net et news

Les journalistes finiront-ils par briser les claviers ? (2/3)

<doc656|center>

• Ce billet fait suite à : Journaliste ? Redevenir auteur, ou laisser la place aux robots… (1/3)

• Il se poursuit par : Le journalisme s’écrit aujourd’hui dans ses marges 3/3

Je m’étonne un peu que le reportage du journaliste du Monde Yves Eudes, paru le 10 mars dernier, L’ère des robots-journalistes (aussi en version .pdf sur le site du syndicat du Livre Filpac B-) ), ne suscite pas plus de commentaires que ça chez les journalistes. Comme si ce qu’Yves Eudes est allé voir dans le laboratoire d’information intelligente (Infolab), installé sur le campus de l’université du Northwestern, à Evanston (Illinois), n’avait rien de vraiment inquiétant pour l’avenir des journalistes, ou que ça n’était, en fait, pas tellement surprenant. Comme si on se doutait que ça finirait bien par arriver un jour et que l’on ne puisse accueillir autrement qu’avec résignation la nouvelle : ça y est, c’est arrivé. Ou alors, c’est qu’on n’y croit pas. On n’ose pas y croire, on ne peut pas y croire, ou même on ne veut pas y croire…

Les journalistes en concurrence avec des machines

Le fait mérite pourtant qu’on s’y attarde un instant. Les progrès récents des technologies de l’intelligence artificielle appliquées à la génération automatisée de texte sont tout bonnement spectaculaires. Les générateurs de texte automatisés sont aujourd’hui en mesure de concurrencer directement les journalistes.

“A première vue, rien de surprenant. Un compte rendu de sport d’une confondante banalité : “Les efforts remarquables de Joe Mauer n’ont pas suffi à assurer la victoire des Minnesota Twins contre les Texas Rangers lundi dernier au stade d’Arlington. Les Rangers l’ont emporté sur un score de 8 à 5 (…) Quand il maniait la batte, Mauer a été excellent de bout en bout. Il a marqué une fois dans la première manche et deux fois dans la sixième. Du côté des Texans, l’artisan de la victoire est sans conteste Tommy Hunter, qui a remporté avec brio son cinquième match d’affilée…” Un article de sport comme il en existe donc des milliers, publiés dans les pages sport de la presse américaine. Seule différence, mais de taille : il est signé The Machine, préparé et rédigé par un programme d’intelligence artificielle, baptisé Stats Monkey.”

Le robot va lui-même chercher les informations sur le net concernant le match de baseball qu’il doit couvrir :

Une fois lancé, il travaille automatiquement de A à Z. Il commence par télécharger les tableaux chiffrés publiés par les sites Web des ligues de base-ball, et collecte les données brutes : score minute par minute, actions individuelles, stratégies collectives, incidents… Puis il classe cette masse d’informations et reconstruit le déroulé du match en langage informatique. Ensuite, il va puiser son vocabulaire dans une base de données contenant une liste de phrases, d’expressions toutes faites, de figures de style et de mots-clés revenant fréquemment dans la presse sportive. Il va alors rédiger un article, sans fautes de grammaire ni d’orthographe.

Le robot sait même varier les styles ou encore rédiger “deux articles adoptant le point de vue de l’une ou l’autre équipe”, et se charger des illustrations. Le tout en deux secondes.

“Une version commerciale de Stats Monkey sera bientôt accessible en ligne. Kris Hammond vise en priorité les journaux locaux et les sites Web de sport, qui n’ont pas les moyens de payer des pigistes pour écrire les comptes rendus de tous les matches de leur région.” Des versions adaptées à d’autres sports ou à d’autres domaines du journalisme qui utilisent aussi beaucoup de données chiffrées et un style très stéréotypé, comme les finances et la bourse, sont en chantier…

Un rêve de patron de presse

Personne n’envisage évidemment que le robot Stats Monkey n’obtienne avant longtemps le prix Pullitzer (ou Albert-Londres). Pour le journaliste Gérard Ponthieu, sur son blog :

Les premiers menacés par cette révolution imminente, ce sont d’abord les pisse-copie débitant de manière quasi-automatique, déjà, des enfilades de phrases « toutes faites » enfarinées de clichés. Au fond, il n’est pas si étonnant qu’un ordinateur, animé par un programme un tant soit peu futé, parvienne à répliquer cette prose passe-partout.

