sur le web

Les billets sponsorisés : une publicité malsaine

Le débat sur les billets sponsorisés dans les blogs n’en finit pas. Il réapparait chez Bleebot (“Pourriez vous vendre votre blog au diable?”), ou encore . On en parlait récemment sur Embruns (“Blogueuses sponsorisées”), après les révélations d’Emery sur les tarifs de la passe au chocolat, ou sur Autocollants, à propos de celle à l’aspartame.

J’ai déjà eu l’occasion de dire ailleurs ce que j’en pensais :

narvic sur Embruns

(noir)“Pourquoi des publicitaires font-ils des “publi-rédactionnels” plutôt que des publicités ?

(noir)(que ce soit dans un journal ou sur un blog, la question est la même)

(noir)– Une publicité qui se déguise, qui emprunte les habits d’un autre : une intention de tromper ? d’induire en erreur ?

(noir)– Une publicité qui se dissimule, qui se maquille : parce qu’elle a honte d’elle-même ? parce qu’elle ne se trouve pas belle ?

(noir)La publicité, elle au moins, a la franchise d’être elle-même, et de s’afficher pour ce qu’elle est.

(noir)Le publi-rédactionnel, lui, est, au mieux, une publicité honteuse, au pire, une publicité sournoise. C’est de toute façon une hypocrisie.

(noir)Pourquoi certains acceptent-ils de jouer ce jeu-là ?

(noir)– excès de confiance dans leur propre crédibilité aux yeux d’autrui, en imaginant qu’elle va en sortir intacte ? (hypothèse naïve)

(noir)– ou, au contraire, une absence totale d’illusion sur la valeur de sa propre parole ? (hypothèse cynique)

(noir)Dans tous les cas, brader ainsi sa parole témoigne tout de même d’un grand mépris pour celui qui vous lit.

(/noir)

Pour moi le débat est là : les billets sponsorisés sont malsains, car c’est une publicité intellectuellement malhonnête, qui frise la publicité clandestine et se trouve donc à la limite de la légalité.

Il y a bien dans l’objet même du billet sponsorisé une intention d’induire en erreur le lecteur/consommateur, en créant une confusion volontaire entre ce qui est de la publicité et ce qui n’en est pas. Le billet sponsorisé ne relève pas exactement de la publicité clandestine (interdite par la loi, faut-il le rappeler ?), dans la mesure où il porte clairement la mention “publicité” ou “publi”-quelque chose. Mais c’est tout de même une publicité qui avance à demi-masquée, avec l’intention manifeste de profiter de cette confusion au détriment de l’attention du lecteur.

Le cadre légal du publi-rédactionnel est bien rappelé sur le blog juridique Decryptages : droit, nouvelles technologies… (“Le publi-rédactionnel ? C’est quoi donc ?”) :

Code de la consommation :

(noir)“La dénomination utilisée pour mettre en avant le caractère publicitaire importe peu. Que cela s’appelle publi-rédactionnel, publi-reportage, info commerciale…, l’important est que les lecteurs sachent qu’il s’agit d’un contenu à caractère publicitaire. L’art. L.121-1 du code de la consommation prévoit ainsi qu’”une pratique commerciale est trompeuse si elle est commise dans l’une des circonstances suivantes (…) lorsqu’elle n’indique pas sa véritable intention commerciale dès lors que celle-ci ne ressort pas déjà du contexte“.”

(/noir)

Loi sur la confiance dans l’économie numérique (LCEN) :

(noir)“Au delà du droit commun, l’art. 20 de la LCEN ajoute que “la publicité sous quelque forme que ce soit (…) doit pouvoir être identifiée comme telle” dès lors qu’elle est “accessible par un service de communication au public en ligne“, internet en l’occurrence.”

(/noir)

La publicité est en train de s’immiscer partout sur internet, et elle ne joue pas “franc jeu” :

Martine Valo, dans Le Monde :

(noir)“Dans les foyers, les bureaux, et bientôt sur les téléphones mobiles, Internet se généralise. Mais pas tout seul : la publicité l’accompagne. Elle poursuit l’internaute au détour de chaque page-écran, chaque messagerie électronique. grâce à la puissance du numérique, ces incitations à consommer apparaissent sous des formes toujours plus variées, toujours plus individualisées.”

(/noir)

Google s’est même fait une spécialité de ces “liens sponsorisés” dont la présentation imite volontairement celle des vrais résultats de recherche : là encore, une volonté délibérée de créer la confusion, et de profiter de l’inattention potentielle de l’internaute.

La pub se fait intrusive, intersticielle et même personalisée (au prix de la constitution à notre insu de formidables bases de données personnelles récoltées en ligne sur notre usage de la toile).

Il s’agit d’une dérive. Liens sponsorisés, comme billets sponsorisés, etc., ne visent qu’à effacer un peu plus chaque jour la frontière entre la publicité et ce qui ne l’est pas. C’est une entreprise de corruption des contenus en ligne. Il serait temps d’y remettre un peu de clarté.

Voilà, c’est dit. Ceci était un billet d’humeur non-sponsorisé.

—-

Mise à jour (ce jour à minuit) : on en parle aussi sur Embruns.

2 Comments

  1. À mon avis, les billets sponsorisés que l’on croise parfois sur certains blogs ne sont que la face visible de l’iceberg.
    Comme sur tous les autres médias, les agences et/ou marques ont la possibilité de faire passer de la pub par bien d’autres méthodes, bien moins visibles que les billets sponsorisés (ou publi rédacs), qui sont d’ailleurs pour la plupart annoncés comme tels.

    Organisations d’évènement entre blogueurs sympathiquement parrainés par une ou des marques ; copinage entre communicants et blogueurs ; cadeaux envoyés « spontanément » aux blogueurs au cas ou ils en parlent ; cadeaux offerts aux blogueurs pour qu’ils les redistribuent à leur lecteurs sous forme de concours ; sans compter la pub « traditionnelle » à base de bannières et de Google Ads, et les blogs à tendance autopromotionnels, lorsqu’on blog sur son métier. D’ailleurs, cela vaut aussi pour les journalistes, non ?

    Tout cela peut rapporter beaucoup plus aux blogueurs, en argent ou en nature, de façon directe ou indirecte. Et d’ailleurs, beaucoup ne se privent pas d’en profiter, y compris ceux qui critiquent régulièrement les billets sponsorisés des autres, qui ne doivent même pas représenter 1 % des recettes pubs sur support blog. C’est un des nombreux paradoxes entretenus par le monde du blog.
    J’aurais envie de poser la question : « peut on être un blogueur ‘influent’ tout en refusant de n’en tirer aucun profit (pas seulement en billet sponsorisés), juste pour l’amour de l’art ». Ma réponse est : c’est très rare, voire, ça n’existe pas.

    Enfin, c’est juste mon avis perso, écrit de façon très spontanée.

  2. Correction dans l’avant-dernier paragraphe de mon précédent commentaire :

    « tout en refusant de n’en tirer aucun profit »

    Je voulais écrire « tout en acceptant de n’en tirer aucun profit », désolé.

Comments are closed.