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Les blogueurs sont déjà des journalistes, et ils ne le savaient même pas

Quoi qu’il en pensent et quoi qu’ils en disent, des blogueurs tels que Nicolas Vanbremeersch (Versac), Laurent Gloaguen (Embruns), Guy Birenbaum (sur lepost) ou Eric Dupin (Presse-Citron) et bien d’autres, font bel et bien depuis longtemps sur leurs blogs… du journalisme.

Ne leur en déplaise, ils sont déjà des journalistes. A mesure que leur activité se professionnalisera, s’ils choisissent cette option (c’est déjà le cas pour Eric Dupin), ils sont même appelés à devenir “naturellement” des “journalistes professionnels” comme les autres. C’est la logique-même de la constitution et du développement “historique” du “journalisme professionnel” qui pousse à leur intégration tôt ou tard.

Quoi qu’en disent eux-aussi les “journalistes professionnels” aujourd’hui, et quel que soit leur discours actuel sur les blogs, leur profession a toujours “historiquement” fonctionné depuis son origine de la même manière : en se refusant perpétuellement à toute définition claire et précise de ce qu’était réellement son métier, et en finissant par accepter en son sein tous ceux qui frappaient assez fort à la porte !L’interprétation que j’ai pu donner (avec quelques autres…) de la querelle Embruns/Versac/Koz/Aphatie/Birenbaum de ces derniers jours comme une querelle de “légitimité” entre journalistes et blogueurs (j’emprunte à Jules, de Diner’s Room son excellente formule, et cf. mon billet : “le Pape, les aristos et les sans-culottes du net”) a suscité chez certains des réactions confuses sur lesquelles je reviens aujourd’hui.

Pour me faire mieux comprendre, j’ai préféré faire un détour préalable par l’histoire et la sociologie du journalisme, en rédigeant la note de lecture du livre remarquable de Denis Ruellan, “Le journalisme, ou Le professionnalisme du flou”, qui traînait sur ma liste des billets prioritaires depuis quelques semaines déjà…

La confusion, pour tout dire, est assez générale aujourd’hui dans l’esprit de chacun sur ce qu’est le journalisme, sur ce que c’est que de “faire du journalisme”, et, chose à distinguer avec vigueur et néteté, ce que c’est que d’“être un journaliste professionnel”, ce qui est en effet un peu différent.

Les blogueurs, dans l’antichambre du journalisme

Le fond de mon propos est bien d’affirmer que les blogueurs sont bel et bien dans l’antichambre du journalisme, qu’un certain nombre d’entre eux sont même déjà en plein dedans, que leur intégration à la profession de journaliste est en marche, qu’elle finira par aboutir tôt ou tard, même s’il y a des acrochages passagers, car rien ne s’y oppose fondamentalement, et c’est même la “logique historique” de développement du “journalisme professionnel” qui y pousse tout à fait naturellement.

La confusion est apparue nettement sous la plume de Versac, comme dans le propos de Guy Birenbaum, ce qui me permet opportunément de les renvoyer dos à dos sur ce coup, et d’éviter (je l’espère) de relancer la polémique.

Versac réagit à mon billet où j’estime que Laurent Gloaguen, sur son blog Embruns, fait un excellent journalisme, un genre particulier il est vrai, le journalisme gonzo. La réaction de Nicolas (Versac) est symptomatique :

Versac :

“Je dirais non. Le gonzo journaliste est journaliste. Il en fait un métier. Il rend compte de faits, mais de manière subjective. Le gonzo est un procédé narratif. Laurent est blogueur, pleinement blogueur. Il ne blogue pas pour gagner sa vie. Son blog n’est pas un procédé narratif visant à raconter des faits. Son blog est un espace de réaction personnelle à une actualité.”

Elle est d’autant plus symptomatique que Guy Birenbaum aura la-même, exactement, en commentaire d’un de mes propos sur Embruns, lorsque j’avance, en substance, que le traitement que Guy Birenbaum a fait sur son blog de la vidéo Off de France 3 révélée par Rue 89 relève d’un moins bon journalisme
(à mes yeux) que celui qu’a effectué Laurent Gloaguen sur le sien sur le même sujet :

Guy Birenbaum :

“Pour la centième fois, je ne fais pas de “journalisme”, ni gonzo, ni bozzo le clown, narvic !
Et je me fous totalement de savoir qui a été le meilleur et le plus beau dans le traitement d’un fait.
J’écris ce que je pense. Je le dis aussi.”

