net et news

On vous avait bien dit que l’iPad ne sauverait pas la presse !

Il y a des jours où l’on peut trouver un peu pesant de voir confirmer par des faits ce que l’on avait pu avancer auparavant, en ramant un peu à contre courant. Quoiqu’en croient certains, se retrouver dans la position de Cassandre n’a rien de plaisant, et ça donne plutôt  qu’autre chose l’impression que tout le monde perd beaucoup de temps qui aurait pu être consacré à autre chose.

Ainsi de l’iPad-qui-devait-sauver-la-presse… et qui ne la sauvera pas.

 Not the Apple iPad, its the iSlate! par Dan Morelle (cc)
Not the Apple iPad, its the iSlate! par Dan Morelle (cc)

L’iPad, un produit d’usage domestique…

Je n’ai jamais pensé (ni écrit) que l’iPad était un mauvais produit et qu’il ne se vendrait pas. C’est juste que, personnellement, je n’en ai pas l’usage. Bien d’autres avant moi ont souligné que ce produit se plaçait dans un milieu de gamme, entre les appareils de poche (smartphones comme l’iPhone, ou mini tablettes, comme l’iPod Touch) et les ordinateurs portables. Or il se trouve que je suis déjà équipé des deux, et que l’iPad ne les remplace pas : trop gros pour tenir dans la poche, pas assez puissant et fonctionnel pour faire tout ce que je fais avec mon ordinateur (notamment pour écrire). Bref, ce n’est pas pour moi.

L’iPad est avant tout un outil pratique de consultation (texte, photo, son et vidéo) aussi bien en ligne que hors ligne, qui ne trouvera sa place ni en déplacement quotidien (à part dans le train ou l’avion), ni au bureau (à part certains usages particuliers des tablettes, dans l’éducation par exemple), mais plutôt dans le canapé du salon, à la cuisine, sur le transat du jardin ou carrément au lit. On peut avancer, sans trop de risque de se tromper, que c’est avant tout un objet grand public, voué pour l’essentiel à un usage de loisir à la maison.

… qui ne bouleverse pas les usages

Et la presse dans tout ça ?

Et bien on peut raisonnablement penser que c’est un très bon outil pour consulter des contenus de toute sorte : des recettes de cuisine… à la cuisine, des programmes de télévision… au salon, un bon bouquin ou un film… sous la couette, de la musique ou des actualités… au bord de la piscine… On peut aussi l’utiliser, à l’occasion, pour réserver un billet d’avion, gérer son compte en banque, consulter des petites annonces ou faire ses achats en ligne… Est-ce que ça va révolutionner la presse pour autant, et surtout lui fournir ce fameux “modèle économique” après lequel elle court, en lui permettant de se “transférer” en ligne et de continuer, bon an mal an, à faire la même chose qu’auparavant, proposer le même produit destiné à un même usage ? C’est là, à mon avis, qu’il faut “chercher l’erreur”…

Pour le dire avec un mot “savant” d’aujourd’hui, l’iPad n’aura pas cet effet “disruptif” sur les usages que les éditeurs de presse avaient un moment entrevu et qui soulevait leur enthousiasme. L’iPad va certes étendre certains usages de consultation des contenus à de nouveaux espaces de la maison ou à de nouveaux moments de la journée, pour lesquels il est plus pratique et confortable qu’un portable ou un smartphone, mais il n’y a, à vrai dire, aucune raison de croire qu’il va transformer ces usages en profondeur, et surtout sur un point essentiel pour l’économie de la presse en ligne : la consultation personnalisée et fragmentée des informations.

Le “piège” des application dédiées

Les éditeurs de presse sont tombés, avec l’iPad, dans une sorte de “piège”, celui des applications pour iPad. Ils y ont reconnu, ou cru reconnaitre, quelque chose qu’ils connaissaient bien et qui leur laissait espérer que tout allait revenir comme avant dans le meilleur des mondes possibles de l’éditeur de presse : la consultation payante de l’information vendue par paquet et labellisée sous une marque. L’application iPad ou le retour en ligne du bon vieux journal (ou magazine), comme au bon vieux temps d’avant. C’est une profonde erreur. Et on pouvait s’en apercevoir dès le début (novövision, février 2010),  et même avant l’iPad (décembre 2009) !

