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Les limites du journalisme citoyen : un cas d’école, en Chine

Alain Joannès, sur Journalistiques, analyse – en journaliste – un “cas d’école” de ce qu’il est convenu d’appeler le “journalisme citoyen” (une expression qui révèle ici ses limites) : les émeutes qui ont éclaté ce week-end, dans le sud-ouest de la Chine, dont les premières informations sont parvenues aux journalistes occidentaux à travers des blogs chinois.

Images de ces émeutes sur YouTube (version chinoise) :

Alain Joannès soulève trois questions très pertinentes :

Le rapport des journalistes avec les blogs.

(noir)“Sur la nature des nouvelles: dimanche matin, France Info évoquait des “rumeurs” en provenance de blogs chinois. On était dans le cas, assez classique, de la rumeur qui précède une information. Mais il est probable que, dans l’esprit des journalistes de cette station, les blogs ne peuvent produire que des rumeurs. Celles-ci ne sont devenues une information qu’après avoir été validées par l’agence Chine nouvelle. Vieux réflexe de journalistes hexagonaux: “si ce n’est pas dans l’AFP, ce n’est pas une information”. Il aurait mieux valu se référer à “plusieurs témoignages concordants” et prendre le temps d’étudier ces témoignages sans se soumettre à l’imprimatur d’un organe officiel.”

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Mais on voit que ça commence à changer

“Journalisme citoyen” ou “témoignage de citoyen” ?

(noir)“Les documents en provenance du Guizhou ont cependant la vertu paradoxale de relativiser la notion de “journaliste-citoyen”. Ces documents bruts ne sont rien d’autres que des témoignages de citoyens. Leurs auteurs publient des éléments que seuls des journalistes peuvent transformer en une information. Les témoignages ne prennent de la valeur que dans la mesure où il n’y avait pas de journalistes sur les lieux.”

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La “valeur ajoutée journalistique”

Qu’est-ce qui transforme un document brut, un témoignage, en une information journalistique ?

La vérification, tout d’abord. Vu les circonstances, elle se limite à analyser finement ces documents, pour déceler une possible falsification, et à les confronter entre eux. Alain Joannès se livre à cette étude et explique pourquoi “ces images ne peuvent pas avoir été “bidonnées”.”

La mise en perspective, ensuite. Elle consiste, en l’occurrence, à ne pas “survaloriser” ces témoignages, dans la mesure où “les émeutes sont des phénomènes courants en Chine”, et à les replacer dans leur contexte, qui est “celui des tensions sociales, ethniques et morales qui travaillent ce pays en profondeur”, bien plus qu’une quelconque relation avec les événements au Tibet ou la proximité des Jeux olympiques.

Mais cette remise en perspective-là, regrette Alain Joannès, n’a pas toujours été faite correctement, par des médias français “paresseux et conformistes”.

Rien à ajouter 😉