sur le web

Lire Birenbaum sur haut courant

A la suite de quelques autres, je recommande moi aussi la lecture du long entretien “les pieds dans le plat” de Guy Birenbaum avec deux étudiants en journalisme (Aurélia Hillaire et Antoine Jaunin), sur le blog haut courant.

Quelques extraits en guise de mise en bouche….

Etats généraux de la presse :

(noir)C’est une mascarade. Le problème, c’est de savoir pourquoi les journaux ne marchent pas. Mon sentiment, c’est qu’il y a une forme de connivence. Ce n’est pas sous les lambris et sous les ordres de l’Élysée qu’on doit régler les problèmes d’une corporation, dont l’un des fondamentaux est l’indépendance par rapport au pouvoir. Ceux qui vont chercher de l’argent pour ne pas sombrer parce qu’ils n’ont plus de lecteurs, qu’ils ne se demandent pas pourquoi ils sont muselés. Je pense qu’ils sont tellement habitués à un système subventionné qui leur a permis de survivre jusque-là qu’ils ne voient même pas le problème. Qu’ils se demandent pourquoi leurs journaux ne marchent pas ! Selon moi, un des éléments de réponse, c’est le sentiment général, vrai ou faux, partagé par les jeunes générations et les gens qu’on voit sur Internet, qu’il y a une forme de connivence. Et comment mieux incarner cette connivence qu’en se mettant dans la main du président ?

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Contre Etats généraux :

(noir)« Bullshit », comme les États Généraux. Je vais vous dire la vérité, ces gens ne m’intéressent pas tellement. Je pense qu’ils n’ont pas compris le monde qui passe sous leurs yeux. Que faire avec des gens qui ne comprennent pas ? C’est un monde de collectionneurs de papillons, où chacun est punaisé. Toi tu es journaliste, toi tu es blogueur, etc. Qu’ils aillent voir des sites américains, le Huffington Post, Slate. Des sites qui font cent fois leur trafic au quotidien. Ces gens n’ont pas compris le monde qui passe sous leurs yeux. Les contre États Généraux, je n’y crois pas du tout. C’est encore une fois une réflexion qui n’est basée sur rien qui ait un rapport avec la réalité, ni économiquement, ni sociologiquement, ni politiquement. La réalité, c’est Le Post, Facebook, Netvibes, c’est pas : « Je vais vous faire un journal tellement chiant que vous allez même pas le regarder sur Internet ». Mediapart, ça tombe des mains. Des papiers de douze kilomètres, c’est la négation du net ! C’est le Monde diplomatique, pour se faire mal aux yeux. C’est une utopie sympathique, mais ils sont dans l’idéal de la presse. La réalité du net n’est pas celle qu’ils voudraient.

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Journalisme et internet : c’est compatible ?

(noir)Si, c’est tout à fait compatible. Mais je me demande avec quoi journalisme est encore compatible. Moi c’est ça ma question : c’est quoi le journalisme ? C’est un mec qui enquête, qui vérifie, etc. Le problème c’est qu’il y a plein de gens qui en sont capables et qui n’ont pas leur carte de presse. De toute façon le métier de journalisme, c’est formidable : qu’est ce qu’il faut faire pour avoir sa carte de presse ? Le seul critère : 50% des revenus. C’est bizarre non ? Vous connaissez beaucoup de professions définies par la fiscalité ? Et bah voilà, rien qu’au départ ça ne veut rien dire. Donc moi je ne fais aucune opposition à la con entre blogueurs et journalistes. Qu’est ce qu’on en a à foutre ? Si vous avez du talent, écrivez, vous serez lu. Du talent, de la chance et du savoir faire. Les étiquettes, ça suffit. Les gens qui brandissent leur carte de presse, c’est ridicule. Et puis il faut être curieux. La curiosité des journalistes s’arrête de l’autre côté du boulevard Saint Germain. Quant à franchir le périphérique, n’en parlons pas.

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11 Comments

  1. Même si je souscris plutôt à ses propos concernant la “compatibilité” du journalisme et d’internet, ce qui par ailleurs serait revenu à demander il y a 1 siècle si le papier et le journalisme étaient “compatibles” ; je reste totalement opposé à sa vision de l’information sur le net.