Les premiers témoignages d’utilisateurs n’ont d’ailleurs fait que confirmer ce point de vue. Benoît Raphaël, IPad: premières impressions d’un “early adopter” (avril 2010) :

“L’idée que la sortie d’un e-book allait brutalement changer les usages, c’est à dire faire oublier aux lecteurs quinze ans de navigation libre sur le web pour revenir au format traditionnel du magazine dans le même environnement fermé que jadis, était évidemment naïve.”

Et pourtant, bien des éditeurs de presse y ont cru !

Ils n’ont pas vu, ou compris, d’abord, que le succès des applications de consultation dédiées de leurs sites de journaux sur les iPhones n’étaient dus qu’aux difficultés – essentiellement ergonomiques – d’utilisation du navigateur de l’iPhone (Safari) pour surfer sur le web de la même manière qu’avec un ordinateur “classique”. Le succès de ces applis iPhone n’était qu’un succès par défaut, un palliatif, remédiant à la nécessité de “remettre en page” les sites pour une consultation sur un tout petit écran, et permettant le chargement des contenus pour une consultation ultérieure désynchronisée, remédiant aux difficultés de connexion rencontrées parfois dans une situation d’usage mobile (train ou métro par exemple).

Or, d’une part, il fallait bien s’attendre à ce que tous les sites du web finissent par proposer eux-aussi des versions adaptées pour les écrans d’iPhone, ce qui remet tout le monde en concurrence frontale, comme sur le web. Ainsi novövision, depuis son passage à WordPress, propose, avec le simple ajout d’un petit plugin, une version adaptée pour iPhone, avec détection et redirection automatique si on le consulte avec un smartphone.

Et d’autre part ces difficultés ergonomiques disparaissent largement avec l’iPad. La taille de son écran permet de consulter à peu près tous les sites du web avec un simple navigateur web comme Safari, sans que l’on ait réellement besoin de remettre les sites en page (faites donc l’essai avec novövision, si vous avez un iPad 😉 ). L’utilisation de l’iPad, que je pressens être essentiellement dans l’univers domestique, permet aussi une connexion permanente avec le réseau wi-fi de la maison, sans devoir “pré-charger” les contenus. Bref, le passage par une application dédiée n’est largement plus nécessaire.

Il va donc falloir que les applications dédiées de consultation de sites de presse sur l’iPad proposent vraiment une expérience utilisateur totalement ébouriffante par rapport à celle que l’on retrouve avec un simple navigateur pour justifier leur usage, surtout si l’on entend les faire payer !

La déferlante annoncée des agrégateurs pour iPad

Ce que n’ont pas compris non plus les éditeurs de presse, c’est que si leurs applications iPhone (puis iPad) ne donnaient accès qu’à leur seul site, labellisé sous leur propre marque (reconstituant la formule du “paquet” qui avait fait leur succès dans l’univers du papier), d’autres applications ne manqueraient pas, également, de permettre la consultation de leurs sites de manière transversale et fragmentée, comme le permettent les agrégateurs de toutes sortes sur le web. Je citais déjà, en février, l’application LeNewz, “un GoogleNews pour mobiles”, en imaginant que d’autres, plus ergonomiques, plus sociales, plus personnalisables, etc., ne manqueraient pas d’arriver avec l’iPad. Et bien ça y est, elles arrivent ! Pulse News et Flipboard, pour commencer. On attend déjà la suite.

Techtrends : Et si l’iPad était un nouveau danger pour la presse ?

La social NewsRoom : Le premier “social media” magazine sur iPad

Le New York Times ne s’y est pas trompé, qui a demandé le retrait de Pusle News des rayons du magasin d’application pour iPad d’Apple, l’iTunes Store. Comme le remarque Christophe Lefevre sur TechTrends :

“Ce que le New-York Times n’a vraiment pas apprécié, c’est qu’il est finalement plus agréable de lire ses news sur cette application que sur le site. L’application devient directement concurrente du quotidien, tout en reprenant le contenu de celui-ci. Tiens, ça me rappelle les polémiques autours de Google News.”