Tellement de journalistes qui s’ignorent

N’en déplaise à Versac, Birenbaum, Embruns et les autres, et quoiqu’ils en disent eux-mêmes, tout cela est bien du journalisme, pleinement du journalisme, et entièrement du journalisme. Pas exactement cependant du “journalisme professionnel”, mais l’intoxication idéologique entreprise par cette profession depuis la fin du XIX° siècle, en s’arrogeant l’exclusivité de cette activité pour bâtir son propre espace professionnel au détriment des autres, a fini par occulter totalement le fait que le journalisme est avant tout une activité, bien avant d’être une profession.

La professionnalisation de cette activité est récente ( engagée depuis la fin du XIX° s., acquise en 1935), c’est à dire sans rapport d’ancienneté avec des professions comme celles d’avocat ou de médecin (au passage Eolas sait lui-aussi faire de l’excellent journalisme, quand bien même il est avocat de profession !). C’est le propre, nous enseigne la sociologie des professions, de tous les processus de professionnalisation, de s’efforcer d’établir une frontière entre ceux qui relèvent de la profession et ceux qui en sont exclus, en opérant une définition précise des activités qui relèvent d’elle et de celles qui n’en relèvent pas : les tribunaux n’ont ainsi pas trop difficultés généralement à établir si “l’exercice illégal de la médecine” est constitué… Or en matière de publication, il n’y a pas d’exercice illégal du journalisme !

Il n’y a pas d’AOC de journaliste

Il n’y a pas, et il n’y a jamais eu dans ce pays, aucune Appellation d’Origine Contrôlée (AOC) de journaliste. Cette activité est libre. Est journaliste celui qui souhaite l’être. Et personne ne dispose d’aucune autorité pour lui contester cette appellation.

Une loi française en revanche (datant de 1935) édicte un statut du “journaliste professionnel” (il s’agit d’ailleurs d’une des rares professions à voir son statut défini par la loi). Mais la définition qui en est donnée n’a pas de sens, elle est (en termes philosophiques) tautologique : est “journaliste professionnel” celui qui est employé par “une entreprise de presse” comme… “journaliste professionnel” (et encore, le temps et la jurisprudence ont même fini par largement diluer cette définition initiale. Voir plus loin l’article de Denis Ruellan sur l’évolution des conditions d’attribution de la carte de presse). D’ailleurs, juridiquement – et fiscalement-, les seuls documents qui importent pour savoir si vous êtes, ou pas, un “journaliste professionnel”, ce sont vos bulletins de paye et votre fiche d’imposition.

Ce statut ne concerne que les journalistes dont cette activité professionnelle est l’activité principale, leur procurant plus de 50% de leur revenu total (d’où la justification exigée par le feuille d’imposition). Tous les autres journalistes ne sont pas des “journalistes professionnels”, ils n’en sont pas moins journalistes pour autant.

La carte de presse est un mythe

Malgré sa haute valeur symbolique, la “mythique” carte de presse n’a guère d’autre signification que le prestige social qui lui est attaché, et quelques conséquences matérielles appréciables pour ne pas payer son entrée dans les musées et sa place au théâtre (et encore !). Lire à ce sujet l’étude fort claire de Denis Ruellan qui combat bien des idées reçues : “L’invention de la carte de presse”.

Le journalisme n’est en rien, non plus, fondé sur une déontologie. Les juristes le soulignent abondamment, avec constance, mais ce message-là a du mal également à passer dans l’opinion : “L’introuvable déontologie des journalistes”.

Pas plus que le journalisme n’est fondé sur une compétence particulière, sur une “technicité” réelle, malgré la prétention à cela de l’idéologie des “journalistes professionnels”, qui se révèle à l’étude critique un simple discours d’auto-promotion professionnel, sans bases réelles, comme le démontre Denis Ruellan.

