le salon

Lepost.fr, le labo de l’info : vraiment ?

Lepost.fr, le site “laboratoire de l’information” du groupe Le Monde a un an. L’heure du bilan.

Ce site se montre très innovant et pionnier d’une nouvelle manière de concevoir les sites web d’information, et cette approche est couronnée par un réel succès d’audience.

Ce laboratoire aura contribué à implanter, et prouver la validité, de plusieurs concepts nouveaux et fondamentaux tels que la fin des sites web organisés autour de leur “Une” et l’avantage à s’insérer dans une circulation de l’information devenue “liquide” sur le web…

Le site possède une réelle dimension communautaire, mais l’animation et la modération de cette communauté se révèlent difficiles à maîtriser et donnent lieu à de sérieux dérapages.

Surtout, la ligne éditoriale, qui se veut populaire, se révèle bien plutôt populiste, servant une vision de l’actualité centrée sur le faits-divers et le people, et concentrée sur le buzz. C’est une illustration parfaite de la dérive actuelle vers les fast-news et l’infotainement, sous l’emprise du marketing éditorial et de la course à l’audience.

L’ambition pédagogique affichée par le site ne fait figure, dans ce contexte, que de simple alibi. Je suis embêté avec lepost.fr

Je crois, et j’ai déjà dit ici à son rédacteur en chef, Benoît Raphaël, que lepost.fr est un site très innovant dans le “paysage médiatique”, “le seul site d’info qui a « compris » le nouveau régime de l’info en ligne”
(avec 20minutes.fr… :o) ). Mais je ne suis, foncièrement, toujours pas convaincu du résultat, et je ne me suis pas privé de pointer ses dérives. ( J’ai été très négatif dans la plupart de mes billets sur lepost.fr, mais aussi sur Mediapart, autre projet, basé sur une philosophie du web et de l’information radicalement différente, qui ne me convainc pas plus, et auquel j’ai consacré à peu près autant de billets.)

Ajourd’hui, lepost.fr a un an. Benoît Raphaël tire un bilan de l’expérience, sur son blog, Demain tous journalistes ?, et en réponse à Laurent François sur son blog “Citizen L.”. Ce sera donc l’occasion pour moi aussi de faire le point…

L’audience a décollé

Premier point, le succès d’audience est au rendez-vous. En un an, lespost.fr s’est fait une place, émergeant à partir de rien.

Peu de gens, en réalité, connaissent le lien du post.fr avec le groupe Le Monde, à travers sa filiale commune avec le groupe Lagardère, Le Monde interactif, qui édite à la fois lemonde.fr et lepost.fr. Cette filiation n’étant pas connue des internautes, on peut dire qu’elle n’a joué aucun rôle dans ce succès d’audience du site. (Changement récent toutefois, un lien direct vers lepost.fr étant depuis peu placé sur la page d’accueil du monde.fr, ce site n’est plus inconnu des lecteurs du monde.fr, ce qui occasionne parfois un étonnant choc des cultures)

Benoît Raphaël souligne d’ailleurs que cette volonté de créer une “nouvelle marque”, répondait à un besoin d’autonomie du site, qui se veut un “laboratoire”.

Il donne des chiffres qui permette de bien mesurer la réalité de ce succès :

(noir)Depuis janvier 2008, le Post.fr enregistre une progression de 20% de son audience, chaque mois. Les chiffres OJD nous créditent en juillet 2008 de 3,8 millions de visites (1,5 million en janvier…), plus de 10 millions de pages vues, nous plaçant pour la première fois devant les sites de L’Express et du Point, et juste derrière celui du groupe Parisien/Aujourd’hui en France.

(noir)Même progression sur Nielsen où nous flirtons désormais avec le cap symbolique du million de visiteurs uniques.

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Un résultat à mettre en parallèle avec les objectifs de Mediapart (qui est pour sa part un média fermé, sur abonnement), qui annonçait à son lancement, il y a six mois, un objectif de “25.000 (abonnés) la première année”, et semble en être, à mi-parcours, à “8000” ou à “11.000”, selon le lieu où s’exprime son directeur Edwy Plenel et l’interprétation qu’on donne à ses propos (lire les commentaires récents d’Edwy Plenel sur le blog de Charles Bricman à ce sujet).

