sur le web

Mediapart a six mois : et si Edwy Plenel avait tort ?

Après les un an du post.fr, célébrons les six mois d’existence de Mediapart

Le “cri de victoire” d’Edwy Plenel n’est accessible qu’aux abonnés, mais Nicolas sur Nuesblog, en donne un large extrait, et son commentaire, ce qui va me permettre de donner le mien aussi… :o)

Les résultats en nombre d’abonnés, et surtout en fidélisation, sont inquiétants. Le modèle est en train de prouver qu’il est défaillant.

Deux défauts fondamentaux à mon avis dans le projet tel qu’il est. Le site a mis la charrue avant les boeufs dans sa relation à son audience potentielle, en allant pas à sa rencontre, en ne cherchant pas d’abord à établir avec elle une relation de confiance.

Et puis le site s’est trompé de champ en proposant une information indigeste dans sa présentation et inadaptée aux attentes dans sa nature : de longues enquêtes de scoop et de révélation, là où l’on attend des journalistes en ligne qu’ils effectuent surtout du tri, de la vérification et de l’explication, parmi la profusion d’information dont nous sommes bombardés.

Les chiffres d’abord

– Mediapart annonce 11.000 abonnés, dont seulement (!) 2000 sur du long terme, et 200.000 visiteurs uniques.

L’objectif annoncé au lancement était de 25.000 au bout d’un an. La route s’annonce bien longue, et pas très encourageante pour atteindre ce but (qui est pourtant très loin encore du seuil de rentabilité du site : l’objectif est de “65.000 en trois ans”).

Plus inquiétant, le très faible taux de fidélisation : le site à démarré le 16 mars dernier avec 3000 abonnés, et il n’en séduit que 2000 sur le long terme (mise à jour: il s’agit de ceux qui se sont abonnés pour un an).

Avec 200.000 visiteurs unique (20% du niveau atteint en juillet par Rue89), autant dire que l’audience de Mediapat est celle… d’un gros blog !

Le moins qu’on puisse dire est que le site ne crée pas un engouement. A-t-il du mal à se faire connaître ? Manque-t-il de visibilité en ligne du fait de son caractère fermé ? Mais quid du bouche à oreille alors, qui semble d’autant moins fonctionner, que les nouveaux abonnés désertent plutôt que de recommander le site à leur entourage ? De deux choses l’une : où bien le site a bien une cible potentielle, mais il a du mal à la trouver, ou bien… il ne répond pas à une demande réelle.

L’impossible remise en question

Edwy Plenel refuse, comme il l’a toujours fait d’ailleurs, de s’interroger au fond sur l’existence même d’une demande pour ce produit. Il en reste à l’analyse qui avait prévalu au lancement : la crise de la presse est “une crise de l’offre éditoriale”, déficit d’une offre de qualité, indépendante des pouvoirs politiques et économiques. Et son modèle économique, c’est Canal+.

Edwy Plenel en revient toujours à l’enjeu de la gratuité de l’information, quitte à agiter des épouvantails :

(noir)“De plus, laissé sans concurrence, le modèle de la gratuité pour l’information entraînera inévitablement une concentration, source d’une uniformisation accentuée et d’un pluralisme diminué.

(/noir)

Il est pourtant très loin d’être démontré que la gratuité soit “le” problème de l’information. La gratuité est depuis des décennies le modèle économique d’une très large parti du secteur de l’information : les radios “périphériques”, les télévisions privées, et maintenant les quotidiens gratuits. Sans compter que la politique de recrutement d’abonnés des news magazines, à coup de cadeaux et de remises, fait d’eux-aussi, depuis des années, des quasi gratuits.

Les problèmes économiques de la presse sont probablement tout autres (“Comment internet disloque les industries de la culture et des médias “ et “Qui veut la mort de la presse française ?”).

Le web, c’est pas la radio !

Ne bougeant pas de son pivot, Edwy Plenel tire toujours le même fil, quitte à se retrancher derrière des comparaison abusives :

(noir)Faute de sursaut, il arrivera à l’information sur Internet le même sort que celui des radios libres après la libération des ondes de 1981: les réseaux associatifs indépendants et citoyens progressivement rejetés à la marge, tandis que des opérateurs marchands se taillaient la part de lion, en organisant rachats et concentrations.

(/noir)

Non. Comparaison absolument non valable entre les radios hertziennes et internet. Le nombre de fréquences disponibles pour les radios est limité, c’est une denrée rare. Les infrastructures pour émettre sont relativement coûteuses, moins que la télévision, mais sans commune mesure avec le web.

