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On attendait le web social… mais pas celui-là !

Le “web social”, on en rêvait (moi, du moins), Facebook le fait ! Et ça ressemble plus à un rejeton monstrueux qu’au joli bébé qu’on espérait. En se lançant à la conquête du web en monnayant auprès des publicitaires nos données personnelles récupérées désormais partout lors de notre navigation, Facebook est en train de devenir un problème encore plus gros que Google ne l’a jamais été.

 Out Of The Crowd par brtsergio (cc)
Out Of The Crowd par brtsergio (cc)

Et cette évolution est à l’image d’un web qui n’évolue pas du tout vers le meilleur de ce que l’on pouvait espérer.

Ce web social, c’est plutôt du coté de la blogosphère que j’aurais voulu le voir émerger, de cette construction spontanée très originale et autogérée d’un réseau de blogs interconnectés, qui produisait son propre agenda de l’information.

Mais celle-ci est aujourd’hui bien moribonde, subissant les assauts croisés de ces réseaux sociaux qui la vident de sa substance, et des médias mainstream qui tentent de récupérer certains blogueurs et marginaliser les autres, pour étouffer l’émergence de ce qu’ils ne voient que comme une concurrence.Je suis peut-être finalement un optimiste… Si le ton ou l’angle des billets de ce blog est bien souvent critique (au risque de passer pour un aigri :-P), c’est que je suis souvent déçu par la tournure que prennent bien des choses. Alors que ça pouvait être autre chose, en mieux. Et si je suis déçu, c’est qu’avec optimisme j’avais voulu y croire. Ou au moins j’avais espéré…

Ainsi l’arrivée du “web social”, comme on dit… On peut dire que sur ce blog, j’ai appelé de mes voeux son avènement : un web dans lequel l’humain reprenne la main sur la machine, dans lequel la relation sociale prime sur l’algorithme (surtout lorsque celui-ci est entre les mains d’une multinationale américaine tentaculaire et opaque).

(cliquer sur le bouton pour déplier la “boite à liens”)
Y a pas que Google dans la vie

Trouver l’info en ligne : des stratégies de recherche sociales qui font mieux que Google (septembre 2008)

Y a pas que Google dans la vie ! D’autres stratégies de recherche d’info… (septembre 2008)

La revanche de l’humain sur l’algorithme

Quand mon réseau social m’informe de l’actualité (octobre 2009)

Les réseaux sociaux, algorithme à visage humain de recherche d’information (octobre 2008)

J’ai même formé l’espoir que ça ouvre de nouvelles perspectives pour le journalisme, retrouvant à travers le journalisme de liens un rôle social de recommandation de l’information et de filtre au service de la communauté.

Un journalisme de remediation ?

Quel journalisme à l’ère de l’info-buzz ? (septembre 2009)

Un journalisme de re-médiation (mai 2008)

Un journalisme de liens ?

La stratégie des fous à lier : les enjeux du journalisme de liens (novembre 2008)

Le journalisme de liens : une vraie stratégie d’audience (septembre 2008)

A l’époque, le “problème” c’était surtout Google, qui avait mis en pratique avec un formidable succès son ambition d’être le grand organisateur de l’information sur le web, à l’aide de ses millions de serveurs informatiques et de manière totalement mécanisée. Tout cela selon ses propres règles et surtout à son plus grand profit.

La revanche de l’humain sur la machine ? Le “social” contre l'”algorithme” ? Ben, aujourd’hui on y est. Sauf que ça n’a pas tourné au mieux et que nous sommes seulement en train d’échanger une menace, ou un risque, pour un autre potentiellement plus grand encore…

Ainsi en mars 2010 aux Etats-Unis, Facebook a devancé Google par son trafic, pour la première fois (Electron Libre). De peu, certes, mais c’est la tendance qui compte : Facebook ne devance pas Google parce que Google recule, mais parce qu’il va plus vite que lui.

