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Le Web 2.0 : une bulle qui se dégonfle lentement

A mesure que nombre des promesses du Web 2.0 se révèlent être des mirages, combien faudra-t-il encore de temps pour que la bulle se dégonfle totalement ?

Les apôtres du Web 2.0 se sont révélés être des champions du marketing, ils ont fort bien vendu leur produit. On peut se demander aujourd’hui si ce produit valait si cher et même s’il valait quelque chose…

Deux des grandes promesses du Web 2.0 s’effondrent lentement sous nos yeux :

– le contenu généré par les utilisateurs (UGC, User generated content) est une mine d’or. On peut bâtir toute une industrie sur cette matière première gratuite, en se passant désormais des contenus payants fournis par des professionnels.

– l’ère de la participation généralisée est ouverte. Les nouvelles relations sociales sont horizontales et partagées. Laissons s’exprimer et s’organiser librement les foules que ne demandent que ça : le Web 2.0 donne enfin corps à l’aspiration messianique à la démocratie directe et participative.

Le contenu généré pas les utilisateurs se révèle de piètre qualité et se “vend” très mal. La participation ouverte à tous n’intéresse finalement qu’une très infime partie des internautes.Les reproches faits au Web 2.0 avaient surtout porté, ces derniers mois, sur le modèle d’affaire d’un certain nombre de gros sites, plus ou moins sociaux, n’hésitant pas à exploiter gratuitement des contenus professionnels soumis au droit d’auteur (diffusion de musique, reprise de contenus télé, agrégation des contenus de presse, etc…).

Je n’ai pas été le dernier à dénoncer ici une entreprise qui remettait en cause toute l’économie de la production des contenus professionnels. Voir en ligne mes “séries” : “En ligne, l’info ne paie pas” (1), (2) et (3) et “La mort de la poule aux oeufs d’or” (1), (2) et (3), la note de lecture du livre d’Andrew Keen, “Le culte de l’amateur. Comment internet détruit notre culture”, ou encore mon billet “Comment internet disloque les industries de la culture et des médias”

Les déceptions de L’UGC

Mais, la promesse du Web 2.0 n’était pas tant du tuer les professionnels en pillant leur production (ce qu’il fait pourtant, mais ce sont de simples victimes “collatérales”…), que de carrément se passer d’eux en s’alimentant à d’autres sources.

On a beaucoup misé sur le contenu généré par les utilisateurs, or la déception est largement au rendez-vous.

Un contenu de faible qualité

Pour un seul contenu original et intéressant, éventuellement repris par les grands médias (quelques photos des attentats de Londres, des vidéos de touristes du tsunami d’Asie du sud-est…), combien de millions de photos de chats et de vidéos de marmottes, postées sur les plates-formes de partage de photos ou vidéos, quand ce ne sont pas des extraits “repiqués” en masse sur les télévisions sans autorisation ?

On en parlait déjà ici : “Le grand marais de la vidéo en ligne”

Pour un seul article apportant une information, un témoignage, une analyse intéressantes sur les sites de journalisme citoyen et sur les millions de blogs, le tout agrégé et rediffusé par les plates-formes 2.0, combien de bavardage, d’égotisme et d’anecdotes sans intérêt, de contenus identiques repris aux mêmes sources (souvent professionnelles !) et répété, remâché, déformé à l’infini sans un quelconque apport constructif ?

On l’a déjà dit ici : “Journalisme amateur : quel bilan ?”

Et les commentaires ? Quelle part de réel débat, d’apport d’information, de rectification opportune, dans ce flot continu de commentaires qui se déversent partout, et se résument bien souvent à une simple affirmation de soi, quand ça ne dérape pas dans une diarrhée d’invective et d’éructation, ou carrément en lynchage ?

Rien que deux exemples, relevés ici :
-* “Anatomie du lynchage d’Olivier Martinez”
-* “Vox populi”

Un contenu qui ne rapporte rien

La déception la plus profonde que ressentent aujourd’hui les partisans de ce Web 2.0 de l’UGC, c’est surtout que ça ne rapporte pas du tout autant que prévu. La formule magique était bel et bien une illusion et remet en question le modèle économique lui-même sur lequel toute l’affaire était bâtie.

Dans le domaine de la vidéo, Didier Durand, sur Média&Tech observe le phénomène attentivement, et commencent à livrer quelques conclusions intéressantes ces derniers temps :

-* “Vidéo sur Internet: la loi de Pareto y sévit aussi!” :

(noir)Numerama nous rapporte que: “selon une étude de The Diffusion Group, les vidéos personnelles ou réalisées par les internautes devraient représenter cette année 42 % des vidéos streamées sur Internet, mais générer seulement 4 % des recettes. Au contraire, 58 % des vidéos streamées seront des vidéos “professionnelles”, et celles-ci devraient générer 96 % des revenus.

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(noir)Il faut vite résoudre le puzzle et trouver les clefs de la monétisation: les coûts d’infrastructure massifs (50% de l’Internet en 2012) ne pourront être supportés longtemps sans revenus correspondants.

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D’autant que les producteurs de contenus vidéo professionnels relèvent la tête et accentuent la pression sur ces sites de partage vidéo qui “exploitent” leurs contenu sans redevance…

Lire aussi :

-* “Google déçu par le 1% de Youtube” :

(noir)Le Wall Street Journal livre un article intéressant sur les performances de Youtube: Paidcontent qui l’a analysé précise que le management de Google est déçu par les 200 millions de chiffres d’affaires projetés pour cette année (soit environ 1% du revenu global de Google prévisible pour 2008) pour une société acquise pour 1.6 milliards de dollars.

(noir)Si l’on admet les 300 milliards de vidéos vue cette année chez Youtube, cela fait moins de 0.1 cents de revenus par vidéo, soit 1$ le mille. Beaucoup trop faible vu à la fois les coûts de diffusion et la richesse émotionnelle donc la valeur publicitaire de ce média (…).

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-* “Youtube: monétisation pour 3% des 4 milliards de vidéos du site” :

(noir)Alley Insider donne le chiffre qui explique les déceptions actuelles de Google au sujet de sa filiale Youtube: Brian Cusack, le directeur des ventes, a expliqué lors d’une conférence que Youtube ne pouvait actuellement vendre de la publicité que pour 3% de toutes les vidéos chargées. Il a aussi cité un total de 4 milliards de vidéos présentes sur le site.

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La question est sûrement moins cruciale pour les autres types de contenu, comme le texte, qui ne demandent pas des investissements en infrastructure aussi lourds que la vidéo… Mais elle se pose néanmoins :

-* Alexandre Camden (Les bonnes fréquentations) : “La publicité sur Facebook : des résultats non convaincants”

Le mirage de la participation

Le second gros trou percé dans la bulle du Web 2.0, c’est celui du mirage de la participation, qui devait ouvrir rien moins qu’un nouvel âge de la démocratie !