Que des phénomènes de concentration se produisent sur le net, c’est fort possible, et même ça se produit déjà, avec des rachats de site et de blogs. Mais ça ne réduit aucunement l’espace pour les autres. D’autant qu’une étude récente montre un fort taux de renouvellement des sites les plus populaires sur une période données. Lepost.fr démontre également qu’on peut s’installer rapidement dans le paysage, si l’on rencontre une demande réelle, même en ne partant de rien.

Où est la valeur ajoutée ?

Et puis, si Mediapart peine à démontrer l’existence d’une demande payante réelle pour une information très centrée sur le scoop et la révélation, ça n’est pas une démonstration pour autant de la non validité du modèle payant.

La valeur ajoutée que le lecteur serait prêt à payer n’est peut-être tout simplement pas là où Mediapart s’efforce de l’apporter.

Crise de l’offre ? Peut-être… Mais quelle offre est vraiment manquante aujourd’hui en ligne ? L’enjeu n’est-il pas cette demande insatisfaire de sélection, de tri dans la profusion des ressources disponibles en ligne et de vérification ?

Et si, plutôt que de prendre beaucoup de temps et d’énergie à rédiger des enquêtes très longues et mal présentées révélant tous les jours des secrets, les journalistes de Médiapart consacraient leur professionnalisme à sélectionner les informations pertinentes existant sur le web (des témoignages, des chiffres, des textes, des références…), qu’ils me les garantissent après un travail de vérification, et qu’il me les explique par un travail de synthèse, là je serai peut-être prêt à payer pour ça : un véritable service qu’on ne trouve pas vraiment ailleurs, me permettant d’être informé vite et avec sérieux, en m’apportant une véritable valeur ajoutée de documentation pertinente et vérifiée.

L’info n’est pas rare, l’attention des internautes, si

(noir)S’agissant de la libre information, qui suppose de pouvoir déplaire et déranger, la course à l’audience, donc au plus grand nombre, ne peut que favoriser un nivellement par le bas, par le plus spectaculaire, le plus racoleur ou le plus superficiel. De ce point de vue, décréter que la valeur d’échange de l’information, notamment politique au sens large, est définitivement nulle, réduite à un support publicitaire, c’est à terme porter atteinte à sa valeur d’usage qui est son utilité démocratique pour le lecteur citoyen, ce qu’une logique marchande à courte vue a par trop tendance à oublier.”

(/noir)

Que la course à l’audience soit nuisible à la qualité du produit, certes. J’admets. Mais sur le net, où la place est infinie, c’est l’attention des internautes qui est limitée. C’est elle qu’il faut capter : c’est elle qui a de la valeur, bien plus que l’information !

C’est ça le défi qui vous est lancé, et que vous ne cherchez toujours pas à relever : aller chercher l’audience, en lui démontrant que vous avez une réelle valeur ajoutée à lui offrir. Une fois ce chemin fait vers elle, et uniquement après ça, il est peut-être envisageable de lui proposer de payer pour ce que vous lui proposez.

Ce que l’état de votre projet démontre à mon avis, Edwy Plenel, c’est que sur le web, on ne paye pas “pour voir”. Mais il n’est pas encore démontré que l’audience n’est pas prête à payer pour quelque chose qui lui convient.

Pour moi votre projet a deux défaut : vous avez mis à la charrue avant les boeufs, en attendant que l’audience vienne, sans aller la chercher d’abord (vous seriez-vous fait des illusions sur le poids promotionnel de votre notoriété personnelle d’ancien directeur du Monde ?). Le moindre blogueur le sait, et il sait le faire : une audience en ligne, ça se construit. Si l’on cherche une audience qualifiée et durable, intéressée par l’information plus que la buzz, il faut établir avec elle une relation de confiance. Il vous faut tout reprendre à l’envers…

Le second défaut, c’est que vous êtes trompé de champs : en misant tout sur des enquêtes de scoop et de révélation, alors que les internautes attendent plutôt d’être guidés en ligne au milieu de la profusion d’information disponible, par des professionnels qui défrichent le terrain et le sécurisent, pour lui rendre la navigation sûre, agréable et simple.

L’audience n’est pas en mal de scoop, elle demande de l’aide et de l’explication. Vous vous y mettez quand ?

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Complément :

– L’ensemble des billets concernant Mediapart sur novövision.