En décembre, une étude du spécialiste des mesures d’audience Compete indiquait que “Facebook aurait renvoyé plus de trafic vers les grands portails de type Yahoo, AOL ou MSN que ne l’a fait Google” (Clubic). Des chiffres qu’une étude française tend à relativiser, pour ce qui concerne les sites français d’information (Les Echos), même si l’étude témoigne aussi de la forte montée en puissance de Facebook, non seulement en trafic sur son site, mais en “apporteur de trafic” sur les sites des autres.

Et c’est le moment que choisit Facebook pour embrayer le turbo et tenter d’un coup de passer à la vitesse supérieure. Fabrice Epelboin et Alex Iskold, sur ReaWriteWeb, détaillent longuement de nombreux aspects de cette véritable stratégie de conquête qui transparait des annonces récentes et fracassantes de la firme.

On en retient, car c’est le plus visible et d’une certaine manière symbolique, la possibilité ouverte de disséminer sur tous les sites web qui le voudront le fameux bouton “like” (“j’aime”), qui permet à Facebook de se connecter à tous ces sites – et d’y récolter une masse considérable d’informations personnelles – et nominatives !! – sur ce que tous les membres de Facebook sont en train d’y faire. Tout en permettant aux utilisateurs de recommander instantanément ce site à tous les membres de leur propre réseau d'”amis” sur Facebook.

Et c’est la ruée sur Facebook de tous les éditeurs de sites, de blogs et de tout ce que vous voulez, pour placer sur son site le nouveau bouton magique, le nouveau Graal de l’audience en ligne ! 50.000 sites l’auraient déjà fait dans les quelques jours suivant cette annonce !

Ça mérite pourtant peut-être qu’on y réfléchisse un peu avant de se ruer, car l’opération est vraiment très loin d’être anodine. Car le machin pourrait bien être le truc le plus intrusif et indiscret jamais sorti de la tête d’un ingénieur informatique.

Tout ça laisse à Marshall Kirkpatrick, sur ReadwriteWeb, “un arrière goût désagréable”. Il trouve ça “flippant” et se demande même si Facebook est “diabolique”

On sent Pierre Tran, sur 01net, partagé entre l’admiration pour la technique mise en oeuvre (“Comment Facebook va révolutionner le web”) et les dangers potentiels que recèle cette “révolution” :

De fait, Facebook, déjà fort présent, va encore accroître son emprise. Ce tissu de liens, même s’il s’étend sur toute la Toile, se concentre au final sur Facebook où sont centralisées toutes les données. Le danger est qu’il n’existe plus, à terme, d’autre choix de réseau social que Facebook. Le problème de confidentialité des données est toujours d’actualité, d’autant que la politique de Facebook en la matière semble changer au gré des vents.

En deux articles remarquables, Didier Durand, sur Media & Tech, dissèque deux des aspects essentiels de l’opération. Dans le premier il montre, explications précises à l’appui, en quoi la technique est particulièrement intrusive et indiscrète :

Bouton “Like” / “J’aime” et plugins sociaux: Facebook obtient le nom de chaque utilisateur visitant les pages équipées! Démo concrète

Bref, Facebook en saura bientôt plus sur vous que Google n’a jamais pu rêver d’en savoir ! Déjà accusé de tendre à devenir le nouveau Big Brother pour récolter et stocker toutes vos données de navigation à fin de ciblage publicitaire, Google n’avait jamais franchi le pas que vient de franchir Facebook : relier et croiser toutes ces données personnelles de navigation vous concernant… à votre nom réel et à celui des membres de votre réseau de connaissances.