Là aussi, le bilan n’est pas à la hauteur des espérances.

Une minorité d’actifs dans un océan de “lurkers”

On s’en doutait un peu, mais les récents chiffres publiés par Rue89 sur la participation de ses lecteurs dans les commentaires est édifiante. Voir sur novövision : “La participation en ligne ? 0,075% des lecteurs !”.

La possibilité de participer au débat offerte par les plates-formes d’information, comme Rue89 : ouverture d’un blog et commentaire des contenus diffusés, n’est utilisée – un peu – que par moins de 1% des lecteurs, et n’est utilisée activement que par moins de 0,1% des lecteurs.

Tous les autres restent des “lurkers”, des badauds, des passants ou des voyeurs, qui ne relèvent nullement ce “défi de la participation”.

Ce Web 2.0 de la participation ressemble au bout du compte bien plus à ce que décrit Szarah (SEO berSZerkers) : “le Web est, pour l’instant et sans surprise, à l’image du reste du monde, construit par les actifs pour les badauds.”

Le web coopératif, il faut le vouloir

Hubert Guillaud et Daniel Kaplan, sur InternetActu avaient tenté de théoriser ça avec finesse le mois dernier : “Vouloir un web coopératif” :

(noir)“On aurait donc tort de penser qu’un web massivement relationnel annonce, par construction, un monde massivement coopératif. Parce que ça n’est pas le problème principal des utilisateurs. Et parce que ça n’est pas du tout le problème des opérateurs des plates-formes du web 2.0.”

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(noir)(…) L’explosion des “contenus générés par les utilisateurs” provient plus d’une soif de relation que d’une exigence de participation, au sens d’une intervention dans les décisions et processus collectifs. En nous distinguant en 2006, Time nous prêtait sans doute des intentions, voire des capacités, qui n’étaient pas les nôtres.

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Ce qui amenait mon commentaire :

Cette participation, il faut donc la bâtir. Elle ne viendra pas toute seule par la magie de la technologie 2.0 : il n’y pas de génération spontanée de la démocratie en ligne ! Pas de “divine surprise”

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On en parle aussi ici (mise à jour) :

– André Gunthert (arhv) : “Les chats, les marmottes et les fins de la participation”

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Mise à jour (21 août 2008) :

– Lire aussi, sur novövision : “Cycle des technologies et désillusion 2.0”

– ou encore : “Affaire Wizzgo : limites juridiques du modèle économique 2.0”

43 Comments

  1. Chouette résumé. Je prends un rapide contre-point en disant que, bien que tout ceci soit exact, faire un site aujourd’hui sans participation
    me parait inenvisageable…

    Je crois que dans les “lurkers”, une bonne part apprécie que la possibilité existe.

  2. Ah ! Le temps le temps le temps

    C’est le temps qui nous manque pour répondre à ce post.

    C’est le temps qui nous manque pour répondre à tous les posts sur tous les blogs.

    Il ne faut pas ‘taper’ sur les lurkers qui n’ont pas le temps et la disponibilité d’esprit pour construire un texte.

    Loin de moi une critique des lurkers car j’y suis dans une grande part dans cette communauté du web.

    Il ne faut pas que les ‘non lurkers ‘ soient déçus car les lurkers trouvent vraiment très bien très enrichissant tous ces contenus divers et variés. Alors un jour un lurker se mettra à réagir, à prendre le temps de structurer sa penser. Il n’a pas voulu être un commentateur lapidaire. Il a repoussé ce moment qui lui est difficile de prendre la plume.

    Ce qu’a permis le 2.0, c’est ouvrir un champ. Mais il faudrait laisser du temps au temps et dans ces moments où les blogs se ferment où les blogs poubelles se créent et prolifèrent, il faut garder le champ ouvert.
    Le temps de l’innocence est il terminé ?

    Il ne faut pas penser pour autant que cela est la fin de tout.

  3. La conclusion est sacrément pessimiste, mais que devient le reluqueur dans un autre espace du Web 2.0 ou de la Toile tout court ? Peut-être une personne qui cite, qui lie, qui écrit, qui produit. Pas au même endroit. Comment comptabilise-t-on le fait de participer à un lieu et non à un autre ? Comment comptabilise-t-on les participants compulsifs de plusieurs médias collaboratifs ? Qu’est-ce qu’un média collaboratif quand il existe des groupes ou des forums privés avec accès restreint ? Comment fabriquer des chiffres sur le comportement des internautes alors que l’on n’a affaire qu’aux chiffres d’un seul site qui n’est pas le seul visité par les mêmes internautes ? Peut-on tout induire d’une seule statistique ? Et même si c’est vrai (comme je le crois), peut-on dire que ce soit une preuve suffisante et efficace ?

  4. je me demande si narvic n’a pas écrit ce post pour provoquer … des réactions salutaires.

    Il faut à mon avis penser aux reluqueurs comme des personnes qui sont en phase d’assimilation. Il faut un certain temps pour que la personne se transforme (accommodation au sens de Piaget).

    Il y faut un temps d’apprentissage qui passe par des phases d’assimilation puis d’accommodation.

    Et pendant la phase d’assimilation, rien ne transparait chez la personne.

    Il faut encore du temps du temps. Mais le temps internet passe si vite … Auront nous encore le temps ?

  5. @ tous

    Je n’ai aucune prévention contre les lurkers, qui sont tous bienvenus ici (même si ceux dont parle Christophe D. et qui restent quelques secondes sur un site ou un blog – même constat dans mes propres stats 😉 – me laissent un peu interloqué).

    Je ne suis pas en train de vous demander de lâcher des com’ à tout propos ! :-))

    Les lecteurs ont bien le droit de faire ce qu’ils veulent : le commentaire n’est qu’une offre, une proposition, sans aucune obligation, à ceux qui ont envie de participer au débat et d’apporter leur avis (sans troller, hein ?!).

    Je voudrais souligner justement que ce sont les lurkers les plus importants. Que c’est surtout à eux qu’il faut s’intéresser, car ce sont eux qui forment l’essentiel de l’audience.

    Si l’on écrit, c’est pour être lu. Ceux qui lisent, ce sont surtout des lurkers.

    Le Web 2.0 a trop déplacé le focus, à mon avis, sur les participants, qui sont – on le voit – très minoritaires. Les commentateurs ne sont pas du tout négligeables (je vous encourage à commenter 🙂 ). Mais ils ne sont pas la question principale.

    Même s’il a aussi du travail à effectuer avec les commentaires, pour tenter d’en “extraire” ce qui est intéressant (ça concerne surtout les gros sites, et pas tellement les blogs; où tous les commentaires sont intéressants 😉 ).