Je n’entends pas comparer l’audience d’un média sur abonnement à un média ouvert. Seulement souligner que là où lepost.fr semble en effet rencontrer une attente et bénéficie d’une croissance soutenue de son audience pour parvenir aujourd’hui à un haut niveau, Mediapart semble en revanche bien peiner à remplir ses objectifs… C’est sur la validité du modèle respectif de l’un et de l’autre que je m’interroge…

lepost.ft et les sites d’info “pur web”

lepost.fr et les sites d’info “mixtes”

Des cinq sites d’info “pur web” de notre échantillon, seuls lepost.fr et Rue89 semblent réussir à s’imposer dans le paysage, et peuvent aujourd’hui prétendre jouer “dans la cour” des sites web des news magazines, installés en ligne depuis longtemps et qui s’appuient sur des marques anciennes et connues, à la notoriété établies hors du web. J’y vois l’indication, que s’il semble difficile d’imposer rapidement une marque “pur web”, c’est néanmoins possible. A noter, la place de 20minutes.fr dans ce tableau…

Audience des sites d’information en août 2008
| site | visites mensuelles | pages vues mensuelles |
| lemonde.fr | 31 610 497 | 86 352 989 |
| liberation.fr | 9 549 173 | 28 171 950 |
| nouvelobs.com | 8 132 337 | 28 055 298 |
| 20minutes.fr | 5 921 192 | 31 402 576 |
| rmc.fr | 3 355 226 | 12 906 002 |
| lepost.fr| 3 451 956 | 9 032 033 |
| lepoint.fr | 3 012 724 | 12 806 246 |
| lexpress.fr | 2 910 586 | 14 442 322 |

– Source OJD (chiffres août 2008).
– les données concernant le “Groupe Le Figaro” et le “Groupe Le Parisien” agrègent des données de plusieurs sites et ne sont donc pas comparables.
– pas de données concernant Rue89, Mediapart, Bakchich et Agoravox.

– On note, une nouvelle fois, que les ordres de grandeur sont comparables entre Google Trends et l’OJD.

Où en est-on de la rentabilité ?

Benoît Raphaël ne nous donne pas d’informations sur la rentabilité actuelle du post.fr. On signalera “pour info” via Nicolas de [Window on the Media ], que Pierre Haski, co-fondateur de Rue89, indique à Journalism Enterprise (en anglais), qu’avec 600.000 visiteurs par mois, selon Nielsen, la publicité reste pour Rue89 “hors de portée”… Lepost.fr selon Nielsen, d’après Benoît Raphaël, “flirte avec le million de visiteurs uniques”.

Ce succès d’audience du post.fr est remarquable, mais il conviendra de s’interroger tout de même sur la nature de cette audience, et sur la manière dont elle a été construite…

Un laboratoire de l’information

Benoît Rapahël le défendait ici en juillet dernier, en réponse à Nicolas Vanbremeersh (“Mise en abîme du vide et du bruit”) : lepost.fr est “une expérimentation”.

(noir)Il n’y a pas consensus sur ce que doit être un média aujourd’hui. Il n’y a pas qu’un modèle. Le Post ne se pose pas comme modèle éditorial, mais comme une expérimentation, avec des choix, parce qu’il faut bien faire des choix si l’on veut que l’expérimentation soit intéressante. Nous tentons de comprendre des nouveaux modes de traitement et de distribution de l’info. Et de nous y adapter. Mais ce n’est pas un modèle.

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La fin du “tropisme de la Une”

Il explique aujourd’hui ce que cette expérience lui a permis, dit-il, de “comprendre” :

(noir)Que la porte d’entrée du site, ce n’est pas la Une (moins de 20% de l’audience). L’interface de navigation: c’est Google, les autres sites, les flux rss. Et ça change tout. L’info se construit différement, elle ne se distribue plus de la même manière. Elle est liquide, atomisée, hypersegmentée, hypersémantisée (grace aux tags). Sur Le Post, les canaux de distribution des news sont trois fois plus variés que sur les sites traditionnels.

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Benoît Raphaël souligne aussi, sur Citizen L :

(noir)La vraie Une du Post, on s’en est rendu compte, c’est Google. Nous nous sommes aussi rendus compte que nous n’avions plus de cible précise. Les gens arrivaient de n’importe où, en fonction de leurs équations de recherche.

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– Lire aussi sur novövision : “Mon information 2.0. Le rédacteur en chef, c’est moi !”

Cette nouvelle donne dans la manière d’appréhender l’information en ligne, à travers la navigation des internautes, est probablement capitale, en effet. A ce jour, seul lepost.fr et 20minutes, parmi les sites français, ont réellement pris en compte cette nouveauté. 20minutes.fr est même allé, sous l’impulsion de Johan Hufnagel, plus loin que tous les autres, à mon sens, dans la transformation de chacune des pages du site, chaque page d’article, en une porte d’entrée de tout le site (20minutes et “la fin du tropisme de la Une”, hérité de la presse écrite).

