le salon

Les médias ont-ils élu Sarkozy ?

Un an après l’élection présidentielle, c’est le moment de s’interroger sur le formidable moment médiatique qu’elle a été. L’unanimisme des médias fut tel dans cette campagne électorale qu’on ne l’avait jamais vu auparavant, au point qu’il est intéressant de se demander aujourd’hui si ce ne sont pas les médias qui ont élu Nicolas Sarkozy…

Mais pourquoi auraient-ils agi ainsi ? Pure manipulation de médias aux mains de quelques grandes puissances de l’argent ? Une nouvelle “effroyable imposture” ? Ou plutôt l’épanouissement d’un nouvel âge des médias, qui ne diffusent plus de l’information, mais racontent au public une formidable histoire, scénarisée, feuilletonisée pour tenir en haleine une audience hypnotisée ?

Retour sur la saison 1 (Nicolas et Ségolène), puis la saison 2 (Nicolas, Cécilia et Carla)… Hélas, aujourd’hui la saison 3 n’est pas prête. La machine médiatique tourne à vide et n’a plus à proposer, pour meubler, qu’une très ennuyeuse commémoration de Mai68, qui se vend mal.

Moment dangereux entre tous : la bête a faim, elle est en chasse, prête à se saisir de la première proie qui se présente…Puisque les médias et les journalistes peinent à faire leur autocritique, d’autres la font à leur place…

Ainsi André Gunthert (Actualité de la recherche en histoire visuelle), revient aujourd’hui sur la campagne électorale du candidat Sarkozy et son traitement par les médias. Il pose une question bien douloureuse : comment un tel unanimisme pro-Sarkozy de la quasi totalité des médias français a-t-il été possible ?

(noir)Comment se fait-il que nul, parmi les journalistes, ne songe aujourd’hui à s’interroger sur l’unanimisme écrasant des grands médias, notamment télévisés, qui a accompagné la course en tête du candidat de l’UMP? A la notable exception de Marianne, n’est-ce pas la presse toute entière qui a cru à la “rupture” sarkozienne?

(noir)A un moment où le rôle de la presse fait débat, l’élection de Nicolas Sarkozy fournit un macro-indicateur sans complaisance. C’est désormais patent: les médias n’ont pas fait leur travail d’analyse et de critique de l’improbable échafaudage programmatique du candidat. Plutôt que d’éclairer le citoyen, ils ont constamment privilégié les apparences, les petites phrases et les dérives personnalisantes. C’est pourquoi la question se pose: une presse qui a laissé élire Sarkozy sert-elle encore à quelque chose?(c’est moi qui souligne)

(/noir)

Mais pourquoi les médias ont-ils agi ainsi ? Cette pratique nuit terriblement à leur crédibilité, et cette crédibilité constitue pourtant leur fonds de commerce. Ce “petit jeu” revient à scier la branche sur laquelle ils sont assis. C’est bête. Suicidaire même !

Une nouvelle “effroyable imposture” ?

L’argument, souvent invoqué, de médias soumis aux intérêts des grands groupes industriels qui ont mis la main sur leur capital, mérite la même remarque : si ces grands groupes n’agissent probablement pas par altruisme ni par civisme, ils n’ont pas intérêt non plus à détruire cet outil entre leur main, transformant leur investissement en une coûteuse “danseuse”…

A moins que l’on parvienne à prouver que “le retour sur investissement” qu’ils obtiennent d’une telle main-mise sur la presse, au profit de leur “petite affaires”, est à la hauteur des déficits d’exploitation que ces pratiques creusent dans les comptes des médias, et qu’ils doivent renflouer… Voilà sur quoi devrait se pencher le fameux “journalisme d’investigation à la française” !

En l’absence de cette enquête, on en est réduit au soupçon et aux conjectures… Ce qui est délétère. Ces grands groupes ne s’intéressent certainement pas aux médias “gratuitement”. Quelles sont leurs motivations ? Où y trouvent-ils leur compte ? Quel est le retour sur investissement ?

Le rôle des journalistes là-dedans ? Sont-ils “aux ordres” ? A ce point soumis que toute l’éthique professionnelle du journalisme ne serait plus qu’une vaste mascarade, dissimulant une formidable escroquerie ? Et la pression conjuguée de la carotte et du bâton suffirait à assurer le silence de milliers de personnes “mouillées” dans la combine ?