    Tous ça nous ramène finalement à un fonctionnement qui n’est pas si nouveau que ça : dans la presse écrite, à la radio et à la télé, l’audience est formée de 100% de lurkers. Avec internet, et c’est une révolution, on est passé à 99% ! 🙂

    C’est juste cette révolution là que je voudrais souligner :-))

  6. Très intéressant billet de Narvic (comme toujours!) qui synthétise bien la tendance “En 2008, les UGC sont morts”.

    Un point d’accord: on ne peut se satisfaire d’un univers uniquement créé par et pour les utilisateurs. Faire de l’info, de la fiction, demande du temps, des moyens, des compétences. Et les lecteurs/consommateurs exigent un certain niveau de qualité

    Plusieurs bémols:

    – Un site ne peut se concevoir aujourd’hui sans un espace participatif

    – Nous sommes tous des “lurkers”, je peux lire 5 articles et ne réagir qu’au dernier, je ne vois pas le problème. (Je suis d’accord sur le niveau en-dessous de zéro de bcp de commentaires sur les sites…)

    – Concernant You tube: l’activité n’est pas très lucrative…Mais passionne le monde entier: cf la fréquentation, les méga-buzz de l’année (Where the hell is Matt, ou plus récemment les vidéos de Fred). Si les gens passent des heures sur you tube, et que certaines vidéos dépassent les 18 millions de vues en quelques semaines, ce service a de la valeur…

    – N’enterre-t-on pas les UGC un peu vite? Ce n’est que le début de l’histoire. En France, environ la moitié des foyers ne sont pas connectés, le haut-débit, c’est de l’histoire récente. Avec les nouveaux terminaux mobiles, participer va devenir encore plus simple.
    Concernant la fiction, les vidéos à la maison n’ont pas l’intention d’anéantir les gros budgets hollywoodiens, mais mordent effectivement sur le temps de divertissement – et c’est bien la valeur temps qui prend aujourd’hui une importance croissante.

    – Concernant l’info: là encore, finalement, ce n’est que le début de l’histoire. Il n’est pas question de faire table rase du journalisme. De nombreuses contributions ne méritent pas le prix Albert-Londres. Ok. Mais la force des UGC, c’est l’interaction avec les professionnels. Ces “sentinelles” comme les appelle France 24, peuvent jouer un rôle d’alerte primordial. Pensons à des pays où les citoyens ne peuvent témoigner de leur quotidien…

    – Le travail en commun (une masse d’informateurs et d’informations brutes, recoupées et éditorialisées par des professionnels, qui prennent en compte les précisions, discussions, éléments nouveaux apportés au fur et à mesure par les contributeurs amateurs) s’avère prometteur pour l’info. Notamment quand les effectifs des rédactions fondent comme neige au soleil.
    Je pense à l’info régionale: à part une télévision (France 3) et un quotidien régional, souvent en situation de monopole, quelle place pour la diversité de l’info? Comment couvrir l’échelon hyper-local de manière plus réactive?

    Bref, si économiquement les UGC ne sont pas rentables, le principe même n’est pas moralement condamnable, et leur utilisation – à bon escient, dans un esprit de collaboration avec des pros – souhaitable.

  7. @ Aurélien

    Je ne veux pas jeter le bébé avec l’eau du bain, mais il y a quand même matière à recentrer le débat sur l’essentiel, après qu’il se soit un peu perdu dans le sable, il me semble… 😉

    – Bien sûr qu’il ne faut pas revenir en arrière sur tous les espaces participatifs qui ont été ouverts. Il y a même du travail à faire pour mieux les exploiter et les valoriser (un autre débat en cours sur ce sujet actuellement sur novövision)… 😉

    – Je n’enterre pas l’UGC, J’en tire surtout cette réflexion que la participation ne “s’autogère” pas toute seule, elle doit être accompagnée, sinon ça devient un grand n’importe quoi qui n’intéresse plus personne. Et c’est tout de même une bonne nouvelle pour ceux qui veulent bosser sur le net ! 😉

    – L’UGC “pur” est un mythe. Je crois bien plus au “pro-am”, à la co-production de l’information en association entre professionnels et amateurs…

    Il me semble qu’une partie des “acteurs” du monde des médias s’est jetée sur l’idée de l’UGC “pur” en flairant la bonne affaire : l’info qui ne coûte rien. Et qu’une autre s’est repliée sur sa montagne : seuls des professionnels peuvent produire de la qualité.

    Le moment, à mon avis, est venu pour que ceux qui prônent la troisième voie s’avancent et se fassent enfin entendre : l’association !

  8. Mon cher Narvic !

    Me voilà donc totalement “lurker” depuis notre rencontre tu sais où mais pour une fois (alors que je lis ce blog quotidiennement et avec la plus grande attention je me penche sur mon clavier).

    Non parce qu’il s’agit du sujet concernant les commentaire mais surtout parce qu’il pose une question très intéressante sur laquelle ta réponse me paraît indispensable si ce n’est nécessaire.

    Tu conclus ton article avec “Cette participation, il faut donc la bâtir”. Mais comment ? Quelles sont pour toi les stratégies de favorisant d’une participation dynamique et enrichissante, à valeur ajoutée. Faut-il finir tous ces posts avec “qu’en pensez-vous” de manière redondante jusqu’à n’en plus pouvoir lire cette phrase (devenu bien trop présente et cliché des blogs en mal de notoriété ou de nb de commentaires). Faut-il apporter des notions communautaires au commentateur (avatar grand / possibilité de propose une belle adresse de son blog / sorte de mini profil rapide) comme dans un forum où la participation est bien plus élevée ? Faut-il encore répondre à chaque commentaire de manière presque twiiterisante dans le flux de l’article ?

    Non vraiment ton avis m’intéresse sur le sujet, quelles sont pour toi les solutions qui marchent ? Qui restent éthiques et logiques ? Est-on encore en droit aujourd’hui de vouloir monté un magazine non pas basé sur le UGC mais avec une participation forte et à valeur ajouté pour l’article (lui permettant de se mettre à jour, se corriger comme dans les exemples de traitements d’une info comme le décrivait Nicolas avec une sorte de journalisme aux articles interactifs et en live).

  9. En tant que voyeur qui apprécie vos articles, je vous trouve un peu sévère et me dis que vous mélangez peut-être deux aspects différents du phénomène web (2.0 ou pas).

    A mon avis, le problème que vous soulevez est l’injonction qui est faite aux internautes de participer (pour le bien financier des start-ups qui ont construit leur modèle économique dessus). Cette injonction, me semble-t-il, on pourrait l’étendre bien au-delà d’Internet. Des gens comme André Gorz ou Yann Moulier-Boutang ont bien pointé que c’est une maxime du nouveau capitalisme — qu’ils appellent cognitif — que d’exhorter les travailleurs à la créativité. « Sois original ou disparais » est le nouveau credo, ce qui est quand même un sacré « double bind » quand on y réfléchit cinq minutes. C’est l’espérance que chacun pourra contribuer en permanence, où qu’il soit, à la joyeuse vie productive, là où l’ouvrier consentait seulement à mettre sa force physique à disposition durant quelques heures de ses journées.

