le meilleur de novövision le salon

Où se joue la bataille de l’information ? Le buzz, idiot !

Le journalisme traverse aujourd’hui une crise majeure, les derniers forums consacrés à l’avenir de la profession se font l’échos d’une profonde lamentation.

L’écosystème “traditionnel” de la profession vole en éclats sous l’effet d’internet et les journalistes s’avouent désemparés, car personne ne voit clairement aujourd’hui où tout cela nous mène, si ce n’est à la perdition.

Paradoxalement, on ne trouve pourtant que bien peu de journalistes en première ligne, là où se joue aujourd’hui la bataille de l’information, là où se joue aujourd’hui tout l’enjeu de la diffusion de l’information en ligne, là où ils pourraient pourtant – peut-être – apporter quelque chose qui justifierait la pérennité de leur profession : le buzz.

Ils ont abandonné sur internet ce qui était leur rôle auparavant, à des moteurs de recherche d’une part, à des blogueurs de l’autre, alors qu’ils auraient pourtant bien des raisons de croire qu’ils ont une carte à jouer dans cette nouvelle donne de l’information..

Des expérimentations ont lieu ça et là, pour tenter d’inventer ce nouveau journalisme, mais ce n’est l’oeuvre que de quelques francs-tireurs, et ils n’ont pas toujours bien visé.

Personne n’a encore trouvé la solution de l’équation économique de l’information en ligne. Mais en se tenant, pour la plupart d’entre eux, à l’écart des expérimentations sur ce nouveau média en gestation, les journalistes sont en train, dans une démarche suicidaire, de signer l’arrêt mort de cette profession…Quels peuvent être le rôle et la place du journaliste sur internet ? Toute une série de forums de journalistes vient de se pencher sur la question, mais il ne semble guère sortir de solution de cette grande lamentation collective… A croire que la profession peine à identifier le terrain où est en train de se jouer, aujourd’hui, la bataille de l’info.

Certains ont pourtant déjà bien compris la nouvelle donne de l’information : le buzz. Ce sont les blogueurs, les moteurs de recherche et les agrégateurs d’information en ligne. Les journalistes, eux, laissent passer les trains, les uns après les autres, sans comprendre ce qui leur arrive…
Pourquoi ne trouvent-ils pas l’élan pour monter dedans ?

Au forum du SNJ, on voit “face au net : des journalistes désemparés”, au forum du Synthec RP, on évoque “la dernière chance des journalistes” (novövision). Aux Assises du journalisme à Lille, on se lamente “sur l’(in)utilité des journalistes” (Samsa News, de Philippe Couve).

Le cycle lamentation, dénonciation, incantation

Les journalistes ne parviennent pas à sortir du cycle lamentation, dénonciation, incantation, que soulignent Alain Giraudo (“Pourquoi je suis en colère”), au sujet des réactions des journalistes du Monde face à la crise qu’ils subissent, comme André Gunthert (“Qui sont les assassins de la presse?”), en pointant l’invocation de l’alibi démocratique par les journalistes, pour défendre en réalité une position corporatiste.

Pourquoi tous ces débats ne débouchent sur rien de constructif ? Les raisons sont sûrement multiples.

Des raisons économiques, bien sûr, qui font que personne ne voit où l’on va : la presse traditionnelle est au bord du gouffre (cf. “Presse écrite : la grande crise a commencé”), et aucun projet sur internet ne se révèle rentable à l’heure actuelle (cf. “En ligne, l’info ne paye pas” (1), (2) et (3) -). C’est l’impasse, soulignée récemment par Jean-Marc Vittori dans Les Echos

D’autant que l’avenir qui se dessine sur internet n’a, pour le moment, rien de réjouissant, comme le détaille l’étude menée par l’universitaire Yannick Estienne, “Le journalisme après internet”, qui décrit des “journalistes dominés”, “sous l’emprise du marketing”. Et les réactions des médias “traditionnels” se révèlent pour le moins désordonnées (cf. André Gunthert, “La presse est-elle encore fiable ?”).

La prison “culturelle” des journalistes

Un problème culturel aussi, certainement, chez les journalistes, et pas seulement chez les plus vieux. “Je me sens rabaissé par l’idée de devenir mediateur de conversation” répondait un étudiant journaliste du CFJ à Francis Pisani (lire sur ecosphère). “« Gestionnaire de plate-forme » : ça n’est pas une annonce pour un poste de concierge dans la prospection pétrolière en mer du Nord, c’est la nouvelle définition du journalisme”, relève avec presque du dégoût l’éditorialiste suisse Pascal Décaillet aujourd’hui en dénonçant “l’illusion participative”.