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Mise à jour (17 septembre 2008) :

A l’équilibre en… 2013 !?

– Aujourd’hui dans Libération, Edwy Plenel indique :

(noir)11 000 internautes se sont abonnés et le site attire plus de 200 000 visiteurs uniques par mois. C’est en deçà des prévisions initiales. «Le rythme de croissance est constant et régulier, mais plus lent que celui dont nous avions rêvé», reconnaît Plenel. Il annonce la deuxième étape de «conquête», avec une valorisation des abonnements longue durée et collectifs, et un développement des revenus complémentaires, à l’instar de Mediavu. Le site organise aussi un festival littéraire participatif à Paris, du 13 au 27 octobre. Le directeur de la publication vise l’équilibre en 2011, voire 2013 dans une hypothèse pessimiste, avec une augmentation de capital à la clé.

(/noir)

14 Comments

  1. Dire de Mediapart qu’il n’apporte aucune valeur ajoutée, si ce n’est pas de la mauvaise foi, ca y ressemble fort bien.
    Sur le net ou ailleurs, radio (pas télé), quand je lis/ecoute/regarde une information, j’attends de la part des journalistes qu’ils m’informent, me recadrent les termes et les enjeux d’un débat, me mettent en perspective les problèmes sous jacents à une situation, et ça, seul Mediapart le fait.

    Les autres sites se contentent pour la plupart une simple reprise de dépeches.

    Si les articles sont longs, c’est aussi gage d’engagement qualitatif. Un peu comme le Monde à une époque, qui écrivait de longs articles.
    Et puis on a droit à une certaine retenue dans l’expression des opinions, pas comme dans le Monde justement, ou le Nouvel Obs, ou d’autres quotidiens qui font moins d’info et plus d’opinion.

    Si je souhaite de l’info, et c’est ce que je souhaite, c’est sur Mediapart que j’ai le plus de chances d’en trouver. Les autres sites vont m’obliger à faire mes propres recherches pour comprendre tel ou tel problème alors que le journaliste aurait du me l’expliquer puisque c’est son boulot à la base.

    Et visiblement, il faut payer pour obtenir une info de qualité, puisqu’ailleurs, là où c’est gratuit, la qualité n’est pas au rendez vous.

    Concernant le post.fr, le débat a été retourné, on voit effectivement qu’il rassemble, mais le premier qui osera dire qu’on y trouve un contenu de qualité en aura une sacrée paire (et de la mauvaise foi à revendre). C’est un peu comme Closer ou Public, ca se vend à des centaines de milliers d’exemplaires, ça fidélise, mais bordel, ç’est de la merde !

  2. Je crois qu’on ne parle pas de la même chose, du coup, il n’est peut-être pas nécessaire de placer le débat immédiatement sur la question de la bonne foi, non ?

    Je ne conteste pas la vôtre, quand vous trouvez, pour ce qui VOUS concerne, votre compte dans Mediapart. Mais n’êtes guère nombreux, pas assez en tout cas pour le moment pour assurer la survie de ce projet…

    La question que je pose dans ce billet, et c’est celle que je VOUS pose aussi, c’est pourquoi Mediapart n’intéresse pas plus de monde que ça ?

    Moi, j’ai bien une réponse. Quelle est la vôtre à CETTE question ?

  3. D’accord avec ce qui est dit dans le billet.

    @ Hillson,
    Je ne pense pas que Mediapart soit le seul site d’information de qualité et qu’il faille payer pour avoir ce niveau qualitatif. Les sites de presse en ligne, LeMonde.fr et LeFigaro.fr notamment, informent bien sur des sujets assez vastes. Couplés à la presse étrangère, ça me semble déjà un bon socle pour s’informer de façon poussée et gratuite sur le net. Alors, je ne suis pas prêt, ni ne juge utile d’investir 9 euros pas mois pour le service Mediapart, surtout si c’est pour lire Plenel se plaindre sans cesse d’être la victime d’un système corporatiste des médias traditionnels contrôlés par le capital et le pouvoir!

  4. On en trouve peut-être un bout (de réponse) à cet endroit là : http://www.pierrefrance.com/onestmal/2008/07/06/personne-ne-connait-mediapart-leurs-infos-ne-valent-rien/

    Je pense en revanche sincèrement, et je suis en désaccord avec Edwy Plenel sur ce point, que le problème, s’il est de l’offre, ne se cantonne pas à ça. D’où le succès de sites comme lepost et de magazines comme Closer (ou le Nouvel Obs, mais je m’égare).