    Et finalement, vous-même relayez, à votre corps défendant, cette injonction.

    Cette vision productiviste, qui n’a aucun intérêt, ne doit pas être confondue avec le fait que — par le biais des blogs notamment — chacun *peut avoir*, s’il le souhaite, un accès à l’expression publique et au dialogue, ce qui était impossible avant. Et c’est cela la contribution majeure à la démocratie.

    On n’a aucune idée de la façon dont les voyeurs (ou badauds 😉 ) vont être transformés par la lecture. Par la lecture de sites différents. Les gens qui lisent sont déjà dans un processus actif (cf. Eco, par exemple).

    L’apparition des commentaires a permis de rendre opérationnel ce qui avait été tenté au début du web par les « webrings ». Contribuer à renforcer des liens entre des producteurs qui se sentent des affinités mutuelles. C’est à mon avis le point essentiel. Pour le reste, il suffit de lire les commentaires dans les quotidiens en ligne pour voir que c’est très souvent n’importe quoi, effectivement.

    Noublions pas non plus que le tournant du siècle, ça a été l’échec (relatif) d’une vision purement marchande du web, suivi de l’explosion des outils d’expression individuels et collectifs (wikis, blogs, etc.). Je considère cela, moi qui ai vécu le mouvement des radios libres, comme un succès, plutôt. Mais dont il ne faut pas se satisfaire. Comme vous le dites (et je ne trouve pas cela pessimiste) ce mouvement doit être accompagné; cela a été beaucoup répété lors du dernier forum des usages coopératifs à Brest. Et ce n’est certainement pas simple.

    Pour conclure, je dirais que le taux de commentateurs n’est pas un indicateur pertinent (ramenez ce 1% au taux de participation dans un parti politique par exemple). Le principe de la participation ne peut être abandonné, à mon avis, pour qui souhaite une société démocratique. On ne peut donc se réjouir que le fameux « modèle UGC » soit en faillite. Si tant est qu’il le soit, car je pense que les internautes sont plus intelligents qu’on ne le croit dans leur manipulation du net et qu’ils savent bien adapter leurs stratégies à leurs besoins *propres*.

    Internet est avant tout un milieu.

    Le seul indicateur vraiment intéressant, ne serait-ce pas ce qui est produit par tout ce dispositif participatif ? Berl disait « J’écris pour savoir ce que je pense ». Avec les outils dont nous disposons, nous pouvons espérer que d’autres viendont nous aider à construire ce que nous pensons. C’est cela qui importe. Des « petits riens », effectivement. Et je crois que c’est par nature imprédictible. Mais essentiel.

  10. Bel article sur l’état du Web participatif, j’ai jubilé à sa lecture et je trouve peu à y critiquer sinon une inclination au pessimisme. Vous me permettrez donc un bémol que je ferai un peu lyrique pour ramener le beau temps.

    Les outils de la participation sont en place, il faut laisser le temps aux internautes de se les approprier et, ce faisant, de s’approprier le Web. C’est une maturation lente que cette prise de conscience d’une réelle possibilité d’action sur l’opinion (donc sur le monde).

    A l’école des forums, des blogs et des tchattes, on apprend à prendre en considération l’expression du point de vue des autres, on découvre l’éventail des opinions, on améliore son sens de la relation, tout cela sans forcément avoir à intervenir.

    Un lurker ne dit rien mais n’en pense pas moins. Les reluqueurs constituent un formidable potentiel d’intervention qui n’attend qu’une occasion pour descendre dans l’arène et prendre la parole. On ne doit pas l’y obliger.

    On n’a jamais disposé d’un moyen de formation citoyenne aussi efficace et il me semble qu’il ne faut pas forcer les choses, le mieux est de laisser faire à la diversité du Web son lent travail d’alambic des consciences.
    Autrement dit : il n’est pas utile de provoquer l’intervention ni de la réclamer, ce serait brûler les étapes et, d’une certaine manière, forcer la main aux internautes. Il suffit de proposer les outils.

    Nous en sommes encore au stade de la dissémination des savoirs, la connaissance suivra inéluctablement, c’est un processus naturel.
    L’exploitation commerciale (industrielle) du Web 2.0 n’est jamais qu’un épiphénomène agaçant pour certains mais c’est une phase inévitable et qui présente l’immense avantage de populariser les outils.
    L’éventuel échec des modèles économiques ne détruira pas le système lui-même : l’objectif, dont il ne faut pas dévier, c’est d’apprivoiser l’internaute pour qu’il choisisse un jour, peu ou prou, seul ou avec d’autres, de prendre les commandes de ce Web qui, en fait, lui appartient.

    Les blogueurs sont des défricheurs pour les colons de demain. C’est une tâche ingrate mais il faut bien que quelqu’un se tape ce boulot, n’est-ce pas ? (sourire)

  11. @ Narvic: merci pour ta réponse, je partage tout à fait ton point de vue. 🙂

    L’UGC pur est un leurre, mais pour le journaliste, descendre de son piédestal et travailler avec les amateurs est une expérience passionnante et enrichissante pour l’info. Ce que je vis tous les jours ici.

    Bon nombre de micro-événements ne sont jamais pubiés. Car selon notre hiérarchie de l’info, ce sont justement de micro-infos. Pas pour celui qui l’a vécu, ou qui habite à côté. Je crois beaucoup au participatif et au pro-am à l’échelon hyper-local.

  12. Bonjour Narvic,
    Beau billet, merci pour ce travail.
    C’est vrai. La bulle se dégonfle coté économique (si tant est qu’elle fut jamais gonflée – en tout cas, on doit arriver au bout des promesses faites aux VC).
    Mais je crois que ce qu’on appelle le Web 2.0, le Web contributif, participatif, reste un vrai phénomène culturel, technologique, voire sociologique.
    Les fonctions de contributions et de partages, permises par les nouveaux outils, ouvrent de vrais nouveaux horizons.

  13. @ tous

    Je ne me rendais pas compte que ma petite synthèse donnait finalement une tonalité si pessimiste. |)

    Je souhaite surtout insister, à la suite d’Hubert Guillaud et Daniel Kaplan, sur le fait que la participation n’est pas un phénomène “naturel”, ni “auto-organisé”, ni “autogéré”. Il y a du travail à faire, qui ne se fera pas tout seul…

    Partout où le Web 2.0 table sur des machines et des algorithmes pour “extraire” la substantifique moelle des contenus des utilisateurs, il me semble que des interventions humaines d’accompagnement donneraient un résultat bien plus intéressant et plus utile.

