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Les infiltrés : pour ou contre ?

Je n’ai pas vu le nouveau magazine d’enquête de David Pujadas sur France2, “Les infiltrés”, basé sur l’utilisation systématique de la caméra cachée. Le premier numéro consacré à la maltraitance des personnes âgées dans les maisons de retraite était diffusé hier soir. Et puisque je ne l’ai pas vu (je n’allume la télé que pour me gaver de distrayants feuilletons américains et d’instructifs documentaires animaliers :o) ), je n’ai donc pas d’avis à donner…

Mais je vais en parler quand même, en usant du subterfuge bien pratique de faire parler les autres à ma place…

Je ne m’attarde pas sur Jean-Michel Apathie qui lançait déjà une croisade contre cette émission sans l’avoir vue. Je m’arrête en revanche sur l’avis de deux autres journalistes qui ont prudemment attendu la diffusion pour s’exprimer. Ils soulèvent tous les deux la question déontologique, mais tirent des conclusions radicalement différentes : Alain Giraudo est farouchement contre une méthode déloyale et juge qu’au final on apprend rien, Aliocha est furieusement pour car elle a découvert des choses et dénonce des “tartufferies déontologiques”

– Alain Giraudo (chienecrase(point)com) : “Petits meutres (des règles déontologiques) en famille”

– Aliocha (La Plume d’Aliocha) : “Silence les Tartuffes !”

Curieusement, les deux recommandent la lecture du même article de Rue89 sur le sujet, que l’un trouve, en comparaisons de ses propres positions, “modéré”, et l’autre “gentil”. Ce doit être une façon de dire que l’avis des journalistes de Rue89 se trouve… quelque part entre les deux…

– David Servenay et Pascal Riché (Rue89) : “TV : “Les Infiltrés”, un mode d’enquête en terrain glissant”

Et si après ça on n’a pas fait un premier tour de la question, c’est à désespérer de l’intérêt du journalisme de liens

Interrogation personnelle : est-il possible de placer l’expression “journalisme de liens” dans tous les billets de ce blog ? Sur Eolas, je n’ai pas réussi… B-) )

Et vous, vous l’avez vue cette émission ? Vous en pensez quoi ?

[Ben oui. Quand j’ai dit que je faisais parler les autres à ma place, ça compte pour vous aussi ! Des liens + des commentaires, le tout sur un blog, c’est ça le nouveau journalisme. 🙂 ]

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Mise à jour (vendredi) :

Maintenant que Jean-Michel Apathie a vu cette émission, on va s’intéresser à son point de vue, qui ne manque pas d’intérêt :

– Jean-Michel Apathie : [““Les Infiltrés”, épilogue 24/10”.

Il revient sur la garantie d’anonymat, qui n’aura tenu que quelques heures. Surtout, il pointe le gouffre de réel travail journalistique qui fait défaut dans ce travail : pourquoi cette maison de retraite-là a-t-elle était choisie, plutôt qu’une autre ? La situation y est-elle représentative des autres ou bien exceptionnelle ? Pourquoi cette maison de retraite fonctionne-t-elle mal ? …

(noir)La caméra cachée, elle, n’a pas posé de questions, n’a procédé à aucune confrontation. Elle a enregistré, c’est tout, sans questionner, comme si les faits se suffisaient à eux mêmes. Mais le journalisme, justement, ne prend son sens que dans la mise en perspective, la confrontation, la comparaison.

(/noir)

6 Comments

  1. Encore moi ! Je viens m’essayer au journalisme de commentaires® 😉

    J’ai vu l’émission et même que c’est Jean Michel Aphatie qui m’a donné envie de la regarder, si, si !