Dans le second billet, Didier Durand détaille “les termes de l’échange” proposés par Facebook aux éditeurs de sites web pour les convaincre de placer le fameux bouton sur leur site. Il met en évidence comment il pourrait s’agir en définitive d’un marché de dupe :

Boutons “J’aime” et plugins sociaux: le deal déséquilibré proposé par Facebook aux éditeurs de sites

Je me souviens aussi, que sur mon premier billet consacré à Facebook sur ce blog, en 2007, je trouvais déjà le projet de son fondateur “dément”, même si j’étais bien loin d’imaginer la tournure que prendrait la suite…

Je laisserai le mot de conclusion – provisoire – sur le sujet de Facebook à Fabrice Epelboin, sur un ton doux-amer :

Nous sommes assez sceptiques sur le fait que tout cela préoccupera particulièrement l’utilisateur moyen de Facebook. Les gens sont d’une naïveté incroyable quant au fait qu’on les surveille sur internet, et ce point ne fera pas exception. Les récentes lois Loppsi et Hadopi, qui ont instauré une surveillance étroite du web, potentiellement bien plus intrusive que cela, n’ont pas soulevé de protestations particulières en dehors des milieux avertis. Pire encore, elles ont mis les politiques qui les ont voté dans une situation bien délicate quand il s’agira de critiquer la paille dans l’œil du voisin.

Le plus vraisemblable est que l’internaute moyen appréciera cette expérience personnalisée d’un internet « powered by » Facebook, jusqu’au moment où l’incroyable capacité de ciblage publicitaire qu’elle rend possible leur posera question.

Je rêvais d’un autre web…

Pour l’heure, c’est l’occasion pour moi de rajouter un chapitre à ma chronique du “spleen d’un immigrant du numérique” (épisodes un et deux) et de revenir sur la fin de mes propres illusions…

L’idée chemine dans mon esprit depuis quelques temps. On en trouvait des traces dans ce billet : Web de flux contre web de fond ? (octobre 2009) et surtout dans celui-ci : L’avenir radieux de l’internet ne se passe pas du tout comme prévu (janvier 2010)… Il y a dans l’air du web en ce moment, selon mon sentiment, comme un petit de vent de “parenthèse enchantée” qui se referme.

C’est que le “web social” dont je rêvais ne ressemblait pas du tout à celui qui se profile aujourd’hui : entre “une salle de jeux pour adolescents immatures et un vaste supermarché”, le tout supervisé par des mastondontes technologiques hypercentralisés, dont l’activité principale tend à devenir surtout celle de places de marché ou de régies publicitaires (Google, Amazon, Apple, Facebook…).

Mon rêve du “web social”, c’est celui que symbolisait la blogosphère. J’ai été séduit par cette forme très originale d’auto-organisation émergente, se développant dans un espace très particulier tenant un équilibre inédit entre l’individuel et le communautaire, entre le public et le privé… Mais j’ai le sentiment aujourd’hui qu’elle s’essouffle.

Certes, je ne me suis jamais caché ce que cette entité avait de fragile (La blogosphère mise à nu par ses observateurs, même – octobre 2008), et je me suis alerté des dangers de sa confrontation avec le monde médiatique commercial mainstream (Une collision de galaxies – juillet 2008).

Mais j’ai bien le sentiment que se passe aujourd’hui en France ce que Nicholas Carr entrevoyait aux Etats-Unis dès la fin 2008. J’écrivais ça à l’époque :

Le célèbre blogueur américain et écrivain Nicolas Carr estime aujourd’hui, sur son blog Rough Type, que s’il y a toujours des blogs, et même de bons blogs, la blogosphère elle-même n’existe plus. Il se demande qui a bien pu la tuer…

Les plus gros blogs sont en voie de normalisation et d’intégration au monde des médias « mainstream ». L’idée qu’ils pouvaient constituer une alternative se révèle illusoire et naïve.

En traduisant cet extrait de son billet :

“Ce vaste forum intime, en roue libre et étonnant, où des écrivains individuels faisaient part d’observations, de pensées et d’arguments, en dehors des limites des médias traditionnels, a disparu. Presque tous les blogs populaires aujourd’hui sont des entreprises commerciales avec des équipes de rédacteurs, qui font des opérations publicitaires agressives, des sites gonflés, avec des stratégies de self-linking. Certains sont bons, certains sont ennuyeux, mais faire valoir qu’ils font partie d’une “blogosphère” qui se distingue des «médias mainstream» ressemble de plus en plus à un acte de nostalgie, si ce n’est pas d’auto-illusion.”