    Quelques exemples :

    – éditer les commentaires, comme commence à le faire un peu Rue89, mais il faut aller beaucoup plus loin (un début de réflexion ici, dans les commentaires, et chez Pierre France)

    – une hiérarchisation “ré-humanisée” de l’information, à travers ce que j’ai appelé des “agrégateurs humains”. Ils peuvent être des journalistes, mais les réseaux de blogueurs, et leur veille de l’information, jouent aussi ce rôle : il faut peut-être améliorer son efficacité, en inventant de nouvelles passerelles entre les blogs, en développant beaucoup la mise en réseau des blogs…

    – développer les sites pédagogiques, d’apprentissage du web : c’est dans ce sens que j’ai qualifié Médiapart de “média d’acclimatation” (ce n’est pas du tout péjoratif dans mon esprit).

    Par ailleurs, certains outils très puissants de partage ne me semblent pas encore vraiment mûrs, car encore trop compliqués, pas assez intuitifs, pour une adhésion massive. Je pense aux flux RSS. J’en fais, pour ma part, un usage immodéré, sous de multiples formes (flux de sites, flux de liens, flux sur des mots-clés…), mais j’ai bien du mal à convaincre de s’y mettre certains proches pour lesquels c’est trop compliqué par rapport à leur pratique du net.

    Certaines technologies, au contraire, me semblent sur-estimées, voire produisant des effets pervers, comme les systèmes d’agrégation basés sur la popularité, qui accentuent les effets moutonniers au détriment de la pertinence.

    Bref, il faut du temps et de la pédagogie, et surtout faire plus confiance en l’homme que dans la technologie… 🙂

    C’est pas pessimiste, ça ? :-p

  14. Un sujet central et comme toujours ici passionnant.

    Mais Narvic -comment le dire?- je crois que le canevas de l’attente / déception permet toujours de poser que les attentes ne sont pas satisfaites (ce qui est presque toujours vrai tant les attentes sont variées), et à partir de là d’en déduire qu’un phénomène n’est pas si important qu’on le croyait (tout dépend de qui est le “on”, n’est ce pas?), et finalement d’en conclure que le phénomène n’a pas tant d’importance que cela (même si je ne pense pas que c’est ce que soit exactement ce que tu exprimais).

    Et pourtant, tout montre, y compris les exemples de l’article, que le phénomène est sans égal.

    1- Sur l’ampleur économique de l’UGC. Je crois qu’il n’y a presque aucun exemple passé de société atteignant 200 M$ de CA moins de 4 ans après sa création (Google et Yahoo! sont peut-être des exceptions, mais je crois que si l’on prend en compte la date réelle de la R&D précédant le lancement, elles restent loin du compte). En comparant cela à n’importe quelle autre secteur économique que le Web, on ne peut que reconnaitre l’absolue unicité du phénomène.

    2- Sur la part réelle de participation: Si l’on compare là aussi à un référent objectif, qui pourrait être le taux de participation des auditeurs d’un média classique, on voit rapidement que 1% est un taux gigantesque. Il signifie que dans un pays comme la France, on est passé en moins de cinq an d’un total de quelques dizaines de milliers de créateurs de contenus de tout ordre (journalistes, chanteurs, artistes… etc…) à plusieurs centaines de milliers, voire plusieurs millions.

    Si l’on traçait, dans un pays donné, le ratio absolu de créateurs/consommateurs de contenu, non pas sur quelques années, mais sur les précédents siècles, on verrait que ce ratio s’accroit plus en une journée depuis l’existence du Web 2 qu’il ne s’accroissait lors des années précédent l’internet. Plus exactement, on verrait apparaitre deux paliers reconnaissable de très loin

    – L’invention de l’imprimerie, qui a permis à ce ratio de passer du cent-millième (voire moins!) à l’ordre du millième ou du dix-millième

    – Le Web et particulièrement le Web 2, par lequel ce ratio passe aujourd’hui de l’ordre du dix-millième à celui du centième ou du dixième

    Le Web participatif, collaboratif ou le Web 2.0, quelque soit le nom qu’on lui donne n’est rien moins qu’une révolution. Cette révolution est à bâtir en effet, et ce n’est pas la technologie seule qui la pourra donner. Mais à mon sens, sa profondeur et son ampleur pourrait difficilement être surestimée.

  15. “La participation ouverte à tous n’intéresse finalement qu’une très infirme partie des internautes” : c’est sûr qu’avec de telles prémisses, la conclusion ne peut être positive 😉 !

  16. @ Cratyle

    La déception : mon emploi du mot est une tournure rhétorique, car je ne suis pas personnellement déçu de ne point voir arriver quelque chose auquel je ne croyais pas. B-)

    Je parle de déception au regard des discours messianiques et techno-eschatologiques que j’ai pu lire au sujet du Web 2.0. Faut-il les rappeler ?

    Je parle juste de redescendre un peu sur Terre et de réaliser qu’il y a beaucoup de travail à faire pour donner une forme et un sens à tout ça…

    Je vois bien que des choses changent et qu’il y a des promesses très intéressantes dans le net.

    Mais elles ne sont pas forcément là où on le croyait, et il n’y a pas forcément une nouvelle révolution toute les semaines. 😉

    Par exemple : c’est vrai que la participation augmente, mais ce n’est pas une explosion qui change la face du monde du jour au lendemain. Ce sera un processus lent et donc long.

    Pour avoir observé de près d’autres processus participatifs, hors du web, comme les enquêtes d’utilité publique ou les conseils de quartiers, ça fait longtemps que je sais que la participation ne naît pas spontanément quand on lui offre les conditions pour s’épanouir. Ça demande du temps, de l’apprentissage et beaucoup d’accompagnement pour produire un résultat utile à la collectivité.

    Or, je vois pas mal de monde sur le Web qui n’a pas encore pris conscience de cette réalité… 😉

    PS : je remets ci-dessous le lien vers ton blog (le tien ne fonctionne pas)

  17. Trop long de répondre à un si long article.

    Une petite pensée quand même pour tempérer le pessimisme ambiant des commentaires.

    Que cela s’appelle Web2.0 pour des nécessités de faire un Power point viral aux clients, ou “Internet qui continue son chemin” pour être juste, **il n’y a jamais eu autant de création de valeur** par et pour tout le monde et en si peu de temps, depuis des siècles.

    Et un principe de base : “si ceux qui ont rendu Internet possible s’étaient posés la question de comment toucher d’abord des thunes une fois le truc installé, jamais ce que nous voyons aujourd’hui n’aurait existé.”
    Comme le signale Lawrence Lessig dans un de ses livres, Internet s’est construit en dépit de l’informatique propriétaire et, je rajouterais, de l’industrie classique qui emploie une batterie d’outils complètement différents.

  18. Salut Narvic,

    La participation n’est pas si faible que ça. Forrester sonde tous les ans les internautes – il en ressort qu’environ 50% des internautes participent d’une manière ou d’une autre.

    Ensuite, et c’est là où je suis pas d’accord avec toi, tout le web est aujourd’hui participatif.

