sur le web

Le Pape, les aristos et les sans-culottes du net

Les grosses colères de Jean-Michel Aphatie et Guy Birenbaum, hier dans les blogs, le premier dénonçant le “pape de la blogosphère” et l’autre “la meute” des blogeurs à ses trousses, n’est qu’un petit moment d’énervement. Après un sourire, on peut tout de même en tirer quelques leçons…

Les éditorialistes vedettes de “l’autre monde”, celui de la radio et de la télé, semblent avoir un vrai problème avec les blogueurs. Et c’est aussi le problème de bien des journalistes avec le net en général et les blogs en particulier.

Peut-être certains ne trouvent-ils pas dans la blogosphère la place qu’ils estiment leur revenir de droit… Peut-être regrettent-ils que la course à l’audience qui fait rage dans les sites de presse ne ramène vers eux qu’une audience bas de gamme, alors que le vrai lieu des débats de fond et des échanges de qualité, il est… dans les blogs ! :o)

S’ils sont si prompts à dénoncer une nouvelle “aristocratie” et son “pape”, se ravalant eux mêmes, ce qui est drôle, au rang de sans-culottes, n’est-ce pas de rage de se voir eux-mêmes… détrônés ?Padawan tire une intéressante leçon des escarmouches blogosphériques qui ont opposé hier Versac, Koz, Embruns, avec Aphatie et Birenbaum, sur fond de course effrénée à l’audience en ligne des sites de presse, à grand coup de vidéo volée (“la course à qui sera le Paris Match du web”) :

(noir)“Une chose me semble émerger dans tout ceci : certains journalistes n’aiment pas l’abolissement de la barrière à l’entrée dans la publication en ligne, qui a permis à des individus, des amateurs, de se faire connaître et apprécier pour leur plume. Car s’il y a bien une chose que démontrent Nicolas (Versac) et Laurent (Embruns), c’est la possibilité que le web offre à quiconque fait l’effort de publier, avec sincérité et intelligence, de trouver une audience. Et sans avoir à recourir au moindre artifice, simplement en écrivant, bien, en distribuant et en récoltant à foison cette mane du web que les journaux en ligne détestent offrir aux autres : des liens hypertextes. Il y a de la jalousie, indécente et mal placée, chez ceux qui proclament une prétendue auto-proclamation de barons de la blogosphère. Chercher à qui profite le crime permet de mieux comprendre les cris d’orfraies de ceux qui ont peur des « blogueurs zinfluents ».”

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Il y avait de ça dans cette prise de bec d’hier. Comme un parfum de guerre entre “la meute” des blogueurs “zinfluent”, ces “barons” qui tiennent toute la blogosphère d’une main de fer, contre les pauvres petits journalistes (Aphatie) ou para-journaliste (Birenbaum), tout petits, tout isolés et tout victimes, n’ayant, au delà de leurs pauvres petits blogs, comme seul et maigre moyen pour faire entendre leur voix dans le tumulte, que les pauvres moyens de RTL, Europe1, Canal+ et lepost.fr réunis (notamment) ! En effet, face à trois blogs, ça ne fait pas le poids.

Il semble bien, comme le suggère Padawan, que ces éditorialistes “zinfluents” aient un vrai problème avec les blogueurs. Et pas mal de journalistes avec eux…

On se souvient encore de ce que bien des journalistes ont pu balancer pendant des années sur le net, ce ramassis de sexopathes nazillons, complotistes et menteurs (On t’a pas oublié, Philippe Val !). Ils commencent à se calmer, mais c’est pour la simple raison qu’ils voient très bien où est en train de partir l’audience et la pub ! Alors ils suivent…

Seulement, arrivés sur le net, ils sont très étonnés de découvrir qu’il y a déjà du monde sur place, et qu’ils ne sont pas accueillis à bras ouverts : ils doivent faire leurs preuves, comme les autres… Et ça, c’est difficile à avaler. D’autant que sur le net, il leur faut tout réapprendre.