Retour à la case départ

Pour les éditeurs de presse, sur l’iPhone comme sur l’iPad, c’est le retour à la case départ, exactement dans les mêmes conditions que celles qui prévalent sur le web, et qui les mettent en grande difficulté économique. Les éditeurs continuent de courir après la reconstitution à toutes forces d’un modèle économique qui ne fonctionne plus en ligne (sur novövision : Les éditeurs de presse, dans la nasse de l’économie numérique – décembre 2009). Ou bien ils se cantonnent à une démarche uniquement défensive, ne sachant pas comment gérer leur relation de “coopétition” (concurrence + coopération) avec les “infomédiaires” tels que Google (selon l’expression de Franck Rébillard, lire sur novövision : Avenir des médias en ligne : l’impossible équation ? – mai 2010).

Aux éditeurs de presse américains, qui voudraient résoudre le “problème” par une réglementation ad-hoc (qu’on imagine être taillée sur mesure pour… faire payer Google), ce dernier a beau jeu de renvoyer une fois de plus le même argumentaire (traduction de Rubin Sfadj, sur son blog) :

“Les défis auxquels l’industrie de l’information fait actuellement face sont des problèmes commerciaux, non pas juridiques, et ne peuvent être traités de façon efficace qu’avec des solutions commerciales. Les propositions de régulation qui remettent en cause le fonctionnement de marchés en bonne santé et empêchent la marche du changement ne sont pas la solution.” [C’est moi qui souligne]

Les éditeurs français, de leur côté, veulent contourner le “problème” d’une autre manière. Ils voudraient ainsi désormais “leur” Google News, payant, et à la française, ce qui laisse Olivier Chicheportiche sur ZDNet.fr pour le moins dubitatif :

“Reste que le projet de la PQN apparait encore bien flou à tous les niveaux (technologique, financier, marketing) et pose de nombreuses questions stratégiques.

Il faut en effet rappeler que si Google News récupère du contenu de presse, il renvoie systématiquement vers le site de la source. D’où un levier d’audience non négligeable. Selon les observateurs, Google génère pas moins de 15 à 20% du trafic des grands journaux en ligne.

Sortir de Google News est donc risqué pour l’audience des sites Web de ces journaux et donc pour leurs revenus publicitaires. C’est d’ailleurs l’argument de Google pour capter les éditeurs.

Par ailleurs, le modèle payant n’a jamais vraiment fonctionné sauf pour des contenus très pointus ou exclusifs.”

Tout ça donne l’impression d’une absence à peu près totale de vision stratégique et d’une démarche d’improvisation derrière laquelle on sent comme une certaine panique. Mais peut-être n’y a-t-il pas, en effet, de bonne solution pour les éditeurs de presse. Peut-être tout cela finira-t-il comme je l’envisageais il y a quelques temps (sur novövision : Hadopi : et si on s’était trompé de bataille ? – mai 2009) :

C’est là que le modèle économique des fournisseurs de tuyaux et celui des fournisseur de contenus à injecter dans les tuyaux révèlent leur profonde incompatibilité, voire leur antagonisme. Et c’est de là qu’est né ce bras de fer, dont Hadopi n’est qu’une bataille dans une guerre loin d’être achevée.

Quand de tels conflits économiques se produisent, la logique veut que l’un rachète l’autre. C’est peut-être ce qui arrivera finalement, mais pour le moment aucun des combattants n’a jeté l’éponge et chacun continue à jouer la partie pour son propre compte. On dit, par exemple, Google tenté de racheter le prestigieux mais déliquescent New York Times, mais il serait encore trop cher. Il convient peut-être d’attendre encore qu’il se délite un peu plus, pour le ramasser finalement pour presque rien…

Tiens, d’ailleurs, qui a-t-on trouvé au premier rang des candidats au rachat du groupe Le Monde ? France-Télécom/Orange d’un côté, Free de l’autre… Quand on vous dit que les fournisseurs de tuyaux pourraient bien finir par racheter les fournisseurs de contenu, et bien ça vient peut-être déjà de commencer…

61 Comments

  1. Le titre du billet n’a pas à voir avec le contenu.

    Pourquoi répéter inlassablement que l’iPad était censé sauver la presse ? Le Kindle était-il censer sauver la presse ? On peut y lire des journaux en payant. Tout support de lecture numérique donnant accès à des contenus payants est-il censé sauver la presse. Pourquoi un produit unique d’une seule marque, vendu plusieurs centaines d’euros sauverait la presse mondiale ?