    Je n’ai pas d’avis tranché sur le sujet. Mais en tant que simple spectateur, je suis bien plus touché par ce que nous a montré le reportage que par les questions déontologiques liées au journalisme. D’ailleurs, ce n’est pas le premier reportage que je vois sur des maisons de retraite sous l’angle de la caméra cachée, à croire qu’il est difficile de sensibiliser les gens d’une autre manière, sur ce sujet en particulier. S’il faut passer par cet méthode spectaculaire pour sensibiliser le plus de monde possible à un problème grave, pourquoi pas (oui ok, ça fait aussi peut être plus d’audience… mais les médias sont ainsi).

    À noter qu’après le reportage proprement dit, il y a eu un long débat ou il était notamment mis en évidence que le problème des (certaines plus que d’autres) maisons de retraite vient avant tout d’un manque de personnel et de moyen et que ce n’est pas simplement un problème d’humanité ou de formation. Sans ce débat, le reportage aurait sans doute perdu de sa valeur, mais encore fallait-il garder son téléviseur allumé jusqu’à très tard… Puisqu’il était enregistré, une rapide synthèse du débat diffusée avant le reportage n’aurait peut être pas été superflue.

  2. Perso j’ai vu le reportage et je trouve la méthode un peu déloyale, car on peut arriver au même résultat sans se cacher. Ce sera juste moins sensationnel, et moins percutant.

    Mais d’un autre côté, après ça Valérie Letard était sous pression : elle est bien obligée d’admettr ela réalité brute de ce qui constitue un énorme scandale…

    Donc je m’interroge, je n’arrive pas à trancher. Je me dis juste que ce genre de méthode ne va pas contribuer à augmenter la confiance des gens dans les journalistes et les médias… Ce pourra être l’effet boomerang…

  3. Le journalisme qui se cache, c’est une nécessité de longue date pour qui veut enquêter dans les dictatures, sur la grande délinquance et les mafias… Je ne vois pas ce que ça a de choquant sur des sujets plus “quotidiens” comme ceux que veut traiter cette émission.

    En caricaturant un peu, si on nous donne le choix entre “Les infiltrés” et les journalistes “embedded” auprès de l’armée US en Irak, je préfère encore les infiltrés…

  4. à 100% Pour!! lorsqu’il s’agit de sujets sensibles comme celui ci.

    Et contrairement àa ce que dit Le chafouin, si l’établissement avait été prévenu de l’arrivée de journalistes, nous n’aurions pas vu une telle horreur.

    J’en ai fait une note sur mon blog…elle ne plait pas à tout le monde, mais j’assume

    Je t’indique le lien:

  5. j’ai voulu voir l’émission sur les infiltrés en maison de retraite. très bien, enfin quelqu’un qui montre mais le problème n’est pas là, le gouvernement ferme les yeux, les DDASS sont au courant et ne veule rien faire. je ne critique pas le personnel qui fait se qui peut avec les tous petits moyens qu’il a et “pète” un cable en voyant le travail monumental qu’il y a à faire. il faudrait mettre les médias pour faire bouger, c’est malheureux mais il faut admettre la réalité en face de chacun et les politiques ne bougent pas pourtant nos maisons de retraite deviennent des hôpitaux et non des lieux de vie. dans nos maisons de retraite, ils mettent du personnel en plus dans les bureaux avec des cadres qui encadrent quoi voilà le problème et moi je parle d’établissement public. je connais le problème. j’en ai marre de terminer les toilettes au delà de midi, de nous mettre sous pression constatemment, de promettre des postes d’aide soignant alors qu’il en a dans l’établissement qui sont payés en tant qu’agent hospitalier qualifié. y en a marre de ne pas considérer les personnes âgées comme des personnes qui ont besoin de soins de qualité.
    le seul responsable, les politiques.
    si on regarde le problème dans un autre sens, c’est ce que je fais depuis le début,
    comment aimerions nous avoir comme vie quand nous serons des aînés dans quelques années ou comment aimerions nous traiter nos propres parents ou nos grands parents?????
    si on réfléchit à cela, on devrait avoir honte.
    une soignante qui en a marre, qui essaie de faire bouger, qui ne peut dire son nom à cause des représailles, et cela existe dans nos établissements.

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