La prétention à l’objectivité, revendiquée par certains “journalistes professionnels” est tout aussi idéologique que le reste : rien dans la pratique réelle de ce métier, avec ce qu’il révèle de subjectivité, d’appréciation personnelle et de bricolage individuel, ne permet de justifier comment, au bout du compte, on parviendrait, à fabriquer “de l’objectif” en appliquant des méthodes subjectives.

Selon Denis Ruellan (et ma propre expérience va totalement à l’appui de sa thèse), la réalité de l’activité professionnelle du journalisme ne peut guère prétendre à plus que “sa capacité à produire rapidement un discours attractif, éphémère et imprécis par nécessité, sur ce qui a été, avec les moyens qu’il juge utiles et des procédures que lui seul apprécie”. Avouez que c’est… “flou”.

Tous journalistes, si nous le voulons…

En définitive, le journalisme n’est rien d’autre qu’une activité, liée à la publication, qui s’attache à l’actualité (et encore ce lien obligatoire avec “l’actualité” est même incertain, au regard de la jurisprudence concernant les “journalistes professionnels” eux-mêmes. cf. Denis Ruellan, op. cit.).

Il faut croire à l’efficacité du discours d’auto-promotion des “journalistes professionnels” pour que leur thèse ait fini, à ce point, par s’imposer dans les esprits. Internet fait aujourd’hui voler tout cela en éclats et impose une re-définition du journalisme, qui pourrait bien être en réalité la première définition que cette activité ait réellement connu… En attendant, la bonne nouvelle, c’est que nous sommes tous des journalistes, si nous le voulons… et que nous l’avons toujours été, même sans le savoir…

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24 Comments

  1. Narvic, vous publiez beaucoup et vous publiez trop. Beaucoup trop de très bons articles.

    J’ai à peine le temps d’en lire un, de survoler ses références et de commencer à y réfléchir, que vous en rajoutez une couche.

    Pitié ! Vous êtes très inspiré en ce moment et vous semblez avoir du temps pour coucher vos idées sur clavier. Je suis content pour vous. Mais pensez à ceux qui lisent vos 3 derniers billets et qui en loupent leurs rendez-vous…

    Merci 😀

  2. @ Marc Vasseur

    La revendication à porter un regard objectif sur la réalité est une prétention finalement assez récente de la part des journalistes professionnels (auparavant, ils ne s’en souciaient pas tant que ça).

    Ce n’est qu’un élément de ce discours idéologique professionnel (la fameuse “compétence” basée sur une “technique”, cf. Denis Ruellan) et il est sans fondement : en quoi et comment pourraient-ils avoir un regard objectif, quand l’observation de ce qu’est réellement leur pratique du journalisme montre la part énorme de subjectivité qui entre en jeu et le côté totalement personnel des “recettes de cuisines” employées par chacun dans sa propre approche du métier ?

    Donc soyez rassuré, vous n’êtes pas objectif, et les journalistes professionnels non plus 😉

  3. Merci beaucoup pour cette mise au point très nécessaire !

    Il faut dire que le corporatisme toujours aussi vivace en France, allié à une passion toute particulière pour les statuts et les privilèges, incline les journalistes eux-mêmes à préférer se faire enfermer dans une définition, fût-elle tautologique.

  4. Je ne suis pas d’accord avec toi. Embruns est en effet un des meilleurs bloggers du moment mais à la Gawker, c’est à dire qu’il se nourrit d’articles et d’infos qu’il sélectionne, commente, etc. dans la plus pure tradition du blog (weblog). En revanche, il n’investigue pas, ne fait pas d’enquête et n’apporte pas de faits nouveaux. On ne peut donc pas parler de journalisme.