    1. Pourquoi le répéter ? Mais qui donc a “inlassablement répété” que l’iPad allait sauver la presse ?

      Tu as oublié la déferlante tous médias confondus lors de la sortie de l’iPad ? Un véritable matraquage promotionnel complaisamment fournis par les médias eux-mêmes dans les espaces rédactionnels ! De la publicité gratuite pour Apple, commandée par les éditeurs eux-mêmes, après les discours prophétiques que ces mêmes éditeurs avaient tenu sur l’iPad. Le tout relayé par la campagne publicitaire d’Apple qui affichait partout dans les rues et les métros des tablettes montrant la “une” du Monde (comme renvoi d’ascenseur publicitaire ?).

      “Pourquoi un produit unique d’une seule marque, vendu plusieurs centaines d’euros sauverait la presse mondiale ?” Ce n’est pas à moi qu’il faut demander ça ! Mais à ceux qui ont orchestré le lancement de l’iPad dans les médias.

  2. Bonjour,

    Je trouve le titre en parfaite adéquation avec le contenu – mais à l’inverse je trouve qu’une telle assertion en ouverture de commentaire, sans rien derrière, n’est ni fait ni à faire – en plus d’être mal élevé, mais j’avoue ici être peut-être un peu trop à cheval sur ce genre de principe.

    Le postulat de départ que Narvic démonte ici de manière fluide et claire n’est pas de lui. Il ne le répète, mais il faut bien, à un moment donné, au moins le citer pour pouvoir le démonter !

    Par ailleurs, la question “Pourquoi un produit unique d’une seule marque, vendu plusieurs centaines d’euros sauverait la presse mondiale ?” me semble inappropriée. Pas pourquoi, mais comment, aurait déjà induit une meilleure réflexion, me semble-t-il. Et là, pas besoin d’aller chercher un exemple bien loin. Un produit, d’une seule marque, vendu plusieurs centaines d’euros, a bel et bien sauvé une industrie toute entière. Ca s’appelait l’iPod, et l’industrie, la musique en ligne. Comme quoi, le scénario est tout ce qu’il y a de plus plausible.

    Mais l’iPad, lui, n’a pas la capacité de réitérer cela avec la presse, pour les raisons sus évoquées.

    Il me semble que c’est ainsi que l’on pourrait, modestement, résumer le billet de Narvic.

    Bonne journée,

    OM

  3. Excellent papier, merci.
    Une autre piste de revenus, pour la presse : le paywall vendu par google, puisqu’apres tout c’est lui qui controle le trafic (et à mon avis c’est bien plus de 15-20%).

    Quant à l’iPad, est ce autre chose qu’une machine pour perdre du temps sur le web en moulant dans son canapé, au lieu de perdre du temps sur le web au bureau ? La passivité en plus, ou plutot la passivité enfin reconnue et valorisée.

  4. La presse fait la promo des produits Apple de manière quasi automatique parce qu’ils sont censés être beaux, etc… Ils sont modes. Là, en plus, plusieurs journaux ont fait la promo de leur propre application iPad. Nous sommes d’accord.

    Là où je ne suis plus l’ami Narvic, (je ne vois pas en quoi, cher Olivier Muller, c’est mal élevé?) c’est quand il résume cette promo en disant que “l’iPad était censé sauver la presse”, et cela trahi la réflexion de Narvic qui suit.

    De plus le mot “presse” me paraît un peu vague, la situation des quotidiens d’information générale, et celle des magazines n’est pas la même.

    Le quotidien est, à mon avis, malade du mal-journalisme, du réseau de distribution déficient dans certains pays comme la France, d’un contenu manquant d’originalité et, de valeur ajoutée par rapport ce que la radio, la Télé et l’Internet ont déja dit la veille etc.. La dessus je sors pour éviter de froisser d’autres commentateurs 🙂 je vais faire un billet sur mon blog, où il sera peut-être pas aussi mal vu….