Et la première chose à réapprendre sur le net, c’est un chose que bien des journalistes avaient oublié, si tant est qu’ils l’aient jamais su : les lecteurs existent, et sur le net ils ont les moyens de le faire savoir. On voit bien dans la réponse d’Apathie (sur son blog) comment il est mal à l’aise et maladroit dans ce dialogue en public, quand il tourne à la polémique. Il lui manque cette expérience si particulière du débat en ligne (celui des blogs, des forums, de usenet jadis). On voit bien qu’il ne se s’est pas encore assez frotté aux trolls… 🙂 (La réaction de Birenbaum est plus étonnante, car c’est tout de même un vieux routier de la polémique… et il sait fort bien ce qu’est un troll !)

Les journalistes ne dialoguent d’ailleurs quasiment jamais avec leurs lecteurs sur les sites de presse où sont repris leurs articiles. Ils sont bien rares à venir le faire dans les blogs, et quand il le font c’est parfois fort maladroit. Il n’y a guère que des Benoît Raphaël (lepost.fr), Pascal Riché (Rue89), ou Eric Mettout (l’express en ligne), et quelques autres, qui viennent régulièrement défendre leur point de vue dans les blogs où ils sont interpellés, mais ce sont précisément des journalistes “pur web”, qui connaissent la musique. Pour les autres, c’est plus difficile…

Il faut dire que les lecteurs qui viennent commenter les articles de journalistes ne donne pas toujours l’envie de dialoguer…

Ouinon (Christophe D.), en commentaire chez Versac, fait une observation intéressante des publics respectifs des blogs de Versac et d’Aphatie : celui de Versac vient des blogs et connaît Apathie, celui d’Apathie vient de la radio et de la télé et ne connaît ni Versac, ni les blogs… On peut faire la même remarque avec celui de Morandini, et en partie aussi avec celui de Birenbaum et du post.fr…

C’est un public relativement nouveau, drainé sur le net par la notoriété acquise hors du net, à la télé et la radio, par quelques têtes de gondole. C’est le même public qui va commenter sur les sites des grands médias. Il se tourne vers ce qu’ils connaît déjà. Il suit et sort peu des sentiers battus et balisés… Il ne connaît pas les blogs. Il s’y sentirait probablement mal à l’aise car il n’en connaît pas les usages et les codes.

La lecture des commentaires chez Apathie et Birenbaum est édifiante sur la nature de ce public. Ça frise parfois le skyblogueur ! Extrait :

(noir)“98, cher ami, pui-je connâitre le rapport entre Mme Bettencourt et le blog des 400 kuls ce libé………(ma foi for intéressant)
pas cemprendre………………………………”

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C’est peut-être ça, finalement, qui défrise ces journalistes face aux “blogueurs zinfluents” : ce sont les blogueurs qui captent la meilleure audience et ne leur laissent que le tout venant ! Ces blogueurs ont patiemment construit une audience, par la conversation, la recommandation, les réseaux de liens. Et cette audience ne vient ici que parce qu’elle y trouve la qualité qu’elle recherche. C’est donc là que l’échange a lieu, parce que c’est là que se retrouvent ceux qui ont des choses intéressantes à dire.

Chez eux, sur les gros sites de presse et les galaxies qui tournent autour, les journalistes ne rassemblent que des lecteurs attirés par la notoriété d’une marque ou d’un nom, ou capturés par des astuces de référencement, des achats de mots clés, toutes les ruses pour “booster l’audience” que relève Eric Mainville. Une stratégie qui ne ramènent qu’un lectorat déqualifié, volatile et infidèle. Et ne produit en commentaires qu’une sorte de diarrhée continue, comme on le voit du post à Libé, de 20minutes à Morandini…

Voilà pourquoi les accusations fusent contre Versac et consorts : “le pape”, “les barons”. Il existerait “une aristocratie” du net et ils n’en font pas partie ! Elle est donc intolérable. Parions que s’ils en étaient, cette aristocratie serait beaucoup moins condamnable… :-p

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Mise à jour (21h00) :

Querelle de “légitimité”

Jules, sur Diner’s Room, se penche à son tour sur cette grave affaire et tend à y voir également, de la part de Jean-Michel Aphatie et Guy Birenbaum envers Versac ou Embruns, une querelle de “légitimité”, la dénonciation d’une “usurpation” :

(noir)“(…) tant Laurent Gloaguen que Versac — mais surtout Versac — ont commencé de pénétrer l’univers médiatique traditionnel.

