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Les charmes de la page 123

Au fond, j’aime bien les chaînes de blogueurs. 🙂

Celle qui court aujourd’hui en plein été est devenue si libre que tout le monde change les règles et les adapte à son goût, lance à tout va des “tags” libres, permettant à chacun de reprendre la chaîne au vol sans même avoir été désigné. J’en profite donc pour m’y glisser, l’air de rien. B-)

Le principe est joliment absurde : ouvrir le livre le plus proche qu’on a sous la main à la page 123, et citer les cinq lignes suivant la cinquième ligne de la page.

L’exercice m’a amusé, et j’ai passé un bon moment, très distrayant, dans ma bibliothèque à lire des dizaines de pages 123 dans tous mes livres préférés.

J’en ai trouvé de fameuses ! On ne s’est jamais assez penché sur la page 123.

Mais finalement choisir, c’était tricher. Revenu à mon clavier, j’ai donc pris le premier livre qui se trouve réellement sous ma main. Ça donne :

bidon, n. m. 1. Récipient portatif pour les liquides et que l’on peut fermer avec un bouchon ou un couvercle. Un bidon de lait. Un bidon d’essence. -> jerrycan. 2. Fam. Ventre. -> fam. bedaine.

Les cinq lignes précédentes concernaient “bidet”, et les cinq suivantes “bidon”, dans le sens de faux, simulé.

Le livre en question est mon dictionnaire. 🙂

Vous avez échappé au Bescherelle de poche, ce qui eût donné :

Que nous déchoyions

que vous déchoyiez

qu’ils déchoient

imparfait

que je déchusse

J’avais aussi retenu deux autres livres :

“L’espèce humaine, en visant l’immortalité virtuelle (technique), en s’assurant une perpétuité exclusive par projection dans les artefacts, est justement en train de perdre son immunité propre, sa spécificité, elle s’immortalise en tant qu’espèce inhumaine, elle abolit en elle la mortalité du vivant au profit de l’immortalité du mort.”

Jean Baudrillard, L’illusion de la fin, galilée, 1992.

“…foreur, haletant, d’une main posée sur le ventre bombé du putain attirant à lui Wazzag, appuie la paume de son autre main, l’extrémité des doigts touchant la commissure encroûtée des lèvres du garçon ; la main du foreur palpe la bouche de Wazzag ; son…”

Ce dernier passage se prêtant assez bien à l’exercice de l’extrait puisque le livre dont il est tiré est formé d’une seule et unique phrase, qui s’achève par un point final au bout de… 255 pages d’une seule traite et d’un souffle haletant.

Pierre Guyotat, éden, éden, éden, Gallimard, 1970.

Il s’agit de la dernière oeuvre notable de littérature frappée en France, par arrêté du ministre de l’Intérieur, d’une triple interdiction: affichage, publicité, mineurs. Mais nous ne sommes plus en 1970… (lire à ce sujet : Pierre Guyotat, Littérature interdite, Gallimard, 1972.) (ça, c’était une référence à la censure, la vraie, la dernière fois qu’on l’a connue vraiment en France, par arrêté du ministre de l’Intérieur, pour une oeuvre de littérature…)
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Tag libre à qui trouvera une page 123 jolie, intéressante, amusante ou originale…