le salon

Mediapart versus Wikio

Lancement aujourd’hui de Mediapart, nouveau site d’information en ligne… et bien des interrogations qui restent sans réponse…

Quelle est la valeur ajoutée de ce projet, par rapport à bien des sites et blogs de qualité qui existent déjà sur internet… et qui sont gratuits ?

Le projet semble économiquement bien fragile comme le soulève Laurent Gloaguen sur Embruns et son modèle n’est guère convaincant…

Comment exister en ligne quand on se replie dans un vase clos, une sorte d'”intranet fermé”, en se condamnant à rester invisible et silencieux sur le net ?

Les journalistes de Mediapart ne se trompent-ils pas de bataille, en proposant une nouvelle source d’information, qui plus est payante, quand nous attendons plutôt des solutions de recherche, de navigation et de hiérarchie au sein de l’orgie d’information qu’est devenu le net aujourd’hui ? Un enjeu fondamental de l’information en ligne dont les journalistes sont étrangement absents…

Le projet de nouveau moteur de recherche de l’info en ligne Wikio ne vise-t-il pas a contrario… l’essentiel ?

Débat ouvert…Mediapart vient d’ouvrir ses portes. Je vous laisse y jeter un oeil. Il est peut-être un peu tôt pour se faire un avis, car il n’y a pas encore beaucoup de contenu, alors que le projet mise tout… sur l’originalité de son contenu justement…

Du reste, je n’ai toujours pas compris en quoi et comment Mediapart entend faire du journalisme autrement, et, à part la revendication inlassablement répétée d’indépendance (ce qui ne se prouve qu’à l’usage à mon sens), je cherche toujours quelle est la valeur ajoutée qu’on nous promet dans ce projet.

A part la confiance a priori, que demande Edwy Plenel, et ce journalisme de scoop et de révélation dont j’ai déjà dit le mal que je pensais, je reste très étonné par le flou total dans lequel se maintient Mediapart depuis qu’il fait parler de lui…

Il y a bien la dimension participative, mais rien de franchement nouveau de ce côté non plus par rapport à une plate-forme de blog comme il en existe d’autres.

Finalement, la seule particularité que je vois dans ce projet est son caractère fermé, le côté “club”, que certains commentateurs du site voient clairement comme un club élitiste d’ailleurs…

Crise de l’offre ou orgie d’info ?

Edwy Plenel ne cesse d’affirmer que la presse vit une crise de l’offre éditoriale. Il le rappelle, hier encore, dans Libération :

(noir)« Les médias sont aujourd’hui dans une logique de course à l’audience, estime Edwy Plenel. Une presse de qualité doit disposer de temps, et la crise actuelle est une crise de l’offre éditoriale. »

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Rien n’est pourtant moins sûr ! On a même toutes les raisons de penser que c’est exactement l’inverse : le trop-plein, l’excès d’information, d’où la difficulté de l’évaluer, de la hiérarchiser, et même de la trouver au milieu de cette orgie d’information qu’est aujourd’hui le net. Une information de plus en plus “fragmentée” et “nomade” (selon Benoît Raphaël), ou même “liquide” (selon Philippe Couve).

L’ambition du projet Wikio, de moteur de recherche de l’information en ligne, est exactement à l’inverse de celle de Mediapart, et j’ai le sentiment que c’est Wikio qui vise juste.

Ai-je besoin d’information supplémentaire, ou plutôt qu’on m’aiguille vers l’information la plus pertinente selon mon besoin ? Wikio apporte une véritable valeur ajoutée à l’information en ligne, avec de nouveaux outils de recherche, de classement, d’évaluation, de partage, de navigation au sein du magma de l’information.

Le Top 10 thématique des articles les plus cités du mois sur le net francophone (à la fois d’articles de presse ou de posts de blogueurs) n’est-il pas une réponse éminemment plus pertinente à la crise de l’information, que le club élitiste de Mediapart ? Je crois que ma réponse est déjà dans la formulation de la question…

Interrogations sur un projet fragile

Mise à jour : pendant ce temps-là, Bakchich persifle… 😉 Et Laurent Gloaguen, sur Embruns s’interroge sur la fragilité économique de l’entreprise :

(noir)Ce modèle économique n’a rien de nouveau sur le Web, il est au contraire bien ancien, et a très souvent démontré son incapacité à financer des projets d’envergure. Le modèle du “tout payant”, on ne compte plus ceux qui en sont revenus et ceux qui en sont morts, à l’exception peut-être de certains acteurs de l’industrie de la pornographie en ligne.

(noir)Bref, Mediapart veut refaire l’histoire. Et cela ne cesse de laisser dubitatifs les professionnels du Web.

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… aussi bien que sur l’intérêt même du projet :

(noir)Et, au-delà des considérations économiques, un “intranet payant” coupé du monde, ce n’est pour certains pas leur idée du Web. Qui va renvoyer vers Mediapart en tant que source d’information, qui va créer des hyperliens ? Quelle existence, quelle présence sur le Web ?