Et j’ai bien le sentiment de voir un peu la même chose aujourd’hui dans l’espace francophone : il y a toujours des blogs, et même de très bons blogs, mais il n’y a plus de blogosphère.

Le signe le plus palpable est relevé par le fin observateur des blogs Jean Véronis : “les backlinks fondent comme neige au soleil”. Ces backlinks, ce sont les liens que les blogueurs placent dans leurs billets pour renvoyer vers un autre blog, comme une citation.

L’effondrement de cette pratique, au profit d’autres (on cite sur les réseaux sociaux tels que Twitter et Facebook, pour revenir à mon propos précédent), ne signifie pas “la mort des blogs” ou le déclin de leur activité. Jean Véronis anime un intéressant débat sur cette question sur son blog : ici, et encore .

Mais c’est un signe du déclin de la blogosphère, en ce qu’elle a pu former en elle-même, comme réseau de blogs interconnectés par les backlinks, une proposition de modèle alternatif à celui des médias mainstream pour la diffusion et la hiérarchisation de l’information. Une sorte de méta-média, agrégé et auto-organisé (et d’ailleurs démontrant sa capacité à plutôt bien se réguler), produisant son propre agenda “social” de l’information, de manière communautaire et interactive.

Les backlinks et les commentaires fuient désormais vers Twitter et Facebook et c’est un élément absolument fondamental et nécessaire à la structuration de cet espace comme une communauté qui fait de plus en plus défaut. La blogosphère ne forme plus ce réseau interconnecté, puisque les connexions se font de plus en plus désormais hors de son “écosystème”. Les blogs s’en trouvent de plus en plus isolés et redeviennent de simples espaces de publication personnelle.

La blogosphère subit aussi les assauts des médias mainstream, qui voient en elle surtout une concurrence qu’il faut réduire. Après avoir un peu tergiversé, hésitant entre la carotte et le bâton, la plupart des médias ont fini par trouver un angle d’attaque diablement efficace et peu agressif : la récupération !

Celle-ci prend plusieurs formes. La première aura été la republication de billets de blogueurs sur leurs propres sites de média, où chacun voit bien que la conversation en commentaire y est presque impossible, ramenant le blogueur à cette relation verticale traditionnelle de la presse avec son lecteur et réduisant ce qui faisait son originalité.

La seconde est plus radicale encore, c’est l’ouverture sur ces sites de plates-formes de blogs-maison, que l’on fait fonctionner sur des principes quasiment antithétiques avec ce qui faisait l’identité même de la blogosphère. Le cas le plus symptomatique (mais ce n’est qu’un exemple, la même logique est à l’œuvre chez les autres) est celui des plates-formes de blog du Monde Interactif, filiale du Monde et de l’industriel des médias et de l’armement Lagardère : lemonde.fr et lepost.fr.

Le blogueur de ces plates-formes se voit interdit, par exemple, de jouer le jeu vertueux de “l’économie des liens” qui caractérisait la blogosphère, car ses liens “sortants” sont systématiquement placés en “no follow” : une instruction technique à l’attention des moteurs de recherche, qui leur indique de ne pas prendre en compte ces liens dans leur travail de référencement. Ça signifie qu’un tel blogueur, lorsqu’il voit son blog lié par un autre ne peut pas “rendre” ce lien, ou qu’il ne peut rendre qu’un lien dévalué.

C’est une manière d’établir une sorte de cordon sanitaire, isolant ces blogs du reste de la blogosphère, en tentant de reconstituer autour des médias une mini-blogosphère périphérique et vassalisée.