    Franchement, prôner des textes plus courts encore que ce qu’on trouve déjà dans les journaux papiers, et critiquer la “recherche de l’idéal journalistique” de Mediapart, c’est quand même un peu se foutre de la gueule du monde.

    Parce que si une moitié des “médias alternatifs” fait de la daube repompée et raccourcie, il ne faudrait pas nier que l’autre moitié, celle dont la production est longue et fouillée, rencontre également un certain succès.

    Ce n’est pas parce que Guy Birenbaum a choisi la voie du quantitatif en s’engageant avec LePost, qu’il doit traiter comme quantité négligeable tous ceux qui se sont engouffrés dans la voie qualitative, avec des textes longs, très longs même selon le standard “papier” , avec des liens, des photos, des vidéos…

    En tout cas, ça fera plaisir à Eolas, toi Narvic, les sites comme contre-info, slate – qui fait des papiers de 3 pages ou plus régulièrement – et tous ceux qui se cassent le cul pour un “idéal” , de savoir que “les papiers de 12 kilomètres, c’est la négation du net !”

  2. Vous mélangez plusieurs de mes propos qu’au demeurant Narvic semble; lui, avoir trouvé intéressants.

    Je ne prône pas des textes plus courts, ni le modèle du Post dont je ne suis pas le représentant.
    Chacun fait absolument ce qui lui plaît et c’est très bien.
    Mais ce que je reproche à certains professeurs de morale, tombés en vérité sur le net parce qu’ils se sont cassés la gueule de leur branche en papier, ce sont les leçons de déontologie et de “journalisme” qu’ils donnent en permanence aux internautes et à ces “salauds de blogueurs”.

    Un “papier” ne sera jamais bon parce qu’il est court ou parce qu’il est long ; il sera bon parce qu’il est le fruit d’un travail et qu’il informe (je ne prétends pas que ce soit le cas de tous les miens, loin de là !).
    Qu’il soit le produit de l’activité d’un blogueur ou d’un “encarté”, qu’est-ce que cela change ?

    Enfin, sachez que je n’ai absolument pas relu mon interview que ces étudiants sympas que j’ai reçus à Paris, dans mon bureau, ont sorti sans me la soumettre.

    Si j’avais relu, j’aurais enlevé deux ou trois scories et quelques traits de style oral.

    Mais, pour le reste, j’en ai tellement par dessus la tête des donneurs de leçon coincés que je me réjouis que le propos secoue 😉

    Bien à vous.

  3. @ Mokatarama

    Je ne vais pas prendre la défense de Guy Birenbaum, qui sait très bien se défendre tout seul (la preuve ci-dessus 😉 )

    Concernant Mediapart, je n’ai pas lu exactement la même chose que toi, semble-t-il. La remarque sur les papiers trop longs me semble un peu anecdotique (d’autant que je ne la partage pas – y a qu’à lire ce blog 😛 ) : en revanche, je trouve que Mediapart est en effet dans une logique totalement plaquée du papier et ne tient pas compte du tout de ce qu’est le net (et s’interdit même de profiter de son potentiel de diffusion). Je l’ai écrit souvent ici, et j’en ai débattu à l’occasion ici et là avec plusieurs des journalistes de Mediapart.

    Je trouve aussi les leçons de journalisme moral d’Edwy Plenel souvent pénibles, surtout quand on a été soi-même le patron d’un des plus beaux fleurons de l’establishment médiatique.

    Quand Guy Birenbaum dit à peu près la même chose : je souscris évidemment.

    Il dit d’ailleurs dans cet entretien bien des choses que je partage et que j’ai déjà écrites ici plusieurs fois.

    Il est arrivé aussi à Guy Birenbaum d’écrire des choses avec lesquelles je n’étais pas d’accord : quand il s’estimait victime d’une “meute de blogueurs” par exemple, ou qu’il jugeait intéressante une vidéo Off de Sarkozy que j’estimais sans aucun intérêt : je l’ai dit aussi. :o)

  4. Je suis allé lire la version complète, et effectivement ce sur quoi je rebondis ne tient qu’une place négligeable dans l’interview. Par ailleurs, loin de moi l’idée que vos propos n’étaient pas intéressants 🙂

    De surcroît, je suis d’accord avec vous deux concernant la folle volonté de croire qu’on pourra “séparer le bon grain de l’ivraie” , quelle que soit sa propre vision de ce qui est bon ou pas.