La stratégie de circulation de l’info est payante

Seconde grande innovation mise en oeuvre par lepost.fr, et cette fois encore par 20minutes.fr également (les deux sites présentant de nombreux parallèles innovants, et quelques différences… 😉 ) : “L’info n’est plus une info centrée sur une rédaction, elle est une info de réseau”, pour Benoït Raphaël.

Un article n’est pas un moyen de “capter” une audience et de la conserver prisonnière sur un site pour lui “vendre” tout un journal, ainsi que l’entendent encore la plupart des sites d’information. En ligne, il n’y a plus de “journal”. L’article est un point de passage dans la navigation d’un internaute. Aussi bien on organise son entrée, aussi bien on doit organiser sa sortie, en lui fournissant les liens nécessaires à la poursuite de sa navigation, que ces liens l’envoient à l’extérieur du site, ou non :

(noir)“Do what you do the best, link to the rest” (faites ce que vous savez faire de mieux, faites des liens vers le reste): sur Le Post, la plupart des articles renvoient vers l’extérieur, vers le meilleur du web. Si un média a bien traité un sujet, nous faisons un lien vers lui. Si nous estimons qu’il faut aller plus loin, la rédaction intervient.

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– Lire aussi sur les difficultés des médias en ligne français à placer des liens externes sur leur site, dans “Quand l’info devient liquide…” : “Sortir des cul-de-sac en ligne”.

En mars dernier, Benoît Raphaël exprimait fort bien cet enjeu : “Médias: après le portail d’infos, le canon à infos”

(noir)Aujourd’hui, la question n’est plus tant de façonner ces points d’engorgement que de parvenir à placer l’info sur les trajectoires de plus en plus aléatoires du lecteur. Et, surtout, d’embarquer le plus de valeurs possibles (infos, marque, pub…) sur ces micro-contenus.

(noir)Il faut, en quelque sorte, passer du carrefour d’infos au “canon à infos”. Et maintenir ce lien, en permanence, avec ceux qui nous lisent.

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Là encore, l’innovation mise en oeuvre par lepost.fr est une réussite. Lepost.fr et 20minutes.fr auront été les premiers à mettre en pratique une stratégie de média ouvert et de libre circulation de l’information, multipliant les liens externes dans les articles, utilisant les sites de vidéos externes tels Youtubes et Dailymotion, plutôt que de vouloir ramener et contrôler tout sur leur propre site, comme le font encore les autres (on se souvient des malheurs du site du parisien.fr et de sa vidéo “Pov’Con”: “Les médias déclarent la guerre du buzz”).

La progression de l’audience de 20minutes.fr comme du post.fr est une démonstration que cette stratégie ouverte est payante : laisser partir ses visiteurs est bien le meilleur moyen de les faire revenir.

Une communauté vivante, difficile à maîtriser

Il y a maintenant des points où la réussite du post.fr est moins nette, même si le projet est intéressant, et qu’il donne certains résultats… Mais il y a aussi des dérapages.

L’ambition affichée est bien de faire du post.fr un site communautaire autour de l’information : “Plateforme, site communautaire, autant que média d’infos” dit Benoît Raphaël.

Une communauté, réelle et bien vivante, s’est formée autour du site. On a pu le vérifier à l’occasion d’une “petite crise” qui s’est déclenchée cet été parmi les “posteurs”, mobilisés à la suite de l’éviction par l’équipe du site de l’un des leurs, le dénommé “Tonton Flingueur” : “C’est la révolution à lepost.fr !”.

En comparaison, la grève de la rédaction de 20minutes, cet été, aura vu naître une ébauche de mobilisation solidaire des “blogueurs embedded”, hébergés sur le site, qui n’aura finalement pas donné grand chose. J’y vois le signe que le caractère communautaire du post.fr est plus prononcé, et que cette communauté vivante s’est réellement appropriée le site.

Mais cette communauté se révèle aussi bien difficile à maîtriser : la politique de modération a été plusieurs fois gravement défaillante, comme je l’avais souligné notamment ici, ou Laurent Gloaguen, sur Embruns, là.

Des mesures ont été prises pour améliorer les choses, mais d’une manière parfois maladroite, ou mal comprise, comme l’a démontrée la crise de cet été, les problèmes de modération finissant même par indisposer deux des blogueurs-vedettes “invités” du site : Guy Birenbaum et Ron l’Infirmier.