Ces plates-formes ont ensuite une pratique discriminante envers les blogueurs de leur propre environnement, établissant des hiérarchies et des sélections sur décision et selon des critères qui échappent totalement aux blogueurs en question : billet passé “à la une” du site, statut accordé de “blogueur invité”…

Dans la plus totale opacité, certains de ces blogueurs sont rémunérés, mais sans que ces médias ne consentent à indiquer – ne serait-ce qu’à leurs propres lecteurs ! – qui est payé, à quel tarif et sous quel statut, les ravalant à ce que Reversus a raison de désigner comme “des sous pigistes” ! (Reversus : Quel avenir pour les blogueurs ?)

Achevant ce placement dans une situation de vassalisation complète du blogueur au média qui l’héberge, le blogueur de ces plates-formes se voit même dépossédé de la gestion et de la modération des commentaires de ses propres billets. D’une part, car il est confronté à la nature même du public des commentateurs de ces médias de masse, qui confondent le plus souvent le blogueur avec le média qui l’héberge et n’ont pas cette pratique personnalisée et en partie codifiée de la conversation avec un auteur. Et d’autre part, car il est soumis à une politique de modération qu’on lui impose et qui est contrôlée par le média, et souvent même sous-traitée à une obscure officine dont on ne sait rien et avec laquelle tout dialogue est impossible.

La mésaventure du journaliste-blogueur Gilles Ponthieu est à cet égard édifiante des relations que la plateforme du monde.fr entretient avec ses blogueurs hébergés : censure d’un commentaire sans aviser l’auteur du blog, puis blocage du blog lui-même, avec exigence de censure du billet où l’auteur dénonçait la situation. Gérard Ponthieu a pris la bonne décision : il est parti voir ailleurs. Cet article que la plateforme du monde.fr ne voulait pas que vous lisiez est donc en ligne, dans sa nouvelle maison, où il est maître chez lui.

(complément (19h00))

Cette récupération de blogueurs dans la périphérie des sites de médias mainstream conduit à couper ces derniers de la blogosphère et à la priver de l’énergie qu’ils pouvaient lui apporter. Ça trouble aussi profondément l’économie de fonctionnement de cette blogosphère en introduisant dans l’échange des monnaies qui pervertissent la nature des échanges : l’argent d’abord, mais aussi, et peut-être surtout, une rétribution sociale d’une autre nature que celle qui a cours dans la blogosphère : la reconnaissance par les pairs qui fait du monde des blogs une sorte de république. Ces plates-formes de médias introduisent dans le jeu une petite part de l’audience de masse qui est la leur auprès des blogueurs hébergés, qui est une audience déqualifiée, mais qui apporte une notoriété de masse qui peut séduire certains, et puis ces plates-formes proposent une sorte de reconnaissance sociale qui peut découler de se placer sous l’ombrelle d’une marque connue.

(/complément)

Les blogueurs doivent donc aujourd’hui lutter sur tous les fronts, contre les réseaux sociaux comme Twitter et Facebook qui vident la blogosphère d’une partie de sa substance et de son énergie, et contre les médias mainstream qui attirent certains d’entre eux pour les vassaliser à leur périphérie et tentent de marginaliser les autres. Si les blogs ne sont pas morts, la blogosphère, elle, est bien moribonde. Et pour répondre à la question posée par Nicholas Carr, on sait très bien qui l’a tuée.

21 Comments

  1. Qund j’ai commencé le blogging il y a 4 ans, les retroliens-backlinks-trackbacks étaient très recherchés.
    Mais il y a eu une vague de spam-links qui a noyé cet usage, qui n’a jamais repris, sniff

  2. Merci pour cette excellente analyse, que nous sommes nombreux à partager totalement :-((. (Mais non, ce n’est pas de l’aigreur, juste de la lucidité…)

  3. Salut,
    oui très intéressante analyse.
    Une remarque, si je puis : “social” est un mot qui a le don de faire perdre le sens des mots auquel on l’accole, et il nécessite au minimum d’être précisé. Le web social, c’est quoi ?