(noir)Et c’est là que je vois le point de crispation.

(noir)Jean-Michel Apathie et Guy Birenbaum n’ont pas conquis leur célébrité sur le web. Malgré une audience honorable, ils n’apparaissent pas comme des leaders d’opinion pour une partie des internautes français. Et il peut leur sembler que le statut de Versac et de Laurent a les allures d’une usurpation au regard de leur propre parcours dans la mediasphère.

(noir)C’est qu’ils se retrouvent, nolens volens, dans une position de challengers qu’on imagine inconfortable. Et ils se prêtent alors à la critique de ceux que la blogosphère a fait émerger comme des autorités. Auparavant, la blogosphère pouvait apparaître comme une forme d’expression off, concurrente des médias traditionnels. Depuis l’investissement du web par les figures notoires, c’est au sein de la blogosphère que se dessine la césure entre le in et le off. Et peut-être pas au profit des signatures connues.”

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Mise à jour 2 (dimanche 0h30) :

Verel à son tour (“Mai 68 est passé par là”) fait une analyse convergente :

(noir)“Il y a un petit jeu qui ressemble à de la concurrence entre journalistes et blogueurs. Les seconds n’hésitent pas à pointer les erreurs ou limites des premiers (et je ne suis pas le dernier à entrer dans ce jeu quand mon quotidien préféré fait du mal journalisme, lui qui se targue d’être le journal de référence). Certains de ceux des premiers qui se lancent dans le blog ne se rendant pas bien compte que des habitudes et des auteurs se sont installés avant leur arrivée.

(noir)Il est tentant pour un bon journaliste, rodé par une pratique d’écriture ancienne, de croire que son professionnalisme surclassera sans difficulté les amateurs que sont au sens propre ceux pour qui le blog est une activité annexe à leur carrière professionnelle, et qui la pratique sans but lucratif.

(noir)Au-delà du fait que la liberté totale de concurrence du Net a fait émerger des blogs de grande qualité (lisez Koz ou Jules par exemple), il faut noter (et c’est le sens de mon titre) que la blogosphère pratique complètement ce qu’a apporté mai 68 : il n’y a pas de mandarins et on peut se permettre de discuter d’égal à égal avec qui que ce soit.”

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17 Comments

  1. Je découvre votre site et j’ai d’abord pensé, en lisant ce texte, à une parodie, une blague, une galéjade… Tout cela est en effet d’une fatuité qui serait fort distrayante au douzième degré (au moins) – si elle relevait du gag. On me dit que ce n’est pas le cas.
    Humour involontaire?
    C’est quand même de l’humour!

  2. @ Jean-Eric

    Pardonnez-moi si je trouve votre message pas très clair. Du coup je ne sais pas très bien quoi vous répondre…

    Dérisoire, bien entendu cette histoire est dérisoire :-p

    Mais du coup “on” vous a dit quoi, en fait ? Et vous, vous en pensez quoi ?

  3. Il en est du journalisme comme de beaucoup d’autres professions, d’un certain corporatisme qui oblige à éviter, autant que possible, de critiquer le collègue.

    Comme quand on visite un médecin, lui indiquant qu’un de ces collègue a diagnostiqué quelque mal, tenté de le soigner et que ça n’a rien donné. Comme quand on montre ses dents à un (nouveau) dentiste, lui indiquant et lui montrant ce qu’un de ces collègues nous a fait.