Ron l’infirmier dénonçait même ici un certain amateurisme de la rédaction du post.fr, qui avait déjà donné lieu il y a quelques temps à un titre très regrettable (l’accusation d’extrême droite était, à mon sens, infondée dans ce cas, c’est bien d’amateurisme qu’il s’agit).

Ou est l’info “collaborative” ?

Le projet communautaire ne s’arrêtait pas à la constitution d’un cercle d’internautes et d’une plate-forme de blogs. Benoît Raphaël a bien raison de croire que “le journalisme citoyen est un mythe”, mais il ne me semble pas que son modèle de “journalisme collaboratif” ait pour autant fait ses preuves. Il dit :

(noir) Sur le Post, les internautes publient entre 150 et 300 contributions chaque jour. 1/4 des contenus passés en Une sont issus de la communauté.

(noir)Les internautes vont chercher leurs infos sur le Net, les relient entre-eux, les opposent, ils mettent le doigt là où d’autres médias n’avaient rien vu. Excellents lecteurs, ils se faufilent dans les interstices d’une info saturée pour en faire jaillir du sens, et créer de nouveaux contenus.

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A la lecture – pourtant régulière – du post.fr, j’avoue que ce jaillissement de sens participatif et collaboratif m’a échappé. :o) Et si ce n’est l’intéressante démarche de zapping de la télé menée par FullHdReady, ou les contribution des blogueurs “invités”, qui ne se différentient guère des blogueurs embedded des autres plates-formes, quoi de neuf et d’intéressant ? Une belle trouvaille tout de même: la charmante Hélène, “journaliste situationniste à lepost”, qui fait mes délices…

Le reste des contributions consiste pour l’essentiel en du commentaire politique de surface, sur des infos “repiquées” ailleurs, et marque un intérêt très prononcé pour le people et la téléréalité… Ce qui pose d’ailleurs le problème de la ligne rédactionnel. Un sujet qui fâche. On y vient…

Il y a maintenant, les point avec lesquels je suis nettement moins d’accord avec Benoît Raphaël, voire pas convaincu du tout de la réussite du post.fr…

La ligne éditoriale est trash

Benoît Raphaël assure tenir une ligne “populaire et grand public” et prendre modèle sur “Le Parisien, RTL ou RMC”. Mais le populaire vire pour moi au populisme. Et j’irai plutôt chercher le modèle de fabrication chez Voici ou Clother, pour le people toujours à la limite du trash, et chez Détective, pour le faits-divers à outrance.

La newsletter quotidienne du site annonce d’ailleurs clairement la couleur : la ligne éditoriale du post.fr, c’est “Buzz, politique et Faits divers” ! (et encore la politique est bien souvent traitée comme une annexe people du buzz).

Le “populaire de qualité”, comme il est convenu de dire dans la presse, en prenant Le Parisien pour modèle, c’est cette fois 20minutes.fr qui l’aurait plutôt mieux approché (ça reste tout de même un curieux cocktail d’info-fun et de traitement intéressant de l’actualité). Lepost.fr l’a clairement raté.

La “pédagogie” de l’info est un alibi

Lepost.fr affiche aussi une ambition de “pédagogie” de l’information, qui me laisse plus que dubitatif. C’est que l’ambition que Benoît Raphaël met en avant n’est pas mince :

(noir)Le Post est un média collaboratif où une rédaction composée de journalistes professionnels travaille avec des internautes, partant du principe que chacun est expert de son propre quotidien. Le Post s’appuie sur tout ce matériel, et engage une conversation permanente avec son audience.

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(noir)Au coeur de ce dispositif, Le Post a créé un métier : “le coach”: c’est un journaliste qui accompagne les internautes, leur apprend la collecte et le traitement de l’info, et recueille des témoignages.

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Mais de quoi parle-t-on ?!

Sûrement pas de cette vision là de la pédagogie

Le coach ? Je ne reviens pas sur le témoignage de Ron l’Infirmier à ce sujet. Mais à la lecture de ce témoignage du posteur Ed Williamson qui raconte comme ce “coach” réécrit ses articles au point qu’il ne s’y reconnaît même plus lui-même, je me demande bien où la “pédagogie” de l’information se niche là-dedans ?

L’ambition “pédagogique”, faudrait-il donc la voir dans ces maigres billets quotidiens sur le thème de “L’antisèche actu du…”, ou le Comment ça marche…” du jour ? Ça ne va pas loin. Où est la tentative de remise en perspective ? Où est la recherche de ressources documentaires ? Un simple effort d’explication ?

