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Les journalistes s’occupent enfin d’éthique !

Le débat sur la création d’une instance de régulation de la presse fait un pas en avant, avec la décision de la Fédération française des agences de presse (FFAP) d’apporter officiellement son soutien au projet de création d’un Conseil de presse en France.

Il n’existe aujourd’hui aucune instance professionnelle traitant de l’éthique dans le journalisme français, ni même d’instance de médiation ou de régulation, contrairement à beaucoup d’autres pays (la Commission de la carte d’identité professionnelle des journalistes ne joue aucun rôle de ce type, contrairement à bien des idées reçues dans l’opinion : elle vérifie que les conditions sont strictement réunies pour la délivrance de cette carte, et c’est tout).

La décision du conseil d’administration de la FFAP (qui regroupe 124 des 230 agences de presse que compte le pays) constitue “un sacré pas en avant” souligne l’Association de préfiguration d’un Conseil de presse en France (APCP), constituée en novembre 2006 pour défendre ce projet qui a été rendu public lors des Assises internationales de journalisme de Lille qui ont eu lieu du 21 au 23 mai dernier.

Cette décision fait échos à une initative récente qui va dans le même sens : “l’appel en faveur d’une Charte et d’une instance pour l’Ethique et la Qualité de l’Information” (disponible sur journalisme.com) :

(noir)“Les personnes qui souscrivent à cet Appel estiment que le moment est venu d’apporter une réponse à cette crise de confiance entre le public et les médias et de travailler à la mise en œuvre de ces deux instruments :

(noir) • une charte d’éthique et de qualité de l’information servant de référence et s’imposant à tous, rediscutée notamment par les organisations d’employeurs et de salariés dans le but d’être annexée à la Convention collective nationale des journalistes ;

(noir) • une instance d’éthique s’inspirant des exemples étrangers (une centaine d’instances de ce type dans le monde) et de ce qui existe dans d’autres professions en France, instance de médiation entre médias et public, chargée de rappeler à tous les “bonnes pratiques” en matière d’information.”

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Le texte du “projet de Charte Qualité de l’Information” est disponible ici en téléchargement (au format .pdf)

Le journaliste Jean-Luc Martin-Lagardette, dans l’édition “Critique constructive des médias”, sur Mediapart, (en accès libre), répond à certaines critiques avancées contre ce projet :

(noir)“Contrairement à ce que certains peuvent penser, la création d’un Conseil de presse serait une avancée – et non un recul – par rapport aux libertés de la presse.”

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(noir)“Un conseil de presse n’aura rien à voir avec un conseil de l’ordre (comme pour les médecins ou les avocats). Ce serait plutôt une instance de médiation et de régulation (et non de contrôle ; et il n’interviendra pas sur le fond des articles mais sur le seul respect des règles éthiques – et seulement à postériori).”

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(noir)“Une telle instance protégera donc autant le public que les journalistes. On peut imaginer que des sites comme Agoravox, qui seraient prêts à s’engager sur un référentiel minimum d’éthique, pourraient eux aussi rentrer dans le champ d’analyse du Conseil de presse. Des rédacteurs de sites internet pourraient même siéger dans cette instance.

(noir)Enfin, sachez que cette initiative, pour l’instant, est le fait d’un petit nombre de journalistes (en décalage avec la profession dans son ensemble) et de citoyens qui aimeraient non pas brider la liberté, mais faire en sorte d’aider à ce que les règles du jeu soient mieux respectées. Tout le monde y gagnera.”

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Au même moment :

Le droit d’auteur des journalistes remis en cause (Le Monde) :

(noir)“Le syndicat national des journalistes (SNJ) et le Forum des sociétés de journalistes (FSDJ) ont protesté, jeudi 3 juillet, contre un amendement au projet de loi de modernisation de l’économie (LME) qui conduirait, selon eux, à “anéantir” le droit d’auteur des journalistes.

(noir)Cet amendement a été déposé à la dernière minute par les sénateurs Louis de Broissia (Côte-d’Or), Jacques Valade (Gironde) et Catherine Dumas (Paris), tous trois UMP, afin d’“instaurer un dispositif légal reconnaissant la cession automatique à l’éditeur de droits exclusifs sur les contributions journalistiques pour tous les supports que l’entreprise édite”.

(noir)“Alors que se préparent les états généraux de la presse, ce texte s’apparente à une véritable provocation”, estime le FSDJ, pour qui cet amendement constitue une atteinte “au statut des journalistes”. Car jusqu’ici, selon le code de la propriété intellectuelle, ces derniers disposent de droits d’auteur sur leurs écrits.”

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5 Comments

  1. Une très bonne idée ce conseil, il serait temps que la profession s’autorégule avant d’être totalement décrédibilisée auprès du grand public.

    Pour ce qui est du droit d’auteur, ils feraient mieux de se préparer à se battre parce que je ne vois pas les grands médias lacher quoi que ce soit sur le sujet.

  2. Début juin, Véronique Maurus avait dézingué le projet dans sa chronique dans le Monde (l1er juin, disponible dans les archives du journal).

