une prime supplémentaire de 2 millions d’euros du gouvernement, tellement sa situation est dégradée.

    Mais où est donc l’indépendance de cette presse sous une telle perfusion permanente du gouvernement ? Le gouvernement tient dans sa main cette presse, car il a le pouvoir de fermer le robinet du jour au lendemain en les plongeant immédiatement dans la faillite !

    Il peut, plus subtilement, se contenter de moduler l’attribution, totalement opaque et discrétionnaire, de certaines de ces subventions, avec un effet de pression bien plus efficace et discret (je pense par exemple à la caisse consacrée à aider le développement numérique des journaux, dont le fonctionnement mériterait bien une vraie enquête. Mais qui la fait ?).

    De l’autre côté, vous noterez que les blogueurs politiques ne publient pas de billets sponsorisés, et mettent beaucoup moins de publicité que les autres dans leurs blogs, voire pas du tout. Ils sont totalement indépendant économiquement du gouvernement. Et comme il ne sont pas professionnels, justement, leur parole est libre de toute contingence économique en général.

    La qualité de leur information serait-elle moindre ?

    Ces blogueurs ont accès aux mêmes réunions publiques que les journalistes, et ont même parfois accès à des sources internes aux partis politiques et à sa vie militante que les journalistes ignorent, car ils se concentrent sur les appareils dirigeants. Certains de ces blogueurs sont même au coeur du travail parlementaire, dans les assemblées elles-mêmes.

    Ils ont désormais accès directement aux leaders politiques, puisque ceux-ci les reçoivent. Ils sont désormais accrédités dans les congrès politiques et autres manifestations de ce genre.

    Les journalistes politiques ne peuvent plus prétendre aujourd’hui disposer d’une information politique de meilleure qualité que celle des blogueurs politiques. D’ailleurs, c’est aujourd’hui souvent dans les blogs que l’on trouve les meilleures analyses politiques et les meilleurs éditoriaux.

    Alors qui est le plus indépendant des deux ? Je dis ça, je ne dis rien…

    Une mise au point ensuite : personne ne souhaite la mort des journalistes à part eux-mêmes, en continuant à aller délibérément dans le mur.

    Vous ramenez sans cesse le débat sur la question éthique sans avoir jamais démontré que résoudre cette question sera en mesure de rétablir la situation économique des journaux en perdition

    Les gens lisent moins de journaux parce qu’ils s’informent autrement. La pub quitte les journaux car elle a trouvé des support plus efficaces. Ce mouvement de ciseaux fait aujourd’hui que la presse papier n’est plus rentable et ne le redeviendra jamais. Ce produit est fini.

    Et vous croyez qu’un code déontologique va changer cette situation ?

    C’est aux journalistes de s’adapter et d’aller à la rencontre des lecteurs là où ils se trouvent désormais. Et c’est à eux d’inventer des modèles économiques viables, qui cesseront de faire d’eux des assistés du gouvernement.

    Sur le journalisme de liens : vous ne m’avez pas bien compris, j’en ai peur. C’est totalement une question de contenus et de qualité de contenus, justement !

    Aujourd’hui, ce sont les blogeurs et les internautes qui font la sélection de l’information sur le net, par les mécanismes que j’ai essayé d’expliquer.

    Les journalistes ne jouent pas sur le net ce rôle, qui devrait pourtant être le leur, à mon avis (en tout cas s’ils veulent survivre !) : celui de sélectionner les sources fiables, d’évaluer et de trier l’information de qualité, et de diriger les lecteurs vers cette information-là.

    Et ce n’est pas un enjeu de contenus ça ?

  22. @narvic : Un marché où on est seuls est un marché de pénurie, à l’inverse une nouvelle technologie ne fait qu’ouvrir le marché et dynamiser ses acteurs en augmentant la demande. L’appétit vient en mangeant. Par conséquent je continue de refuser de souscrire à l’idée que la presse devrait disparaître à cause d’Internet, pas plus qu’elle n’a disparu avec la télé.

    Sur les subventions, vous me faites rire, allez expliquer aux journalistes de Libé justement q’ils sont obligés de dire du bien de Sarko pour garder leurs subventions. Allons, franchement.

    Sur la déontologie, j’ai déjà expliqué dans mon billet que l’éthique était la grande valeur marchande de demain. C’est cynique, mais c’est ainsi. On ne saurait être plus claire me semble-t-il et ça commence sérieusement chez vos chers américains. Je le sais, je travaille sur le sujet toute la journée.

    Sur Internet, il est exact que la presse traine à s’adapter et que certains titres vont disparaître. Mais les patrons de presse ne sous-estiment pas l’importance d’Internet, ils ne savent simplement pas encore trouver le bon modèle économique. Quant aux jouralistes, cessez de les traiter d’imbéciles 5 minutes, ils travaillent où ils peuvent gagner leur vie et que je sache c’est encore dans le papier, même s’il souffre, plus que sur Internet qui ne rapporte rien en matière de presse pour l’instant. De votre côté, je trouve que vous surestimez nettement le poids d’Internet en l’état, phénomène classique quand on est immergé dans le virtuel. Sur ce, je dois aller faire mon métier. Entre nous, je ne reviendrai sans doute pas. Ma conviction est faite sur tout le mal que vous souhaitez à mon métier. Je crains dans ces conditions de ne pouvoir débattre utilement. Je pensais que votre science pourrait permettre d’avancer dans la recherche de solution, je ne vois chez vous qu’occasions de vous réjouir des défaites de la presse et joie de promouvoir votre modèle. Et si vous ne me croyez pas, relisez-vous, c’est flagrant. Dommage, nous aurions pu avoir des discussions passionnantes.

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