  5. En pleine phase avec toi sur les causes de mauvaise santé de la presse, Gilles.

    Maintenant, à nouveau, l’idée que l’iPad allait sauver la presse n’est pas de Narvic, mais elle a énormément été entendue. D’où l’idée de la démonter, rien de plus.

    Séduisante de prime abord quand on voit que le précédent produit Apple avait bel et bien sauvé une industrie à lui tout seul (cf. comm. précédent), cette optique d’un iPad sauveur n’a jamais vraiment été considérée sur le fond. Et aujourd’hui, on va dans le mur.

    Cela dit, ce qui aurait été intéressant, mon cher Narvic, aurait été de dire, en plus de “pourquoi il ne sauvera pas”, comment il pourrait au moins y contribuer, voire “ce qui lui manque pour y arriver”.

    Gilles, laisse nous l’adresse de ton billet sur le sujet, si possible ?

    A suivre !

  6. Mes excuses Gilles, je n’avais pas lu que les liens de tes blogs étaient indiqués en URL dans ton nom 🙂

  7. @ Gilles

    Entre ceux qui me reprochent de faire des billets trop longs et ceux qui me reprochent de manquer de précision, je ne sais plus où donner de la tête. 😉

  8. Qu’Olivier Müller ose dire que l’Ipod a sauvé le monde de la musique ma fait doucement rigoler.
    Combien coute t il d’acheter tous les morceaux contenu dans un Itruc ???
    Cher, très cher, trop cher !
    D’ailleurs si l’Itruc a sauvée l’industrie du disque, pourquoi cette dernière a t elle fait pression sur les parlementaires pour faire passer l’Hadopi (1, 2) ?
    Monsieur Muller, arrêtez donc de nous dire qu’Apple est un sauveur !!!! ou justifiez vous !!!
    Comme il est dit dans le billet Apple ne roule que pour lui et ses actionnaires ( Aujourd’hui, la capitalisation d’Apple est presque celle de Microsoft !!!)

  9. Cher eCesar, je n’ai pas parlé de la musique, mais de la musique en ligne, ce qui n’est pas la même chose. Et je n’ai pas parlé d’Apple, mais de son produit, ,ce qui n’est pas non plus la même chose.

    Je vous invite donc à un peu plus d’attention à ce qui est écrit avant de bondir sur les “!!!” et autres “???”.

    Cordialement,

    OM

  10. Don Quichotte de tous poils vous voila ressorti. Il n’y a pas de débat possible sur la question de savoir si l’ipad va sauver la presse ou non, puisque depuis la fin des années 60, la presse des principaux pays de l’OCDE voit son audience se déliter (avec une nette accélération ces dernières années) et ce n’est pas un ecran de plus qui y changera quoi que ce soit. La question de savoir si l’app store/itunes peut sauver la presse ou pas est une autre question. La réponse, a mon sens, est qu’il peut y contribuer s’il est exploite judicieusement, ce que malheureusement bien des éditeurs ont oublie de faire.

    La vraie question est de savoir si c’est la presse ou le journalisme qui doit être sauvé. Dans le premier cas, c’est un plan de redressement industriel a fond perdus qui devra être mis en place afin de permettre a l’ensemble de l’industrie papetière, des réseaux d’imprimeries, de distribution et de vente de subsister en dépit d’une érosion du lectorat qui se fera de plus en plus pressante dans les dix prochaines années.

    Dans le second cas, il faut abandonner le “pulp” a l’histoire et rediriger les investissements et les politiques de développement sur le digital en exploitant les outils et les techniques qui permettent de générer les revenus. Revoir l’organisation structurelle des journaux et des magazines – qui n’a guère changée depuis plus de 200ans – et faire les efforts nécessaire pour cibler le public déjà présent sur le net etc etc etc etc. Bref changer de peau.

    Qui est prêt a changer de peau? Qui est prêt a se lancer dans cette aventure?

    Ceux qui n’auront ni le courage, ni la vision pour entamer au plus vite cette transition, condamnent leurs employés et avec eux le journalisme.