Si c’est ça, il ne faut donc pas compter sur les journalistes pour l’avouer ! Mais est-ce bien ça ? Un tel complot pourrait-il tenir longtemps sans être démasqué ? D’autant que le “contrôle” des grands groupes industriels sur les médias est une affaire fort délicate et subtile : pour que ça marche, il ne faut pas que ça se voit. L’unanimisme des médias français lors de la campagne électorale pourrait avoir été orchestré de main de maître par quelques “spin doctors” manipulant les rédactions, sans que ça se voit, sans que personne ne vende la mèche ? Encore une nouvelle “effroyable imposture” ?

La théorie du complot ne tient pas. Encore un échafaudage intellectuel de conjectures et d’hypothèses, ne reposant que sur des très maigres bases concrètes de faits réellement établis et vérifiés, et supposant une mobilisation occulte d’une quantité de moyens considérables, et supposant aussi une efficacité dans la mise en œuvre de tels moyens à tel point parfaite qu’elle n’en est plus crédible…

Un bon scénario, un bon casting

Oublions le complot. Quoi alors ? Comment un tel unanimisme a-t-il été possible ? Et si le coupable n’était plutôt le marketing, la marchandisation généralisée de l’information, qu’un complot du grand Kapital ? Plutôt qu’une manipulation, le simple déploiement d’une logique interne aux médias d’aujourd’hui, qui ne diffusent plus de l’information, mais vendent un spectacle de l’actualité à des fins essentiellement divertissantes…

C’est bien ce que suggère la lecture croisée du livre remarqué de Christian Salmon, “Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits” (sur lequel je reviendrais, dès que je peux sur novövision), et de la thèse de Yannick Estienne, “Le journalisme après internet”, qui nourrit décidément beaucoup ma réflexion depuis peu (note de lecture sur novövision) :

(noir)Phénomène déjà bien connu des chercheurs, « l’emprise croissante des logiques économiques et du marketing dans la presse » (« conversion au management des équipes de direction des journaux, croissance de la dépendance à la publicité, intensification des luttes concurrentielles et de la quête d’audience, etc. »), semblent s’exprimer dans la presse et le journalisme en ligne de manière plus intense encore et « concourent, par certains côtés, à accélérer le mouvement ».

(noir)

(noir)Le journalisme en ligne est « un laboratoire pour le journalisme du futur », « sous l’emprise du marketing », effaçant peu à peu les frontières entre professionnel et amateur, entre publicité et rédactionnel, entre information et divertissement, qui anticipe une révision en profondeur de la culture du métier, dont « les ambitions pédagogiques et citoyenne doivent être revues à la baisse » au nom de la logique consumériste.

(noir)

Et si toute la campagne électorale avait été “markétée” par les médias comme un feuilleton, une “story”, pour maximiser leur audience et leurs revenus publicitaires, à leur unique profit, sans se soucier plus que ça finalement de savoir qui gagnerait à la fin, puisque, eux, avaient déjà empoché leur bénéfice au passage…

Toute cette campagne électorale n’a-t-elle pas été construite par les médias, scénarisée comme une histoire pleine de suspense et de rebondissements, “feuilletonisée” comme une série télé américaine à la “24 heures chrono”

Un duel final Sarkozy/Royal (casting parfait !) longuement préparé sur plusieurs mois, permettant d'”exposer” les personnages, avant la montée en puissance progressive du suspense à mesure que s’approchait le climax.
Relance spectaculaire de l’intensité du suspense avec l'”épisode” du troisième homme : le “faux” d’abord (Le Pen), puis le “vrai” (Bayrou)… Pour en revenir finalement au duel annoncé (et préparé)…

Je ne suis pas persuadé que les médias n’auraient pas jugé que l’élection de Ségolène Royal aurait aussi été une très bonne histoire (le casting initial avait été fait avec soin !). Et il fallut batailler pour imposer la candidate dans son propre parti, ce à quoi les médias ont très largement contribué lors de la campagne interne à l’investiture, qui préfigurait par bien des égards le traitement de la présidentielle elle-même, comme une sorte de répétition générale…

Peu importait aux médias, au fond, qui l’emporterait, du moment que ce soit un “bon client”, fournissant à la demande un flot continu de belles images, de petites phrases, d’anecdotes, de petites confidences, jouant lui-même avec complaisance le jeu de l’information spectacle, superficielle et simpliste à l’extrême, effaçant la frontière vie privée/vie publique… Et sous cet angle, Ségolène Royal faisait une aussi bonne candidate que Nicolas Sarkozy !

