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NovöVision et les cobayes d’un nouveau siècle

“Etre novö, c’est être dissident de tout : y compris, et surtout, de soi-même.”
Il y a près de 30 ans, un comète a traversé la fin du siècle. Elle nous a laissé un message… Yves Adrien fut un ” dandy nucléaire “, son livre “NovöVision “ est aujourd’hui le bréviaire de ses adeptes…“NovöVision “ n’est pas seulement le nom que narvic a choisi pour sa maison, c’est surtout le titre d’un livre, et pas n’importe quel livre…
” NovöVision. Les confessions d’un Cobaye du siècle “ est un livre au destin singulier, un OVNI, mieux, une comète littéraire qui a traversé la fin du siècle dernier comme un éclair.

NovöVision, Yves Adrien
NovöVision, Yves Adrien

Bien peu de gens ont été éblouis par cette lumière, pour les raisons que je vais vous raconter plus loin, mais les illuminés touchés par cette grâce particulière en ont été profondément marqués. Vous avez compris que narvic est l’un de ceux-là. S’il a choisi ce nom pour désigner sa maison, c’est une forme d’hommage, autant qu’un signe de ralliement à tous les pratiquants de ce culte secret… A chacun sa maison bleue, accrochée à la colline…

C’est que ” NovöVision “ est un livre culte, au destin mystérieux et maudit, ce qui est bien le moins pour un livre culte. Il fut publié en 1980, par une maison d’édition mythique, au sein d’une collection devenue légendaire aujourd’hui.

Les Humanoïdes Associés n’ont publié que peu de livres. Surtout des bandes dessinées de science-fiction, et pas n’importe lesquelles non plus: Moebius (” Les aventures de John Difool “, ” L’Incal “), Jodorowsky (” La Caste des métébarons “), les frères Schuiten (” La Terre creuse “), Beb Deum (” Buröcratika “). Ils ont publié aussi Enki Bilal, Philippe Druillet… Ils éditaient la revue ” Métal Hurlant “. Ainsi que la fameuse collection ” Speed 17 “ qui nous ramène à ” NovöVision “.

La collection était dirigée par Philippe Manoeuvre, que les plus jeunes d’entre vous connaissent peut-être encore, car il sévit toujours… C’est lui qui publia pour la première fois en France l’américain Charles Bukowski et quelques autres auteurs de légende, comme Hunter S. Thompson (” La grande chasse au requin. Le nouveau testament gonzo “, ” Hell’s Angel “) ou Hubert Selby (” Retour à Brooklyn “)… Rien que cela.

Le dandysme nucléaire

” NovöVision ” fut publié à peu d’exemplaires et fut donc très peu lu à l’époque. Et puis l’ouvrage disparu (J’ai entendu parlé d’une difficulté d’ordre juridique, qui empêcha longtemps la réédition du livre. Mais je ne retrouve pas trace de cet épisode aujourd’hui. Quelqu’un connait-il le fin mot de l’histoire ?)… Il fallut attendre 20 ans pour que le livre soit réédité, en l’an 2000 par Denoël, comme un testament du siècle finissant. 20 ans durant lesquels s’était forgé le culte novö, le ” dandysme nucléaire “

L’ouvrage, rare et mystérieux, devint précieux. ” NovöVision “ n’était pas de ceux que l’on prête. Ses lecteurs étaient des initiés… qui tentaient à leur tour de pratiquer, ainsi que l’enseignait le livre, ” la supériorité avec absence “

Il faudra retracer le parcours du dandy, le vrai, pas son ersatz galvaudé, ce ” masculin singulier “ (Marylène Delbourg-Delphis, ” Masculin singulier. Le dandysme et son histoire “, 1985), ce ” solitaire “ de Françoise Dolto (Françoise Dolto, ” Le dandy, solitaire et singulier “, 1987). Ce parcours qui mène de George Brummel, à l’aube du XIXe siècle (Jules Barbey d’Aurevilly, ” Du dandysme et de George Brummel”, rééd. 1986), jusqu’à… Yves Adrien, à la fin du XXe. (narvic s’y attèlera un jour, quand il trouvera le temps…)

“Novövision” est un mythe, son auteur l’est aussi. Yves Adrien aura traversé la fin du XXe siècle en dilettante ennuyé… avec absence. Personnage mystérieux, il disparait sans cesse et réapparait de temps en temps, toujours à l’improviste.

Lors de son passage le plus brillant, entre 1978 et 1980, accoudé au comptoir du Palace, la comète Yves Adrien a créé ce double de lui-même qu’il nous a laissé en dépôt et dont “Novövision” raconte l’histoire : Orphan.