    Pour moi, “social”, ça veut dire “les gens”. Donc le web social, c’est ce qui connecte les gens. Ce qui donne du sens, ce qui stimule, brasse. Permet la création.

    A chaque acteur de se débrouiller pour que le web soit comme cela. En cela, Facebook n’est qu’un moyen. Nouer des contacts réels pour prolonger le web, voilà qui lui donne du sens à mes yeux. Que des projets naissent des rencontres sur le web, voilà le vrai web social.

    Tous les jours, ça a lieu. Le web social existe déjà. Concrètement. N’en attendons pas plus, pas moins, que ce que ça veut dire. Un moyen formidable pour multiplier les possibilités de connections et d’aventures humaines.

    à bientôt

  4. C’est laid, comme paysage, ce que vous nous présentez là, Narvic 🙂

    Et alors, on fait quoi ?
    Au lieu d’attendre chacun de son côté l’hypothétique récupération rémunératrice (au lance-pierres et sous muselière) et la prévisible désaffection ?

    On continue à déplorer la cruelle évolution du Web (qui fait du social de masse sans nous, le lâche !) et à se lamenter ou bien on formalise un réseau de blogs indépendants, on lui donne un titre et on crée l’organe décentralisé le plus fort question audience, diversité et pluralité ?

    ( Pardon, c’était seulement une poussée de citoyenneté libertaire, ça me sera passé avant le dîner. )

  5. @ Szarah

    On fait quoi ? On y réfléchit en coulisses et on aura peut-être des solutions à proposer. B-)

  6. Merci pour cet excellent article, je partage complètement ta déception. J’avais écrit un article, justement sur les feedbacks F8 http://www.sociocommedia.com/2010/05/06/facebook-f8-websocial/, je viens d’y intégrer ton lien. Le web social pourrait et devrait être autre, que cette vision dictée par FB. Je crois qu’entre les marketers et les éditeurs de sites qui se satisfont de ces nouvelles sources d’informations et de traffic, beaucoup ne se rendent compte des implications que cela représente sur notre société, à titre individuel et collectif. Personnellement, je trouve cette évolution, très inquiétante compte tenu de mon métier et de mon expérience récente, où j’ai été victime d’une usurpation d’identité sur FB. Je compte publier un article sur le sujet, histoire que mon expérience puisse servir et alerter.

  7. Rien de nouveau donc. Chaque jour le net devient un peu moins le net. Du point de vue des solutions l’idée que les blogueurs créent leur propre réseau “décentralisé” est à mon sens un autre piège. Le blog pour moi c’est justement cet îlot perdu au milieu de la blogosphère sur lequel on tombe par le jeu des liens. Donc je me méfie systématiquement de tout outil commençant à prendre le pas sur ses concurrents. D’abord j’ai arrêté Windows, ensuite j’ai “modéré” Google, je ne suis pas passé par la case Facebook, et ptet bien que je vais devoir passer de Twitter à Identica. Sortir de l’idée qu’il faut aller sur ces médias car c’est là qu’on peut être vu et tabler ptete sur le réseau des liens et des vrais connaissances humaines. Et puis aussi arrêter de seulement parler d’Internet comme d’un autre monde. Car ce qui se joue sur la toile me semble être le symptôme de quelque chose d’éminemment plus sérieux: la vraie vie. Et là question société et donc réseau social c’est vraiment pas gagné. Enfin bon je dis ça je dis rien. Bonjour chez vous!