  5. Narvic, je milite activement (en ouvrant ma grande gueule numérique) pour que ne fonde pas la barrière, certes flou, entre les journalistes et les bloggeurs (qu’elle se lève, oui). Pas seulement, voire surtout pas, pour conserver nos privilèges (quels privilèges ? Rentrer gratuitement dans les musées ou se faire copieusement injurier à longueur d’Internet ?) mais parce qu’il s’agit là de deux exercices différents et qu’il serait dommageable, pour les deux, que leurs différences disparaissent. Les bloggeurs nous ont soufflé dans les bronches (et continuent !) et nous ont conduit à remettre en cause, non la notion même de journalisme, mais sa pratique. En gros, à descendre de notre tour d’ivoire en béton armée et à nous rappeler qu’on écrit pour des lecteurs. Résultat, les journalistes évoluent, à grande vitesse (les exemples que tu cites plus haut sont édifiants et encourageants). N’empêche, le journalisme, même s’il n’existe aucune définition claire de ce boulot (et heureusement: déjà, des diplômes…), c’est, dans le désordre : une éthique (et ouais: l’honnêteté et l’impartialité, sinon l’objectivité), des techniques (vérifier ses sources, les recouper…), une tradition (Albert Londres, Giroud, Cathy Graham, je cite de mémoire), une expérience et un “système” (des papiers relus, un circuit de la copie, des correcteurs, des rédacs chefs…) Alors, évidemment, y’a plein de bugs dans l’OS, et plein de journalistes qui dérapent dans les virages verglacés: on a tous nos ratés et nos moutons noirs. C’est quand même une profession, d’artisans. Blogger, c’est tenir un journal de bord, où on (y compris, on, les journalistes, et moi le premier) s’affranchit d’une partie des règles et de l’histoire ci-dessus pour entrer dans un autre genre d’exercice, plus perso, plus polémique, moins rigoureux aussi, parce que la rigueur, de temps en temps, ça me fatigue. Et j’aimerais pas que cet espace de liberté-là, on me l’enlève. Pour terminer: de même que des journalistes font de très bons bloggeurs, des bloggeurs peuvent faire de très bons journalistes. Encore faut-il qu’ils le décident (faire de Gloaguen un journaliste contre son gré, c’est fort) et qu’ils endossent l’habit, contraintes comprises.

  6. tooptoop< « En revanche, il n’investigue pas, ne fait pas d’enquête et n’apporte pas de faits nouveaux. » C'est une vision restreinte du métier, qui consiste à dire que seul l'apport de faits nouveaux fait le journaliste. Laurent apporte sa vision personnelle des événements, Narvic appelle cela « journaliste gonzo », j'assimilerais ça à un éditorialiste.

  7. Il ne faut pas oublier non plus que la formation “professionnelle” des journalistes (école, sciences-po…) est assez récente et qu’elle a opéré un lissage de la profession avec des gens qui ont pour beaucoup la même formation.

    Mais avant, et cela marche encore dans la presse professionnelle, la plupart des journalistes venaient de la société civile et exerçaient une autre profession en parallèle ou avant. Et c’est finalement aujourd’hui le cas chez certains blogueurs, Maître Eolas est avocat mais réalise des sujets souvent proche du journalisme, et c’est le cas sur de nombreux blogs ou des spécialistes parlent de ce qu’ils connaissent.

    Et c’est finalement peut-être mieux ainsi, plutôt que d’avoir des journalistes avec une supposée formation généraliste type sciences-po, qui sont supposés pouvoir écrire sur tout et n’importe qui, et qui finalement ne maîtrisent vraiment aucun sujet à fond.

    On se met souvent à bloguer pour cette raison, car on a l’impression que ce qu’on lit dans les médias sur un sujet que l’on connaît bien est juste survolé..

    PS : je me joins au nombreuses félicitations sur ce blog et la qualité des billets…Et pour rejoindre mon propos, si celui-ci m’ait devenu indispensable, c’est que je lis là de nombreuses réflexions et analyses que je partage en tant que journaliste web depuis 8 ans, et qu’hélas je ne lis pas ou peu dans la presse et que je retrouve trop rarement dans la bouche des “décideurs” que je rencontre 🙂

  8. Je pense que journaliste et blogueur sont deux activités différentes même si l’écriture les réunit.

    Bloguer c’est donner son avis sur un fait, un vécu, partager sa compréhension du monde qui l’entoure.

    Faire et être journaliste, c’est tout de même cherhcer un peu plus loin que soi, c’est enquêter, rechercher – chose que de rares blogueurs font.