En commentaire du billet de Philippe Couve, Edwy Plenel, de Mediapart, témoigne lui aussi, à mon sens, de la même difficulté “culturelle” à appréhender la nouvelle réalité de l’information en ligne. En résumé, il reproche à Philippe Couve (notamment, mais à l’ensemble de la presse également, à part l’AFP et Le Figaro) de ne pas avoir mentionné la campagne lancée par le journal pour obtenir le bénéfice de la TVA réduite sur la presse, à laquelle n’ont pas droit pour le moment les sites d’info en ligne “purs players”.

Quand on lui répond en commentaire, que Mediapart se retrouve surtout “piégé, par la logique même de son projet”, que le caractère complètement fermé de son site le rend invisible et inaudible sur le net, incapable de bénéficier de l’effet viral de l’information qui se diffuse par reprise spontanée des internautes qui l’ont trouvée intéressante, Edwy Plenel reconnaît tout de même que ça lui “donne à réfléchir”.

En attendant, Mediapart, pourtant présent sur internet, se trouve contraint, pour “créer du buzz” autour de son information, de se “raccrocher au mode de diffusion traditionnel : communiqué auprès de l’AFP, espoir d’être repris par des confrères, de manière à construire laborieusement une diffusion “à l’ancienne” “ (commentaire de narvic 😉 ). Eric Scherer, de l’AFP, a beau jeu de souligner à son tour en commentaire comment Mediapart débarque sur internet en ne pensant “réussir qu’avec les vieilles méthodes”. Ce qui m’a fait dire, en son temps, que Mediapart était “un projet fondamentalement nostalgique”.

L’enjeu, c’est le buzz !

Il est pourtant là l’un des enjeux de fond de la nouvelle donne de l’information en ligne : le buzz ! (je remets ici en forme mes commentaires sur Samsa News et j’en ajoute bien d’autres… ;-))

Sur internet la diffusion de l’information est “virale” (le bouche à oreille sous une forme planétaire et accélérée). Ce phénomène est d’une puissance de diffusion inconnue jusqu’alors et il n’est pas maîtrisé par les journalistes (ni par personne d’ailleurs, puisqu’il s’agit d’une addition de comportements individuels, qui aboutit parfois à un effet massif). Seul les moteurs de recherche et les agrégateurs d’information en ligne sont parvenus, pour le moment, à se placer à un point stratégique dans cette nouvelle réalité, et à en vivre.

Le buzz est un des enjeux majeurs aujourd’hui de la nouvelle donne de la diffusion de l’information. Il devrait donc être au centre de toutes les réflexions et de toutes les expérimentations des journalistes. Mais pas à Mediapart (ni à Lille), semble-t-il…

Le régime de l’information est profondément différent sur internet de ce qu’il était auparavant : l’audience est flottante et jalouse de sa liberté de zapper, l’information se diffuse de manière liquide, l’accès à l’information, et notamment sa hiérarchisation, se font pour l’essentiel à travers les processus de référencement, d’agrégation et de diffusion virale.

On ne fera pas revenir les internautes en arrière sur ça. La grande majorité d’entre eux ne le veut pas. Le pouvoir que les internautes ont pris en ligne, ils ne le rendront pas (cf. “Mon information 2.0. Le rédacteur en chef, c’est moi !”)

Je n’ai plus l’intention de lâcher à quiconque la maîtrise que j’ai acquise sur la sélection, la hiérarchie et l’agenda de l’info, même à des journalistes honnêtes, indépendant, compétent et sympathiques. La sélection et la hiérarchisation, c’est désormais mon affaire, le rédacteur en chef, c’est moi !

 

Il est là le véritable champs de bataille où se joue la survie du journalime. Il est sur la place publique, au milieu des internautes. Et c’est là aussi que se situe le véritable enjeu démocratique.

Où sont les journalistes ?