  8. Toujours riche, pertinent et interrogateur un billet de Narvic!
    Sur le fond, ne faut-il pas y voir un retour de la (vieille) controverse bloggeur vs journaliste?
    Il ne semble pas incohérent qu’une société de presse souhaite valider les contenus rédactionnels qu’elle propose sous ses “marques”. Il est difficile pour un bloggeur de revendiquer les mêmes prérogatives qu’un journaliste sans en avoir les mêmes devoirs.
    Dans le même temps, une société de presse ne peut pas, pour des raisons d’audience et d’engagement , rechercher la signature reconnue d’un non-journaliste et rechercher le mode conversationnel du Web 2.0 tout en en piétinant les règles de fonctionnement de la blogosphère…
    Au final, la presse a-t-elle enfin compris que la mutation de ses métiers est structurelle ou considère-t-elle qu’il suffit de mettre un volant et une carrosserie sur une voiture à cheval? L’informatique répondait aux télécoms que la voix n’est qu’une autre forme de donnée. Google et facebook semblent répondre la même choses aux médias. Les télécoms ont répondu à l’informatique par l’accès à son environnement personnel en tout lieu, la presse classique peut-elle répondre quoique ce soit d’intelligible si elle bute encore sur la grammaire du web?

    Quant à la blogosphère, elle n’est pas non plus une création sui generis, mais l’héritière des BBS ou des newsgroup. A son tour de se transformer tout en préservant l’esprit originel et l’enthousiasme de ses contributeurs (dont je fais partie)?

  9. @ xitobal

    La blogosphère est même l’héritière directe de la CB … Citizen band.
    Le souci, c’est la culture : la plupart des blogueurs ignorent leur héritage et leur rôle, leur responsabilité dans la continuité d’un mouvement citoyen qui aurait pu être une lame de fond.

    Ils ont pris le blogging en marche sans réaliser de quoi il s’agissait. Et nous retrouverons toujours 5 % d’actifs pour 95 % de consommateurs … prêts à migrer vers de plus séduisants horizons.

    Mais ce n’est pas terminé : the beat goes on 🙂

  10. Dans l’article, es deux liens vers le blog “C pour dire” amènent à une page d’erreur 404.

    Après recherche sur ledit blog, les URI correctes sont les suivantes:

    http://c-pour-dire.com/2010/04/«-c’est-pour-dire-»-vire-au-rouge-cerise/

    http://c-pour-dire.com/2010/04/«-lobby-juif-»-declenche-la-censure-du-mondefr-sur-«-c’est-pour-dire-»-au-nom-des-interdits-du-refoulement-et-du-penser-correct/

    Versions “isgd” (avec aperçu préalable) des liens ci-dessus, au cas où ce serait le CMS de ce blog-ci qui mange ou qui régurgite mal les caractères des adresses de ce blog-là:

    http://is.gd/c8Ks0-

    http://is.gd/c8KtM-

  11. L’internet a toujours muté. La nouveauté est qu’il mute de plus en plus rapidement. Cela nous aide a avoir une pensée émue a tous ceux que nous regardions avec amusement / agacement se démener avec les ordinateurs et avec le réseau.

    Le réseau d’aujourd’hui est monstrueux ? Peut être. Mais toute l’histoire de l’Internet est faite de monstruosité. Monstruosité de l’accouplement de l’homme avec les machine avancé par Licklider dès 1960. Monstruosité du réseau “intergalactique” rêvé par Bob Taylor, et réalisé par quatre étudiants en 1979. Cela s’appelait Usenet, et cela devait durer “toujours”. Et puis le web a fini par tuer Usenet, et pour beaucoup cela a été la fin du monde. Un autre armaggeddon est venu avec les blogues. Aujourd’hui, nous en sommes aux sites de réseaux sociaux, à la géolocalisation, au tagging perpertuel de nos vies.