    Ceux qui ont compris cette révolution sont les magnas de demain.Par ailleurs:

    iTunes lancement 2005
    iPhone v.1 lancement 2007
    iPhone v.3G lancement 2008
    iPhone v.4 lancement 2010
    iPad v.1 lancement 2010

    Qui peut me dire ce qu’il se passera dans 5ans… dans 10ans? Peut etre vous battrez vous alors pour sauver l’ipad…et ce sera encore un combat a perdu.

  11. Marrant, ça fait plusieurs fois que je me dis que j’aimerais bien un google news alternatif. Même principe, mais pondéré par une petite équipe de journalistes, chroniqueurs et spécialistes en tous genres (sciences, droit, éco, religions, arts) qui font “remonter” des sujets a leur avis digne d’intérêt. Ca me permettrait de m’ouvrir à des contenus plus originaux, sans perdre la flexibilité du principe de l’outil google news (rangé par thèmes puis par sujets identiques, et si le sujet m’intéresse, je peux consulter tous les articles en rapport)
    Et vous savez quoi : je crois bien que je serais prete a payer pour ça…

    Vous me direz qu’il y a CoZop, mais instinctivement je préférerais une véritable équipe qui peaufine ses choix et gère l’harmonie de l’ensemble.

    En fait, mon média payant idéal serait :
    – une page d’accueil avec un édito du moment + des colonnes de type google news mais au contenu personnalisé,
    – des plates-formes thématiques de blogs sélectionnés pour leur qualité, avec des liens directs vers les articles conseillés du moment
    – beaucoup de multi-média : autour du dernier film qui ma tant plus (Io Sono l’Amore) je peux trouver l’interview de TIlda Swinton, mais aussi un lien vers ses bouquins sur amazon, l’affiche du film, les bonus (ceux qui sortiraient sur le DVD), les rushes du prochain film, les fichiers mp3 des musiques de John Adams, les dates des prochain concert pres de chez moi avec du J Adams au programme (hop, lien direct vers la fnac pour réserver mon billet, et vers Evite pour proposer à mes potes) le tout organisé en peartree, bien plus logique et instinctif que les colonnes.
    – des émissions type télévision (interviews, docu) et type radio (quand j’ai plus le temps de lire mais que le sujet m’accroche, hop, je télécharge sur ipod et j’attrape mon bus
    -…

  12. La folie autour de l’iPad s’est largement calmée.

    La sortie officielle s’est déroulée Hier en Belgique, et vous savez quoi? Une simple file de 30 personnes à l’ouverture du premier revendeur Belge. Comme tu le dis si bien, fabriquer une application sur iPad n’a aucun intérêt pour un quotidien. Enfin, presque, l’avantage d’une application, c’est qu’elle peut permettre de stocker les articles en mémoire, mais je suis certain que les sites se mettrons d’ici quelques années à proposer le stockage des articles en cache. C’est faisable en HTML5.

    Pour moi, il faut revoir l’économie général de la presse . Créer du contenu et le diffuser sont 2 domaines différents. On ne parle plus de recopier ce qu’on a écrit sur le papier, mais on parle de convergence et de multimédia.

    Aujourd’hui, pour réaliser de l’information, il faut des articles de fond, des reportages vidéos et des interviews radio, en plus de cela, il faut offrir l’occasion à l’internaute de publier également du contenu complémentaire.

    Une fois tout ce contenu obtenu, il faut le formater pour le papier, l’internet la télévision, la radio, la mobile, l’iPad, …

    Mais quelle presse peut être efficace simultanément dans tout ces domaines?

    Non, il faut un marché équitable entre les fournisseurs de contenu et les diffuseurs. Quoi de mieux que de pouvoir disposer de toutes l’actualité provenant de plusieurs type de sources qualitative réunie de façon cohérente dans la même application?

    PS: Merci de m’avoir cité (malgré le “b” en trop dans mon nom 😉 )

  13. Merci pour ce joli papier qui creuse un sujet ayant de l’avenir. Moi-même agrégateur « à la main » mais version UK, j’éprouve un plaisir non dissimulé à 1/découvrir 2/choisir 3/faire traduire 4/relire 5/publier des billets de blogs divers et variés mais surtout très riches. Et du lien qui jour après jour se noue entre une équipe, des traducteurs, des blogueurs, des lecteurs. Ton billet bientôt en ligne chez nos amis britanniques. Et la blogosphère britannique est carrément dynamique. Cheers!