Nicolas Sarkozy s’est révélé le meilleur à ce jeu. Et comble du professionnalisme, l’acteur n’a pas rechigné à offrir une “saison 2” au feuilleton électoral, en lançant les premiers mois de sa présidence dans un étourdissant spectacle au casting formidable (Cécila, Carla), au décors impeccable (Fouquet’s, les Pyramides, Pétra…), à l’accessoirisation soignée (yacht de luxe, jet privé, Rollex, RayBan…).

La saison 3 n’est pas prête

Mais toutes les bonnes histoires ont une fin. La Saison 2 lassent déjà le public, et il le fait savoir: l’audience baisse et les réalités bien prosaïques reviennent au devant des préoccupations quotidiennes.

Il est temps de passer à la “Saison 3”, mais l’histoire n’est pas encore prête ! Un nouveau casting est en cours à gauche (Delanoé, Royal, un outsider ?). On réfléchit à un nouveau scénario à droite (un “pro”, Thierry Saussez, vient d’être recruté par l’Elysée pour l’écrire…).

Le “timing” n’est pas parfait. Il y a un trou. Un passage à vide. Les médias n’ont rien à raconter en ce moment. Alors on “meuble” avec ce que l’on a sous la main, pas très “sexy”, mais faute de mieux : du classique, de la catastrophe, du faits-divers, un peu de grèves et de manifestations. Et comme ça ne suffit, on “bourre” les pages et les écrans avec de la commémoration à outrance, avec du Mai68 à toutes les sauces, qui saoule tout le monde et n’intéresse personne… Ça ne peut pas durer longtemps comme ça. Le public décroche.

Une telle période de vide est extrêmement délicate et dangereuse pour tous ces acteurs qui jouent sur la scène des médias. Les médias sont en manque, ils sont à affût. C’est une opportunité : le premier qui a une bonne histoire à vendre a de bonnes chances de la placer. Mais c’est un risque aussi : la bonne histoire, chacun pourrait en être la victime… Les médias aiment aussi parfois les histoires qui finissent mal. Alors attention à vous, les politiques, les médiatiques et tous les pipoles réunis : en ce moment, tenez-vous à carreau, la bête a faim et elle est en chasse !

Le journalisme dans tout ça ? Un vieux truc qui ne se vend plus.

—-
Complément (17h00) : Via Chouingmédia, une étonnante illustration de mon propos me tombe sur le clavier. Le site internet du journal 20 Minutes s’étonne que la “belle” catstrophe qu’il avait à proposer à la Une hier, n’intéresse pas ses lecteurs :

(noir)vous êtes très peu à lire les articles sur la Birmanie. Hier, c’est un des sujets d’actu qui vous a le moins intéressés selon nos statistiques.

(/noir)

Pour tenter d’en faire un peu de buzz quand même, on recycle l’angle en interpellation directe des lecteurs :

(noir)Pourquoi les malheurs de ce pays ne vous intéressent pas? Trop loin? Trop obscur? Dites-le nous ci-dessous…

(/noir)

L’opération semble réussie, puisque 127 commentaires répondent à l’appel, à cette heure, avec cette remarque d’internaute, à méditer :

(noir)Il semble que la question de savoir pourquoi cette catastrophe ne nous intéresse pas nous intéresse davantage que la catastrophe elle-même !

(/noir)

10 Comments

  1. @ impôts-utiles

    intéressant de mettre en parallèle le “discours médiatique” et l’occupation du terrain médiatique par Sarkozy… et la perception bien concrète des salariés, qui font leurs comptes un an après 😉

  2. La théorie du complot ne tient pas. Encore un échafaudage intellectuel de conjectures et d’hypothèses, ne reposant que sur des très maigres bases concrètes de faits réellement établis et vérifiés, et supposant une mobilisation occulte d’une quantité de moyens considérables, et supposant aussi une efficacité dans la mise en œuvre de tels moyens à tel point parfaite qu’elle n’en est plus crédible…

    Je ne comprends pas cette obsession à disqualifier par point complot (comparable au Godwin) la mainmise des grands groupes sur les grands médias. Expliquer que ce n’est pas possible, c’est juste faux. Et par ailleurs, ça c’est beaucoup vu, justement.