Mais chacun a bien vu que le projet pouvait donner “des idées aux gestionnaires des médias” (Thomas Nagant pour la RTBF), car c’est “un vrai rêve de manager de presse des temps modernes” (Jean-Christophe Féraud, sur son blog).

L’industrialisation du journalisme

Le chercheur français Eric Charton, spécialiste de la question, souligne sur son blog que ce domaine du traitement automatique des langues, “un peu marginal au cours des dernières décennies”, “revient en force dans le monde de la science et de l’industrie”. Il relève bien que “ce retour se fait par le biais d’une demande croissante: celle de la presse”.

Et pas tout à fait n’importe quelle presse… Celle qui délivre déjà en ligne une information massivement “redondante et stéréotypée”, celle des “canons à dépêches” (novövision – mai 2009). Celle des “usines à info” que l’on connait déjà en France dans l’information sportive (Télérama – février 2009). Ces rédactions constituées d’“OS de la presse” (Bakchich – octobre 2008) ou de “forçats de l’info” (Le Monde – mai 2009).

Cette industrialisation du journalisme, “sous l’emprise du markéting” (Yannick Estienne – 2007), est déjà beaucoup plus avancée aux USA. Des sites comme Demand media ou Answers.com sont devenus de véritables “usines à contenu” (ReadWriteWeb/USA – novembre 2009), qui inondent le web de contenus de “qualité médiocre” mais à “gros impact” sur le trafic grâce aux techniques de référencement et à la rédaction de contenus “à la demande”, spécifiquement en fonction des requêtes les plus populaires repérées sur les moteurs de recherche. Et ça fonctionne ! Ces deux sites sont déjà “bien installés dans le top20 du web américain” (ReadWriteWeb/France – décembre 2009).

Dans ce contexte de paupérisation générale, qui mène à «l’euthanasie à terme de la classe moyenne des journalistes » (Bernard Poulet. Sur novövision : Avenir du journalisme ? Tu seras un prolétaire, mon fils et La fin des journaux et l’avenir de l’information – février 2009), le robot entre ainsi en concurrence directe avec ces OS/forçats de l’info, pour réduire un peu plus encore ce qu’il reste de ce journalisme peau de chagrin (novövision – janvier 2010).

Le journal sans journaliste

Notre chercheur en technologies du langage (C’est aussi le nom du blog d’un non moins éminent chercheur dans le domaine. 😉), Eric Charton, tire de tout cela une remarque de bon sens et une prévision qui fait tout de même un peu froid dans le dos :

En tout cas, on pouvait se douter qu’une tâche sans intelligence et réflexe soit – à terme – prise en charge par une machine. Tout comme on peut imaginer que les journalistes pris dans ce marché de dupes de l’article à faible valeur ajoutée, voient progressivement, au cours des dix années à venir, leurs emplois disparaître au profit de systèmes computationnels, exactement comme hier les ouvriers à la chaîne pratiquant des actions peu qualifiées furent remplacés par des robots.

Cette mécanisation va s’accompagner d’un formidable développement de l’intelligence artificielle et des systèmes de génération de texte. Depuis les années 50, des dizaines de système plus ou moins complexes sont conçus (voir la liste de référence sur ce wiki). Des universités telle que celle d’Aberdeen ont des groupes de pointe sur le sujet. Des startups naissent presque tous les mois.

Journalistes, documentalistes et traducteurs : même combat

C’est que cette robotisation du journalisme ne s’arrêt pas, en effet, à notre robot sportif. Yves Eudes cite également le programme Tell me more (présenté aussi sur le site de l’Atelier.fr), qui complète automatiquement – et met à jour ! – un article donné en allant puiser sa documentation tout seul sur le web pour former un article “augmenté”. Le résultat de ces collages automatiques a été testé sur des lecteurs : “Ils ne voient pas la différence avec un texte écrit par un seul auteur”

D’autres technologies ont fait des progrès très spectaculaires depuis quelques temps sur cette voie de la mécanisation du travail intellectuel.