” Mais Orphan, en ce début d’année, se sentait las de Mozart. Le désir l’habitait de jouer une partie plus risquée, de mettre en scène un personnage plus humain. Un personnage qui…
(…) Un personnage sans intérêt, un personnage humain : (humain au point de vouloir être, toute une année durant, le double d’un robot).
Un personnage de ce type, Orphan n’en connaissait qu’un : Yves Adrien “.

Qui est le créateur de qui ? Orphan ou Yves Adrien ? ” Être brillant, ce sera… cela : la faculté qu’a un être de s’inventer des doubles qui le prolongent et le protègent “, prédisait Orphan/Adrien il y a près de 30 ans.

Avec internet, tout cela est beaucoup plus facile à mettre en œuvre aujourd’hui… narvic est mon double, novövision est mon miroir. Ils ” me prolongent et me protègent “. J’ai tâché de retenir la leçon… ” Le Cobaye du (XXe) siècle ” ouvrait la voie à tous les cobayes du siècle d’aujourd’hui…

Extraits

• Ordinateurs, robots et cosmonautes.

” Derniers spasmes d’un moyen âge de plomb, les années 70 nous aurons appris à être plus vicieux, c’est à dire plus sophistiqués : comme les machines qui, cet automne, paradaient dans les vitrines du monde occidental (dans ses salons pourrait-on dire). Et si les vieilles gardes gémissantes se réfugiaient encore derrière des slogans alarmistes, les enfants, eux, décollent froidement vers des cieux synthétiques, s’y allient à des divinités androïdes qui leur enseignent l’art de générer des galaxies (: hypermarchés des grandes banlieues stellaires), surfent sur la voie läktée sans jamais tomber, jettent les bases de leur futur Land et, de retour sur Terre, pianotent sur les ordinateurs leurs partitions de rêves chiffrés : dans la sierra mentale des metteurs en scène de 7 ans, le cow-boy s’effondre devant le cosmonaute qui se dissout devant le robot. “

• S’inventer des doubles… et s’absenter du système.

” Être brillant, ce sera… cela : la faculté qu’a un être de s’inventer des doubles qui le prolongent et le protègent, des doubles qui miroitent, des doubles qui captent les rayons x-y-z, des doubles novö qui… surfent sur les ö.

Être novö, c’est s’absenter d’un système dans lequel la lumière est coupée à 65% de strychnine et de lactose.

Être novö, c’est s’inventer un drugstore dans l’espace : le Land.

Être novö, c’est s’inventer un éclairage sous la peau : le Light.

Être novö, c’est appliquer à l’illumination l’art samouraï du maniement d’un sabre-laser.

Être novö, c’est souhaiter que l’esclave obéissant du moyen âge, le serf, s’efface devant l’esclave éblouissant du nouvel âge : le double.

…I’Il be your mirror.

reflect what you are..

in case you don’t know

Être novö, c’est être l’esclave et le réflecteur de soi-même… “

• Dissident de tout.

” Être novö, c’est être dissident de tout : y compris, et surtout, de soi-même. “

• La supériorité avec absence.

” Être novö, c’est s’avancer vers la mort armé d’un novömatik à infrarouges : s’avancer vers le miroir avec l’idée d’y réussir, finalement, un parfait polaroïd de soi-même. clik,

clak,
(ici s’achève ” NovöVision “)

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11,000 années-qualude : postlude.
Ainsi, Yves Adrien avait écrit un livre…

Orphan, qui pratiquait la supériorité avec absence (un peu comme l’on prend des vitamines au petit déjeuner), décida qu’il passerait l’hiver prochain en Floride.

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* ”

(fin du livre)

A suivre sur le net :

– Charles Von Strychnine, sur Gonzai.com :

Extrait :

” Yves Adrien, résume avec une justesse infinie son livre par ces quelques phrases : « Ce livre est une série B. Il doit être considéré comme un produit de consommation, autant dans sa présentation que dans sa conception. Ce n’est pas une œuvre littéraire, mais une œuvre publicitaire. J’ecris avec des slogans, pas avec des sentiments. J’écris sur des sensations, pas sur des idées. Je n’ai rien à défendre, rien à dire. Mon seul moteur, c’est l’ennui. Ecrire, pour moi, c’est une façon de jouer avec l’ennui. Ecrire c’est l’excuse que je me donne pour ne pas m’ennuyer. » “

– Laurence Reymond, ” Une NovöVision du monde. Portait d’Yves Adrien “, sur Fluctuat.net :

Extrait :

” Toujours aussi mystérieux, il ne réapparaît que très ponctuellement. Ses textes étant son double parfait, ils prennent sa place. De ce fantôme génial, il faut donc absolument retenir (et lire) les textes. “

2 Comments

  1. CF. point 1, Laurent Chollet, qui doit toujours être éditeur chez Flammarion pourrait vous renseigner, c’est lui qui avait ressorti le livre à l’époque chez Denoël …

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