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Leçon de journalisme, avant d’aller en Chine

L’organisation de protection des Droits de l’homme Human Rights Watch publie un “Guide à l’usage des journalistes se rendant en Chine pour les Jeux Olympiques de Pékin”.

Parmi les conseils et témoignages précieux de ce guide : comment ne pas mettre en danger ses sources. Car c’est cela le véritable défi qui est aujourd’hui lancé aux journalistes étrangers qui se rendent en masse en Chine pour les JO : informer le monde sans détruire la vie de ceux qui vous ont informé.

Une leçon de journalisme en terrain hostile à la liberté de la presse. A lire par tous ceux qui s’en vont à Pékin, et aussi par tous les autres…

(noir)Tout ce que vous écrivez en Chine est aussi important que ce que vous n’écrivez pas : les sources que vous ne citez pas (même s’ils disent « pas de problème») ; les photos que vous ne prenez pas ; les foyers et les lieux de travail où vous ne vous introduisez pas. Surtout si vous ne restez pas longtemps en Chine ou si vous ne parlez pas chinois (…), les mécanismes répressifs du gouvernement peuvent vous rester invisibles. Vous pouvez ne pas identifier le membre du Bureau de la Sécurité Publique qui vous file. Et vous aurez quitté la ville depuis longtemps quand il reviendra voir ce fascinant entrepreneur d’internet avec qui vous avez pris le thé pendant une ou deux heures à Wuhan. Vous pouvez même ne jamais savoir que votre source a du verser un important pot de vin pour que son affaire continue de tourner ou pour que son fils puisse continuer à étudier. Sa femme ne vous téléphonera pas quand il sera trainé au commissariat pour y être « interrogé». Ils auront tous appris leur leçon : “ne pas parler aux reporters” — mais vous ne serez pas là pour apprendre la vôtre.”

(/noir)

Carroll Bogert est la directrice adjointe de Human Rights Watch et une ancienne correspondante étrangère pour l’hebdomadaire Newsweek.

Tiré de Human Rights WatchGuide à l’usage des journalistes se rendant en Chine pour les Jeux Olympiques de Pékin (.pdf, 23 pages).

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Lire aussi :

– Thibaud Vuitton (lemonde.fr avec AFP et Reuters) : “JO : le contrôle du Net par Pékin inquiète les journalistes”

– Damien Van Achter (Blogging The News) : “Journalistes: tous bloggeurs pendant les JO !”

9 Comments

  1. Une phrase du dossier devrait susciter pourtant des réactions des amateurs de logiciel libre :

    «Créez un compte proposant un service d’email crypté, comme
    Hushmail (http://www.hushmail.com/), qui ne fonctionne pas avec
    un code source libre et propose des comptes gratuits»

  2. Dans cette situation particulière, n’est-il pas plus prudent d’utiliser des application dont le code source n’est pas ouvert ?

    (c’est une question, je n’ai pas de réponse 😉 )

  3. A priori, on pourrait penser qu’un code source fermé permet d’éviter à quiconque de connaître les bug potentiels et par conséquent de les exploiter.

    Cependant, un code fermé, ça n’existe pas vraiment et tout peut être décompilé (oui, même les pdf cryptés). Si des personnes (malveillantes, forcément), découvrent un trou de sécurité, elles peuvent l’exploiter avant un risque qu’il soit découvert beaucoup plus faible. En outre, l’entreprise qui édite le logiciel peut y insérer une porte dérobée.

    Un logiciel ouvert permet à tout le monde de connaître son fonctionnement et surtout d’y déceler les erreurs.

    D’ailleurs, dans un autre contexte, c’est ce qu’on reproche aux ordinateurs de votes : le code est fermé et officiellement, on ne sait pas ce qui se déroule. L’ordinateur pourrait très bien compatibiliser un vote sur deux ou minorer un des camps en présence.

    Paradoxalement, c’est le guide recommande PGP qui est un logiciel ouvert (jusqu’à une certaine version, on est pas sûr de l’intégrité des suivantes qui sont fermées). Il ne faut pas confondre l’outil logiciel qui permet de crypter et la clé en elle même.

    D’ailleurs, test simple : pour la sécurité, faites-cous plus confiance à Firefox ou Internet Explorer ; Linux ou Windows ; etc.