    Le journaliste (le “vrai”, celui dont on le paye pour) ne tolère pas la critique personnelle. Ca ne se fait pas entre collègue, ou sous le couvert de l’éditorial.

    Ce que le blog permet, la où il s’alimente et s’entretient, c’est souvent dans la critique, l’échange, la confrontation des idées. Trois exercices qui sont plutôt étrangers à l’exercice journalistique, du moins celle traditionnelle que l’on retrouve sur papier.

    Leur réaction épidermique montre plus un manque d’habitude à se voir critiquer soi-même qu’à voir critiquer son travail.

  4. Moui, moui, moui, je suis perplexe. Je me demande si vous, en tant que blogueur, et moi en tant que commentateur non blogueur, nous ne nous passons pas légèrement de la pommade.

    N’est-ce pas de l’orgueil mal placé ? Les « blogueurs zinfluents » c’est largement du flan, le nombre de visites d’un blog comme Embruns est ridicule par rapport à Liberation ou Le Figaro. Les papes de la « médiasphère » n’ont logiquement donc rien à craindre pour leur establishment ni pour leur égo.

    Concernant les commentaires j’ai fait cette même analyse il y a quelques temps ce qui m’a conduit à ne plus lire les sites des « grands média » ; les commentaires argumentés se perdent dans le flot des commentaires médiocres et partisans, empêchant ainsi tout débat, ce qui est, pour moi en tout cas, l’intérêt même d’Internet, mettre en contact des gens qui ne se seraient jamais rencontrés avant. Au lieu de ça nous avons des gens venant juste déverser leur bile.

    De même, peut être qu’on surévalue le niveau des commentaires dans les blogs. Ils sont moins nombreux, peut être que cela donne l’impression d’une meilleure qualité, la plupart sont aussi écrits par d’autres blogueurs, c’est-à-dire quand même des gens qui ont un certain niveau de langage et d’éducation (il en faut pour tenir un blog), mais ils sont tout autant partisans, parfois absurdes, hors contexte.
    Je crains que s’ils étaient plus nombreux, l’effet serait le même. D’ailleurs, ça commence à le devenir un petit peu chez Eolas, je ne sais pas si c’est le fait qu’il passe à la radio, ou qu’il est cité par des journaux, mais je commence à zapper les commentaires chez lui, ou je ne lis que les précisions qu’il y donne.

    En fait ce qui me gène le plus dans ce genre de raisonnement c’est surtout qu’on se complait dans « l’élitisme ».

  5. @ Bob

    Beaucoup de bon sens dans votre commentaire : il y a peut-être aussi des commentaires de ce genre dans les sites des grands médias, mais ils sont noyés en effet, et personne ne les voit. Je ne vais plus lire ces commentaires qu’à titre d’observateur, mais plus comme participant… Et c’est dans les blogs que je lis les commentaires et que je participe 😉

    Je suis assez d’accord avec vous sur la menace qui plane sur le blog d’Eolas : avec +1500 commentaires sur un billet (le mariage annulé), il n’y a plus d’échange possible.

    La logique de l’audience ne fait pas bon ménage avec celles du contenu et de la participation…

    Sur la force de frappe des blogs : pris individuellement, vous avez raison. Mais divisez l’audience du site du monde par le nombre de ses journalistes :

    3 millions de visiteurs uniques par mois (selon Nielsen) pour plus de 300 journalistes, ça fait 10.000 visiteurs uniques par mois et par journaliste. C’est ce que fait Embruns en deux jours !

    Je ne parviens pas à trouver de chiffres sur l’audience globale des blogs (si quelqu’un en a, qu’il fasse signe !), mais si on la comparait à celle des sites de presse, je soupçonne une surprise…

    Sur l’élitisme : Etes-vous sûr que votre vision de l’élitisme est correcte ? La fin du monopole des journalistes, et la libéralisation de l’accès à la publication, c’est une démocratisation ! Ça va clairement à l’encontre de l’élitisme.