    La faute revient surement aux journalistes au final, qui ont habitué et encouragé les gens à la facilité, cédant à l’appat du gain facile, au travail simple, oubliant les idéaux journalistiques, la mission qui leur incombe la responsabilité qui est censée être la leur.

    Le problème de la presse est grave, les formations en journalisme étant atteintes et ne laissant rien présager de bon pour l’avenir de la profession (qu’il s’agisse des écoles réputées ou des formations publiques et gratuites sponsorisées par des dirigeants de journaux qui font tout pour noyer leur quotidien), savoir qui de l’oeuf ou de la poule est arrivée en premier ne rime plus à rien.

    TF1 commence à perdre de l’audience pour son 20H, mais demeure en première position. Les gens regardent, et prennent plaisir à ces non-infos.

    Si Mediapart ne rassemble pas assez, c’est certainement à cause d’un manque de visibilité, de mauvaise foi de la part des concurrents/collègues, mais aussi à cause de l’apathie générale.

    Finalement, c’est un peu comme ce site blog, je n’en connais pas l’audience, mais elle reste cantonnée à ceux qui font l’effort de lire et se prennent par la main pour apprendre et découvrir autre chose que ce qu’on leur livre telle une becquée.

    En l’occurrence, je persiste à croire qu’une rééducation au professionnalisme, à la remise en cause d’informations standardisée et tout ce qui va avec est nécessaire pour ce que j’appellerai bien prétentieusement les masses (m’en fous Bourdieu faisait pareil et il avait bien raison). Après, savoir si Mediapart parviendra à rééduquer ces masses plus désireuses de se vautrer devant les clips de Virgin17 entre deux épisodes de Next plutôt que d’arpenter des livres/emissions/webzines/sites généralites culturels qui leur permettraient de s’élever, aussi bien personnellement que socialement, c’est une question dont je redoute de connaître la réponse.

  5. @Zelittle :
    C’est précisément ce que je disais : Lemonde et lefigaro ne sont pas capables de fournir d’une part une info complète et d’autre part une info non orientée politiquement.
    Ensuite à la question pourquoi les gens ne bont pas sur Mediapart, à priori, je dirai qu’ils ne sont pas nombreux non plus à aller lire des sites étrangers.

    Et dire que Plenel se plaint d’être une victime, et l’ensemble du commentaire prouve une chose : tu ne connais pas Mediapart.

  6. @ hillson

    N’allez pas trop vite dans vos commentaires. 😉

    Par exemple, on connaît un peu Edwy Plenel et Mediapart ici. J’ai déjà eu l’occasion de dialoguer de ces questions avec Edwy Plenel et avec d’autres journalistes de Mediapart, sur leur site, ou sur ce blog (vous en trouverez la trace dans le lien que j’ai placé en fin de texte). Ce n’est pas un débat qui commence entre nous aujourd’hui. Il est engagé depuis des mois… 😉

    Je suis de très près cette expérience depuis avant même son lancement, et l’enjeu de l’information en ligne est le sujet même de ce blog…

    J’estime seulement que les critiques apportées depuis des mois sur le fond de ce projet confirment aujourd’hui ce que je n’étais pas le seul à redouter : ça ne prend pas, car c’est mal visé.

  7. Pardon, le commentaire précédent ne t’était pas adressé, mais à Zelittle. Pas de malaise, on voit bien aux propos de l’article que le sujet est maîtrisé 😉

  8. @ hillson

    je réagissais surtout à ta phrase :

    Dire de Mediapart qu’il n’apporte aucune valeur ajoutée, si ce n’est pas de la mauvaise foi, ca y ressemble fort bien.

    Alors que ce n’est pas ça que je dis : je parle de la valeur ajoutée pour laquelle les gens sont prêts à payer, parce qu’ils estiment que ça vaut le prix par rapport à ce qui est partout gratuit sur le net.

    Je n’ai jamais dit que Mediapart n’apportait pas de valeur ajoutée, je dis seulement que les faits semblent démontrer que ce n’est pas la bonne si on veut vivre sur un modèle payant.

    Les articles de Mediapart sont de qualité, je ne dis pas le contraire (même si l’accent porté en permanence sur le scoop et les révélations des secrets m’exaspère). Mais Le Monde et Le Figaro, et aussi Rue89 et quelques autres font aussi des articles de qualité… et gratuits….

