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Mon information 2.0. Le rédacteur en chef, c’est moi !

Comment je m’informe 2.0 ?

Sur internet, je ne consomme plus l’information par paquet (un ensemble formé par une rédaction et proposé en bloc). Je consomme les articles à l’unité et je les découvre et les sélectionne auprès de sources multiples et très diverses, par toute une série d’outils de veille et d’alertes que j’ai personnalisés selon mes propres préoccupations. Aujourd’hui, le rédacteur en chef, c’est moi !

(Je reprends ici un de mes commentaires sur Mediapart, lors d’un échange avec deux journalistes du média en ligne: David Dufresne et Vincent Truffy.)Je reprends ici un mail que j’avais adressé à David Dufresne, journaliste à Mediapart, et qu’il a republié sur l’édition Paperroll du journal en ligne en réponse à un article :

Vincent Truffy sur Paperroll (édition en libre accès de Mediapart) : “L’info à l’unité”:

On nous annonce donc (la mort) des rédacteurs en chef puisque la technique (les flux RSS, essentiellement) permet désormais de concentrer les sources de tous statuts et de toute qualité en un lieu unique et selon un seul critère: le dernier arrivé en tête.

C’est ce dont témoigne Narvic (de novövision), contacté par David Dufresne:
«Je ne consomme plus l’information par paquet (un ensemble formé par une rédaction et proposé en bloc). Je consomme les articles à l’unité et je les découvre et les sélectionne par toute une série d’outils de veille et d’alertes que j’ai personnalisés selon mes propres préoccupations.
Je ne suis pas passif vis à vis de l’information et je partage ma propre information en la rediffusant vers d’autres, avec d’autres outils que j’utilise aussi : mon blog, et son flux RSS, mes liens commentés sur del.icio.us… et leur flux RSS, bientôt une diffusion par mail de l’un et de l’autre…»

Plus besoin de tri, donc, tout au même niveau et mort au produit fini (le même Narvic prédit le grand déclin de la page d’accueil). Cela se défend. Pour toute personne qui passe sa journée à éplucher ses flux RSS à la recherche de l’info neuve à répandre et à commenter. Pour les neuf dixièmes de la population qui restent, la formule du journal semble toujours pertinente.

 

Ma réponse, en commentaire : “Pourquoi Mediapart n’est pas fait pour moi”

Quelques remarques (qui feraient un bon commentaire à ce billet très intéressant) :

 – ce n’est pas la mort du rédacteur en chef, c’est plutôt que le rédacteur en chef, c’est devenu moi 😉 Mais il reste absolument nécessaire que des journalistes aillent recueillir l’information sur le terrain et la vérifient. C’est là qu’est tout l’enjeu aujourd’hui : sur le terrain, et pas dans les rédactions, avec leurs armées mexicaines de rédacteurs en chef derrière des écrans, qui filtrent et hiérarchisent l’information à ma place, alors que je dispose désormais de moyens pour le faire moi-même selon des modalités qui me conviennent bien mieux, car c’est moi qui les choisit.

– cette “information 2.0” ne me parvient en réalité pas du tout “tout sur le même” plan, “selon un seul critère : le dernier arrivé en tête”. Elle me parvient de manière très hiérarchisée, très structurée, mais selon des modes de hiérarchisation, qui ne sont plus du tout ceux de l’information fournie par paquet par une rédaction.

Les 350 flux RSS et mails qui me parviennent quotidiennement sont classés :

– il reste dans cet ensemble quelques “paquets” d’informations mises en formes : les newsletters spécialisées auxquelles je suis abonné (mais de moins en moins au fil du temps).

– il y a certains flux qui sont des sources brutes d’articles “à l’unité”, issus de blogs, de sites de presse, de sites institutionnels, universitaires ou commerciaux (ils me parviennent classés, directement dans des dossiers que j’ai créés, par thème dominant, par nature et autorité de la source, qu’il s’agisse de professionnels, d’experts, d’amateurs éclairés, de sources en français, en anglais, etc.),

– d’autres flux sont des sources de “veilles” :

* une veille humaine : des blogueurs spécialisés (souvent dans leur propre domaine professionnel, où il sont experts) qui surveillent un sujet et avertissent leur lecteurs de ce qui est nouveau et intéressant, par des flux de billets (RSS) ou par des listes de liens (del.ico.us)…

* mais aussi une veille automatisée, au moyen des flux RSS et d’alertes automatisées par mail, attachés à une série de requêtes précises, que j’ai paramétrées) issues d’un moteur de recherche, ou bien encore des flux RSS attachés à des rubriques spécialisées des grands sites de presse (le flux spécialisé “médias” de Libération ou du Figaro, par exemple)

– d’autres flux encore sont eux-mêmes des propositions de hiérarchisation automatisées, qui confrontent plusieurs sources au moyen d’algorithmes de classement, de mesure d’audience et de popularité (avec GoogleNews, ou Wikio, et tous les “digg-like”) et me proposent des listes de liens classés

– enfin les derniers flux sont des flux de suivi, le suivi des commentaires qui forment des conversations à la suite de billets ou d’articles qui ont retenu mon attention et auxquels je me suis ponctuellement abonné, jusqu’à ce que cette conversation s’éteigne…

Au sein de cette masse énorme d’information qui me parvient chaque jour (alors que j’ai pourtant déjà sélectionné les sources, en éliminant celles qui ne m’intéressent pas : le sport ou la vie des stars, par exemple 😉 ), soit environ 1000 à 1500 articles de presse, billets de blog, ou listes de liens, je ne lis bien entendu pas tout chaque jour (en réalité, je ne lis jamais tout).