    Il suffit que mon meilleur pote soit président et que je sois proprio d’un journal, je vais à priori en toucher un mot au rédacteur en chef à propos du journaliste XXX qui ne cesse de faire des papiers moqueurs…vous qui êtes journaliste, je vous trouve particulièrement candide sur les moeurs de la profession en France 🙂

    En fait, avec ce billet vous faites en partie ce que vous reprochez à la profession, vous saviez déjà quoi dire avant de faire ce billet, et ce n’était pas les douces pressions d’un Lagardère ou d’un Dassault qui allaient vous faire dévier de votre fort belle construction synthétique sur l’affrontement des bons clients sur lequel les médias se jettent et qu’ils portent au pinacle sans corrélation avec le réel.

    Enfin bref, je suis assez d’accord avec votre billet sur le reste, je trouve juste qu’il est dommage de vouloir trouver une cause en disqualifiant toutes les autres, si NS a été aussi présent c’est je pense par une combinaison de beaucoup de facteurs dont le “clientélisme médiatique” fait indiscutablement partie, tout comme à mon avis la possession de journaux par des amis inbtimes de ceux qui sont au pouvoir. Ce n’est pas l’un ou l’autre.

    Il suffit de regarder qui sont les proprios des quotidiens pour comprendre que l’indépendance n’est qu’une très vaste farce :

  3. Vous avez raison sur le point que privilégier une cause ne disqualifie pas les autres, et mon billet est sûrement trop caricatural (j’avais toutefois pris soin de le “taguer” du mot-clé “humeur” 😉

    Sinon, sur le fond : c’est parce que je connais le fonctionnement des rédactions que je maintiens qu’il n’est pas du tout raisonnable de penser que l’influence des grands groupes industriels, propriétaires de médias, puisse être si directe et efficace qu’elle ait mené au formidable unanimisme des médias français qu’on a connu.

    Cet unanimisme se révèle dans la convergence de tant d’articles et de sujet radio-télé, par tant de titres, de Unes, il met en cause tellement de personnes intervenant dans la production de cette info (plusieurs milliers de personnes), que, s’il était le résultat d’une stratégie orchestrée, ça voudrait dire que la presse française est littéralement organisée comme l’était la presse dans les régimes soviétiques : caporalisée, enrégimentée.

    Or ce n’est pas le cas. La presse est éclatée, les rédactions sont diverses, et parfois divisées. Concurrences entre les titres, luttes d’ambitions internes, tout cela conduit tout à la fois :

    – à rendre impossible une prise de contrôle organisée et structurée de l’ensemble par quiconque. Il y a toujours quelqu’un qui aura intérêt à jouer le jeu “contre” les autres et qui dispose d’une “marge” d’autonomie suffisante pour le faire (ne serait-ce qu’un petit mail discret au Canard enchaîné au bon moment…)

    – mais cela peut aussi favoriser des mouvements de convergence, quand l’intérêt de tout le groupe (ou d’une grande partie du groupe) va dans le même sens : faire monter la mayonnaise sur une “grosse affaire”, car ça fait vendre du papier ou de l’audience à tout le monde. Mais même dans ce cas, chacun continue de jouer pour soi, pour son titre contre les autres, pour sa pomme contre ses confrères…

    Bref, la pression interne aux médias due au marketing et à la concurrence est beaucoup plus efficace pour expliquer de tels mouvements d’unanimisme, qu’un complot, qui ne pourrait pas exister sans être dévoilé relativement rapidement… D’ailleurs, il y a eu quelques exemples de pression directes (Lagardère, Dassault, Bouygues), donc ça existe bel et bien, vous avez raison, mais elles restent ponctuelles, ça se retourne plutôt contre leurs auteurs qu’autre chose, et surtout : on l’a su !

  4. je rajoute deux ou trois remarques :

    Il existe des contre-poids internes aux rédactions contre le “pouvoir” de la direction nommée par le propriétaire :

    Le corporatisme des journalistes, ou l’esprit de corps, ou la “confraternité”, comme vous voulez, qui tisse tout un réseau de solidarités transversales dans les rédactions.

    Le syndicalisme en est une forme, mais il y a d’autres. Les sociétés de rédacteurs par exemple. Les réseaux d’amitié individuels, des clans même parfois, et aussi des clientèles.

    Ces contre-poids sont flous et fluctuants, pas toujours très puissants et efficaces, mais il existent, au coeur même des rédactions, là où se produit l’info. Ils ont donc toujours au moins le pouvoir de dénonciation.