    Et puis, j’ose espérer que les écoles de journalisme ne servent pas rien. Comme toute activité, il y a une technique à maitriser. Certains blogueurs excellent et certains journalistes déclinent. Mais, les lecteurs ne sont pas idiots. S’ils veulent une info, ils ouvriront leur quotidien. S’ils veulent un avis, ils liront un blog. Enfin c’est mon avis sur la question

  9. @ Bob

    Sauf que si personne ne produit plus l’information à la source, qui le fera? En attendant, les dizaines de nouvelles que les bloggers commentent proviennent de sources journalistiques, et je n’ai en tête aucun exemple de blogger français qui a mis au jour des faits, sorti un scoop, etc.

  10. Comme Bob, je ferai un distingo entre éditorialiste et journaliste “de terrain”. Je m’explique : il peut y avoir de très bon journalistes non spécialisés qui ne sortent quasiment pas de leur bureau.
    Les éditorialistes qui se tournent vers le web entrent en concurrence frontale avec les blogueurs (l’effet Wikio). On peut se rappeler aussi les déclarations passées de Pierre Marcelle ou Philippe Val.

    Les conversions peuvent se faire dans l’autre sens. Outre-Atlantique, il y a des journalistes d’opinion qui dès 2002-2003 ont privilégié leur blog perso avant de rebondir.
    Je ne fréquente plus trop la blogo US, mais on peut citer comme exemple Andrew Sullivan et Joshua Marshall (TPM).
    D’ailleurs TPM Café a servi de base d’inspiration pour Rue89. MM Mauriac et Riché pourront confirmer s’ils passent par là.

  11. Finalement tu dis qu’est journaliste celui qui écrit.

    Là où je te rejoins c’est que les barrières entre blogueurs et journalistes s’estompent (le style, les angles de la blogosphère qui déteignent dans certains papiers et puis tout ça aussi)

    Sauf qu’il s’agit d’un process en cours, loin d’être achevé ou même très avancé.

    Au stade où on est aujourd’hui, les différences d’approches et de pratiques entre journalistes et blogueurs sont bien palpables, même si le mot “journalistes” recouvre une très grande diversité et même si le mot “blogueurs” recouvre une encore plus grande diversité.

    Donc l’idée “les blogueurs sont des journalistes qui s’ignorent” me semble un peu théorique… Un peu “so what” en fait si je peux me permettre cette critique tout en me joignant au concert des louanges méritées qui accompagnent ton blog depuis quelques semaines 😉

  12. @ Eric Mettout

    Je crois que ce sont des pans entier du “projet” professionnel des journalistes qui sont à revoir.

    Ce que je vois s’exprimer dans les blogs, les commentaires, les forums témoigne de l’ampleur du discrédit envers les journalistes (avec une part de bouc-émissaire, certes), mais surtout de la défiance qui s’est installée envers l’information issue des professionnels ou des institutions.

    Et là c’est beaucoup plus sérieux. C’est une contestation de fond de toute parole délivrée avec autorité. Et le caractère “professionnel” lui-même est considéré comme une autorité.

    C’est un reflet de ce qu’on voit dans les banlieues où tout ce qui ressemble à l’autorité reçoit des pierres sur la tête, jusqu’aux pompiers, médecins, facteurs ou ambulanciers !

    Cette crise de l’autorité ne touche pas que les banlieues. Elle s’y exprime différemment, c’est tout.

    Pour les journalistes, il n’y a que deux solutions à mon avis :
    – se replier sur les fonctions techniques d’édition de l’UGC et des communiqués institutionnels (en conservant les réseaux de correspondants des agences de presse) : un journalisme technicien, qui n’est pas au première loges. Ça donne des sites “canons à dépêche”.
    – ouvrir toutes grandes les portes de la profession, intégrer à tour de bras les blogueurs dans les rédactions, pendant que les journalistes deviennent eux-mêmes de vrais blogueurs ; intégrer le contenu UGC à tour de bras, en épluchant les commentaires et en les rééditant (pour le moment, seul Rue89 fait un peu ça), en appelant à contribution (c’est 20mn qui va le plus loin dans ce sens pour le moment), etc… Bref tout ce qui peut faire exploser la barrière, justement !