Le site de la chaine d’information en continu France24 vient de mettre en place la transcription automatique de l’audio vers le texte des 24 dernières heures d’antenne. Avec un léger “différé technique”, on peut même lire en temps réel la transcription des émissions en direct. La technique peine encore à bien reconnaitre les noms propres et fait parfois des contresens complets (j’ai vu passer un “pas d’objection” au lieu de “deux objections” !), mais, avec ces réserves, elle est déjà très impressionnante.

YouTube, et Google !, travaillent sur une technologie similaire qui permet déjà de sous-titrer de manière automatisée certaines vidéos disponibles sur le site de diffusion, et en association avec les technologies de traduction automatique de Google toujours plus performantes, de traduire ces sous-titres en plusieurs langues.

Un exemple ici avec cette interview de Seth Godin, à l’occasion de la conférence Ted2010 (la fonction de sous-titre et traduction est accessible par le petit bouton rouge “cc”, qui active le menu sur fond noir qui apparait sur cette copie d’écran).

<img652|center>

Récemment, Jean-Marie Le Ray, sur Adscriptor, analysait d’ailleurs les progrès spectaculaires réalisés par Google dans le domaine de la traduction, permettant d’envisager sérieusement (et c’est un traducteur professionnel qui le dit !) Google comme “traducteur universel”.

Le vertige des perspectives

La simple perspective que l’on puisse un jour associer dans un même dispositif ne seraient-ce que ces technologies que l’on vient d’évoquer me semble déjà tout bonnement vertigineuse : le discours de l’union du président des Etats-Unis, diffusé en direct sur le web, transcrit automatiquement à l’écrit et traduit en temps réel dans toutes les langues de la Terre en sous-titre ; la transcription automatiquement traitée par des robots linguistiques, qui la complètent d’une documentation et d’illustrations puisées partout sur le web, le tout mis en forme d’articles, et aussitôt traduits, avant même que les journalistes sur place n’aient eu le temps de se lever de leur chaise !

Pendant ce temps-là d’autres robots analysent les réactions des auditeurs dans les réseaux sociaux pour donner en direct une image de l’impact du discours, phrase par phrase… et produire aussitôt des articles complémentaires sur les sujets qui ont retenu le plus l’attention. Que sais-je encore ?

Un train de retard

Sur ce coup, on peut dire que les journalistes – en particulier français – n’ont rien vu venir, ou que, s’ils ont senti venir, ils ont préféré ne pas voir. Ils ne sont pas dans le bateau, en tout cas. Où est en effet ce journalisme expérimental, que certains – dont moi – appelaient de leurs vœux (mai 2009) ? Voir aussi : En ligne, les journalistes n’ont pas inventé grand chose (janvier 2010).

Ça semble un peu bouger du côté du datajournalism, comme le relève Alain Joannès (Apports et limites du data journalism – mars 2010), se réjouissant de cet “avenir que de jeunes pionniers sont en train d’inventer” (Nicolas Kaiser-Bril, Tatiana Kalouguine, Caroline Goulard).

Mais c’est d’un avenir de journalistes-techniciens de haut vol dans le traitement informatisé de l’information qu’il s’agit, des journalistes qui seront bien plus développeurs que rédacteurs et seront plus derrière leur écran que sur le terrain. Combien de ces journalistes-techniciens hautement qualifiés seront-ils nécessaires pour faire tourner «le “système médiatique mainstream” de l’information de masse» (web: la relation entre les journalistes et les internautes, interview de narvic, sur le blog d’Antoine Dupin – mars 2010) ? Et cette poignée de journalistes-techniciens ne sont-ils pas, en définitive, ceux-là mêmes qui conçoivent dans les laboratoires américains visités par Yves Eudes cette robotisation du journalisme ?