    Bien sûr, on peut s’inquiéter de cette fête permanente. Il y a une ambiance fin de monde de cette orgie de partages. Nous faisons des liens pour faire des liens, nous aggrégons pour aggréger, accumulons pour accumuler. Nous ne savons plus pourquoi nous le faisons, mais nous le faisons pour rester en rythme (Lombard, http://inconscient.net/twitter-confirmation.htm )

    Mais il nous faut aussi pleinement reconnaitre notre progéniture. Ce web là est le notre. Cette sociabilité est la notre. Nous ne pouvons pas simplement tourner les talons et laisser. Les mondes numériques n’ont jamais été des mondes radieux. le web s’est imposé parce que Tim Berners-Lee a tué Gopher. Ils ne le sont que par un effet de la nostalgie qui nous fait oublier les énervements devant les taux de connexion lamentables et la difficulté à mettre quelque chose en ligne. Ce qui se crée aujourdh’ui, nous l’avons fait de nos mains, en y participant ou en refusant de prendre position.

    Reconnaissons le. Et ne laissons pas les générations suivantes en mal d’héritage parce que nous ne voulons pas nous reconnaitre. L’internet est devenu massif, et il peut devenir massivement malveillant. C’est de cela dont nous devons nous préoccuper et nous ne pourrons le faire que si nous reconnaissons l’enfant que nous avons attendu. Il n’est pas celui dont nous révions ? Tant mieux : c’est avec le réel que nous avons à faire.

  12. @ Yann

    J’ai tardé à répondre à ton commentaire, car au fond il vise juste. 😉 Les rêves se réalisent rarement, et même lorsque ça arrive on ne s’en aperçoit pas toujours, on ne les reconnait pas quand ils sont arrivés…

    Mon rêve, c’est qu’internet soit utilisé comme un outil d’émancipation, ce qui entraine qu’il faut bien admettre que les gens en font ce qu’ils veulent quand ils se saisissent de l’objet : c’était même le but de l’opération ! Et tant pis s’ils n’en font pas ce que j’aurais préféré.

    Mais je ne crois pas non plus que la liberté totale soit souhaitable, surtout pour ce qui concerne des gens encore immature, comme les enfants et les adolescents, et surtout quand il y a des loups qui rôdent autour de la bergerie.

    Je me retrouve assez bien dans l’état d’esprit de Fabrice Epelboin : pour le moment, les utilisateurs de Facebook ne semblent pas contrariés par l’exploitation commerciale de leurs données personnelles en toute opacité, mais c’est peut-être, par naïveté, qu’ils n’ont pas encore pris conscience de l’aliénation qui en découle…

    A moins que des changements plus profonds que je ne l’imagine ne soient intervenus entre ma génération (nourrie par George Orwell) et les suivantes, et que la frontière entre ce qui est privé/intime/secret et ce qui est public se soit déplacée… C’est d’ailleurs ce que répond Zuckerberg à ses détracteurs.

    Si c’était le cas, je ne suis pas sûr de me sentir très à l’aise dans le monde qui vient…

  13. “Je suis peut-être finalement un optimiste… “ (…) “Les blogueurs doivent donc aujourd’hui lutter sur tous les fronts, contre les réseaux sociaux comme Twitter et Facebook”

    Ce n’est pourtant pas très optimiste comme article… Twitter et Facebook sont des succès et sont aimés par la majorité de leurs utilisateurs. On oblige pas 500 millions de personnes à partager les contenus webs qu’ils découvrent avec leur communauté (amis ou followers).

    Facebook ajoute des liens entre les personnes et les objets, et alors?. En plus des liens entre les contenus (les liens de ton article) et les liens entre les gens (facebook hier) nous allons enfin avoir des liens entre les contenus et les gens… C’est la suite logique des choses…

  14. @ Nicolas

    J’ai le droit d’estimer qu’avec Facebook, ce n’est pas du tout la bonne manière de faire ? Et de regretter que 500 millions de personnes donne à Marc Zuckerberg une confiance dont il n’est pas franchement digne ?

  15. Oui oui bien entendu. Mais comme les autres commentaires allaient dans ton sense je me suis dit que ca te ferai plaisir d’avoir des arguments positifs sur l’OGP.

    Maintenant comme tu l’as justement souligné dans ton article je pense que les 500 millions d’utilisateur de Facebook se contre-foute de leur privacy et ne savent pas qui est Marc Zuckerberg.

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