    N’étant pas abonné à Mediapart, je ne suis pas au courant des saillies de Plenel, et leur stratégie web est clairement étrange à tout le moins ; par contre pour avoir lu une douzaines d’articles de Mediapart, j’ai trouvé que c’était du travail de qualité selon les critères que le site s’est donné au départ.

    J’arrête de m’emballer, de toute manière on verra bien, pour ce qui est de Mediapart, si le créneau de niche choisi – plutôt bien décrit par narvic lors du lancement – permettra au site de s’en sortir. Je me demande d’ailleurs combien le site a d’abonnés.

  5. “Mediapart, ça tombe des mains. Des papiers de douze kilomètres, c’est la négation du net ! C’est le Monde diplomatique, pour se faire mal aux yeux.”

    Il a raison.

    Mais il n’est pas crédible quand il prêche pour sa boutique. Le Post, c’est intéressant car les internautes ont la parole largement, mais le résultat est généralement faible, peu intéressant.

  6. @ Eric

    Je crois que j’ai dit assez clairement aussi, ici-même, de ce que je pensais du post (que je continue à suivre, et qui a plutôt tendance à rectifier le tir petit à petit), pour que ma position soit sans ambiguïté vis avis de Guy Birenbaum, qui écrit bien ce qu’il veut là où ça lui chante, et moi aussi. 😉

  7. Abonné à Médiapart depuis quelques temps, ce qui me frappe, ce n’est pas la longueur des papiers mais un sérieux suranné et désuet qui entraîne un ennui profond.

    Pas de photos, aucun humour, des journalistes qui regardent les blogueurs avec dédain (j’ai fait l’expérience d’un billet un peu humoristique, du moins j’espère) qui avait bien marché sur le blog du village des NRV et qui n’a éveillé qu’une consternation polie chez les abonnés un peu trop âgés et un peu trop upper class de Médiapart qui ne met d’ailleurs en avant que les blogueurs qui jouent aux journalistes !

    Je voulais aussi rebondir sur les propos de Guy qui va probablement mal le prendre comme d’habitude, mais l’audience de son blog est due, bien sûr à son grand talent, mais aussi au soutien du Post qui dirige systématiquement à partir de sa Une par un titre un peu racoleur qui met en appétit, un lien vers son blog perso…

    Sans l’appui du Post comment atteindre de tels chiffres (qui m’ont estomaqués) ?
    D’ailleurs sans l’aide active d’un site à gros trafic et sans sujets légers d’actualité, comment atteindre une audience respectable ?

    Je pense qu’il est difficile de faire du quantitatif ET du qualitatif. C’est l’un ou l’autre… D’ailleurs, selon moi, et il le sait bien, ses meilleurs billets sont très souvent les moins lus…

    Autrement pourquoi comparer les blogueurs aux journalistes ? Avec d’autres copains qui rédigent des blogs que je connais un peu, nous ne nous sommes jamais considérés pour des journalistes !

    Je dévore toujours avec régal vos billets, Narvic ! Continuez tant que vous pouvez… 😉

  8. Il faut que je me pince, la dernière fois que j’ai lu Birenbaum, il tombait à bras raccourcis sur certains blogueurs, avec une certaine arrogance ama (la « blogobulle » en ses termes).

    Donc Monsieur Birenbaum, soit je vous ai totalement mal compris il y a quelques mois, soit votre opinion sur Internet a largement évolué entre temps. En tout cas je ne peux qu’approuver votre conclusion : « Donc moi je ne fais aucune opposition à la con entre blogueurs et journalistes. Qu’est ce qu’on en a à foutre ? Si vous avez du talent, écrivez, vous serez lu. Du talent, de la chance et du savoir faire. Les étiquettes, ça suffit. Les gens qui brandissent leur carte de presse, c’est ridicule. »

    Bob, celui qui vous a refilé une liste de blogs divers il y a quelques mois

  9. Bah effectivement vous n’aviez pas compris ! Je n’ai jamais opposé blogueurs et journalistes, je me suis foutu de ceux qui se disaient influents tous les deux posts. Rien de plus. Et merci pour la liste 😉

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