    Le simple fait de pouvoir connaître les stats de fréquentation d’un article donne à chaque action de l’internaute un poids sans rapport avec celui du téléspectateur/lecteur. Tout l’index de Google repose sur les actions des utilisateurs, même si on ne considère pas ça comme de l’UGC.

    Le phénomène dont tu parles ressemble plus à un pseudo-étonnement (de la part des vendeurs de business plans) : “Oh, zut alors, tout le monde ne peut pas faire un boulot de journaliste gratuitement”.

    Seuls des systèmes rendant au contributeur autant qu’il a investi arrivent à obtenir des contributions de qualité (ie, réponse de l’auteur pour les coms, taille/qualification de l’audience pour des articles).

    Mais comparer l’UGC avec ce que produisent les professionnels, c’est se tromper de débat. La valeur d’un contenu généré par l’utilisateur n’a rien à voir avec les diplômes de son auteur. Elle est déterminée par ce qu’elle apporte au destinataire.

    Un commentaire sur un Wall de Facebook peut paraître plus important aux personnes impliquées que tous les articles du Monde. La composante sociale de l’information change sa valeur.

    Dernier point: dans le Global top 500 d’Alexa, le premier site de contenus non-UGC arrive en 46e position (BBC). Après ~17 plateformes UGC.

  19. Je vous prépare une note de lecture détaillée qui illustrera mon propos plus clairement : ce que je veux dire est simplement que dans le discours de promotion du Web 2.0 la participation est non seulement sur-évaluée (quantitativement) mais aussi sur-estimée (qualitativement), et cela pour des raisons idéologiques, avec un arrière plan commercial.

    La confrontation critique de ce discours avec une vision plus réaliste des usages montre qu’il n’y a pas de “révolution internet”, mais une accélération, une généralisation, ou parfois une réapparition de certains phénomènes qui était déjà à l’oeuvre dans la société. Et le discours du Web 2.0 lui-même trouve ces racines dans des idéologies et des utopies qui elles aussi sont anciennes.

    Je n’ai rien pour ma part contre la participation, c’est même une très bonne chose, mais le discours qui en fait une panacée, voire une obligation, ne correspond pas à la réalité.

  20. À Nicolas :

    « La participation n’est pas si faible que ça. Forrester sonde tous les ans les internautes – il en ressort qu’environs 50% des internautes participent d’une manière ou d’une autre. »

    On peut communiquer ce qu’on veut à partir d’un chiffre et je crois même que c’est l’une des grandes caractéristiques de ceux qui concernent l’internet.
    Par exemple, à propos de Flickr, je me souviens d’une étude relayée par Laurent Suply en février dernier :
    http://blog.lefigaro.fr/hightech/2008/02/les-etonnants-chiffres-de-flic.html

    Extrait :
    « La matière première est fournie par une minorité : 20% des utilisateurs possèdent 82% des photos du site. C’est encore plus flagrant quand on constate que les 3,7% d’utilisateurs ayant un compte « pro » (payant) ont mis en ligne 59,5% des images. »

    Je veux dire par là que si, sur ces 50 % de gens qui participent, seul 10 % génèrent 90 % du contenu, la taux moyen de participation ne veut plus dire grand chose.

  21. @narvic:

    Complètement d’accord, en fait 😉

    Mais la “révolution”, pour moi, vient de la mise en concurrence des contenus pro et amateurs pour l’attention des consommateurs. Ie, on ne passe plus le temps en regardant la télé/les journaux mais en allant sur Facebook ou Youtube.

    @Christophe:

    En citant l’étude Forrester, je veux dire qu’un internaute peut être acteur sur un site et lurker sur un autre. Au total, il apparaitrait que la moitié des internautes produisent du contenu d’une manière ou d’une autre.

  22. @narvic

    Nous sommes globalement d’accord, me semble-t-il :

    ça fait longtemps que je sais que la participation ne naît pas spontanément quand on lui offre les conditions pour s’épanouir.

    Mais c’est justement le point d’une orientation politique importante. Car il est tout aussi idéologique de dire : « Vous voyez bien que ça ne produit rien ! ». C’est pourquoi il faut saisir au bond la balle que mediaWiki, dotClear, SPIP et les autres ont lancée.

    Peut-être y aurait-il quelque chose d’intéressant à élaborer sur le fait que, jusqu’à présent, sur Internet, les usages ont toujours eu un coup d’avance (soutenus par les industies télécoms et réseaux, tout de même) ?

    La révolution (copernicienne) a bien eu lieu au sein des vecteurs. Globalement on est passé du modèle mass-media des radios libres au modèle peer-to-peer des blogs. Du coup, on a effectivement mieux rencontré des attentes qui, elles, avaient toujours été déjà là.

    @nicolas

    La composante sociale de l’information change sa valeur.

    Même pour un latourien 🙂 je pense qu’on ne peut pas être si relativiste. Surtout quand le destinataire peut être n’importe qui. Pour reprendre Latour, il faut qu’il y ait quand quelque chose « qui résiste », ce qu’il appelle les « faitiches ».

  23. Attention : je ne suis pas un fana des buzz marketing, donc si je m’appuie ici sur le Web2.0 tel qu’il a été énoncé par Tim O’Reilly, j’écris comme si cette personne avait parlé sincèrement de son concept. Je ne fais qu’aller aux sources comme tout bon étudiant universitaire.

    Si on s’en tient à l’invention du Web 2.0 par Tim O’Reilly, on se rend compte que ce que vous appelez “participation” ou “participatif” est entendu en un sens beaucoup plus large.

    Les meilleures architectures qui s’y réfèrent collectent automatiquement en fait de la participation comme un sous-produit de l’activité principale de l’utilisateur.

    Pour que cela soit vraiment Web2.0, il faut en effet que cela se passe avec le minimum d’effort de la part de l’utilisateur, car en effet O’Reilly était conscient de ce défaut de participation de l’utilisateur lorsqu’il n’y est pas contraint.

    Alors évidemment, si vous aviez une autre version de la déclaration de naissance du Web2.0 qui fait foi, je serais très intéressé par le lien.

    D’ailleurs, je viens de relire le “What is Web 2.0” d’O’Reilly et il n’y est signalé nulle part le terme d’UGC qui pourtant me paraissait naturel.
    Après une recherche :
    Wikipedia France signale un terme né en 2005 dans les milieux du Web 2.0 proche des médias.
    Wikipedia English est beaucoup plus prudent et ne relie pas formellement les deux termes.

    Donc on pourrait dire que l’UGC est un terme inventé par le milieu des nouveaux médias en 2005 et ne représente qu’une partie de ce qu’un projet Web2.0 pourait collecter comme participation de la part de l’utilisateur.

    Pour remembrance
    “What is Web2.0”

  24. En fait, je me suis rendu compte que l’effet buzz-marketing du concept Web2.0 est en voie d’extinction, mais qu’il ne rencontrait pas le cadre défini par Tim O’Reilly.