    Est-ce que pour lutter contre l’élitisme, il faudrait forcer tout le monde à ouvrir un blog ? 😉

  6. @ Caribou

    Ce corporatisme, contre lequel je lutte, personnellement, va finir par voler en éclats sous la pression du net…

  7. Sans forcément dire que c’est un article à charge, votre post surestime peut-être les positions de quelques journalistes attardés.

    Quand on regarde la manière dont bloguent certains journalistes, on s’aperçoit qu’ils sont tout à fait capables de s’intégrer dans la conversation du web.

    C’est peut-être en faisant bloguer les journalistes que les mentalités de la guilde vont changer.

    (et btw, je crois qu’un peu moins de la moitié des internautes consulte des blogs, et que sensiblement le même nombre visite régulièrement les sites de news. Seul problème: les instituts de mesure ont toujours du mal à faire la différence entre un skyblog et un Pisani… Difficile de trouver des données fiables)

  8. @ Nicolas

    Disons que ces deux-là sont bien symboliques de l’état d’esprit de certains membres de la tribu 🙂

    Heureusement qu’il y en a d’autres qui s’adaptent mieux à la conversation.

    Votre outil d’observation est intéressant : il met vraiment en évidence le caractère fermé d’un site comme le monde par rapport aux blogs. Mais leur politique a commencé à changer récemment : le Monde cite des blogs (Eolas ou Secret défense) et met des liens externe vers les sites de ses concurrents.

    PS : Content de vous retrouver sur Window on the media, vous vous faisiez rare sur l’Observatoire des médias… 😉

  9. Sur l’ouverture des sites des titres traditionnels, vous avez raison que ça change.

    Mais quand on regarde la moyenne des articles, force est de constater que l’ouverture reste l’exception.

    (J’aimerai bien le montrer avec des chiffres fiables mais l’extraction des données doit être fait à la main, c’est très dur à automatiser. Avis aux codeurs qui s’ennuient…)

    Le coeur du problème, à mon sens, reste que ces organisations considèrent toujours les articles papier comme le centre autour duquel se greffe les équipes web. Il faudrait plutôt voir le site comme une activité entièrement différente, voire primant sur le papier.

  10. Petite réponse à retardement :
    Je parlais d’élitisme, sans doute à tort, pour désigner un réseau peu connu composé de quelques personnes. Par exemple un peu comme Linux, peu utilisé globalement, mais considéré comme élitiste. Au contraire, les journalistes produisent une information de masse.

    Je viens de tomber sur cet article passionant, http://internetetopinion.wordpress.com/2008/06/05/10-considerations-sur-les-blogueurs/ que vous avez sans doute déjà lu.

    J’y retrouve des idées que j’avais pressenties, surtout les points 4, 6 et 8 où les schémas ressemblent assez à ceux que je m’étais imaginé.

    Néanmoins je me demande si l’ensemble de cet article s’applique à l’ensemble de la blogosphère, tout pays confondu. Dans un pays comme le Japon, où Internet est extrêmement développé, certains blogs ont des stats plusieurs millions de pages vus/jour (ex typique Kamiji Yusuke). On peut donc se demander si le point 9 de l’article est toujours valable. À partir d’une telle audience, on a de bonnes chances d’avoir une part de public influençable.

    Le point 3 ne me semble pas non plus applicable à tous les blogs, mais seulement aux blogs parlant d’actualités. De nombreux blogs sont des blogs créant du contenu artistique, que ce soit des vidéos, des dessins, des mashup, de la poésie, des recettes de cuisine. On ne peut pas donc dire que les médias soient toujours la source. Sans compter l’immense majorité des blogs sont de simples skyblogs ou myspace.

    Je pense que cet article gagnerait à être connu après des journalistes ou pseudo-journalistes comme Birenbaum, Aphatie et tous les autres qui ont tendance à utiliser des formules du genre « La blogosphère pense que », « Les internautes disent que », en espérant que ça les éclairent un peu sur le fonctionnement du réseau.