Mécanisation du travail intellectuel

Ce que les journalistes n’ont pas vu venir, ou mesurer, c’est la part de leur travail qui est “mécanisable”, celle pour laquelle ils se trouvent en concurrence directe avec les machines. Ils se sont crus longtemps à l’abris, car si l’informatisation des rédactions des journaux dans les années 1980 et 1990 fut très couteuse en emplois, ce n’étaient pas des emplois de journalistes qui furent avalés par les ordinateurs. C’était les ateliers pré-presse et les imprimeries qui furent touchées massivement

Une illustration personnelle, que je trouve parlante. Quand j’ai commencé à travailler pour ce quotidien régional, à la fin des années 80, il comptait 600 employés répartis comme suit : 100 journalistes, 50 personnels administratifs et 450 ouvriers du Livre. Quand je l’ai quitté, une quinzaine d’années plus tard, il ne comptait plus que 300 employés : toujours 100 journalistes et 50 administratifs, mais il ne restait plus que 150 ouvriers du Livre ! Tous les autres avaient été remplacés par des machines.

Les journalistes se sont crus épargnés, parce qu’ils se croyaient indispensables et qu’ils ne croyaient pas que la mécanisation informatique des fonctions intellectuelles ferait de tels progrès en aussi peu de temps. Ils se sont trompés. C’est bientôt leur tour.

Les verra-t-on bientôt dans les rues briser symboliquement leurs claviers d’ordinateurs sur le trottoir, imitant le geste du néo-luddite Kirkpatrick Sale ? Ou bien, moins symboliquement, suivront-ils l’exemple des ouvriers typographes parisiens qui se soulevèrent en juillet 1830, 700 d’entre eux détruisant entièrement les presses à imprimer mécaniques installées depuis peu à l’imprimerie royale ([François Jarrige, “Face au monstre mécanique, une histoire des résistances à la technique”, 2009. Ed. imho.)] ? B-)

Valeur-ajoutée…

Bien entendu, comme déjà relevé plus haut, toutes ces technologies ne remplaceront pas les prix Pullitzer avant longtemps. Mais d’ici-là, combien de journalistes vont-elles remplacer ? Après cette “euthanasie de la classe moyenne des journalistes”, selon Bernard Poulet (ces rédacteurs en chef et chef d’édition, dont le travail de sélection et de hiérarchie de l’info est déjà largement pris en charge par des algorithmes), c’est le génocide de la classe ouvrière de l’information qui se profile ! Combien en restera-t-il après cette hécatombe ? Et surtout lesquels ?

La réponse me semble claire : n’ont d’avenir parmi les journalistes que ceux qui sont capables d’apporter à leur production une valeur-ajoutée qui n’est pas mécanisable. C’est l’enquête au long cour (la vraie enquête, en profondeur, celle que n’importe qui n’est pas capable de faire), le reportage de terrain (mais là où les gens ne peuvent pas facilement aller), c’est l’analyse (mais l’analyse pertinente d’un véritable spécialiste disposant d’une réelle capacité de synthèse et de vulgarisation), c’est l’information exclusive (que l’on obtient de son carnet d’adresse patiemment construit), et enfin c’est le style (celui d’une écriture de véritable auteur, qui sait formuler des images frappantes, faire passer des émotions, tenir en haleine son lecteur. Bref le style de quelqu’un qui sait raconter des histoires).

On en parle dans le prochain épisode (à venir).

12 Comments

  1. L’automatisation du traitement, c’est comme la mécanisation de la production : en passant à l’ère industrielle, on fera des conneries à l’échelle industrielle, par tache d’huile. Typiquement, les buzz et faux scoops pourront être relayés plus facilement.

    Un autre risque est celui-ci plus mathématique. Je ne sais sans doute pas bien l’expliquer mais visuellement c’est assez simple. Beaucoup de “prévisionnistes” font des projections à partir d’éléments récurrents (comparaison avec les données saisonnières archivées) ou bien en prolongeant une courbe de tendance. Autant dire que c’est du “doigt mouillé”, car on occulte ainsi tout événement exceptionnel ou facteur extérieur perturbant.

    Je me demande bien qui osera s’appuyer sur un système automatisé pour traiter de l’information standardisée.