C’est à ces avant-postes-là de l’information qu’ont attend aujourd’hui les journalistes, en espérant qu’ils aient quelque chose d’utile à apporter… On attend qu’ils trouvent des solutions pour introduire de la vérification, de la hiérarchisation, de la documentation et de la mise en perspective de l’information, au beau milieu de ce flot gigantesque de buzz qui s’écoule en continu, mélangeant le vrai et le faux, le bon et le mauvais, sans qu’il soit facile de faire le tri… Ce que les moteurs de recherche et les agrégateurs ne font pas aujourd’hui de manière satisfaisante.

On attend des journalistes qu’ils démontrent ce que peut apporter maintenant, dans cet écosystème de la diffusion de l’information en ligne qui s’est mis en place et organisé sans eux, une approche professionnelle, encadrée par une déontologie. Tout reste à faire, c’est un métier à réinventer et une crédibilité entièrement à reconstruire, par la preuve concrète, au quotidien, que le journalisme est réellement en mesure d’apporter une plus-value.

On attend du journaliste qu’il intervienne au coeur-même du buzz, dans l’arène et qu’il joue son rôle : qu’il vérifie ce qui circule, qu’il démente les fausses informations, qu’il démasque les manipulations, qu’il mette en valeur les informations importantes, qu’il relie l’information au contexte qui l’éclaire.

Les blogueurs, “chiens de garde” du net

Pour le moment, ce sont surtout des blogueurs qui jouent ce rôle de “chiens de garde” d’internet pour remettre du sens ou de la raison là où il en manque parfois, parmi tout ce qui circule en ligne. Ce ne sont pas des journalistes…

Quand la blogosphère est prise de frénésie de lynchage contre un acteur qui attaque en justice un blogueur célèbre, ce sont d’autres blogueurs qui interviennent pour calmer le jeu (cf. “Anatomie du lynchage d’Olivier Martinez”).

Ce sont des blogueurs, d’après Canal+, qui ont identifié, derrière cette vidéo très diffusée se présentant comme amateur, une campagne de publicité masquée d’un fabriquant de jean’s.

C’est encore un blogueur, Versac, qui se lance, bien avant même que “la presse” n’en ait entendu parler, dans le démontage précis et argumenté du documentaire “loose change”, qui présente une version conspirationniste des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, et qui se répandait sur la toile comme une traînée de poudre.

On peut multiplier les exemples…

La diffusion de l’information en ligne, désormais, c’est le buzz. Un travail de vérification, de hiérarchisation et mise en perspective s’avère nécessaire, quand ce n’est pas de simple pédagogie (cf. le travail remarquable mené en matière de droit et de justice par Maître Eolas, sur son Journal d’un avocat : “Blogueurs et Responsabilité Reloaded”, par exemple). Et l’on ne trouve guère de journalistes au rendez-vous sur ce terrain-là… A quoi servent-ils alors, alors ?

Quelques expériences mal visées

Certains médias commencent pourtant à saisir la nature du buzz, mais ce n’est, pour le moment, que pour en faire une utilisation marketing, dictée par des enjeux de captation d’audience à des fins publicitaire, bien loin de toute préoccupation citoyenne ou pédagogique du journalisme… (cf. “Les médias déclarent la guerre du buzz”)

Il y a bien un projet de site en ligne, qui a compris et qui assume cette nouvelle donne, c’est lepost.fr, qui est le seul média en ligne a s’être délibérément placé au milieu de ses lecteurs et leur avoir donné le pouvoir sur le “buzz”, au point d’avoir – peut-être – franchi la limite au-delà de laquelle on ne fait plus du journalisme, mais on se retrouve prisonnier de son lectorat (cf. “lepost.fr : populaire ou populiste ?”).

Les autres sites d’information en ligne ? Simple annexes de médias traditionnels, qui se cantonnent le plus souvent, avec de maigres rédactions sous-payées, à n’être que des canons à dépêches (cf. Benoît Raphaël : « Médias : après le portail d’infos, le canon à infos »). On voit à quelles dérives mène aujourd’hui cette voie, au NouvelObs, par exemple

Ou bien tentative de reproduction sur le net d’un journalisme traditionnel d’opinion, tentant de fédérer autour de lui une petite communauté de lecteurs fidèles et acquis, en nombre suffisant pour séduire les annonceurs. Je ne dénigre pas, en disant ça, des sites tels que Rue89 ou Bakchich (ou même Marianne2, qui se rapproche de cette démarche). C’est seulement qu’à mon avis, ils livrent aussi un combat d’escarmouche, bien loin du champ de bataille, et ils ne s’attaquent pas au coeur du défi qui est lancé aux journalistes.