  4. Mon commentaire sur Langue sauce piquante, le blog des correcteurs du Monde, ou Dominique est allé pointer un lien vers ce billet sur novövision :

    Il est très symptomatique, à mon avis, que la presse monte sur ses grands chevaux parce qu’on va brider son accès à internet depuis les salles de presse officielles des JO (et encore pas tellement à cause de la censure, mais du fait du ralentissement du débit du fait du filtrage !), plutôt que de s’interroger sur la bonne manière de parler de la Chine et des Chinois à cette occasion sans causer de tort à ses informateurs et en contournant la censure.

    C’est affligeant.

  5. Narvic, je suis assez surpris par la teneur des récents articles sur le filtrage du réseau sur le sol chinois et je crois avoir besoin de tes lumières.
    D’après ce que j’ai pu parcourir dans la presse, il me semble que les journalistes sont totalement ignorants de la facilité avec laquelle ces mesures sont contournables.
    Ma question est donc la suivante; les journalistes ont-ils un bagage technique minimum concernant la sécurité informatique (comme chiffrer son pc portable, ses mails, sa connection avec le proxy, bref tout sauf l’HUMINT, domaine dans lequel les journalistes doivent exceller) ?
    Je suis d’autant plus curieux que lors de mes voyages professionnels dans ce type de pays (dont la Chine), mon employeur était très pointilleux à ce sujet et me fournissait toute l’infrastructure nécessaire (alors que notre secteur d’activité était loin d’être sensible).

  6. @ Al Katib

    Je crois malheureusement que tout le foin actuel fait par les journalistes n’est vraiment pas à leur honneur. Et ça me désole.

    Ce qu’ils reprochent avant tout c’est que le filtrage imposé par le gouvernement chinois sur internet – depuis la Chine – ralentit considérable le débit des connexions dont ils vont bénéficier durant les JO. C’est le débit qui les défrise et qui les fait attaquer le filtrage. Si ce filtrage avait été transparent, j’ai peur qu’ils n’aient rien trouvé à redire !

    Je crois que bien peu d’entre eux sont réellement dans la démarche de parler de la réalité de la Chine et de la vie des Chinois à l’occasion des JO. Et ceux qui ont l’intention de le faire – heureusement, il y en a – ce ne sont pas ceux que l’on a entendu sur cette question du débit des connexions.

    Voilà pourquoi ma réponse à cette polémique absurde était de parler de ce guide plutôt que de cette polémique… 😉

  7. Sortons la bonne source pour une fois.

    D’après Bruce Schneier, mise à part le renseignement militaire, aucune boîte propriétaire n’a les ressources humaines et financières pour faire tester et valider sa propre primitive cryptographique, au niveau qu’ont été testées les primitives cryptographiques connues, et face à la communauté cryptographique dans son ensemble.

    Toujours d’après le même auteur, en cryptographie, la meilleure sécurité se trouve donc dans les produits éprouvés et connus.
    Un algorithme maison ne peut pas avoir été le sujet des centaines de milliers d’heures de cryptanalyse dont DES et RSA ont bénéficié.
    Pareil pour l’authentification Kerberos ou IPsec.
    Et les meilleurs protocoles d’encryptage pour e-mail sont offerts par PGP et S/MIME.

    il existe aussi beaucoup d’autres imprécisions informatiques et sur la sécurité employés dans le papier distribué par Human Right Watch, les autorités chinoises doivent se poiler… Ils ont affaire à de “belles têtes de vainqueurs” avec les journalistes occidentaux, je pense…

    😛

  8. Êxact, Narvic…
    Et encore, faut qu’on m’explique le rapport qui existerait entre filtrage et mauvais débit.
    A mon avis, il n’y a aucun rapport, c’est le type de conclusion sommaire d’un utilisateur qui plonge vers un diagnostic qui n’est surement pas à la source réelle du problème de mauvais débit.
    Et encore si c’est un problème de mauvais débit.

  9. Mon soucis étant que pour ne pas rendre caduc les conseils prodigués par ce guide, les journalistes doivent se soucier d’un probable espionnage électronique à leur encontre, notamment dans le but d’identifier leurs sources, dont le guide insiste sur la protection.

    Et je suis entièrement d’accord avec toi dans la critique que tu fais de confrères se plaignant d’une baisse de débits ou d’une latence provoqué par des mesures techniques de contrôle du réseau.

    Mais cela à l’avantage d’être comique. Et sans Tartuffe, la vie serait plus triste.

    Dans l’idée, un article de Wired sur des confrères un peu farceur : http://blog.wired.com/27bstroke6/2008/08/french-reporter.html

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