    Dernier point, l’article du monde explique comment la machine peut concocter des phrases à partir d’expressions toutes faites. Si ça c’est pas de la malinfo provoquant nausée et infobésité, je ne vois pas ce que c’est. Du pré-mâché, prêt à régurgiter (pour rester poli). Et dans la foulée, @alertecliche, car c’est appauvrir la langue et jouer sur des stéréotypes qui font tout sauf relater quelque chose. Les commentaires sportifs de ce point de vue sont souvent des chef-d’œuvres de standardisation indigeste.

  2. Je prends rarement le temps de laisser des commentaires sur votre blog mais cette très intéressante série est vraiment pertinente. Elle met des mots sur un ressenti personnel et c’est toujours agréable de lire ce qu’on aurait aimé dire.

    Quelques remarques, certes un peu décousues.

    Sur l’industrialisation du journalisme. Il me parait évident qu’à l’avenir, ce seront des micro-médias “artisanaux” qui tireront leur épingle du jeu, des équipes à taille humaine. Quelque part entre le journaliste solitaire (qui s’essoufflera un jour ou l’autre) et l’usine à gaz et à contenu (sans identité). L’avenir, à mon avis, sera aux projets éditoriaux portés par une poignée de journalistes. Je pense d’ailleurs que les lecteurs-internautes ont d’ailleurs ce besoin d’identifier ceux qu’ils lisent.

    Sur la nécessité d’un journalisme à haute valeur ajoutée. C’est tellement évident ! Cela nécessite évidemment d’abandonner ce vieux réflexe des rédactions de vouloir tout couvrir à tout prix. La formation par les écoles de journalisme d’un modèle de “journaliste généraliste” est à mon avis très peu porteuse d’avenir. On peut voir facilement quelle « valeur ajoutée » peut apporter un journalisme spécialisé comme celui pratiqué par Jean Quatremer (Coulisses de Bruxelles) ou Elsa Fayner (Voila le travail).

    Sur cette sacralisation du journalisme d’auteur (ou plus radicalement gonzo) comme LA solution à la crise de la presse. J’entends souvent dire “Ah, le succès de XXI, c’est la preuve que les lecteurs en demandent”. Moi, je trouve que cette “jurisprudence XXI” est trompeuse. Parce que XXI est et restera un marché de niche. Parce que tous les lecteurs n’ont pas envie de lire des papiers 30 feuillets. Et surtout, il faut être honnête, parce que tous les journalistes ne sont pas capables d’écrire ce genre de sujet (même si tous les reportages de XXI ne sont pas bons, loin de là).

    Il y a sans doute d’autres voies éditoriales à explorer et il faut savoir aussi regarder du côté des réussites de “l’ancien modèle”. Sans trop de subventions (à part les tarifs postaux), la presse spécialisée de qualité ne se porte, ma foi, pas trop mal. Et la presse magazine généraliste possède des titres de grande valeur informative (je pense par exemple à Ca m’intéresse, Géo ou la presse pour enfants).

    Bon, je me rends compte que ce commentaire est un peu décousu. En tout cas, hâte de lire la troisième partie de cette trilogie.