Le journalisme, un suicide hors ligne ?

Reste @rrêt sur image, le plus novateur de tous ces projets, qui réussit plutôt bien dans son approche journalistique d’une critique des médias qui intègre internet, et joue ce rôle de garde-fou, assuré par des professionnels encadrés par une déontologie. Mais selon un modèle fermé (accessible uniquement aux abonnés, sauf quelques brèves), qui l’empêche de jouer le rôle qu’on attend des journalistes “au milieu de la place publique”.

Il n’y a pas de solution pour le moment, certes. Mais il n’empêche que le lieu où devraient se trouver les journalistes, le terrain sur lequel ils devraient se battre aujourd’hui pour démontrer qu’ils ont toujours une raison d’exister, car c’est là que se joue la bataille de l’info, lui, il est identifié. Et les journalistes n’y sont pas, ou si peu. Ils ne sont pas en train de chercher, d’expérimenter, de simplement essayer de s’y faire une place qui justifierait la survie de cette profession… Ce n’est pas la presse qu’on assassine, ce sont les journalistes qui se suicident.

Second volet de cette réflexion à haute voix : “un journalisme de re- médiation”, A quoi ne sert plus un journaliste, à quoi il sert encore, à quoi il pourrait servir…

4 Comments

  1. @ narvic …

    Pourquoi toute cette colère (Alain Giraudo, Pascal Decaillet), cette résignation en forme de dédain (la plupart de vos confrères), ces bras baissés devant ce qui n’est en rien inéluctable ?

    les obstacles les plus difficiles à franchir sont souvent ceux qu’on met soi-même en travers de la route. j’avoue qu’en la matière, vous avez fait fort. C’est un peu comme si, alors qu’on vous demande un peu partout de manière pressante de reprendre du service actif, vous n’aviez plus envie de sortir de vos bureaux (sans doute pas très confortables) et d’arrêter de biberonner la bouillie insipide des agences de presse.

    Il faut croire que vous avez trop intégré le discours des financiers qui vous rabâchent à longueur de journée que l’info ça coute alors qu’avant tout, l’info ça rapporte. Murdoch est-il un saint mécène ? Bouygues un désintéressé généreux ? Que dire de lagardère ou de Bolloré ?

    Vous savez, l’info est nécessaire à ce monde. Elle sera créée avec ou sans vous. Si les journalistes estampillés pur jus, labellisés AOC, déclarent forfait, d’autres prendront le relais. Avec ou sans le titre.

    Et si je suis désormais un rédacteur citoyen, l’un des relais possibles, je pense que notre société perdrait à ne plus avoir comme relais d’infos que des blogueurs et des chargés de communication. les journalistes sont indispensables. Mais nous ne pourrons pourtant pas les garder malgré eux.

    Au boulot alors. Au lieu de vous lamenter sur votre sort, regardez autour de vous. Vous avez plus de soutien que vous ne le pensez. ne prenez pas les exigences de vos lecteurs comme seulement des reproches. Sous la critique, il y a aussi une demande forte. Celle de vous voir de nouveau être ces professionnels admirés. Après tout, peu de professions peuvent se vanter d’avoir Superman comme confrères !

    Manuel Atréide

  2. @ Manuel

    C’est Clark Kent le journaliste, pas Superman !

    😉

    Pourquoi la colère ?
    Je vois deux réactions, qui correspondent à deux situations bien différentes :

    – les journalistes “de base”: qui voient bien que les patrons de presse préparent de nouvelles vagues de suppressions d’emplois (à l’image de ce qui se passe aux Etats-Unis). Il y a une réalité économique incontournable, dont nous avons déjà parlé : la presse est structurellement déficitaire, et ça ne peut pas durer comme ça bien longtemps.

    Ces journalistes ont tout simplement peur de se retrouver au chômage et d’avoir des difficultés à retrouver un emploi. C’est une situation objectivement angoissante. On comprend facilement qu’elle créée un tel malaise…

    D’autant qu’il ne se créée pas autant d’emplois de journalistes sur internet, qu’il n’en est détruit dans les rédactions traditionnelles.

    Il y a aussi un problème de générations là-derrière, avec les plus âgés (et les mieux payés) qui ont “du mal” avec les nouvelles technologies et redoutent que l’on profite de la crise pour se débarrasser d’eux au profit de plus jeunes, plus à l’aise avec internet et surtout moins bien payés !