(noir)Comment Mediapart va-t-il participer au débat public ? Peut-on parler de “nouveau lieu démocratique” quand l’accès est réservé à un “club” restreint où une clientèle sociologiquement triée débattra entre elle à l’abri des regards ?

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Survivre dans l’ombre : @si comme Mediapart…

Mise à jour 2 (dimanche 21h20) : un aspect très intéressant du débat (un enjeu décisif) se développe sur Embruns : Comment exister sur internet quand on s’est enfermé dans un vase clos, derrière un accès par abonnement ?

Je reproduis ici mon commentaire, que vous pouvez aussi lire là-bas : 😉

(noir)narvic sur Embruns:

(noir)@si (Arrêt sur image->http://www.arretsurimages.net/], le site lancé par Daniel Schneidermann] est parvenu à obtenir un nombre d’abonnés important et assez étonnant, dès avant son lancement (qui, du coup, fut un succès), car le projet avait eu l’occasion de se faire connaître et l’on savait à quoi s’attendre. Mais l’enjeu est maintenant celui du renouvellement des abonnements : il y aura une déperdition, forcément… Comment vont-ils compenser cette déperdition par un apport de sang nouveau, puisque qu’@si est devenu totalement invisible et silencieux sur le net, avec cette logique de vase clos ? Mystère…

(noir)Mediapart est vraiment très loin d’intéresser autant de gens à son lancement, à part les pros de l’info et les amoureuses des beaux yeux d’Edwy Plenel (dix fois moins de pré-abonnés qu’@si), mais il nous demande de croire sur sa bonne mine, sans avoir jamais montré quoique ce soit auparavant… Et puisque le site sera fermé, comment va-t-il convaincre ensuite les réticents de le rejoindre ? Je ne comprend pas…

(noir)Le pari, bien engagé par @si, semble très difficile à poursuivre sur cette logique fermée, mais pour Mediapart, le problème c’est même de démarrer !

(noir)Sans même aborder le fait de savoir si la demande du public est vraiment d’avoir des nouvelles sources d’information (qui plus est payantes !), alors que nous sommes déjà noyés sous les sources d’info gratuites !, et souvent de l’info de très grande qualité dans de nombreux blogs, plutôt que de nous fournir au contraire des outils pour naviguer dans l’info, l’évaluer ou la hiérarchiser !

(noir)Les journalistes de Mediapart se trompent de bataille. On attend toujours un moteur de recherche de l’info conçu par des journalistes. Ce champ de bataille-là est vraiment l’enjeu fondamental de l’info en ligne, et il est déserté par les journalistes…

(/noir)

Une révolution ? Bof…

Complément (lundi 16h30) : J’ai regardé un peu plus longuement le site aujourd’hui. J’y ai trouvé d’excellents articles :

En un an, le Parti socialiste a perdu 40% de ses adhérents
“Claude Allègre, un si brillant chercheur ?”
“Le plan choc que va engager Nicolas Sarkozy”

Ce sont de véritables enquêtes, bien documentées, avec des sources multiples, des références nombreuses.

Les articles sont le plus souvent accompagnés de liens pointant vers une documentation complémentaire interne ou externe au site (ce que tous les blogs font…, mais dans le domaine de la presse en ligne, il n’y avait que LeNouvelObs à ouvrir les articles sur des liens externes jusqu’à maintenant).

Autre nouveauté, la “boîte noire”, en fin de chaque article propose un commentaire de l’auteur de l’enquête sur les conditions dans lesquelles elle a été réalisée (un peu sur le principe du “making off/les coulisses de Libé” de Libération-papier).

Pour ce qui est du participatif, il a bien sûr des commentaires, la possibilité pour les abonnés d’ouvrir un blog sur la plate-forme, et une nouveauté : “les éditions”, dont le principe est original mais qui est trop récent pour qu’on voit ce que ça pourra donner.

Bref, c’est du bon boulot. Mais je ne vois rien là qui promette la moindre révolution de l’information en ligne. Désolé…

2 Comments

  1. “Mediapart, un journal à nul autre pareil”. Tout à fait le genre de titre plenelesque qui me fait penser que même si j’avais la moindre intention de débourser un eurocent pour trouver de l’information en ligne, des journalistes, en rébellion surtout contre leur propre manque d’audibilité, arriveraient à bien vite m’en dissuader (!).

    Un concept aussi fumeux sur le plan du marketing que sur le plan du contenu, où pour l’instant Mediapart parle essentiellement de… Mediapart.

    Si après ça le gogo lambda n’a toujours pas compris que l’ “intérêt” de l’aventure consistera, pour le lecteur, à observer des plumitifs se reluquer inlassablement le nombril…

  2. des journalistes, en rébellion surtout contre leur propre manque d’audibilité

    La formule est cruelle, mais elle est amusante 😉

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