  3. Cher Narvic Ravi de voir ce débat rebondir ici et merci pour le lien vers mon blog… Nous avons effectivement une vision assez proche et raisonnablement critique de l’impact de la crise morale, professionnelle, éditoriale et déontologique à l’oeuvre sur le journalisme et la sphère de l’information Une toute petite précision cependant : quand je dis que « l’époque n’est pas porteuse pour le journalisme de récit », c’est un constat factuel : dans les médias traditionnels où est-il ce journalisme de récit, d’aventure et d’expérimentation en dehors de « XXI » et parfois de « Télérama » (et « Libé » ou « Le Monde » quand ils veulent) ? Un peu sur le Web et dans la blogosphère. Certes ce contre-journalisme n’occupe pas plus de place qu’il n’en avait dans les années 60-70, mais précisément l’époque était ouverte à la contre-culture, bien plus porteuse qu’aujourd’hui où la logique comptable et normative laminent toute velléité créative porteuse de « nouveau journalisme »… C’est un constat…mais pas une fatalité. J’écris aussi « changeons l’époque » : en expérimentant et en débattant ici et ailleurs, en reprenant notre métier en mains individuellement et j’espère un jour collectivement. A cet égard, la fin du vieux du monde de l’imprimé à laquelle nous assistons (avec de moins en moins de nostalgie en ce qui me concerne) est une opportunité sans précédent de reprendre la main…à condition certes de pouvoir vivre demain de notre clavier. C’est tout le problème qui se pose à tous ceux – journalistes, blogueurs, intellectuels – qui sont aujourd’hui aux avant-postes du front numérique. Trop chers, trop vieux, trop jeunes, trop libres ou trop rebelles pour être embrigadés dans la production tayloriste et de l’info standardisée…On comprend mieux pourquoi les grands groupes de presse et les géants de l’internet américains encouragent aujourd’hui les recherches sur le robot-journalisme… Le journal sans journaliste qui produirait de l’info-produit déclinable sur tous les supports ? Ce n’est plus de la science-fiction. Cela nous guette. J’ai été aussi stupéfait que toi par l’absence de réaction des confrères sur le sujet… Perso j’avais écris un billet sur le sujet bien avant l’enquête du Monde (cela dit je n’ai pas la même audience 😉 Alors puisque l’époque n’est pas porteuse, changeons l’époque ! (on peut toujours rêver) JCF

  4. Il me semble que Bernard Stiegler généralise et théorise votre réflexion, notamment à partir de 2 concepts : prolétarisation et pharmakon.

    La prolétarisation pour Stiegler ça n’est pas la baisse des revenus, c’est la perte de savoir faire : le passage de l’artisan journaliste à l’ouvrier journaliste. (je résume grossièrement…)

    Le pharmakon c’est à la fois un poison et un remède. Comme l’informatique qui à la fois favorise l’industrialisation de la presse ce qui détruit des emplois ; mais aussi permet à un blog tel que Növövision d’exister.

    Les conférences de Stiegler et de ses amis sont en video sur YouTube. Il faut un peu s’accrocher quand on est pas familier de son vocabulaire, mais ça vaut le coup !

    Le temps de la déprolétarisation 1
    http://www.youtube.com/watch?v=b1qGyJHq9iU

  5. Je me rappelle d’un dossier réalisé par Le Point avec Edwy Plenel qui disait “Non le journalisme n’est pas mort, et ne va pas mourir, c’est la presse qui va mourir”… Du moins la presse écrite. Il faut passer à autre chose. Le faire dès maintenant …. Vite et bien ! Il faut apprendre de 0 et ne pas manier le web comme on manie la presse écrite ! ce n’est pas la même chose (d’où l’echec des journaux payant en ligne).

    J’adore les jeux de casino de ce site génial de casino en ligne et les meilleurs jeux sont les machines à sous à taux de redistribution progressif.
  6. Entièrement d’accord sur le fond… Mais en même temps, force est de constater que la classe ouvrière du journalisme n’a jamais été aussi nombreuse : la précarité est devenue le lot commun de beaucoup. Dans cette reconfiguration de la profession en cours, je ne suis pas très inquiet pour ceux qui apporteront de la valeur ajoutée : ils sont rares, et ils vont continuer à être précieux.

    Pourtant, pour beaucoup d’entre eux ce n’est pas aussi simple. Entre une information de qualité et une information qui n’est pas de qualité, les gens ont tendance à préférer la seconde. La valeur ajoutée de l’information n’est pas nécessairement ce que recherchent les gens comme les moteurs. Je n’ai pas l’impression que la mal-info, cette information mécanisable, diminue. Elle augmente. Elle explose. L’information mécanique est partout (copié-collés de communiqués de presse, info-bidon, info-people, communication…). Elle marche très bien. Elle vend. Et c’est plutôt l’information avec valeur-ajoutée qui a du mal. Cette information mécanisée, automatisée, qui se prépare risque surtout de continuer à la renforcer… Les phénomènes agrégatifs ou de recommandation qu’on constate sur l’internet ne font pas que valoriser la qualité, ils génèrent aussi des recommandations moyennes, pointent souvent vers des informations faciles, moyennes plutôt qu’elles ne trouvent les chemins de traverses, les pépites. La qualité n’est pas acquise. Au contraire, la massification du web que tu évoques risque encore plus de renforcer cela.

