après le journalisme

On voudrait asphyxier Mediapart qu’on ne s’y prendrait pas autrement

Le directeur de la publication du journal en ligne Médiapart, Edwy Plenel, et le journaliste et co-fondateur de Mediapart Laurent Mauduit, font l’objet de onze (!) plaintes en diffamation de la part de François Pérol et les Caisses d’épargne (voir AFP) pour six articles d’enquête publiés par le journal.

Edwy Plenel dénonce “un rouleau compresseur judiciaire” et la Ligue des Droits de l’Homme un “harcèlement judiciaire”.

Pour Laurent Mauduit :

Nous sommes une toute petite machine, un petit moustique, face à ce géant financier, deuxième établissement bancaire français maintenant, qui, lui, ne compte pas ses moyens. On ne joue pas dans la même cour, au plan financier en tout cas. La menace pour Mediapart est sérieuse.

Le jeune journal craint, qu’il gagne ou qu’il perde ces procédures, d’être financièrement laminé par l’opération. Il estime qu’il s’agit d’“intimidation”.

Mediapart lance donc sur son site un appel au soutien moral (pétition) et financier (dons pour faire face à des procédures qui pourraient lui coûter plusieurs dizaines de milliers d’euros).

Martine Silber (Marsupilamima) explique sur son blog que signer cette pétition est pour elle “une question de principes” :

(…) Parce que ces onze plaintes reviennent en fait à mettre à mal financièrement un journal qui comme les autres a des difficultés économiques. Un procès, c’est long et ça coûte cher, difficile donc de tenir le coup sur la longueur.

Autrement dit, Mediapart risque (même si ceux qui l’attaquent étaient finalement déboutés) de gagner en justice trop tard pour pouvoir survivre. C’est une méthode insidieuse et qui n’est pas nouvelle.

Il ne s’agit pas de faire justice, de respecter le droit de tout citoyen nommément mis en cause par un organe de presse de porter plainte pour diffamation, mais de fragiliser voire de tenter de faire disparaître un journal poil à gratter.(…)

La méthode n’est pas nouvelle en effet.

Je ne suis pas abonné à Médiapart, et j’ai plusieurs fois exprimé mes doutes et mes réserves vis à vis de ce projet, mais l’argumentation de Martine m’a convaincu de sortir du bois à mon tour. On voudrait asphyxier Mediapart qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Même si je ne goûte guère la posture que prend bien souvent Edwy Plenel, de donneur de leçons déontologiques permanent et de dénonciateur d’un système médiatique, dont il oublie de signaler qu’il fut, en son temps, un efficace rouage de premier plan à la direction du journal Le Monde en pleine dérive (pour mémoire, sur novövision: Le cynisme sans complexe d’Alain Minc), je serais fort chagriné que l’expérience de journalisme de Mediapart soit coulée non parce qu’elle n’aurait pas trouvé son public, mais parce que ses journalistes auraient précisément fait leur travail d’enquêteurs.

J’ai donc signé la pétition en soutien à Médiapart.

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Complément (lundi) :

Lire aussi :

Pierre France (On est mal) : Une question de principe…

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