Pédagogie ? J’y vois plutôt un alibi. Le site ne se donne nullement les moyens de faire de la pédagogie et ce qu’il appelle ainsi est trop indigent pour être pris au sérieux.

On se retrouve au final avec un outil certes moderne et innovant, mais fonctionnant au rabais pour ce qui est des moyens humains mis en oeuvre pour le faire fonctionner, et qui se jette à corps perdu dans une pure logique d’audience, camouflée sous un discours “pédagogique”, mais qui se voue tout entier en réalité à une information trash et people.

L’information de demain ressemblera-t-elle à ce que l’on expérimente dans ce laboratoire ? Peut-être bien…

18 Comments

  1. Excellente analyse (comme toujours dans vos articles) tout en nuance sur un succès commercial.
    Lecteur régulier du post, j’ai apprécié l’idée que les contributeurs pouvaient attirer notre attention sur des faits souvent non repris par les autres médias, et offraient ces “portes de sortie” vers une information plus complète.

    Mais force est de constater que le contenu se dégrade ces derniers temps, que ce soit dans le traitement de l’information – articles réduits, sujets trash, de + en + de sport et de people – mais surtout dans les commentaires, qui sombrent rapidement dans le propos digne du café des sports… voire pire.

    Mais comparer le post à une radio comme RMC me semble une erreur, car il manquera alors un animateur capable d’aider un auditeur à formuler et préciser sa pensée, un animateur à même de la prolonger ou de lui opposer un contre-argument, afin de la tester, et générer ainsi un début de débat, souvent riche en pistes de réflexions, qui sont autant de “portes de sortie” pour qui veut prolonger sa recherche d’information.

    Dans le post, aujourd’hui, beaucoup d’articles sont trop superficiels et se limitent à la retranscription maladroite de faits divers, perdant par la même ce qui a fait l’essence du post au début, à savoir l’expression d’avis de contributeurs / citoyens en réaction à une actualité.

    Le qualitatif semble avoir laissé sa place au quantitatif… Dommage.

  2. “Ce qui est malheureux sur le Post c’est de voir un Guy Birenbaum obligé de faire du Carla et du Sarkozy pour attirer le chaland !”

    Ah bon.

    Je ne comprends pas du tout ce que cela signifie.

    Je ne suis “obligé” à rien ! Par personne ! Et je fais exactement ce que je veux, quand et comme je le souhaite.

    Je ne suis tenu par aucun objectif de sujet ou d’audience !

    Il faut arrêter de fantasmer.

  3. @ Guy Birenbaum

    J’ai bien vu que ce n’était pas à moi que vous répondiez, mais je saisis l’occasion de vous lire ici (bienvenu 🙂 ) pour mettre mon grain de sel.

    A vous lire sur le post, je n’ai pour ma part aucune raison de ne pas vous croire quand vous dites que vous êtes totalement libre d’écrire ce que vous voulez. Je suis persuadé que si ce n’était pas le cas, vous le feriez savoir. 🙂

    Je ne crois pas non plus que soyez “intéressé au résultat” d’audience du post.

    Mais vous parlez quand même beaucoup de Carla Bruni et Nicolas Sarkozy. Non ? :o)

  4. Je m’amuse – la plupart du temps… – de l’actualité. Force est de constater – Claire Chazal sors de ce corps… – que les deux personnes que vous citez sont au cœur de l’actualité tous les jours. Donc j’en parle parce que cela m’amuse, qu’ils m’amusent et que visiblement les lecteurs y trouvent leur compte. C’est mon choix. Et je n’oblige personne à passer tous les jours voir de quoi ou de qui je parle ! Un jour, si j’ai le temps je vais recenser les billets publiés depuis un an et nous verrons bien ce qui sort en tête. Sans compter que la plupart du temps, le deuxième ou le troisième degré dont il m’arrive de faire preuve, échappe très largement à la vigilance amicale de ceux qui feignent de croire qu’un nuage de tags suffit à savoir de quoi je parle en vérité…

  5. Chacun fait bien comme il veut. 😉

    Je saisis l’allusion de votre dernière phrase et je voudrais pas vraiment rallumer une vieille polémique.

    Mais on peux dire aussi que, le “temps de cerveau disponible” de chacun étant limitée, vu qu’on n’a pas que ça à faire, tant qu’on parle de ça on parle pas d’autre chose…

  6. @Narvic

    Je trouve l’analyse plutôt favorable à Lepost.fr plutôt qu’autre chose… Je dis ça parce que vous semblez craindre en fin de billet un retour de critique plutôt salé.