    – et puis il y a la colère des “grandes plumes” (qui eux, franchement, ne risquent pas grand chose pour leurs fin de mois). Internet leur fait peur, car il remet en cause leur rente de situation, et s’attaque à leur prestige pâlissant. Je vous assure qu’il y a bien des éditorialistes qui s’étranglent de constater que certains blogueurs sont plus écoutés qu’eux sur internet. Et puis il y a des rédacteurs en chef, qui s’inquiète de voir arriver des petits jeunes qui comprennent beaucoup mieux qu’eux ce qu’est internet et comment il fonctionne, et qui menacent de leur piquer leur place…. Ça les énerve.

    (Le cas de Giraudo est différent, il fut un précurseur du journalisme sur internet. Ce qui le met en colère, je crois, c’est la difficulté de la profession à se remettre en cause.)

    Pour ma part, internet ne me fait pas du tout peur, et je suis sûr qu’il y a une place pour les journalistes en ligne (cf. “Un journalisme de re-médiation”). Seulement l’accouchement est aujourd’hui difficile…

    Et je ne suis pas sûr qu’il y aura de la place pour tout le monde… 🙁

  3. Narvic, ta formule ressemble à un bon vieux titre de presse. Et tu as raison. On ne nous assassine pas, nous ne sommes que des victimes collatérales d’un bouleversement majeur. Et les lamentations corpo ne nous aideront pas plus qu’elles ont aidé l’industrie du disque à surmonter l’offensive des MP3. En ce sens, ouaips, on se suicide et la fleur au fusil encore !

    Tu as encore raison quand tu écris que nous devons absolument nous confronter à d’autres regards. Je suis un peu lassé comme toi des journalistes qui parlent aux journalistes. Lors de l’agora que tu as relatée, nous avons voulu que le débat sur notre « disparition » s’ouvre à d’autres mondes : blogs, profs, agences de com, sites UGC, cinquième écran. Mais ce n’est pas suffisant. Car nous sommes après tout resté au stade du constat. Pas des solutions.

    Les solutions qu’on nous sert habituellement ne me font pas triper. Comme cet étudiant du CFJ, je n’ai as envie de devenir un « médiateur de l’info » comme il y a des médiateurs du tri. Je n’ai pas fait ce métier pour devenir un gentil organisateur. Plutôt crever.

    Comme beaucoup, je suis devenu journaliste pour être reporter. En vieillissant, on devient chef et assis. Mais je m’impose toujours plusieurs reportages par an.

    J’ai aussi du mal à imaginer un rôle durable des journalistes face au buzz. Je n’ai pas non plus envie de passer mon temps à vérifier les infos des autres. Schneidermann et quelques autres font ça très bien, merci.

    Mon métier, c’est de raconter le monde. Et si d’autres le font gratuitement à ma place, alors, il faut chercher une autre manière de le raconter… sur d’autres supports peut-être.

    Nous mourrons d’une révolution technologique. Alors essayons de maîtriser la suivante ! Et pas seuls : avec des designers, des ingénieurs, des chercheurs…. C’est en tout cas là-dessus que j’ai aujourd’hui décider de travailler. Pas seul j’espère. Mais je reviendrai raconter tout ça plus tard…

  4. @ Eric

    J’ai peut-être un regard différent sur le journalisme pour avoir fait les deux métiers : le reportage et l’édition (ce qui est finalement plutôt rare dans la profession : je me suis fait traiter d'”hybride polyvalent” par un rédacteur en chef un jour, qui regrettait de ne pas avoir de poste à proposer qui valorise cette double expérience inhabituelle).

    Ça m’amène à trouver de l’intérêt au travail de desk (que méprisent bien des reporters), et à relativiser le “romantisme” du journalisme de terrain, qui n’est pas toujours si exaltant que ça… 😉

    Le journalisme sur internet est finalement un peu entre les deux : c’est du journalisme assis, mais on peut être en relation directe avec le lecteur…

    Enfin, pour ce qui du journalisme “qui raconte le monde”: il y a tout de même des perspectives intéressantes avec internet, des expérimentations à mener…

    Je suis franchement désolé de ne pas voir plus de jeunes journalistes expérimenter ces pistes et inventer du neuf…

Comments are closed.