    Le modèle payant peut marcher – peut-être – mais pas avec ce que Mediapart propose actuellement…

  9. hillson a dit “Lemonde et lefigaro ne sont pas capables de fournir (…) une info non orientée politiquement”

    hillson > Mediapart n’est absolument pas orienté a gauche, un vrai journalisme objectif… Au moins j’aurais bien ri ce matin grâce a vous. Vous parliez de mauvaise foi plus haut, n’est ce pas?

  10. Un média de scoops et d’enquêtes, c’est à dire de journalisme, me semble bienvenu : même la presse papier n’en fait plus. D’ailleurs backchich et Rue89 ont fait une partie de leur succès là-dessus.
    Pour moi le vrai problème de ces médias à abonnement c’est le fait qu’on se dit qu’on n’ira pas les voir tous les jours et que, donc, ça fait cher. Je pense qu’ils devraient proposer des abonnements “mutualisés” : mediapart + @arrêt sur images + Que Choisir, etc., pour un tarif peut-être plus élevé mais avec une certaine diversité. Payer pour avoir juste le droit de consulter un site dont on ne peut être sûr qu’il passera l’an, ça me semble difficile.

  11. Je trouve très injuste la critique sur le contenu. Il faut savoir ce qu’on veut, on ne peut pas critiquer la pauvreté de l’info et faire la fine bouche sur les enquêtes.
    Mediapart a fait du bon boulot sur les enquêtes et elles n’ont pas le retour qu’elles méritent. Je ne crois pas non plus que Plenel se trompe sur le fond du débat et depuis le début je pense que son discours est au moins cohérent ce qui loin d’être le cas de tout le monde sur notre secteur.

    En revanche le problème du payant c’est qu’il faut impérativement investir lourdement en recrutement d’abonnés et en marketing et probablement justifier le payant avec des formes innovantes de diffusion. Je ne crois pas révolu le payant en revanche les gens n’achetent pas du contenu (sauf pour des lettres spécialisées qui s’apparentent à du service sur mesure). Bref utiliser 90% de la levée de fonds pour les contenus c’est un beau geste mais c’est peut-être ça l’erreur.

  12. Juste deux-trois choses, en essayant de parler le plus sincèrement possible, sur un blog dont j’apprécie vraiment la pertinence d’analyse.

    * Un certain nombre de remarques sont très justes. On a mis la charrue avant les bœufs et on a surestimé l’audience potentielle. Certes. Mais si l’on peut faire ces remarques, c’est parce que Plenel joue la transparence depuis le début, y compris dans son ambition. Toutefois, et contrairement à ce que beaucoup prédisaient, Mediapart n’est absolument pas un plantage et notre taux de fidélisation est très fort. On ne se désabonne que très peu de Mediapart, et le nombre de visiteurs uniques montre que nous avons bien plus de lecteurs que d’abonnés.

    * Il y a beaucoup de tâtonnements, d’imperfections techniques, d’austérité (parfois), mais il faut quand même tenir compte du fait qu’on essuie les plâtres dans le domaine du web payant, et qu’on est en phase permanente de réajustement. Ce n’est pas pour se dérober face aux critiques que je dis cela, mais pour demander une relative l’indulgence.

    * Sur le fond, on ne peut pas résumer Mediapart à du journalisme de scoop, subjectif et moustachu 😉
    Nous sommes une rédaction de 25 journalistes (tous salariés et non précaires), de 26 à 55 ans, qui faisons de l’enquête, du décryptage, de l’analyse et, éventuellement des révélations. On ne peut pas lutter sur le terrain de l’info en continu (20minutes.fr et lefigaro.fr le font très bien). Mais je n’ai vraiment pas le sentiment que nous cherchons le buzz à tout prix, loin de là… Que nous soyons critiques envers Sarkozy, oui c’est vrai. Mais nous le sommes aussi envers le PS ou le Modem. Et nous avons pour règle de ne pas tomber dans la petite phrase et l’info non sourcée (autant que possible).