    Au final, il ressort que Lepost.fr a réussi son pari: il est parmi le top des sites d’infos et il a “une” communauté de lecteurs. Quant à la ligne éditoriale, il faut de tout sur le web, il fallait donc bien au moins un site pour occuper le “populaire virant populiste à l’okaze (ou people aussi)”.

    Après, se pose la question de savoir quelle était la ligne éditoriale, le positionnement voulu au premier chef… Si Lepost.fr voulait être un “média de référence”, alors c’est raté évidemment… (même Mediapart n’y arrive pas) mais je ne crois pas que c’était le but.

    Non, si le but était de s’imposer au top des lieux où se rendent les internautes pour y trouver de l’actualité, c’est réussi.

  7. @ Pierre

    On a le droit de sentir dans mon propos un fond de déception… L’outil me semble très bien conçu, mais il n’est pas utilisé comme je l’aurais espéré. Je m’attendais à voir sortir autre chose du labo du Monde interactif, un petit supplément de quelque chose que j’attendais de la “culture” du Monde, et que je n’y trouve pas.

    On me l’avait pourtant plus ou moins annoncé, en me parlant de pédagogie de l’information. Et sur ce point, il y a manifestement un malentendu.

    Le problème ne se se serait même pas posé pour moi, si un tel site était sorti du laboratoire de TF1.

  8. Le Post a sans doute une communauté de posteurs autour de lui, mais a-t-il une véritable communauté de lecteurs ?

    Je m’explique : on a selon ces chiffres entre 150 et 300 billets par jour, dont un quart se retrouve en page d’accueil. Quand on examine les billets de Une et notamment ceux des blogueurs “embedded”, on se rend compte qu’il y a une forte proportion d’autres posteurs – ce qui est normal, vu le système des favoris. Quand on lit leurs commentaires, on s’aperçoit qu’ils viennent là très souvent pour faire de la pub pour leur propre article du jour – que ce soit explicite ou non, avec une URL ou pas. On peut prendre comme objet de mesure Guy Birenbaum qui a dans son sillage beaucoup de gens venus pour bénéficier de sa notoriété. Quand on se rend ensuite sur la page perso de ces mêmes commentateurs, on se rend compte qu’ils n’ont pratiquement pas de commentaires, le plus souvent aucun, malgré des milliers de lecture (!), voire que les commentaires consistent encore une fois en une sorte de pub. J’avais défini déjà Le Post comme un système pyramidal avec les encouragements – du type AmWay. C’est vrai pour les posteurs enregistrés, cela ne l’est pas pour les commentateurs qui viennent d’ailleurs (Google, flux rss, Yahoo actualités).

    La communauté des lecteurs est en fait coupée en deux (ceux qui sont dedans et ceux qui sont dehors), voire en trois ou quatre (ceux qui sont parfois à la Une et ceux qui sont invités). Le fait qu’il n’y ait pas d’inscription obligatoire entraîne une grande volatilité de gens à identités multiples ou ne venant que pour une circonstance particulière (un fait divers bien glauque ou une annonce bien people). Les posteurs dont les billets ne sont pas repris ou mis en Une font-ils vraiment partie de cette communauté ? On a plus des cercles qui s’entrecroisent comme des isotopes. Mais est-ce que cela agrège beaucoup de nouveaux posteurs inscrits et est-ce que la croissance est exponentielle ? Cette progression-là serait intéressante.

  9. Je me doute que rien de ce qui touche aux innovations d’écriture internet ne vous est étranger. Mais je me permets de signaler que Pierre Assouline sort aujourd’hui un livre comprenant une sélection de commentaires parus sur son blog. Dans son texte de présentation il souligne l’intéret d’une étude analytique de ses commentaires qui forment selon lui le nouvel art de la conversation.

  10. @ xtp

    merci 🙂

    Je suggère à ceux que ça intéresse un petit détour par la page d’accueil de novövision : vous y trouverez dans ma revue web 😉 un lien vers le blog Window on The Media, de Nicolas, qui parle de cette info et fait d’intéressants calculs en s’interrogeant sur une nouvelle manière de monétiser un blog.

  11. Le billet du jour d’Assouline (et, partant, le fait qu’il consacre un ouvrage à ses commentateurs) mériterait en effet une analyse ou des regards croisés.

    Je suis absolument stupéfaite (ici, imaginer mon accent très snob) de l’écart entre ma vision des commentateurs d’Assouline (pour moi une cour des miracles d’hôpital psychiatrique bien prétentieuse) et sa propre vision : “la douceur de notre commerce me ravit” écrit-il.