    Quand à Laurent Gloaguen, vu ce qu’il pense des journalistes, ça m’amuse beaucoup de lui dire qu’au fond, il en est un lui-aussi 🙂

  13. @ Bob

    Je ne crois pas à l’objectivité, ni à la neutralité des journalistes. C’est une chimère… 😉

    Pour moi, le gonzo journalisme, c’est pousser cette idée à sa limite, en estimant que dans l’hypersubjectivité revendiquée, on finit par retrouver une vérité des faits qui s’était perdue en chemin dans la prétendue recherche d’objectivité. Pour le connaître, je trouve que ça colle assez à Laurent Gloaguen…

    @ MMDP merci |-)

    @ Fran

    Comme dit MMDP, les formations de journalistes sont récentes et la plupart des professionnels n’en ont pas suivie. Pour ce que j’en vois, leurs formation ne sont pas formidables et pêchent souvent par formatage.

    La seule chose qui ne s’apprend pas sur le tas, dans ce métier, est qui est indispensable, c’est la culture générale.

    @ tooptoop

    Un bonne partie de l’information n’est pas produite “à la source” par les journalistes, qui se contentent de la recueillir. Et de plus en plus d’information est donnée désormais en direct par les sources sur internet (entreprises, services publics et institutions, et.). Le problème, c’est l’information qu’il faut “aller chercher”…

    @ François

    Je crois que les journalistes devraient se rapprocher de la “manière” des blogueurs et pas l’inverse ! La réflexion des journalistes pour retrouver une place d’où ils puissent s’exprimer légitimement (ce qui n’est plus le cas aujourd’hui dans une partie très importante de l’opinion), ça passe par là…

  14. Hop, parce que je ne suis qu’un vil blogueur, je rajoute un lien vers chez moi à propos de ce que j’avais appelé les pré-médias.

    Ceci dit pourquoi tout le monde refuse d’admettre une nouvelle catégorie de producteurs de contenu, les blogueurs ? Journalistes ou pas, on s’en cogne, ce qui est certain c’est qu’ils piquent du temps de lecteur aux médias et que ça perturbe le paysage médiatique.

  15. Narvic, vous me permettrez de trouver votre prévision effrayante ! Encore une fois, les bloggeurs (comme les avocats, les ingénieurs, les concierges, plus peut-être parce qu’ils ont un rapport à l’information, pour certains, plus étroit) peuvent faire d’excellents journalistes… à condition d’en sortir (ça mène à tout, etc.) Un blog est un exercice particulier, pour dire vite un journal de bord, pas un journal. Qui relit un bloggeur, qui vérifie que le nom qu’il cite est le bon, qui recoupe ses sources, quels règles, formelles, codifiées et appliquées par (presque) tous, est-il tenu de suivre? Bref, qu’on ait à apprendre des bloggeurs, c’est une évidence (même si cette évidence est loin d’être entendue par tous dans mon métier). Mais non, désolé, on n’est pas journaliste parce qu’on est bloggeur. Quant à votre conception du journalisme éditeur d’UGC, quand on voit ce qu’il génère aujourd’hui, j’ai bien peur que ça ne résolve pas rapidement la crise de la presse… Une dernière chose: aucun journaliste un peu sérieux ne prétend à l’objectivité. Nous prétendons à l’honnêteté et à l’impartialité, c’est bien différent. Cordialement, Eric

  16. @ Eric Mettout

    “Un blog est un exercice particulier, pour dire vite un journal de bord, pas un journal.”

    Pas vraiment d’accord. De nombreux blogs apportent une réelle information :

    – des blogs qui font des revues de presse, de la veille de l’information: c’est purement une activité de traitement de l’information, ça relève du journalisme.

    – des blogs spécialisés d’experts : qui apportent de l’information à haute valeur ajoutée, qui n’a pas toujours été diffusée auparavant, ou alors dans des cercles restreints, et apportent une analyse souvent d’une grande pertinence, car appuyée une sur réelle compétence (que n’ont pas forcément les journalistes sur ce sujet).

    – des blogs de témoignage (sur sa vie personnelle, son métier, sur des voyages…) : là encore c’est de l’information. Elle est brute, non “filtrée” par des professionnels. Mais les lecteurs sont capables d’extraire l’information eux-mêmes de la source brute, vous savez ?