    Cher Narvic, je comprends complètement tes objections et ta proposition de contre-modèle, mais je n’ai pas quitté 20minutes.fr pour faire de la synthèse du reste du web, mais pour essayer de faire du journalisme fouillé. C’est vrai que les papiers sont souvent longs, mais l’absence de contraintes de format permet de contextualiser et de prendre le temps de l’explication. C’est un peu l’idée (tout à fait discutable) du “On vous en donne pour votre argent”…

    En tout cas, même si je te sens désireux de nous voir rendre grâce, il n’en reste pas moins que le nombre d’abonnements ne cesse de grimper, même s’il est encore insuffisant. Mais au moins ici, je suis sûr que mon rédac chef ne se fera pas virer comme un malpropre (cf. 20minutes.fr). Comme dirait l’autre, il faut laisser le temps au temps… Rdv dans six mois, ou dans un an
    Bien à toi, et aux lecteurs de Novovision.

    Steph Alliès, Mediapart

  13. @ Emmanuel et Stéphane

    Je critique la qualité du contenu sur deux points : la mauvaise présentation (vraiment chiante à lire, il y a de gros progrès d’ergonomie à faire. Pas seulement dans le design et l’organisation du site, mais dans l’écriture des articles eux-mêmes, leur taille, leur rythme, etc… C’est vraiment du papier plaqué sur le net…) et puis la mise en avant systématique du caractère de “révélation”, particulièrement flagrant dans la newsletter quotidienne et ses multiples “alertes” sur les affaires du siècle.

    C’est d’ailleurs toute la culture du fameux “journalisme d’investigation à la française” que je remets en cause. Je suis assez agacé par ce “phénomène”, qui est pour moi une dérive du journalisme (j’adhère sur ce point à la critique cinglante d’Elisabeth Lévy et Philippe Cohen). Moi je préfère le journalisme d’enquête, à cette “investigation à la française”. 🙂

    C’est bien sur ce journalisme de révélation que Mediapart bâtit son image à l’extérieur du site (par la newsletter, et par les interventions de la rédaction sur la concurrence qui ne reprend pas ses infos). Le reste du contenu n’est pas mis en valeur, même s’il est, en effet, de bonne qualité.

    Mais c’est surtout le positionnement que je ne comprends toujours pas : quelle valeur ajoutée par rapport à la concurrence propose le site qui mériterait un abonnement ?

    Comment des enquêtes et des articles sérieux et classiques pourraient suffire, alors que j’ai les enquêtes et articles de fond gratuitement à ma disposition des rédactions réunies du Monde, du Figaro, de Libération, de l’Express, du Point, du NouvelOBS, sans parler du New York Times et des autres, qui ne manquent tout de même pas de qualité non plus… Et c’est gratuit !

    C’est ce positionnement qui me parait mal visé et mal pensé. Il n’est pas pensé en fonction de l’audience, de ses attentes réelles et de ses pratiques, telle qu’elle existe en ligne.

    Mon “modèle alternatif”, comme dit Stéphane, ne traduit pas mon désir de vous voir “rendre grâce”, mais bien au contraire une réflexion personnelle sur ce qui pourrait redresser votre situation (car je vous vois mal partis en effet : c’est loin 2013 !).

    J’aimerai bien qu’un modèle payant prouve sa viabilité. Il me semble que je fais partie, sociologiquement et intellectuellement de la cible potentielle d’un projet comme le vôtre : je me contente de vous expliquer pourquoi vos ne parvenez toujours pas à me convaincre de m’abonner.

    Mes suggestion sont assez simples d’ailleurs, même si elle remettent pas mal en cause le fonctionnement actuel :

    • développer une importante partie du site en accès gratuit, qui serve de vitrine et de relais “viral” sur le net de l’info proposée à l’intérieur.

    • axer l’information payante, pas tellement sur de nouvelles informations exclusives (il y en partout de l’exclusif), mais sur la sélection de celle qui est pertinente, avec un appareillage me permettant de la comprendre et de saisir les enjeux dans les quels elle s’inscrit, avec des liens vers de la documentation extérieure qui a été validée.

    Là, il y a une valeur ajoutée réelle, qui ne peut être apportée que par un travail de professionnels, qu’on ne trouve pas ailleurs, et que je suis prêt à payer.

  14. Je m’explique :

    -* en tant que veilleur professionnel, la qualité des enquêtes et les vrais scoops de Mediapart me font accepter de payer 9 euros par mois. Donc bien vu, Plenel

    -* mais en tant qu’internaute, j’aimerais comme Narvic un site plus ergonomique et plus de liens et de “documentation”, et l’osbservateur de l’économie du web que je suis depuis 1996 pense qu’il faudrait en effet du gratuit sur Mediapart pour attirer le chaland et créer du trafic. Enfin, refuser par principe la pub ne me paraît pas très réaliste.

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