    Je ne sais pas trop comme interpréter son point de vue. Le projet a évolué depuis ? Ou elle fait partie des quelques voix contre ?Elle aurait un intérêt quelconque (ou Le Monde) à être contre ?

  3. Bonjour Narvic,

    je comprends (dans le titre) que vous êtes favorable à une telle démarche. Etonnant, au vu de ce que j’ai l’habitude de lire de vous.

    Je défends pour ma part l’idée de responsabilité individuelle, comme celle que vous pratiquez, sur ce blog notamment, et ailleurs. Evidemment,
    c’est plus compliqué de sauver un secteur économique sur cette base, mais c’est la seule voie durable à mon avis …

    Mobiliser l’éthique au nom d’un collectif impersonnel (les corporations sont des fictions, ou des foules imaginaires si ‘lon veut paraphraser Freud), ça pue. Depuis toujours.
    L’éthique est individuelle, sinon c’est de la morale, voire du foutage de gueule économico-stratégique.

    Charte de qualité, c’est guère mieux : discours rationnalisant et gestionnaire, mais qui ne règlera pas grand chose (et c’est un consultant qui parle …).

    Une idée-question : la CCIJP pourrait-elle ré-examiner, annuellement par exemple, les conditions de “maintien” de la carte ?
    Comme pour le permis de conduire, repasser le code et la pratique de temps en temps pourrait ne pas faire de mal. 😉

  4. @ Antoine

    Le débat est compliqué et les journalistes sont partagés. Et ils sont partagés en plusieurs morceaux, c’est difficile de résumer…

    – il y a un constat de perte réelle de crédibilité des journalistes et du coup de la confiance dans l’information délivrée par des professionnels (et elle est probablement encore plus profonde que la plupart des journalistes ne veulent bien l’admettre)

    – il y a des plaintes (très nombreuses) des lecteurs et personne pour les entendre et en tenir compte

    – il y a aussi le constat que se posent de nombreux problèmes d’éthique non résolu dans le journalisme aujourd’hui (vis à vis de la politique, des grands groupes industriels, des lobbies, de la publicité, du marketing…) et aucun moyen de régulation, ni même de médiation, n’existent actuellement.

    Il n’y a pas encore le moindre consensus sur l’ampleur du problème, l’urgence de le traiter, les priorités à dégager, et donc encore moins sur les remèdes à apporter….

    Le débat se concentre aujourd’hui sur une instance de régulation, car il y a des exemples à l’étranger, et qu’avec ce type de propositions on n’avance pas totalement dans le noir. Il y a des leçons à tirer des expériences des autres.

    Mais il y a aussi un débat français qui existe depuis des décennies sur un “ordre des journalistes” (comme les médecins ou les avocats) et qui a toujours été repoussé, en soulevant des risques pour la liberté de la presse.

    Et il y a aussi beaucoup de mauvaises raisons pour ne rien faire !

    Bref le débat est bloqué. Alors ou l’on parvient à faire avancer ce projet -modeste – de Conseil de presse (mais certaines ambiguïtés restent présentes dans ce projet), ou bien on fait tout exploser, ou bien on ne fait rien…

    A mon avis, le plus important est d’ouvrir le débat publiquement, reconnaître qu’il y a de vrais problèmes et qu’ils demandent des solutions. Après on verra, mais on aura débloqué la situation… :o)

    Pour être franc, ma thèse est plutôt qu’il faut tout faire exploser, mais par pragmatisme je suis prêt à me ranger à une solution intermédiaire, du moment qu’elle fasse bouger la situation dans le bon sens…

  5. Salut e-cedric 😉

    Je répondais – en partie – à ton commentaire en répondant à Antoine, pendant que tu postais le tien :

    – le système actuelle est usé, à bout : le statut professionnel des journalistes, la carte de presse, l’absence de régulation ou même de médiation (sauf quelques médiateurs dans quelques médias…)

    – pendant ce temps-là énormément de choses changent sur internet :
    -* la concurrence à tout va entre les sites de presse eux-mêmes et avec les gros agrégateurs (Google, Wikio, Orange…) qui pousse à un terrible nivellement par le bas
    -* les blogs, où est en train d’émerger une véritable nouvelle forme de journalisme, sortie des carcans de la carte et du mythe professionnel…

    Les patrons de presse semblent vouloir saisir l’occasion pour faire évoluer les choses à leur seul bénéfice (cf. les états-généraux que leur propose le président) : casser le monopole du syndicat du livre (à Paris), réorganiser les messageries de presse… Offensive récente contre le droit d’auteur des journalistes dans le cadre du passage des rédactions au multimédia…

    Et les syndicats de journalistes restent actuellement sur des positions uniquement de résistance, et pas dans une négociation pour une redistribution des cartes en profondeur, car il se sentent trop faibles et redoutent de tout perdre dans une telle négociation…

    Bref, c’est assez mal parti à mon avis…

    Je crois qu’il faut qui la crise éclate vraiment. Alors les position de chacun devront être plus claire car les enjeux seront vraiment mis sur la table…

    On y vient peut-être… 😉

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