  11. @ Bob

    Ce billet de François Guillot est en effet très intéressant (et vous remarquerez que j’ai participé au débat qu’il a suscité en commentaires 😉 )

    C’est une tentative de synthèse, qui me semble assez réussie, mais je crois en effet qu’elle concerne surtout la blogosphère française, et surtout – comment dire ?- la blogosphère “d’opinion”, plus que celle de l’expression intime, ou celle spécialisée sur des centres d’intérêt très pointus, comme la BD ou la cuisine…

  12. Merci de ces commentaires sur le billet “10 considérations…” qui a eu la chance d’être pas mal vu, commenté et repris.

    Oui c’est tout à fait ça, il y a un prisme français et “blogosphère d’opinion”, de toute façon la diversité de la blogosphère est telle (point 1 “les blogueurs ça n’existe pas”) que cela rendrait en principe toute tentative de généralisation impossible, et dans ce cas pas de point 2,3,4 etc. !

    Après, que ce billet puisse “éclairer” certaines personnes qui s’emportent un peu vite contre les blogueurs, j’aimerais bien mais je ne me fais pas énormément d’illusions. Pour adopter un autre point de vue, il faut avoir envie d’écouter, de bien lire…

    Je reviendrai ensuite sur le billet de Narvic mais il faut aussi dire que des grappes de blogueurs sont capables d’avoir des comportements imbéciles et panurgiques qui justifient, ou amènent en tout cas, certains commentateurs à parler d’imbécillité blogosphérique en général…

  13. Une réaction plus longue au billet et aux commentaires.

    Sur les raisons de la colère des journalistes :

    Je connais 4 cas récents de grosses colères de journalistes à l’encontre de blogueurs :

    Askolovitch vs. Eric Mainville
    Tanguy Leclerc (CB News) vs. Cyrille Chaudoit (Veille2Com)
    – Birenbaum vs. “des blogueurs”
    Aphatie vs. Versac

    Les 4 cas sont différents. Mais dans chacun de ces cas, le journaliste a d’abord été “attaqué” par le blogueur et a répondu.

    Et le fait d’être attaqué met le journaliste par définition dans une posture défensive, de justification.

    Ensuite il y a la forme et le fond. Sur le fond, les journalistes argumentent plus ou moins, sur la forme on note que le point commun est la colère.

    En ce qui concerne Tanguy Leclerc et Askolovitch, les piques dont il font l’objet touchent à un élément précis de leur travail (la citation d’une source / un article). En ce qui concerne Aphatie et Birenbaum, ils font l’objet de jugements assez généraux sur ce qu’ils sont. Jugements que je ne trouve pas très argumentés pour ce que j’en ai lu et qui à mon sens peuvent expliquer qu’on s’emporte.

    (Et les journalistes, en retour, s’emportent à travers des jugements également assez généraux, voire obscurs.)

    Je n’aimerais pas trouver, comme ça, des papiers “gratuits” et pas franchement agréables sur ce que je suis, ce que je fais, comment je le fais.

    Bon, je dis ça pour faire un peu contrepoids, car souvent je comprends qu’on puisse s’énerver contre des blogueurs qui provoquent, surtout quand la provocation est pas ou mal argumentée.

    Ces colères me semblent néanmoins (et comme c’est dit dans le billet et les commentaires), traduire une crispation générale à l’égard de la blogosphère. Pas forcément parce que des blogueurs provoquent, mais aussi parce que les blogueurs, par leur existence même, parfois pas leur succès, remettent en question le monopole intellectuel des médias…


    Sur la nature des audiences des médias et des blogs

    Narvic si je résume un de tes arguments, il s’agit de dire que les médias ont une audience quanti et les blogueurs ont une audience quali.

