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Wikio: mon intérêt à l’affaire

Samuel, sur Authueil, dans un excellent billet (“Un tournant du web français ?”), écrit des tas de choses très remarquables au sujet du grand intérêt de mon récent billet sur la “seconde” affaire Wikio : “Affaire Wikio : ma réponse 2.0”. |-)

Il met en avant, dans son jugement – flatteur lucide – sur les propos que je peux tenir à ce sujet, mon absence “d’intérêt à l’affaire”. Cela me suggère une petite mise au point, que j’ai postée chez lui en commentaire, et qui revient ici comme un boomerang.

narvic sur Authueil :

(noir)Je te confirme que je ne possède aucune action dans une quelconque société du web 2.0, et que je n’ai donc aucun intérêt direct à l’affaire. 😉

(noir)Cela dit, j’ai des intérêts de blogueur. Par exemple, j’ai fait le choix comme toi, ou comme Eolas, de ne pas mettre de publicité sur mon blog. Et je l’ai placé sous une “licence libre”, et non sous “copyright”, ce qui autorise tout le monde à me reprendre, du moment que l’on respecte quelques conditions : ne pas transformer mon propos, citer son auteur et la source, et surtout… ne pas faire une utilisation commerciale de ma prose.

(noir)Je vois pourtant que tout un secteur d’activité très Web 2.0 se développe autour des blogs, sur les blogs même, et cette activité est purement commerciale, avec tout plein de pub dedans. Cette pub n’existerait pas sans la matière première fournie par les blogs, et les blogueurs ne voient jamais la couleur de cet argent qui est fait sur leur dos. Alors sous cet angle, j’ai peut-être tout de même un “intérêt à l’affaire”.

(noir)J’ai d’ailleurs une question à poser aux excellents juristes qui forment ton lectorat : l’exploitation commerciale (le référencement par Google ou l’agrégation chez Wikio) d’un contenu sous licence CC respecte-t-il pleinement la clause “pas d’utilisation commerciale” de cette licence ? Pour ma part, je m’interroge… mais je ne suis pas juriste.

(noir)On pourrait aussi m’imputer un autre “intérêt à l’affaire” : mon sentiment est que le modèle économique développé par les gros sites web 2.0 qui ne produisent aucun contenu original, mais exploitent celui produit par les autres (moteur de recherche, agrégateurs, plate-formes de blog ou de partage vidéo, réseaux sociaux) est foncièrement inéquitable. Toute la pub pour moi, toute la responsabilité pénale pour vous. Et là, j’ai comme “un intérêt éthique à l’affaire” qui pointe…

(noir)De plus, ce modèle économique est en train de réduire en miette les modèles économiques existants des producteurs de contenu : que ce soit le texte (on connaît déjà les difficultés des journaux, celles du secteur du livre sont à venir), à peine besoin de revenir sur la musique… le cinéma, la télé et la vidéo prennent le même chemin.

(noir)Et c’est une autre forme d'”intérêt à l’affaire” que je sens poindre chez moi: un intérêt de citoyen, si ce processus continue de mener à la ruine la presse de qualité, un intérêt culturel, si l’on va dans le même sens pour la musique, le cinéma et la littérature…

(noir)Voilà pourquoi, je porte beaucoup d’intérêt à ces affaires. 😉

(/noir)

Post-Scriptum: Ma question sur le respect de la licence CC “sans usage commercial”, dans les cas qui nous intéressent, s’adresse également à tout bienveillant juriste qui lirait ce billet ici et voudrait bien nous éclairer sur cette question aux conséquences éventuelles fort… épineuses.

2 Comments

  1. “De plus, ce modèle économique est en train de réduire en miette les modèles économiques existants des producteurs de contenu : que ce soit le texte (on connaît déjà les difficultés des journaux, celles du secteur du livre sont à venir), à peine besoin de revenir sur la musique… le cinéma, la télé et la vidéo prennent le même chemin.”

    C’est peut-être que les modèles économiques existants ne sont plus du tout adaptés aux réalités d’aujourd’hui.

    Et que s’ils ne s’adaptent pas ils mourront, selon une loi de la nature aussi vieille que le monde.

    Par contre d’autres se mettent en place – ça ne veut pas dire qu’ils soient tous justes – mais ramer contre le courant n’a jamais servi à faire avancer les choses.

    Jean-Marie

  2. @ Jean-Marie

    Non, non, ça va plus loin que ça. Il s’agit de dire que ce modèle économique est non-viable: en monopolisant la rente publicitaire, les rediffuseurs de contenus, agrégateurs, moteurs, et autre “gros machin 2.0”, mettent en péril l’économie même de la production des contenus.

    S’il n’y a plus de contenu produit, par ce que ce n’est plus rentable, il n’y a plus rien à rediffuser, à indexer, etc…

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