    C’est normal, Tim O’Reilly s’est attaché à conserver comme tout technologiste une certaine plasticité à son exposé, pour qu’il puisse être adapté au métier de chacun sur l’Internet. Donc cet exposé a pu être tordu dans tous les sens, parfois même au-delà du point limite de rupture

    Autre chose, je ne l’avais pas remarqué à l’époque cette faiblesse de son discours, il fait très souvent appel à un esprit Opensource, ou de projets collaboratifs, qui s’il n’a pas été vécu en situation, évidemment ne peut résonner suffisamment chez le lecteur non-initié.

  25. Desole si je suis un peu hors sujet, mais concernant les commentaires je trouve que les interfaces pour commenter sur les blogs et memes les sites d’information sont peu propices a la generation d’un veritable dialogue.
    Rares sont les blogs proposant en option de faire suivre par mail tout nouveau commentaire sur un billet que l’on vient de commenter.
    Il me semble que la gestion des commentaires reste fastidieuse pour les commentateurs, cette extension disponible pour de nombreuses plateformes je crois aide a generer un peu plus d’interaction et de dialogue. Il nous manque encore des outils pour les commentaires, car meme l’envoit par mail a ces limites. La possibilte de faire une reponse a (generant un mail a l’interesse uniquement) serait un plus…

    Bien que ce manque ne semble pas penaliser novovision, as tu pense, Narvic, a rajouter une telle extension ?

  26. @ Garçon

    Je croyais avoir ajouté cette fonctionnalité automatique pour les commentateurs qui laissent une adresse mail valide, mais en réalité je n’ai jamais vérifié si elle fonctionnait réellement. Je vais faire des tests, mais peut-être d’autres peuvent dire s’ils reçoivent bien des alertes mail pour les nouveaux commentaires quand ils ont laissé un mail ?

    Sinon, il y a le flux RSS général des commentaires de novövision, dont je n’ai pas vraiment fait la promotion. Mais je vais le faire… B-)

  27. En y revenant, j’avais pas tout fait comme il faut, mais maintenant ça devrait fonctionner : si on laisse une adresse mail avec son commentaire, on reçoit par mail toutes les réponses…

    Normalement…

  28. Sur le thème du Web 2.0 ce billet du Blog Harvard Business montre que les principes du Web 2.0 fonctionnent et ont contribué à la création d’entreprises qui font effectivement de l’argent.

    Pour étendre le modèle participatif à autre chose que de l’opinion et des médias, voici un récent article du NYT où le problem-solving est remis entre les mains de la multitude, par Internet :

    The process, according to John Seely Brown, a theorist of information technology and former director of the Xerox Palo Alto Research Center, reflects “a huge shift in popular culture, from consuming to participating” enabled by the interactivity so characteristic of the Internet. It is sometimes called open-source science, taking the name from open-source software in which the source code, or original programming, is made public to encourage others to work on improving it.

    Quant à la vidéo, contrairement a ce qui est dit plus haut, elle en représente pas un coût monstrueux. Au contraire, elle est accessible à n’importe quelle structure de journal.
    Et les médias locaux devraient en profiter pour créer leur propre valeur ajoutée en ligne.
    Bref, le futur selon Jeff Jarvis qui cite comme exemple un journal local du New Jersey.

  29. @ Florence

    Données intéressantes (et belle représentation graphique). Mais pas vraiment “un autre point de vue”…

    Ces données montrent que la participation sur internet est très modulées selon certains critères sociaux : vos chiffres soulignent l’âge, mais d’autres soulignent les mêmes clivages selon le niveau d’études, la catégorie socio-professionnelle, etc…

    Et d’autres études soulignent encore une évolution vers une appropriation croissante mais lente de ces outils.

    Tout ça mène à relativiser ce phénomène de participation. Internet permet à un peu plus de monde de participer, mais seulement un peu plus, et les mêmes clivages anciens socio-économiques s’y retrouvent…

    Et certains appellent ça une révolution ?

  30. D’autres chiffres intéressants sur l’ampleur réelle de la participation en ligne sur sondageandco.fr :

    “Le fait participer “souvent” à des forums de discussion, de poster des commentaires sur des sites d’information ou des blogs apparaît effectivement comme une activité marginale (entre 3% et 4% des individus interrogés).”(étude ifop)

  31. À propos de chiffres, j’analyse en détail ceux de mon blog depuis quelques jours et j’en arrive à la conclusion que 84 % de ses visites ne dépassent pas la minute (78 % ne dépasse pas 10 secondes).

    Pour faire le tri avec les habitués qui reviennent rapidement plusieurs fois par jour, j’ai joué un peu sur les maths et j’en suis arrivé à déduire que 70 % de mes visiteurs uniques absolus n’avait pas dépassé la minute lors de leur visite (une seule et unique visite pour 81 % d’entre eux). Considérant que 1 minute est souvent le minimum temps minimum pour lire un billet, j’ai donc 70 % de mes visiteurs uniques qui ne sont pas de réels lecteurs (arrivés sur mon blog par un lien qui ne correspondaient pas à leur attente, pour la plupart, je suppose).

    Donc, forcément, la participation, quand on a pas lu, c’est difficile…
    Et d’après d’obscures sources, il parait que je suis loin d’être le seul blogueur à constater de tels chiffres 😉

  32. (suite) Je veux dire par là que si on veut établir un taux de participation, il faudrait le faire par rapport au nombre de lecteurs et non par rapport au nombre de visiteurs. Nombre de visiteurs qui, en ce qui concerne mon blog en tout cas, ne veut plus dire grand chose dans l’absolu, si ce n’est me donner des infos sur son référencement.

  33. En même temps, au-delà d’un certain nombre de commentaires apportant un certain nombre d’idées/pistes de réflexions, impossible de suivre, de contribuer, d’ajouter, etc.

    L’ergonomie ne se prête plus à la stimulation.

    Et je deviens donc reluqueur. Mais c’est intéressant quand même. 😉

  34. Le débat (tout aussi riche qu’ici 🙂 ) se poursuit en parallèle chez André, sur Arhv (lien signalé en fin du texte), auquel se joint désormais Laurent, sur Embruns

    Je resposte ici un de mes commentaires chez André, qui a aussi sa place ici :

    On ne se comprend pas tous, j’en ai bien peur, tellement l’expression Web 2.0 est utilisée par tous et par chacun avec le sens qu’il lui attribue. C’est à mon sens le signe que l’expression n’a en réalité pas beaucoup de sens. 😉

    Alors ce serait une question purement technologique ? Attention au technicisme… 😉 Et quand bien même : plusieurs des technologies “emblématiques” du Web 2.0 étaient anciennes et d’autres nouvelles. Quelle unité ? Dynamique vs statique ? A quel moment se situe la rupture ? Est-elle seulement réellement repérable ? Cette piste-là avorte elle-aussi. Car elle aboutit aussi sur des phénomènes complexes, qui se produisent dans la durée. Toujours pas de “révolution”, mais “évolutions” et “transitions”…

    L’approche “sciences sociales” ? (cf. rebillard, cité plus haut) Elle ne fait justement que tracer des continuités, des transitions lentes et des innovations, là où Web 2.0 claironne des ruptures.