    J’en tombe à la renverse. Pourtant j’adore Passou, comme chroniqueur, blogueur et écrivain.

    Du coup, ça me donne à réfléchir sur la façon sévère dont je considère, en général, le niveau des commentateurs (entre autres, du Post.fr). Peut-être que je me laisse décourager par les premiers que je lis ? Peut-être que les “pépites” sont noyées au milieu du flot ?

    Mais comment ne pas être noyé ? Assouline évoque un travail d'”orpaillage” : chaque tenancier de blog peut/doit le faire. On lâche les merdouilles dans le courant, facile, mais comment valoriser les trouvailles ? En les publiant sur papier ?

    Je ne crois pas que la solution soit là.

  12. Bruno Patino, président du Monde interactif et de Télérama, va quitter le groupe Le Monde :
    http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2008/09/11/bruno-patino-va-quitter-le-groupe-le-monde_1094276_3236.html
    lepost.fr, vitrine participative du Monde interactif (l’on se souvient comment son lancement avait été salué il y a un an : http://www.rue89.com/2007/09/08/le-nouveau-site-du-monde-lepost-fr-bientot-en-post,
    lepost.fr donc, va donc changer de patron, tandis que le grand patron du Monde, Eric Fottorino, co-responsable de cette décision, assure que “Télérama, Le Monde interactif et Publicat continueront leur bonne marche dans un esprit constructif visant à améliorer encore leur qualité et leurs performances”.
    Or il faut se souvenir des récents éclats du post.fr, du ton de liberté qui s’y déchaîne sans limite, pour le meilleur s’entend, dont les traces sont encore bien visibles sur le net, et qui ont dû fortement déplaire à notre Président si soucieux d’un contrôle effectif des médias :
    http://www.vicastel.net/929-lepost-anti-sarkozysme-primaire-propagande-sarkozyste/
    Hier pour lepost.fr, la date anniversaire de sa mise en service a sonné comme un air de fanfaronnade : le site prend le large assez nettement devant les autres sites d’information collaborative, et même devant les versions web de grands hebdomadaires historiques.
    Un article paru hier sur le blog de l’avatar narvic, novovision.fr, assez critique sur le succès, les réussites et les impasses de ce développement, résume la situation, en donnant les chiffres : “La ligne éditoriale est trash”.
    http://novovision.fr/?Lepost-fr-le-labo-de-l-info
    Vous m’avez suivi jusque là et vous vous demandez peut-être vous aussi où cela conduit-il lepost.fr.
    Pourquoi l’annonce aujourd’hui de ce changement à la tête du Monde interactif? Comment cela va-t-il influer sur la ligne éditoriale du site?
    Ne faut-il pas voir dans cette décision le résultat de tractations menées depuis l’Elysée directement?

  13. @ Pepito

    Merci de ce post très riche en liens de référence intéressants.

    Mais plutôt que de voir le mal partout, ne peut-on imaginer que la place promise à Bruno Patino à la tête de France-Culture (parait-il…) ne lui ait tout simplement parue… tentante ?

    En tout cas rien ne dit pour le moment qu’il y ait une quelconque sanction là-derrière. A moins que vous n’ayez des informations ? 😉

  14. Cher Narvic,
    Non, je n’ai pas d’informations précises à ce sujet, mais il semble 1) que Patino ait de multiples engagements, notamment politiques (http://www.bakchich.info/article2918.html), et en politique dans un camp que l’on a notoirement décidé de décimer ; 2) que rien ne soit entériné pour le moment quant à la présidence de FC (http://www.challenges.fr/actualites/medias/20080911.CHA6272/bruno_patino_du_mondea_france_culture_.html) ; 3) que pour prestigieuse qu’elle soit, la direction de FC soit plus ou moins un placard pour cet homme très actif, et très impliqué dans le développement de médias nouveaux.
    Dans ce cas c’est autant sur sa nomination éventuelle à la direction de FC qu’il faut s’interroger, dans la mesure où elle permet de laisser une place vacante à la tête d’un groupe un peu turbulent, que sur l’annonce de son départ du Monde interactif.
    Tout va dépendre du changement (ou non) de la ligne éditoriale impulsé par le nouveau PDG du groupe le Monde interactif, dont on ignore encore le nom si je ne m’abuse. Si l’on en croit le rêve de Benoit Raphael, le rédac chef du post.fr, “On rêve tous de faire un média idéal, qui soit capable de casser toutes les barrières, d’avoir l’information la plus proche de la vérité, qu’on arrive à un média qui permette une info parfaitement concertée entre les journalistes et les lecteurs, la plus accessible, et en même temps qui soit suffisamment puissant pour faire parfois passer les choses les plus complexes, les subtilités de l’art.” (http://citizenl.hors-sujet.com/?p=372) Une telle réussite finit fatalement par porter ombrage à la médiatisation des plus médiatisés des médias, dont le pouvoir ; elle représente un véritable contre-pouvoir en formation : pourquoi un groupe comme le Monde se sépare-t-il donc d’un PDG qui opère une si belle réussite?
    En somme, je comprends bien votre réserve, mais il me semble que dans cette époque équivoque, le moindre serait de ne pas pécher par naïveté.
    On a déjà vu par le passé des médias se faire noyauter par un pouvoir sans partage, et non des moindres, de l’AFP au JT de TF1 (probablement), qu’est-ce qui nous empêcherait aujourd’hui de nous interroger sur cette valse de la rentrée? Bien souvent, l’information apparait à postériori, après que des doutes eurent été émis ; si l’on cesse de s’interroger, il n’y aura plus qu’à s’abonner à la Pravda et à partir à la pêche.