    L’influence des propriétaires de journaux sur le contenu est beaucoup plus subtile et indirecte : dans le pouvoir de nomination, de récompense pour les salariés “de confiance”… Dans la possibilité d’utiliser le médias comme outil de renvois d’ascenseur dans ses propres affaires, etc. Mais tout ça se fait par petite touches, au cas par cas, et toujours sous le regard des autres…

  5. Intéressant aussi, le livre “la téléprésidente
    qui analyse en profondeur l’élection, sous l’angle du traitement médiatique.

    Mais si on ose affirmer que les médias ont élu Sarkozy, alors il se trouve toujours quelqu’un pour rétorquer: “Vous oubliez l’édito du Monde appelant à voter Royal”? Le problème c’est que Le Monde a fait campagne pendant des mois pour Sarkozy (habilement, en se contentant de suivre son agenda, et de le favoriser systématiquement _ ne serait-ce qu’en disant systématiquement “Sarkozy et Royal”, alors que grammaticalement on doit toujours citer le nom d’une femme en premier. Mais comme tous les médias ont martelé…

  6. @Narvic : d’accord, après tout c’est votre blog, et je ne vais pas vous reprocher d’avoir choisi l’angle de votre billet, vu qu’en plus je n’avais pas vu le tag 🙂

    Je suis tout à fait d’accord sur l’absence de “structure” dans les influences. Vous avez également raison quand vous me dites que l’influence des propriétaires est en général bien plus subtile que ça.

    A vrai dire, le problème qui s’est posé en 2007 était que la pression a semblé bien plus forte que d’habitude, étant donné que ça s’est vu – et bien vu, même. Et contrairement à l’habitude c’était dans le même sens à chaque fois.

    Enfin, ne me parlez pas du Monde, j’ai résilié mon abonnement à cause de Ridet et de l’édito expliquant que voter Bayrou était antidémocratique. Décidément, que j’aimais cette mesure privant les grands groupes en contrat avec l’état de posséder des grands médias.

  7. @ Moktarama

    Ce que je veux dire, c’est que je ne crois pas qu’il y ait eu un processus concerté et occulte pour favoriser certains candidats par rapport à d’autres. Il n’y a pas eu de complot.

    Ce qui m’étonne encre, c’est l’ampleur de l’unanimisme de l’ensemble des médias dans leur manière de “vendre” la même histoire : le duel annoncé très longtemps à l’avance Royal-Sarkozy, avec deux intermèdes pour relancer la machine : Ségolène et les éléphants, lors de la primaire interne, et puis le “troisième homme” (Lepen, puis Bayrou).

    J’ai eu le sentiment très fort, durant toute cette campagne, que j’ai suivie de près, que ce scénario était vraiment “écrit d’avance”, comme une feuille de route que suivaient les médias, tous les médias, même ceux qui la suivaient en se plaçant en contrepoint (comme Marianne).

    D’autres “histoires” auraient pu émerger, mais les médias n’ont même pas chercher à les explorer, et il les ont carrément “effacées” du tableau :

    José Bové, par exemple, a tenté un positionnement qui était original et intéressant (du point de vue de l’observation politique). Une sorte d’alliance, un peu hétéroclite mais nouvelle !, écologistes/gauchistes, paysans/bobos urbains, consommateurs/petits producteurs… Cette tentative n’a même pas été considérée par les médias, ils l’ont ignorée, contribuant de ce fait à l’empêcher d’éclore, si elle en avait la capacité…

    Le traitement de la primaire socialistes lui-aussi aurait pu donner lieux à bien d’autres développements que ceux qu’on vus, et qui expliquent largement “l’effet Bayrou” par la suite : cette émergence d’un électorat de centre-gauche, qui voulait DSK contre Royal d’abord, et s’est reporté sur Bayrou ensuite, est un phénomène qui a été totalement sous-estimé, voire largement ignoré par les médias.

    Ils ne parlaient que de “Ségolène contre les éléphants”, alors que c’est une toute autre histoire qui se déroulait en réalité “dans les sections” et sur internet. Les médias n’ont pas vu du tout non plus le rôle déterminant des “nouveaux adhérents du PS”, que j’ai observé de très près à cette occasion : narvic sur Agoravox (20 novembre 2006) : “Ségolène Royal et la soif de victoire des nouveaux adhérents”.

    Tout cela me fait dire que les médias n’ont jamais cherché à traiter cette campagne électorale en profondeur, mais seulement en surface, en nous “vendant” une histoire écrite à l’avance, dont seul le dénouement restait incertain : Royal ou Sarkozy ? Mais peu leur importait, puisque les deux étaient de bons clients médiatiques !

Comments are closed.