  7. Me souviens d’une conf’ de presse, courant 2002, que je couvrais pour le CXP, à l’invite d’un éditeur informatique, d’une solution dite de “XML”. Une des technologies qui a permis la naissance des CMS modernes et la gestions de mots clés par exemple.
    Je me souviens que dans l’assistance (nourrie de quelques huiles), un patron de presse (d’un groupe de turf) avait comme eu la révélation en écoutant les experts de cet éditeur. Ses questions montraient qu’il comprenait qu’il pourrait disposer dans quelques années, d’une technologie proche du journaliste-robot, ou en tout cas du contenu généré automatiquement. Cela ne le choquait point, il semblait au contraire gourmand de détails!
    J’en reviens à mon paradigme favori : la presse, une industrie comme les autres. D’autres secteurs ont connu cette obsolescence de leur action, dès que l’informatisation et la robotique ont pu prendre l’ascendant. Il n’y a pas de raison que le journalisme y réchappe. Quitte à redéfinir, pour ceux qui resteront, de nouvelles formes de missions.
    Kamel Ouali faisait danser les robots dernièrement je crois, pour le Futuroscope… Le journaliste va t-il faire danser les robots rédacteurs pour lui, sur des open spaces, pardon, des open chaînes de production éditoriale? Brrr…

    Hors presse, la robotique est un sujet qui m’intéresse beaucoup (cf : mon dada pour le fantastique). Je vous linke une note écrite pour les blogs de Liberation.fr, sur ce sujet : “L’homme qui donnait à manger aux robots“.

  8. International Media Project in Siberia
    September, 22nd-25th
    Novosibirsk, Russia

    The International Media Project will take place on September 22 -25, 2010, in Novosibirsk (Russia). Within the framework of the project it has been planned to hold discussions, round tables, working groups with journalists, IT specialists, and bloggers from Europe, the USA, Japan, China and Russia on the following topics:

    – “Civil journalism and blogs”
    – “Cooperation of government institutions with journalists and bloggers”
    – “Cooperation of large corporations with journalists and bloggers”

    The participants of the International Media Project will have opportunities to get acquainted with the largest Siberian megapolis, to come into contact with Russian colleagues, take part in the events of the Second International Youth Innovation Forum “Interra 2010”. Special meetings with the experts of the international level as well as with the Russian Government representatives and heads of the regions will be organized for concerned journalists.

    This information trip is of the greatest interest for those journalists and bloggers who write about Russia, and also for those who deal with the problems of innovative technologies, regional development and modern culture.

    To take part in the project you are to send the application form by June, 1st, 2010 to
    [email protected].

    More information you can find on the site http://www.interra-forum.com or contact the Press Center of the Forum Interra: +7 (383) 20 20 733, Anna Dinelt. Skype: anna.dienelt

  9. Pour moi, il ne semble tout simplement pas possible de remplacer les journalistes par des robots! Comment diable un robot pourrait-il remporter le prix Pulitzer?
    US Iran conflict

  10. @ Annabella

    Comment diable un robot pourrait-il remporter le prix Pulitzer ?

    Peut-être de la même manière que le computer fut élu “Homme de l’année” par le Time Magazine en 1982 ? 🙂

  11. La beauté du journalisme aujourd’hui est que, si iln’est pas toujours 100% correct ou non biaisée, il est unique car provient du cerveau des écrivains. Comment les robots peuvent-ils distinguer leurs propres pensées dans une histoire qui est clair et factuelle, sans ressembler à un rapport de données compilées.
    Jessica Watson sailing

  12. Méfiez-vous des robots. Si nous leur donnons trop de pouvoir et de capacités ou de trop nombreux, ils vont détruire le monde. N’est-ce pas ce qui arrive toujours dans les films?
    french poker protests

Comments are closed.