    – des blogs tribune, qui apportent une analyse de l’information diffusée par ailleurs, parfois plus pertinente que celle des analystes professionnels. En matière d’analyse politique, de nos jours, je suis bien désolé de constater – pour les journalistes -, que les meilleures analyses viennent souvent des blogs. je vois aussi que l’analyse politique qui vient des journalistes est largement rejetée par une part importante des internautes, qui l’abordent désormais avec un soupçon de principe (!) sur son honnêteté.

    Vous avez raison d’être terrifié, Eric. Il y a en effet de quoi. D’une manière générale, Eric, les journalistes me semblent largement sous-estimer l’ampleur du discrédit de leur profession dans l’opinion. Ils connaissent plus ou moins l’état d’esprit de leur propre audience. Mais ils ignorent largement celui de ceux qui ne les lisent/écoutent plus (et qui ne les ont même peut-être jamais lus). Ceux qui ne s’informent plus que sur internet, et dont la proportion est grandissante.

    C’est ce public là qui est l’enjeu de la survie du journalisme. Et pardonnez-moi, mais pour le conquérir, celui-là, les journalistes s’y prennent comme des manches !

    C’est un public très jaloux de sa liberté, sa liberté de choisir ce qu’il lit, de le juger, et de s’exprimer. C’est un public auxquels les journalistes doivent prouver, en repartant depuis le début, et à chaque fois, la légitimité et même le simple intérêt de l’approche qu’ils proposent de l’actualité.

    Ça ne peut se faire que dans le dialogue, un dialogue direct et serré, au plus près, au fin fond des fils de commentaires et dans les tréfonds des forums. Et pour être accepté dans ce monde, il faut entrer dans le buzz, prendre part à la conversation au même niveau que les autres. Bref, il faut se faire internaute, voire blogueur, soi-même aussi.

    Il ne s’agit pas seulement pour le journaliste de descendre du piédestal. Il faut se mêler à la foule et s’y intégrer. Je ne vois pas vraiment de journalistes prendre ce chemin dans les grands médias aujourd’hui (seuls des francs-tireurs le font, et c’est en marge de leurs médias, ou alors en indépendants), et c’est bien dommage…

  17. Je trouve cette dichotomie entre journalistes et blogueurs gonflante.

    Si je suis d’accord avec vous Narvic sur le constat, sur le piédestal et les errements, je ne souhaite pas faire subir aux blogueurs le sort des journalistes ! La liberté dont bénéficient les blogueurs est précieuse, c’est elle qui conditionne leurs succès, de même qu’une part du désaveu dont souffre le travail des journalistes aujourd’hui vient d’un enferrement de plus en plus marqué de cette profession par des génies du marketing et de la finance.

    Pierre
    http://www.pierrefrance.com/onestmal/2008/07/08/on-va-encore-polemiquer-longtemps/

  18. @ Pierre

    Je ne fais que militer pour que les deux univers s’interpénètrent :

    – que les journalistes retrouvent la liberté et la proximité de leurs lecteurs, qu’il ont perdues, et qu’on trouve aujourd’hui surtout chez les blogueurs.

    – que certains blogueurs assument mieux la responsabilité qui découle de s’exprimer en public : être rigoureux quand on avance (ou qu’on relaye) quelque chose et veiller aux conséquences que ça peut avoir.

    Ça mène en effet, comme vous le dites sur votre blog, Pierre, à chercher ce que pourrait être une sorte de “néo-journalisme”…

    Je crois en effet que le crise du journalisme est tellement profonde, qu’il faut prendre des mesures… radicales… 😉

    (il me semble qu’il y a un petit problème dans votre billet avec les liens pointant vers novövision… 😉 )