    Ce caractère scientifiquement indéterminable du phénomène Web 2.0 signale son origine essentiellement idéologique, avec un puissant arrière fond marketing et commercial : d’ailleurs cette idéologie marque le point de convergence “californien” du libéral et du libertaire, fusion fumeuse des intérêts de quelques ex-hippies de la Silicon Valley avec les courtiers de Wall Street, dans ce que quelques chercheurs ont identifié comme le nouveau “socle conceptuel de légitimation” d’un “nouvel esprit du capitalisme”… (Boltanski/Chiaparello)

    On découvre d’ailleurs sous le discours libéral/libertaire une vaste entreprises d’exploitation des internautes, sous couvert de liberté d’expression. (cf. Nicolas Carr)

    Non, décidément, je ne suis pas du tout Web 2.0. Moi je suis pour un autre web, réellement libre et basé sur la coopération des hommes libres. Et nous continuerons de le construire, alors que l’idéologie du web 2.0 se sera fracassée… à Wall Street 🙂

  35. Intéressant de la part d’André.

    Sauf qu’il y a un point très important du Web 2.0 cité par O’Reilly

    “An attitude not a technology”

    Oui si on regarde le Web 2.0 c’est une attitude stratégique “idéale” à adopter par les entreprises, pour mieux intégrer ou profiter du Web de demain.
    C’est un état d’esprit qu’il faut percevoir.

    Donc si on ramène le Web 2.0 à un techno précise, on se gourre probablement sur toute la ligne, vu que je prenne n’importe quelle techno existante sur le Web, je peux faire du Web 2.0.
    Ce n’est pas un problème de techno, désolé si vous vous êtes fait enfumer par des consultants d’Oracle, IBM, Microsoft, etc.
    This is not the point of Web 2.0

    Moi déjà, je ‘lai signalé plus haut, je n’aimais pas le fait d’attacher un terme “Web2.0” par O’Reilly, à ce qui était la continuation de l’innovation sur le Web où les outils et l’état d’esprit opensource, de toute façon, prenaient l’ascendant sur l’informatique ancienne en profitant au maximum du levier fantastique qu’est un réseau global comme l’Internet.

    On n’avait pas besoin de cela, car j’imagine que les gars à l’origine de Technorati, Flickr, Google, etc. en avaient rien à faire de s’appeler Web classique ou Web2.0.

    Mais peut-être qu’on en avait besoin quand même, car les gens de la publicité, des médias, du marketing ne comprenaient rien à ce qui se passait sur Internet (le résultat de leurs bévues a été le gros plantage de la première bulle internet en 2000), et qu’il fallait leur offrir des clés de réflexions, des concepts de bases, pour quen se débarrassant du point de vue technologique, ils puissent bâtir des stratégies efficaces sur le Web.

    Globalement, que des technologistes se mettent autour d’une table et cherche à présenter un cadre conceptuel qui s’appelle “mescouilles” ou “Web 2.0” pour que chaque métier puisse bénéficier d’éléments stratégiques de base pour s’harmoniser avec le Web et en profiter au maximum.
    C’est une bonne et utile chose.

    Maintenant que plusieurs années après, une fois que ces concepts de base aient été tordus dans tous les sens, vulgarisés et mal interprétées par différentes communautés de décideurs, qu’ils aient été ressassés à la sauce de tous les mauvais Power Point de la planète ; cela ne m’étonne pas de l’être humain.

    Mais qu’on vienne en fin de bal critiquer les technologistes à l’origine de cet effort, parce que ma start-up n’a pas marché, parce que c’est pas comme cela qu’on voyait les choses, parce qu’on a interprété tout de travers, parce qu’on a pas lu et relu en détail le papier d’O’Reilly, bah c’est de la mauvaise foi et cela ne m’étonne encore pas de l’être humain.

    Moi ce que je peux dire à ceux qui traitent ces technologistes de libéraux-libertaires de la Silicon Valley qui soit-disant nous enfumeraient.
    Revenez comme tout bon chercheur universitaire, tout bon journaliste, aux sources.
    Relisez et repensez le texte “What is Web2.0” en mettant de côté le fait que cela s’appelle “Web2.0” et vous verrez peut être que des choses extrêmement importantes y sont décrites et présentées, qui sont des clés de succès, mais pour cela il faut savoir lire un texte, et faire un effort de réflexion dans un cadre respectueux qui ne trahisse pas la pensée de l’auteur.

  36. N’y aurait-il pas dans le constat de cet essoufflement un effet de mode, comme un grand retour de balancier en quelque sorte ?

    Des milliers de commerciaux ont fait mousser à l’extrême le concept 2.0 pour lever de l’argent comme ils l’auraient fait pour n’importe quel autre produit, surestimant les avantages, sous-estimant les limites…
    On a déjà connu ce genre de bulle…
    on en verra d’autres…

    N’empêche, malgré les déceptions de ceux qui y ont trop misé, les outils participatifs font bouger les lignes.
    Certes, lentement, avec des crispations, des reculs, mais ça bouge. Comme enseignant, j’en suis un spectateur-acteur. A nous d’accompagner la transition vers ce qui n’est qu’une dimension supplémentaire .

  37. L’UGC et le participatif ne datent pas du Web 2.0. Déjà à l’ère du CD-ROM, tout avait été inventé. L’éditeur de Jeuxvideo.com, avant qu’il ne soit racheté, a totalement fondé son succès en demandant initialement aux lecteurs de mags de jeux vidéo de lui envoyer des astuces. Là où c’était malin, c’est qu’une astuce de jeux vidéo peut facilement être repompée d’un magazine sans souci de copyright, puisqu’il s’agit d’une info brute. C’était donc un moyen rapide et facile pour le fondateur de jeuxvideo.com de se créer une sacrée base de données. La limite provenait des solutions complètes, forcément descriptives et forcément oeuvres de l’esprit. C’est ainsi que j’avais retrouvé des dizaines de soluces de feu PC Player sur le site de jeux vidéo. C’était il y a 10 ans. Depuis, on a appelé ça le Web 2.0 (pour partie).

    Tout cela pour souligner que oui, le Web 2.0 ça marche, mais c’est comme tout : seuls les plus malins savent en tirer parti. Et si Google a surpayé Youtube, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même, car malgré tout 200m$ de CA pour une toute jeune société, c’est énorme.

  38. Le mirage de l’UGC se voit aussi beaucoup dans la ppub : il y a deux ans à peine, tous les annonceurs voulaient diffuser des spots made in UGC. Quand ils ont vu le résultat… vous en avez vu beaucoup vous des clips créés par les consommateurs diffusés en prime time ? 😉

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