    Commentaire posté sur narvic

  14. Oui, je suis étonnée que personne n’ait eu cette démarche avant nous. Il ya tellement de contenus intéressants dans la blogosphère… Sans doute le ticket d’entrée est-il trop élevé pour les traductions ? Et faire lever la pâte à contenus à la mano est aussi un savoir-faire pas très new school.
    Finalement avec E-Blogs : on marie les 2 savoir-faires : éditing old school appliqué à un contenu nouvelle génération.
    Et tous les jours, on est étonnés du résultat. Ca fonctionne bien. Reste plus qu’à trouver notre audience, pour exister économiquement.
    Merci de ta participation à ce beau projet Narvic !

    Commentaire posté sur narvic

  15. Bonjour. Connaissez-vous Cafebabel.com ? Ils existent depuis bientôt 10 ans et publient des articles écrit par amateurs et journalistes et les font traduire en six langues pour six versions du même site, chaque version étant adaptée à sa cible locale. Et ils existent depuis 2001 ! Plus q’un agrégateur de contenu, c’est un vrai magazine de qualité.

    Commentaire posté sur narvic

  16. @ Cathy

    On en revient souvent-là, avec internet : c’est moins un nouveau monde qui se substitue à un ancien, que des hybridations fécondes qui émergent un peu partout (et souvent pas où on les attend).

    @ Jean

    Café Babel est un beau projet en effet, qui a eu le grand mérite d’être pionnier dans sa dimension multilingue, et en faisant sauter la barrière (très forte dans le journalisme français) entre amateur et professionnels.

    E-Blogs apporte une dimension nouvelle et intéressante dans sa relation avec les blogueurs. C’est une forme d’organisation d’un média différente de Café Babel, qui, lui, reprend l’organisation traditionnelle des magazines, avec une rédaction.

    Commentaire posté sur narvic

  17. Un agrégateur, papier ou électronique, pose toujours la question du choix éditorial.
    – Pour Courrier International, le filtre était formulé ainsi a l’origine : les grandes tendances de l’actualité par les journaux de référence étrangers. Plus prosaïquement, la question était triple : comment parle-t-ils de l’actualité, de quoi parlent-ils chez eux, et comment parlent-ils de nous.
    – Pour Vendredi, c’était un peu pareil. Comment les sites d’info et les blogs parlent-ils de l’actualité (différemment en tous cas, c’était l’hypothèse de base, ou même plus librement) et de quoi parlent-ils (les buzz qui font le principal de la conversation).
    Vendredi a eu une trajectoire comparable a Courrier en matière de diffusion pour les premiers moi, même meilleure. La diff payée a fini a 14 000 ex. après 8 mois et un premier numéro a 52 000 ex. Mais les moyens étaient
    bien moindre pour Vendredi. Notre erreur au début a été de faire dire au Net ce que nous avions envie de lui faire dire.

    La question de la ligne éditoriale est la clé de l’intérêt d’un agregateur. C’est pour cela que les humains doivent y jouer un rôle essentiel.

    Jacques Rosselin

    Commentaire posté sur narvic

  18. Rien ni personne ne sauvera la presse s’ils continuent de s’entêter et surtout ne pas chercher à s’imprégner du médian.
    Pourtant, le potentiel de mise en scène est fantastique sur l’iPad (tout comme sur le Web d’ailleurs), mais ceux qui s’en donnent la peine sont une minorité. Parmi cette minorité, certains font mieux que pleurnicher sur le sort et pointer du doigt la technologie.
    Prétendre que l’iPad est une révolution émane de ceux qui ne connaissent pas la marque fruitée. Donnez moi une autre marque qui a autant de révolutions à son actif (Apple II, Macintosh, iPod, iPhone) ? Foutez la paix à l’iPad qui est un merveilleux joujou au potentiel quasi illimité et c’est déjà pas mal. Ce n’est pas le Messie !

Comments are closed.