  19. Narvic, un petit salut en passant d’Emmanuel P. qui, décidément, aimerait bien savoir qui se cache derrière votre pseudo… Je ne dis pas qu’il n’y pas d’information sur les blogs, ni que cette information n’a pas de valeur, loin de là (soit dit en passant, de l’information, il y en a partout, y compris dans les communiqués de presse des labos pharmaceutiques). Je dis que le journalisme, disons l’addition d’informations diverses, de points de vue, d’enquêtes, de règles, de relecture, d’expérience, de formats différents… qui fait un “organe d’information”, et donc les journalistes qui y travaillent, est de nature différente – et que j’espère qu’il le restera, pour le bien des blogs et du journalisme. Je me trompe peut-être, mais, à l’heure H, cette séparation me paraît importante. Par ailleurs, je vous trouve très optimiste si vous pensez que les blogs vont à eux seuls sauver la presse française ! Ils peuvent aider les journalistes à voir les choses autrement, à changer leur pratique, mais la sommes des raisons qui expliquent leur discrédit (pipolisation, flirts avec le pouvoir, fautes graves, arrogance et autisme…) tiennent plus à des pratiques dévoyées, à mon sens, qu’à leur code génétique. Et certaines de ces raisons, il ne faut pas l’oublier, ne leur sont pas imputables: il est difficile de faire du journalisme de qualité dans un pays où les structures (financières, de distribution, politiques…) font tout pour s’y opposer. Alors oui, le journalisme doit évoluer, en aucun cas disparaître derrière un “néo journalisme” dont le la serait donné par la blogobulga, dont vous savez aussi bien que moi qu’elle n’est pas exempte de défaillances graves, à cet égard.

  20. Bonjour,

    Votre article est très intéressant mais vous occultez ou oubliez un aspect dans le métier de journaliste : la connaissance, la maîtrise d’un sujet. Bref, la culture. Un bon journaliste se doit aussi de posséder une bonne culture où puiser des références servant à illustrer ou démontrer un propos. Je reconnais néanmoins que cela ne se pratique plus guère. Mais c’est pourtant une qualité essentielle, normalement, pour ce type de métier. Enfin, c’est aussi ce que je me suis toujours entendu dire.
    Quant à l’aspect technique du journalisme, j’y vois pour ma part l’écriture. Savoir écrire n’est pas donné à tout le monde. Mais c’est vrai que ces qualités là ne sont plus tellement à l’ordre du jour. Et je trouve çà dommage.

    PS : si je peux me permettre une remarque sur votre blog, je regrette que la police de caractère soit en blanc sur fond noir, ce qui a un effet néon et brouille le confort de lisibilité, d’autant que la police est petite.

  21. La presse technique est importante. Pour devenir journaliste à l’Usine Nouvelle (par ex.), il n’est pas inutile d’avoir un bagage ingénieur non ?
    Effectivement beaucoup de journalistes dits ‘professionnels’ sont autodidactes. Cela ne veut pas dire qu’ils soient à dénigrer, notamment dans les domaines spécialisés où la compétence sur le fond prime sur la qualité rédactionnelle. Qui n’est jamais parfaite de toute façon (voir le blog des relecteurs du Monde par ex. Langue sauce piquante).

    La disponibilité de blogs et des flux RSS permet et encourage des publications sur des sujets qui seraient trop étroits pour une presse professionnelle commerciale (cf. mon blog dédié aux aides à l’arrêt du tabac cité ci-après par ex.).

    Du mini journalisme, un peu sauvage, certes, mais une richesse d’information colossale : bravo pour cette brillante analyse !

  22. Merci pour cet article complet qui oblige à réfléchir. Sans rentrer dans des polémiques qui me dépassent, et juste pour répondre sur “journalisme” (ce qui peut être aussi valable pour des blogueurs sélectionnant, rédigeant et diffusant de l’information).
    J’ai eu l’occasion de croiser quelques journalistes professionnels, appellons les “ancienne génération”et plutôt typologie investigation; ils n’étaient pas nombreux et avaient ceci de commun:
    – les sources des infos étaient toujours vérifiées, ce qui suppose plus de travail qu’on ne croit;
    – ils avaient accès à des informations que les autres (nous) n’avons pas, par réseaux, par maîtrise de l’enquête et de ces outils (doc, recherches, archives, etc)
    – ils ne revendiquaient pas l’objectivité (au contraire, les vraiments bons ont un point de vue)
    – enfin, ils étaient souvent spécialisés.

    Toutes ces “méthodes” peuvent être mises en pratique par les blogueurs qui diffusent de l’information (et on pourrait aussi se demander, c’est quoi vraiment”l’information”, vaste sujet!).

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