  15. @ pepito

    Bakchich fait en effet état de la possibilité du départ de Patino depuis mars dernier, mais invoque des dissensions internes au Monde (avec David Guiraud).

    Le communiqué de Fottorino (diffusé par Télérama) est curieusement tourné, et laisse entendre en effet que Patino partirait parce qu’il n’a plus sa place dans le groupe Le Monde, vu par Fottorino…

    Tout ça reste interne au Monde, et l’on pas encore vu pointer la moindre difficulté d’ordre politique, et Sarkozy n’a pas montré le bout de son nez dans cette affaire…

    Relier ce départ à Sarkozy et y voir, comme vous le fites, une menace sur la liberté d’expression, me semble un peu… prématuré, en l’état des informations dont on dispose.

    Mais on en saura peut-être plus plus tard… 😉

  16. Du reste, y voir un lien direct avec le nom de N.Sarkozy est un raccourci que je ne pose pas dans l’interprétation de ces quelques infos concordantes (ou discordantes selon l’ordre simple de la fluidité non-équivoque, disons).
    Après tout, l’Élysée est surtout faite de conseillers, de directeurs de cabinets, et autres petites mains de l’exécutif.
    Aussi, n’est-il pas possible de tenir à la fois dans un même bouquet les exigences méthodologiques et déontologiques du journalisme classique, récolte des faits, étayage des preuves, vérification des sources, et l’aspect nécessairement fictionnel de l’investigation plus longue?
    Le pouvoir actuel a des ramifications très étendues dans le monde de l’industrie et des médias, comme jamais jusqu’ici. Par ailleurs comment ignorer la volonté servile que l’on trouve à tous les étages de la société, de complaire au chef? De sorte que la question n’est pas tant de savoir si ce jeu de chaises musicales a ou non une relation avec l’arrivée au pouvoir de N.Sarkozy, que de savoir dans quelle mesure cette investiture et son titulaire influent directement sur le paysage de l’époque, et comment nous pourrions mettre en évidence, non pas les mécanismes précis qui actionnent cette influence (les intérêts sont bien trop importants pour qu’une simple enquête journalistique puisse jamais le montrer – du moins tant qu’une erreur n’a pas été commise, un document fuité par exemple), mais les ordres de grandeur de cette influence, l’étendue de ses zones d’action possible.
    Enfin, d’un point de vue pédagogique, donner des scénarii plausibles à lire au public, l’instruit quant à sa capacité à critiquer le discours et la narration du réel politique. Il ne s’agit pas de créer un peuple sceptique au point d’en devenir paranoïaque – et si c’est ce que l’on craint, il est déjà trop tard dans une certaine mesure ; mais de provoquer sans cesse son esprit critique et son appétit pour une curiosité intellectuelle qui a tendance à s’endormir en permanence.
    Puis, s’il était question de traité du vrai dans ces domaines de l’actualité, j’ai bien peur qu’il faille à tout coup attendre les 50 ou 100 ans nécessaires à ce que les querelles des historiens eux-mêmes se calment et que se dessine un consensus équilibré, balancé de la carte des hypothèses en présence.

    Quoi qu’il en soit, je vous remercie pour cet échange ; l’on n’est jamais trop de deux quand il s’agit de tirer au clair ce que l’on pense l’un et l’autre 🙂

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