Ce serait bien trop long et fastidieux, d’autant que nombres de ces sources en réalité se répètent (ce qui est une bonne manière de recouper la pertinence de mes différents outils de tri). J’ai mis en place plusieurs “procédures” de consultation, selon le temps dont je dispose et les sujets qui m’intéressent le plus ce jour-là, avec toujours un coup d’oeil sur les sélections les plus généralistes, qui me donnent une vue d’ensemble. Ensuite je passe en revue, je trie, j’évalue, et j’approfondis 😉

Le résultat, en tout cas, est que je m’estime bien mieux informé de cette manière, bien mieux que je ne l’étais auparavant par l’info issue d’une seule source et vendue par paquet, bien mieux que ceux qui s’informent uniquement aux sources traditionnelles. En revanche, il s’agit d’une activité qui demande un travail intellectuel sur l’information : c’est pas du tout cuit !

Je ne pense pas que tout le monde ait en effet, ni le temps, ni le goût, ni même les compétences techniques, pour se forger de tels outils d’information 2.0. Mais ces pratiques se répandent peu à peu. Et de nouveaux outils sont conçus tous les jours pour faciliter cette tâche qui reste encore complexe aujourd’hui.

J’ai pris le temps de détailler “ma” pratique de l’information 2.0, parce qu’elle met en évidence, uniquement pour ce qui ME concerne, pourquoi le projet de Mediapart ne correspond pas du tout à mes propres attentes. Je conçois très bien qu’il convienne à d’autres, et c’est une très bonne chose. Il ne me semble pas en tout cas être une véritable innovation dans le monde de l’information en ligne et ne me semble pas s’adresser aux gens les plus intéressés par l’information.

Il me heurte en tout cas sur un point : je n’ai plus l’intention de lâcher à quiconque la maîtrise que j’ai acquise sur, la sélection, la hiérarchie et l’agenda de l’info, même à des journalistes honnêtes, indépendant, compétent et sympathiques. La sélection et la hiérarchisation, c’est désormais mon affaire, le rédacteur en chef, c’est moi !

 

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Mon information 2.0 est gratuite !

Complément (mardi 13 mai 2008, à 14h45) : cette conversation remonte à trois semaines. Nous n’y avons pas abordé un point qui est tout de même fondamental dans l’affaire : mon information 2.0 est gratuite !

En réalité, elle n’est pas réellement gratuite. Il vaudrait mieux dire que je ne la paye pas, ou pas directement, ou même pas à sa valeur réelle.

– l’information, les listes de liens et les analyses que je trouve dans les blogs, elles, le plus souvent, sont effectivement gratuites. Elles relèvent du don, ce qui ne nuit pas – bien au contraire – à leur qualité, car elles sont le plus souvent sincères et désintéressées.

– certains blogs proposent de la publicité, et acceptent même de publier des billets sponsorisés. Je suis un peu plus circonspect avec les premiers (cette publicité sert-elle uniquement à couvrir les frais de fonctionnement du blog, ou bien entend-elle rémunérer le travail fournit, ou encore – et là je décroche – s’agit-il d’une recherche de profit, mais sans garantie de professionnalisme ?). Pour les blogs qui tolèrent les billets sponsorisés, je les évite résolument, tellement cette pratique témoigne à mes yeux d’une confusion inacceptable entre information et promotion.

– les outils de recherche que j’utilise sont :

* totalement gratuit, comme GoogleNews (sans publicité pour le moment), mais je m’interroge sur la stratégie de Google : dans quel but une entreprise commerciale propose-t-elle un service gratuit, et comment le finance-t-elle ?

* indirectement payant, comme Google et Wikio, qui se financent par la publicité, que je serai bien amené à payer à un moment ou à un autre, lorsque je passerai à la caisse du supermarché.

– les sites de presse : leur situation est mixte et paradoxale (j’exclue les sites par abonnement, que je ne consulte pas). Il se financent par la publicité (donc je paye) et, pour ceux qui sont adossés à un média “traditionnel”, ils se financent aussi par deux formes de “subvention” indirecte, l’une subrepticement demandées à leurs lecteurs qui achètent la version papier, et l’autre accordée par le contribuable, à travers les aides publiques à la presse papier. Les sites de presse étant tous déficitaires, ce sont donc bel et bien les médias traditionnels (et les aides de l’Etat) qui les financent, donc leurs lecteurs indirectement.

La conclusion de tout ça, c’est que je ne paye probablement pas l’information que je reçois actuellement à son “juste prix”. L’économie de l’information en ligne est actuellement instable, car déséquilibrée. Il va bien falloir trouver une solution à court ou moyen terme pour retrouver une rentabilité pour cet écosystème de l’information professionnelle, sinon il va s’effondrer.

Et j’espère seulement que cet équilibre ne sera pas retrouvé sur une économie de l’information low-cost se repliant sur la fast-news, l’easy-news, l’infortainement et la pipolisation générale… Pour le moment, je ne sais comment le vent va tourner, mais il y a des signes qui donnent des raisons de s’inquiéter…

1 Comment

  1. “je n’ai plus l’intention de lâcher à quiconque la maîtrise que j’ai acquise sur, la sélection, la hiérarchie et l’agenda de l’info,” – tout pareil!

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