    C’est sûr que les médias online, obligés de faire la course à l’audience pour attirer la publicité, attirent une audience pas très intéressante. C’est sûr que quantité rime difficilement avec qualité. Néanmoins je me dis : attention à l’ethnocentrisme du blogueur. Est-ce parce qu’il y a de bons débats dans certains lieux de la blogosphère, que les blogueurs ont une audience intéressante et que les médias n’ont pas une audience quali ? Je n’irais pas jusque là.


    Sur l’influence des blogueurs par rapport aux journalistes

    Dans les commentaires se pose aussi la question d’évaluer l’impact réel des blogueurs par rapport aux journalistes. Le rapport de l’audience du monde à 300 journalistes vs. celle d’Embruns tout seul est éloquent… Dans le même ordre d’idée il y a la notion “d’audience relative” dont nous avions largement discuté il y a quelques semaines : si un blogueur publie 100 fois mois qu’un média en ligne, l’audience de chacun de ses billets peut être supérieure à l’audience de certains articles de médias en ligne…

    Donc oui certains blogueurs sont je pense de vrais leaders d’opinion et pas seulement des poids mouche à côté des médias. Cependant cet état de fait est encore assez mal traduit par la présence de blogueurs dans les “grands” médias. J’en viens au point suivant :

    Sur le fait que les médias s’ouvrent à la blogosphère

    Pour mémoire je me permets un petit lien vers un mini-étude où je m’étais amusé à compter le nombre et la nature des liens sortants depuis les principaux médias en ligne… Les liens des médias en ligne vers des blogs qui ne sont pas de la plate-forme du média en question restent extrêmement rares (ex : 20 minutes mets des liens… vers les blogs 20 minutes).

    Alors oui il y a des signes d’ouverture : la principale tête chercheuse me semble être Eric Mettout, RC de l’express.fr.

    On a aussi vu Eolas repris par le Monde puis une bonne partie de la presse. Versac a sa tribune dans les Echos.

    Mais qu’a-t-il fallu pour en arriver là ! Ces blogueurs sont installés depuis des années, jusqu’à très récemment on ne parlait d’eux dans les médias que comme des exemples de “blogueurs qui marchent”. Pas comme des experts, des analystes ou des éditorialistes. Les médias s’ouvrent ? il est temps ! Il est temps que les médias admettent que de nouveaux leaders d’opinion sont issus du web. Cette lenteur est, je pense, une traduction concrète du mépris des élites intellectuelles.

  14. Une réponse un peu générale (pour tous ceux à qui je n’ai pas répondu en particulier 😉 )

    La question est plus que celle de l’ouverture des médias aux blogueurs, à mon sens. Elle est carrément celle de l’ouverture de la profession des journalistes, ou son replis complet sur des tâches uniquement techniques d’édition de l’information.

    Je crois que l’enjeu est là.

    Denis Ruellan souligne que l’on en revient peu à peu au modèle du journalisme du 17e siècle : un petit nombre de personnes, à plein temps pour éditer la Gazette de Théophraste Renaudot, et une myriade “d’informateurs” plus ou moins professionnalisés, “gravitant” autour de la publication…

    L’ampleur de la mutation demandée explique la nervosité des journalistes…

    L’ampleur de leur discrédit, de leur perte d’autorité, et le fait qu’ils aient du mal à le reconnaître publiquement, explique la nervosité des internautes…

  15. Tout à fait d’accord, c’est la question de l’ouverture en générale – trahie et suscitée, par notre prisme de blogueurs, par les relations avec les blogueurs.

    Ce qui nous renvoie à la double question de l’attitude et de l’économie : s’ouvrir c’est une question d’attitude mais cela représente aussi un coût, non ? C’est dans ce sens là que tu l’entends ?

  16. @ François

    Tout à fait.

    Si l’UGC, celui des blogueurs comme les autres, crée de l’audience et que l’audience rapporte… il va falloir partager… 😉

    On s’y achemine doucement…

    c’est d’ailleurs une très bonne manière d’améliorer la qualité de l’UGC et à terme de celle de l’audience (fidélisation)…

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